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POÈME MATINAL (Germain Droogenbroodt)

Posted by arbrealettres sur 25 juin 2019



Illustration de l’auteur
    
POÈME MATINAL

Semblables au panache de fumée
qui en apparence s’élève du néant
ainsi apparaissent sur la page blanche
les premiers mots.
un nouveau poème
gouttes de rosée scintillantes
sur les pétales de l’aurore.

***

MORGENGEDICHT

So wie manchmal eine Rauchwolke
aufsteigt anscheinend aus dem Nichts
erscheinen auf dem weißen Blatt
die ersten Worte,
ein neues Gedicht:
Tautropfen, die glitzern
auf den Blütenblättern des Tagesanbruchs.

***

晨 诗

就像有时一缕烟

显然不知从何处冒出来一样,
出现在这张白纸上的,
第一句话,
一首新诗:

露珠在黎明的
花瓣上闪闪发光。

原 作:比利时 乔曼·卓根布鲁特

***

POEMA MATINAL

Como a veces un penacho de humo
aparentemente surge de la nada
aparecen sobre la hoja blanca
las primeras palabras
un nuevo poema
gotas de rocío que brillan
sobre los pétalos del amanecer.

***

OCHTENDLIJK GEDICHT

Zoals soms een rookpluim
ogenschijnlijk opstijgt uit het niets
verschijnen op het witte blad
de eerste woorden
een nieuw gedicht:
dauwdruppels die glinsteren
op de bloembladeren van de dageraad.

***

MORNING POEM

Sometimes, like a plume of smoke
rises somehow from nowhere,
appears suddenly on the white sheet
the first words,
a new poem:
dewdrops glittering
on the petals of dawn.

***

POESIA DEL MATTINO

Come a volte un pennacchio di fumo
sembra salire all’apparenza dal nulla,
così appaiono sul foglio bianco,
le prime parole,
di una nuova poesia:
gocce di rugiada che luccicano
sui petali dell’alba.

***

POEMA MATINAL

Como um penacho de fumaça às vezes
surge aparentemente do nada
aparecem sobre a folha branca
as primeiras palavras
um novo poema:

gotas de orvalho que brilham
sobre as pétalas do amanhecer.

(Germain Droogenbroodt)

 

Recueil: ITHACA 590
Traduction: Français Germain Droogenbroodt / Allemand Wolfgang Klinck / Chinois William Zhou / Espagnol Germain Droogenbroodt – Rafael Carcelén / Néerlandais Germain Droogenbroodt / Anglais Germain Droogenbroodt – Stanley Barkan / Italien Luca Benassi / Portugais José Eduardo DegraziaEditions: POINTS

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Sous un habit de fleurs, la Nymphe que j’adore (Vincent Voiture)

Posted by arbrealettres sur 18 juin 2019



 

Sous un habit de fleurs, la Nymphe que j’adore,
L’autre soir apparut si brillante en ces lieux,
Qu’à l’éclat de son teint et celui de ses yeux,
Tout le monde la prit pour la naissante Aurore.

La Terre, en la voyant, fit mille fleurs éclore,
L’air fut partout rempli de chants mélodieux,
Et les feux de la nuit pâlirent dans les Cieux,
Et crurent que le jour recommençait encore.

Le Soleil qui tombait dans le sein de Thétis,
Rallumant tout à coup ses rayons amortis,
Fit tourner ses chevaux pour aller après elle.

Et l’Empire des flots ne l’eût su retenir ;
Mais la regardant mieux, et la voyant si belle,
Il se cacha sous l’onde et n’osa revenir.

(Vincent Voiture)

Illustration: Wilfred Gabriel de Glehn

 

 

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Ici je reprends le goût de la vie (Henri Thomas)

Posted by arbrealettres sur 6 mai 2019



Illustration: Pablo Ruiz Picasso
    
Ici je reprends le goût de la vie,
Ainsi le dormeur, son sexe l’éveille,
Soudain rebandé par la même envie,
Et la femme est là, totale merveille.

Ainsi le nageur, la mer le soulève,
Et l’offre au soleil, et le ressaisit,
Il voit l’avenir, une immense grève,
Où se coucher nu dans l’après-midi.

