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Posts Tagged ‘pardon’

Notre Pain (César Vallejo)

Posted by arbrealettres sur 14 septembre 2019




    
Notre Pain
Pour Alejandro Gamboa

On prend le petit-déjeuner… Humide terre
de cimetière à l’odeur de sang aimé.
Ville d’hiver… La cuisante traversée
d’une charrette qui semble traîner
une émotion de jeûne enchaînée!

On voudrait toquer à toutes les portes
et demander je ne sais qui; et puis
voir les pauvres et, en pleurant tout bas,
donner des petits bouts de pain frais à tous.
Et saccager les vignes des riches
avec les deux mains saintes
qui dans une échappée de lumière
s’envolèrent déclouées de la Croix!

Cils du matin, ne vous levez pas!
Notre pain de chaque jour, donne-le-nous,
Seigneur… !

Mes os ne sont pas à moi;
peut-être les ai-je volés!
Je suis venu m’arroger ce qui sans doute
était assigné à un autre;
et je pense que, si je n’étais pas né,
un autre pauvre aurait pris ce café!
Je suis un mauvais larron… Où irai-je!

Et en cette heure froide, où la terre
est si triste et fleure la poussière humaine,
je voudrais toquer à toutes les portes,
et supplier je ne sais qui, pardon,
et lui faire des petits bouts de pain frais
ici, dans le four de mon coeur !

(César Vallejo)

 

Recueil: Poésie complète 1919-1937
Traduction: Nicole Réda-Euvremer
Editions: Flammarion

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Litanies des premiers quartiers de la lune (Jules Laforgue)

Posted by arbrealettres sur 24 août 2019



 

Litanies des premiers quartiers de la lune

Lune bénie
Des insomnies,

Blanc médaillon
Des Endymions,

Astre fossile
Que tout exile,

Jaloux tombeau
De Salammbô,

Embarcadère
Des grands Mystères,

Madone et miss
Diane-Artémis,

Sainte Vigie
De nos orgies

Jettatura
Des baccarats,

Dame très-lasse
De nos terrasses,

Philtre attisant
Les vers luisants,

Rosace et dôme
Des derniers psaumes,

Bel œil-de-chat
De nos rachats,

Sois l’Ambulance
De nos croyances !

Sois l’édredon
Du Grand-Pardon !

(Jules Laforgue)

 

 

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Oh tu pleures (Pierre-Jean Jouve)

Posted by arbrealettres sur 10 août 2019



Oh tu pleures. Silence obscur larme perdue
Et fleur de la maison sous le nuage noir
Et la menace de la mort d’antique nue
Le drapeau de la honte avec le ciel du soir,

Tu pleures. Des brillants descendent sur ta pierre
Et touchent à ton sein. Les miracles lointains
Sont errants et l’amour voit périr ta paupière
O toi qui inspirais le poète prochain

Dans une odeur de bois augustes et de livres
Regardant des trésors par d’anciens carreaux
Mère de notre amour et Vierge qui ne livres

Pas le secret de liberté mystique et beau
Mais conserves l’hymen sous la robe de pierre
Et rêves l’éternel pardon comme du lierre.

(Pierre-Jean Jouve)

 

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Cris d’aveugle (Tristan Corbière)

Posted by arbrealettres sur 1 août 2019



 

Jules Bastien Lepage -

Cris d’aveugle

L’oeil tué n’est pas mort
Un coin le fend encor
Encloué je suis sans cercueil
On m’a planté le clou dans l’oeil
L’oeil cloué n’est pas mort
Et le coin entre encor

Deus misericors
Deus misericors
Le marteau bat ma tête en bois
Le marteau qui ferra la croix
Deus misericors
Deus misericors

Les oiseaux croque-morts
Ont donc peur à mon corps
Mon Golgotha n’est pas fini
Lamma lamna sabacthani
Colombes de la Mort
Soiffez après mon corps

Rouge comme un sabord
La plaie est sur le bord
Comme la gencive bavant
D’une vieille qui rit sans dent
La plaie est sur le bord
Rouge comme un sabord

Je vois des cercles d’or
Le soleil blanc me mord
J’ai deux trous percés par un fer
Rougi dans la forge d’enfer
Je vois un cercle d’or
Le feu d’en haut me mord

Dans la moelle se tord
Une larme qui sort
Je vois dedans le paradis
Miserere, De profundis
Dans mon crâne se tord
Du soufre en pleur qui sort

Bienheureux le bon mort
Le mort sauvé qui dort
Heureux les martyrs, les élus
Avec la Vierge et son Jésus
O bienheureux le mort
Le mort jugé qui dort

