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Poésie

Posts Tagged ‘observer’

Vieux frère (Jules Lemaître)

Posted by arbrealettres sur 29 mars 2022




Illustration: ArbreaPhotos
    
Vieux frère

Mon chat, hôte sacré de ma vieille maison,
De ton dos électrique arrondis la souplesse,
Viens te pelotonner sur mes genoux, et laisse
Que je plonge mes doigts dans ta chaude toison.

Ferme à demi, les reins émus d’un long frisson,
Ton œil vert qui me raille et pourtant me caresse,
Ton œil vert semé d’or, qui, chargé de paresse,
M’observe d’ironique et bénigne façon.

Tu n’as jamais connu, philosophe, ô vieux frère,
La fidélité sotte et bruyante du chien :
Tu m’aimes cependant, et mon coeur le sent bien.

Ton amour clairvoyant, et peut-être éphémère,
Me plaît, et je salue en toi, calme penseur,
Deux exquises vertus : scepticisme et douceur.

(Jules Lemaître)

Recueil: le chat en cent poèmes
Traduction:
Editions: Omnibus

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Je pleure les lèvres fanées (Maurice Maeterlinck)

Posted by arbrealettres sur 26 janvier 2022



 

Aaron Coberly 1971 - American Figurative Impressionist painter -   (5)

Je pleure les lèvres fanées
Où les baisers ne sont pas nés
Et les désirs abandonnés
Sous les tristesses moissonnées.

Toujours la pluie à l’horizon !
Toujours la neige sur les grèves !
Tandis qu’au seuil clos de mes rêves
Des loups couchés sur le gazon.

Observent en mon âme lasse.
Les yeux ternis dans le passé,
Tout le sang autrefois versé
Des agneaux mourants sur la glace.

Seule la lune éclaire enfin
De sa tristesse monotone,
Où gèle l’herbe de l’automne,
Mes désirs malades de faim.

(Maurice Maeterlinck)

Illustration: Aaron Coberly

 

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l’Hêtre (Ronald Knox)

Posted by arbrealettres sur 22 mai 2021




    
Il était un jeune homme qui dit
« Dieu doit trouver insolite
de penser qu’un hêtre
doit continuer d’être
quand la cour est déserte. »

Réponse:
« Monsieur, votre étonnement m’étonne,
je suis toujours dans la cour.
Et c’est pourquoi le hêtre
continuera d’être
puisqu’il est observé par Votre bien dévoué,
Dieu.

***

There was a young man who said
« God Must find it exceedingly odd
To think that the tree
Should continue to be
When there’s no one about in the quad. »

Reply:
« Dear Sir: Your astonishment’s odd;
I am always about in the quad.
And that’s why the tree
Will continue to be
Since observed by, Yours faithfully,
God.”

(Ronald Knox)

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Omniprésence (Sri Aurobindo)

Posted by arbrealettres sur 1 avril 2021




    
Omniprésence

Il est en moi, autour de moi, faisant face de tous côtés.
Emmuré dans l’ego pour exclure Son droit
je me tiens sur ses bornes et plonge mon regard
jusqu’aux frontières de l’Infini.

Chaque chose finie que je vois est une façade ;
de ses fenêtres m’observe l’Illimitable.
En vain d’un corps séparé fut faite ma prison ;
Sa présence occulte brûle en chaque cellule.

Il est devenu ma substance et mon souffle,
Il est mon angoisse et mon extase,
ma naissance est le signe de Son éternité,
ma mort un passage vers Son immortalité.

Mes abîmes muets sont Sa secrète demeure ;
dans la chambre de mon coeur vit le Dieu inadoré.

(Sri Aurobindo)

 

Recueil: Poésie
Traduction: Français Cristof Alward-Pitoëff
Editions: Sri Aurobindo Ashram Trust

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Le phénix (Jean-Pierre Claris de Florian)

Posted by arbrealettres sur 23 décembre 2020



    

Le phénix

Le phénix, venant d’Arabie,
Dans nos bois parut un beau jour :
Grand bruit chez les oiseaux ; leur troupe réunie
Vole pour lui faire sa cour.
Chacun l’observe, l’examine ;
Son plumage, sa voix, son chant mélodieux,
Tout est beauté, grâce divine,
Tout charme l’oreille et les yeux.
Pour la première fois on vit céder l’envie
Au besoin de louer et d’aimer son vainqueur.
Le rossignol disait : jamais tant de douceur
N’enchanta mon âme ravie.
Jamais, disait le paon, de plus belles couleurs
N’ont eu cet éclat que j’admire ;
Il éblouit mes yeux et toujours les attire.
Les autres répétaient ces éloges flatteurs,
Vantaient le privilège unique
De ce roi des oiseaux, de cet enfant du ciel,
Qui, vieux, sur un bûcher de cèdre aromatique,
Se consume lui-même, et renaît immortel.
Pendant tous ces discours la seule tourterelle
Sans rien dire fit un soupir.
Son époux, la poussant de l’aile,
Lui demande d’où peut venir
Sa rêverie et sa tristesse :
De cet heureux oiseau désires-tu le sort ?
– Moi ! Mon ami, je le plains fort ;
Il est le seul de son espèce.