Ainsi l’arbre en fleurs au fond d’un ravin
L’entrecroisement des hautes fougères…
Le mot le plus juste est encore vain,
Puisqu’ici le corps est tout le mystère.

Je rencontrerai peut-être la femme
Sœur de la fougère et des vagues nues.
Le sentier tournant deviendra la flacon
Qui la brûlera, sitôt apparue.

(Henri Thomas)

 

Recueil: Poésies
Traduction:
Editions: Gallimard

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VENTE (Rose Ausländer)

Posted by arbrealettres sur 10 avril 2019



Illustration: Germain Droogenbroodt
(Grand Merci Germain pour tout ce que tu me donnes à partager: :-))
    
VENTE

Au printemps
je vends
des violettes de jardins perdus
en été
des roses de papier
des asters de mots
en automne
en hiver
des fleurs de glace de la fenêtre
de ma mère morte.
Ainsi je vis
du jour
à la nuit.
La nuit
je chante les louanges
de la lune et des étoiles
jusqu’à ce qu’apparaisse le soleil
et qu’il me vende
au jour.

***

VERKAUFEN

Im Frühling
verkaufe ich
Veilchen aus verlorenen Gärten
im Sommer
Papierrosen
Astern aus Worten
im Herbst
im Winter
Eisblumen vom Fenster
meiner toten Mutter
So lebe ich
in den Tag hinein
in die Nacht
Nachts
rühme ich
Mond und Sterne
bis die Sonne erscheint
und mich verkauft
an den Tag

***

VENDA

Na Primavera,
vendo
violetas de jardins perdidos
no Verão
rosas de papel
sécias de palavras
no Outono
no Inverno
cristais de gelo da janela
da minha mãe morta
Assim vivo
todo o dia
até à noite
À noite
exalto
a lua e as estrelas
até que apareça o sol
e me venda
ao día

***

VENDERE

A primavera
vendo
violette di giardini perduti
in estate
rose di carta
astri di parole
in autunno
in inverno
fiori ghiacciati dalla finestra
della mia madre morta
così io vivo
dal giorno
alla notte.
Di notte
lodo
la luna e le stelle
finché non appare il sole
e vende me
al giorno.

***

VENDER

En primavera
vendo
violetas de jardines perdidos
en verano
rosas de papel
porciones de palabras
en otoño
en invierno
escarchadas flores en la ventana
de mi madre muerta
Así vivo
del día
hasta la noche
Por la noche
alabo
a la luna y las estrellas
hasta que el sol aparece
y me vende
el día

***

TO SELL

In spring,
I sell
violets from lost gardens.
In summer,
paper roses
asters of words.
In autumn in the winter,
frost flowers from the window
of my deceased mother.
So I live
from day
to night.
At night,
I praise
moon and stars
till the sun appears
and sells me
to the day.

***

VERKOPEN

In de lente
verkoop ik
viooltjes uit verloren tuinen
in de zomer
rozen van papier
asters uit woorden
in de herfst
‘s winters
ijsbloemen van het venster
van mijn dode moeder
Zo leef ik
van de dag
naar de nacht
’s Nachts
roem ik
maan en sterren
tot de zon verschijnt
en mij verkoopt
aan de dag

(Rose Ausländer)

 

Recueil: ITHACA 580
Traduction: Français Germain Droogenbroodt – Elisabeth Gerlache / Allemand original / Portugais Maria do Sameiro Barroso / Italien Luca Benassi / Espagnol Rafael Carcelén / Anglais Stanley Barkan / Néerlandais Germain Droogenbroodt
Editions: POINT

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Silenciaire (Werner Lambersy)

Posted by arbrealettres sur 28 mars 2019



Silenciaire
Il apparaissait
Claquait des bois d’ébène et tous figés
Dans l’huile lourde du respect
Se taisaient
En l’honneur du signe de sa souffrance
Il était à Byzance
Le silenciaire de l’empereur
Et pour eux tous
Il savait seul

(Werner Lambersy)


Illustration: Odilon Redon

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Cette ville que j’aime (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 23 mars 2019



Cette ville que j’aime depuis l’enfance
M’apparaît aujourd’hui
Dans le silence de décembre
Comme un héritage dilapidé.