Un Chevalier dehors
Repose sans remords
Dans le cimetière bénit
Dans sa sieste de granit
L’homme en pierre dehors
A deux yeux sans remords

Ho je vous sens encor
Landes jaunes d’Armor
Je sens mon rosaire à mes doigts
Et le Christ en os sur le bois
A toi je baye encor
O ciel défunt d’Armor

Pardon de prier fort
Seigneur si c’est le sort
Mes yeux, deux bénitiers ardents
Le diable a mis ses doigts dedans
Pardon de crier fort
Seigneur contre le sort

J’entends le vent du nord
Qui bugle comme un cor
C’est l’hallali des trépassés
J’aboie après mon tour assez
J’entends le vent du nord
J’entends le glas du cor

(Tristan Corbière)

Illustration: Jules Bastien Lepage

 

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Merci, Seigneur (Paul-Alexis Robic)

Posted by arbrealettres sur 27 juillet 2019



Merci, Seigneur, pour les jours noirs
Et les pardons non mérités,
Merci pour les blés engrangés
Et pour le pain de chaque jour ;
Merci pour les matins d’enfance,
Pour la douleur et pour l’amour,
Pour le ciel des grandes vacances,
Pour le soleil et pour les ronces,
Pour la bonne épouse au coeur tendre
Et le sage enfant bien-aimé.
Merci pour la geôle, merci
Pour la lampe au coeur de la nuit,
Pour le fiel et pour la poussière,
Pour la rosée de la prière,
Pour les chaînes de pierre ou d’or,
Pour l’eau vive et pour le bois mort ;
Merci pour le travail et pour la pauvreté
Et pour la dernière heure et pour l’oubli dernier.

(Paul-Alexis Robic)

Illustration: William Blake

 

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LE DÉPART (Rabindranath Tagore)

Posted by arbrealettres sur 20 avril 2019




    
LE DÉPART

En face, l’océan de paix,
Fais démarrer l’esquif, ô Timonier.
Tu seras le compagnon éternel,
Accepte, accepte-moi sur ton giron,
Sur le chemin de l’infini s’allumeront
Les rayons de l’étoile polaire.

Délivreur, ton pardon, ta compassion
Seront les deniers de ce périple pérenne.
Que ce qui t’attache à la terre se dissolve ;
Le vaste univers m’accueille dans ses bras.
Que dans le coeur se fasse connaître
L’identité sans crainte du grand Inconnu.

(Rabindranath Tagore)

 

Recueil: Tantôt dièse tantôt bémol
Traduction: Prithwindra Mukherjee
Editions: La Différence

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Le son de sa voix n’est plus dans mon oreille (René Maublanc)

Posted by arbrealettres sur 19 février 2019



Camille Godet [800x600]

Je n’irai pas au cimetière
Je cherche son souvenir,
Et non son cadavre.

***

C’est dans sa chambre,
Où flotte encore son âme,
Qu’est son vrai tombeau.

***

Le son de sa voix
N’est plus dans mon oreille;
Vais-je oublier – déjà ?

***

Mes amis sont morts.
Je m’en suis fait d’autres.
Pardon…

***

La nature a jeté
Sur les ruines humaines
La pitié de la neige.

***

Soleil de juin.
Le soldat, penché, veut boire
toute l’eau de la borne-fontaine.

(René Maublanc)

Illustration: Camille Godet

 

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C’est toi, douce lune (Jean Breton)

Posted by arbrealettres sur 7 février 2019



La Soeur blanche m’a regardé fixement.
Hélas, encore un:
Il va falloir écrire à la famille.

***

Au ciel pâle
Ce flocon de shrapnell ?
Oh! pardon, c’est toi, douce lune.

(Jean Breton)

 

 

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La pâle odeur des lys (Géo Libbrecht)

Posted by arbrealettres sur 30 janvier 2019



 

La pâle odeur des lys épanche le sommeil,
ô neige patiente où s’endort le soleil,
pour le pardon de l’homme et le pardon du crime.

(Géo Libbrecht)

Illustration: ArbreaPhotos
 

 

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Le poème ne se fabrique pas (Jean Lavoué)

Posted by arbrealettres sur 23 janvier 2019




    
Le poème ne se fabrique pas
Il ne se possède pas
Il ne s’obtient pas au mérite
Il ne prouve pas sa conformité
C’est un chant clandestin
Un don reçu
Un présent inespéré
Un cerceau faisant rouler la nuit
Autour des hanches du silence
Une main posée sur la tempe bleue du temps
Une ombre qui tient tête au soleil
L’éblouissement d’un amour gracieux
La simplicité d’un pardon sans aveu

(Jean Lavoué)

 

Recueil: Nous sommes d’une source
Traduction:
Editions: L’enfance des arbres

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