(Jean-Pierre Claris de Florian)

 

Recueil: Fables
Traduction:
Editions:

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ECHO (Sultan Catto)

Posted by arbrealettres sur 28 septembre 2020



Illustration: Tineke Storteboom 
    
ECHO

Regarder dans sa mémoire, âme qui défie la gravité,
chercher la lumière, rêvant de fleurs de lavande bleue,
contempler les gouttes de pluie qui filent flottant dans l’air
et de l’autre côté conquièrent et reflètent l’univers.

Pouvons-nous faire un saut de quantum,
avancer d’un pas,
ensemble observer l’avenir et revenir,
jeter un coup d’œil sur la théorie de toutes choses ?

Aujourd’hui nous avons tous deux besoin de quelques ficelles,
d’une poignée de rêves agréables, mystérieux, algébriques,
de sentiers minuscules le long d’un espace poétique
et d’un petit trou noir pour nous y emmener

***

ECHO

peer into its memory, soul defying gravity,
visit light dreaming on blue petaled lavender,
watch the spinning raindrops suspended in air
capturing and reflecting the universe beyond.

Can we make a quantum jump,
take a step forward,
observe the future together and return,
have a glimpse at theory of everything?

What we both need today is a few strings,
some sweet, mysterious algebraic dreams,
miniature pathways along poetics of space
and a tiny black hole to give us a ride.

***

ECHO

En su memoria, desafiando el alma la gravedad,
visitar la luz, soñando sobre pétalos azules de lavanda,
ver las gotas de lluvia girando suspendidas en el aire
capturando y reflejando el universo más allá.

¿Podemos dar un salto cuántico,
ir un paso por delante,
observar el futuro juntos y regresar,
vislumbrar la teoría de todo?

Lo que ambos necesitamos hoy son unas cuerdas,
algunos dulces, misteriosos sueños algebraicos,
mínimas sendas surcando la poética del espacio
y un pequeño agujero negro que nos lleve.

***

ECHO

in haar geheugen kijken, de ziel die de zwaartekracht tart,
licht zoeken, dromend op blauwe lavendelbloesems,
kijken naar de spinnende regendruppels zwevend in de lucht
die het universum aan gene zijde veroveren en weerspiegelen.

Kunnen we een kwantumsprong maken,
een stap voorwaarts doen,
samen de toekomst observeren en terugkeren,
een kijkje nemen in de theorie van alle dingen?

Wat we vandaag allebei nodig hebben zijn een paar touwtjes,
een handvol lieve, mysterieuze, algebraïsche dromen,
kleine paadjes langs een poëtische ruimte
en een klein zwart gat om ons een lift te geven.

***

ECO

Scruta la sua memoria, anima che si oppone alla gravità,
visita il sogno della luce su petali blu di lavanda,
osserva il girare delle gocce di pioggia sospese nell’aria
catturare e riflettere l’universo remoto.

Possiamo fare un salto quantico,
avanzare di un passo,
osservare il futuro tutto insieme e ritornare,
intravedere la teoria del tutto?

Ciò di cui entrambi abbiamo bisogno è qualche stringa,
dolci, misteriosi sogni algebrici,
sentieri in miniatura attreverso le poetiche dello spazio
e un piccolo buco nero per darci un passaggio.

***

ECO

Entrevia na memória o desafio à gravidade,
visita à luz dos sonhos, pétalas azuis,
a alfazema, vendo a gota girar no ar
capturando o reflexo do mundo além.

Nós podemos fazer um salto quântico,
um passo à frente.
observando o futuro juntos, que retorna,
tendo a iluminação da teoria e tudo?

O que nós precisamos hoje são as linhas,
algum suave e misterioso sonho algébrico,
pequenas vias sobre a poética do espaço
e um buraco negro ínfimo que nos leve adiante.

***

ECOU

Să explorezi a gravitației memorie, de spirit sfidătoare,
cătând după visata lumină azurie a florii de lavandă
și contemplând învolburații stropi de ploaie
să vezi cum prind și oglindesc spațiul de dincolo.

De-am izbândi să întreprindem saltul cuantic,
menitul pas departe să ne poarte,
afla-vom împreună viitorul, dar ne-am putea întoarce oare
având astfel știință de teoria întregii noastre firi?

Doar ceva corzi azi nouă ne lipsesc,
și-algebrice, din dulci visări mistere,
spre poezia spațiului, subțirile cărări
și-o neagră gaură infimă, să ne deschidă drum.

***

回 声


窥视它的记忆, 灵魂抗拒地心引力,
访光梦蓝瓣薰衣草上,
观察雨丝悬挂空气中
获并反射宇宙之外


我们能否做到突飞猛进,
向前迈一步,
一起观察未来并回归,
看一眼万物的理论?