Tout ce qui m’était donné,
Si facile à offrir:
La chaleur du coeur, l’accent des prières
Et la grâce de la première chanson —

Tout s’est envolé en fumée,
Dissipé tout au fond des miroirs…
Et déjà le violoneux sans nez joue
Un air sur l’irrévocable.

En étrangère curieuse,
Captivée par chaque nouveauté,
J’ai regardé glisser les traîneaux,
J’ai écouté ma langue maternelle.

Avec une puissance, une fraîcheur sauvages,
Le bonheur m’a soufflé au visage,
Comme si l’amie de toujours
Gravissait avec moi le perron.

(Anna Akhmatova)

Titre: L’églantier fleurit et autres poèmes
Traduction: Marion Graf et José-Flore Tappy
Editions: La Dogana

 

 

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Mon berceau, béni du Ciel (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 22 mars 2019



Mon berceau, béni du Ciel,
Fut une ville sombre près d’une rivière menaçante,
La solennité de mon lit nuptial,
Au-dessus duquel tenaient des couronnes
Tes jeunes séraphins,
Fut une ville aimée d’un amour amer.

La tribune où j’ai prié,
Ce fut toi, sévère, calme, brumeuse.
Là mon fiancé m’est apparu;
Il m’a montré mon chemin lumineux,
Et ma Muse douloureuse
M’a menée comme une aveugle.

(Anna Akhmatova)

Illustration: Nathan Altman

 

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Telle un ange noir sur la neige (Ossip Mandelstam)

Posted by arbrealettres sur 14 mars 2019




    
Telle un ange noir sur la neige,
Tu m’es apparue tout à l’heure,
Et comment donc ne la verrais-je
Sur toi, l’empreinte du Seigneur ?

Un sceau étrange, mystérieux,
Ainsi qu’une offrande céleste :
Dans une niche, pour un peu,
Il aurait fallu que tu restes.

Que cet amour dans l’au-delà
A l’amour ici-bas se fonde,
Et que sur tes joues n’aille pas
Le sang fougueux qui se débonde ;

Ainsi le marbre pourra mieux
Rehausser tes haillons lunaires,
Tes joues dénudées mais sans feu,
Bien que complices de la chair.

(Ossip Mandelstam)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Recueil: Les poésies d’amour
Traduction: Henri Abril
Editions: Circé

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BERCEUSE (Jan Skacel)

Posted by arbrealettres sur 12 mars 2019




    
BERCEUSE

Puis il s’est adossé à sa soif
et lui a demandé
de ne pas cesser
Et il avait peur de ce peu
Il avait une peur d’enfant
Une grande peur

Et tout d’un coup est apparue
la mort petite vieille raclant les pieds
avec une cruche d’argile
pleine d’eau fraîche

Et il a bu
Il a effacé de ses lèvres
la cendre des jours
de cette gorgée il a lavé
toute la souffrance
et il n’en a rien gardé

Ni la soif

(Jan Skacel)

 

Recueil: Millet Ancien
Traduction: Yves Bergeret & Jiri Pelan
Editions: Atelier la Feugraie

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Les figures que l’arbre abrite (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 5 mars 2019



    
Les figures que l’arbre abrite dans ses branches
deviennent soudain une rafale de figures
qui bloque ou paralyse un moment
la pression des figures de l’abîme.

Ainsi des figures en captent d’autres,
tandis que le vent du soir
semble courber des éternités
et les convertir en regards du temps.

Les figures entre-temps se confondent
et il se pourrait qu’ensuite apparaissent
dans l’arbre les traits de l’abîme
et dans l’abîme les gestes de l’arbre.

Il n’est pas de lieu sans une figure.
Il n’est pas de digues contre une rafale de figures.
Et il suffit d’une seule figure
pour coloniser ce qui n’existe pas.

Il est des choses qui ne viennent de nulle part
et il en est plus encore qui ne vont nulle part.
Mais il en est d’autres qui ne sont plus nulle part.

Plus que le lieu d’une chose,
ce sont ses non-lieux
qui permettent de la situer.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Nouvelle Poésie Verticale
Traduction: Roger Munier
Editions: Lettres Vives

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