今天我们都需要的是几根弦
一些甜蜜、神秘的代数梦想,
沿着空
间诗学和一个小黑洞
微型
通道以送我们一程
***

***

ΗΧΩ

Ψάξε μες στη μνήμη, ψυχή που αψηφεί βαρύτητα
φως που ονειρεύεται το γαλάζια πέταλα λεβάντας
πρόσεξε τις σταγόνες που στροβιλίζονται στον αέρα
κι αντανακλούν την οικουμένη συλλαμβάνοντας

θα μπορούσαμε άραγε να κάνουμε το κβαντικό άλμα
ένα βήμα προς τα μπρος
να παρατηρήσουμε το μέλλον επιστρέφοντας
μια ματιά να ρίξουμε στν θεωρία του όλου;

Αυτό που χρειαζόμαστε σημερα είναι μερικά
γλυκά μυστηριώδη μαθηματικά όνειρα
μικροσκοπικά μονοπάτια στον ποιητικό χώρο
και μια μικρή οπή να μας παρει μαζί της

(Sultan Catto)

 

Recueil: ITHACA 603
Traduction: Français Germain Droogenbroodt Elisabeth Gerlache / USA / Espagnol Rafael Carcelén / Néerlandais Germain Droogenbroodt / Italien Luca Benassi / Portugais José Eduardo Degrazia / Roumain Gabriela Căluțiu Sonnenberg / Chinois William Zhou / Hébreu Dorit Wiseman / Grec Manolis
Aligizakis /
Editions: POINT

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Ce que toutes les cosmogonies des grandes religions illustrent (Christiane Singer)

Posted by arbrealettres sur 7 septembre 2020




Illustration: ArbreaPhotos
    

Ce que toutes les cosmogonies des grandes religions illustrent
et que la physique quantique a mis en évidence,
c’est qu’une partie de l’univers est (dans) celui qui l’observe.

(Christiane Singer)

 

Recueil: Où cours-tu ? Ne sais-tu pas que le ciel est en toi ?
Traduction:
Editions: LE LIVRE DE POCHE

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L’omoplate de la nuit (Serge Pey)

Posted by arbrealettres sur 16 juillet 2020


 

Duy Huynh -   (39)

I. L’omoplate
II. de la nuit
III. cherche son squelette

IV. Un poème est une affirmation
V. d’apparence contradictoire
VI. ou contraire à l’opinion reçue
VII. qui déborde toutes les opinions

VIII. La part de vérité
IX. d’un poème déborde
X. de la vérité générale

XI. Toute conclusion d’un poème
XII. est un poème lui-même
XIII. qui déborde toute les conclusions
XIV. et le poème lui-même
XV. attaque la conclusion
XVI. qui le déborde
XVII. La posture du poète est
XVIII. celle de l’oeil du cyclone
XIX. Aucun poème n’est extérieur
XX. à la chose qu’il décrit

XXI. À l’intérieur de l’oeil du cyclone
XXII. rien ne se meut
XXIII. et le poète peut observer le mouvement
XXIV. violent des contradictions

XXV. Le seul danger pour le poète est de sortir
XXVI. ou de traverser le cyclone
XXVII. en sortant de l’oeil

XXVIII. Le travail d’un poète
XXIX. consiste à revenir
XXX. d’où il est venu

XXI. L’extrémité du centre
XXII. sa propre disparition

XXXIII. inouïe

(Serge Pey)

Illustration: Duy Huynh

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Méfiance (Raymond Carver)

Posted by arbrealettres sur 4 juin 2020




    
Méfiance

Essayant d’écrire un poème alors qu’il fait encore noir dehors,
il a la sensation incontestable d’être observé.
Posant la plume il regarde autour de lui. Au bout d’une minute,
il se lève pour parcourir les pièces de sa maison.
Il vérifie les placards. Rien, bien sûr.
N’empêche, il ne veut courir aucun risque.
Il éteint les lampes et s’assied dans le noir.
Fumant sa pipe jusqu’à ce que la sensation se soit dissipée
et que dehors monte la lumière. Il regarde
la feuille blanche devant lui. Puis se lève
pour faire encore une fois le tour de la maison.
Le bruit de sa respiration l’accompagne.
Autrement rien. Évidemment.
Rien.

(Raymond Carver)

 

Recueil: Poésie
Traduction: Jacqueline H. jeem-Pierry Carasso et Emmanuel Moses
Editions: De l’olivier

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Quels sont ces propos… (Sri Aurobindo)

Posted by arbrealettres sur 22 mars 2020



Illustration: Otto Dix
    
Quels sont ces propos…

Quels sont ces propos de tueur et de tué ?
Les glaives ne sont point assez aiguisés ni les flots assez puissants
pour éteindre le feu de notre âme. La mort et la douleur
sont pures conventions d’un plus noble théâtre.
Tel un héros pourchassé par son destin
tombe comme un pilier arraché du monde immense,
ébranlant le coeur des hommes, et que rempli d’effroi
l’auditoire se tait ou pleure, vaincu par le chagrin,
tandis que derrière la scène l’acteur soupire
de soulagement, ôte son masque
et parle aux amis qui l’attendent, ou des coulisses
observe l’accalmie de la scène finale –
de même l’esprit indemne des tués
s’éloignant de nos yeux, ne cesse pas de vivre.

(Sri Aurobindo)

 

Recueil: Poésie
Traduction: Français Cristof Alward-Pitoëff
Editions: Sri Aurobindo Ashram Trust

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