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Poésie

Posts Tagged ‘espoir’

Un mot encore (Robert Momeux)

Posted by arbrealettres sur 21 juillet 2021



Un mot encore

Je t’aime.

Ce matin il n’y a plus de fleurs.
Le ciel s’est renversé.
Les statues sont mortes une seconde fois.
O destin !
Malheureux destin !

Il me reste tes mains que je ne puis baiser.
Je marche vers cet horizon qui bouge,
on dirait des rameurs.
Le vent qui s’est levé fait battre des coeurs
dans le frémissement des arbres.
Mais personne ne sait que je t’ai attendue.
Pourtant j’ai patienté si longtemps, les rues étaient très sombres.
Au couchant les peupliers devenaient roses
et mon enfance s’est toute entière
passée derrière ces meules de froid dures et noires.
C’est comme des vendanges qu’on n’oserait plus faire.
A présent, tu es là pour quelques instants encore.

Ensuite, ce sera à nouveau cette angoisse
qui pèse plus lourd que toutes les tristesses.
Des fenêtres s’allumeront encore
mais nous savons bien qu’il reste peu d’espoir.

Je t’aime.

Il me reste tes mains que je voudrais briser.
La vie ce serait d’être autre chose que ce fantôme malhabile.
Ces bulles légères qui éclatent sont des rêves qui n’ont pas su.
En avons-nous rencontré de ces errants splendides !
Des nappes de musique déferlent
et rien ne reste qu’une petite lampe qui clignote dans la brume.

Des enfants marchent dans les sentiers pleins d’ombre.
On sait bien qu’ils n’atteindront pas le but, pourtant une ardente nostalgie les mène.
Peut-être qu’ils iront où nous n’avons pas su aller.

(Robert Momeux)

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Des profondeurs de l’enfer de la terre (Franz Hellens)

Posted by arbrealettres sur 15 juillet 2021


 


Kathryn Jacobi 17

Des profondeurs de l’enfer de la terre
Je crie vers vous, lumière
De midi, nuages, ciel étoilé,
Gouffre du ciel insensible
A nos maux comme aux sources du blé,
Fureur des éléments et dont l’homme est la cible,
Calme trompeur des eaux suspendues
Et des trous dans le ciel
Par où filtre l’espoir, ce fiel
Que distillent les nues,
Dont chaque étoile
Est une goutte qui tombe
Dans notre bouche ouverte comme un puits
Plus sec que le fond de la tombe,

(Franz Hellens)

Illustration: Kathryn Jacobi

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Destin (Robert Momeux)

Posted by arbrealettres sur 14 juillet 2021



Destin

Une femme descend dans les flammes
Et un grand vent l’essuie j’ai perdu tout espoir
De revenir jamais où les loups s’entr’aimaient

Où les loups s’entr’aimaient
Au plus profond du bois

Une foule chante dans les rues
De qui donc est-ce la fête
Ou bien quel événement soudain
Fait relever toutes les têtes

Jamais je n’aurai le temps
D’aimer tout ce monde

(Robert Momeux)


Illustration: Salvador Dali


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Quand j’écoute et n’entends pas (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 11 juillet 2021




Quand j’écoute et n’entends pas,
quand je regarde sans voir,
quand je marche sans un pas,
quand mon soleil devient noir,

je disparais sans mourir,
je vis sans un mouvement.
Nul espoir nul souvenir
dans les forges du moment.

Fondre? Soit, mais pour renaître!
Finir pour recommencer!
Le monde est à reconnaître
sur les chemins effacés.

(Jean Tardieu)

Illustration: Joseph Galante

 

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SONATE (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 11 juillet 2021



 

SONATE

Plus rien entre le ciel et moi sinon le temps!
Je ne suis nulle part ailleurs que dans les ailes
invisibles de l’air qui battent faiblement
sous l’espace noyé par sa pluie éternelle.

Quel secret demander à ce désert savant ?
Quel secours sinon lui, quelle heure sinon celle
qui s’arrête!… La feuille est veuve de tout vent;
il suffit d’écouter et d’attendre comme elle.

Nul pas ne reviendra sur ce champ spacieux;
tout est déjà mémoire au front calme des dieux
et pour être plus près de leur lointain silence,

ouvre en toi-même un flot égal à ce qui fuit,
sans regret, sans espoir et sans autre présence
que ce coeur encor lourd d’immémoriale nuit.

(Jean Tardieu)

Illustration: Lauri Blank

 

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Espoir (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 29 juin 2021



Espoir

Dans cet univers en attente
Je peins de la lumière
Sur l’ombre du mur
Des papillons sur les fleurs
Du jardin abandonné
Des vagues sur le fleuve asséché
Des flammes dans le foyer éteint
Des épis de blé ou de riz
Sur le sable des déserts
Et des étoiles sur les cailloux

Je peins le ciel d’un bleu plus pur
La rivière d’un vert d’eau plus claire
Et le soir en rouge
Pour égayer le paysage

Je peins des feuilles
Sur les arbres morts
De la joie sur les matins gris
Et les jours de pluie
Des messages d’amour
Sur les vents soufflant du Nord
Et des sourires retrouvés
Sur les lèvres blessées
Des filles violentées

Je peins sur les vitres
La vision de l’espace à conquérir
Et l’espoir de rebâtir
Sur les ruines des villes.

(Jean-Baptiste Besnard)


Illustration

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L’espoir (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 23 juin 2021


espoir

L’espoir serpente
A travers nos sols
Pétris d’ombres
Et de lueurs

L’espoir bifurque
Puis s’élève
Vers les soleils
A venir

(Andrée Chedid)

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MON P’TIT VOYOU (Léo Ferré)

Posted by arbrealettres sur 15 juin 2021



 

Aaron Westerberg (13) [1280x768] [1280x768]

MON P’TIT VOYOU

Quand tout est gris
J’en bourre ma pipe à gamberger
D’ailleurs la vie m’a culotté
Quand tout est gris
J’en mets partout dans ta carrée
Y a pas de raison que je te laisse griser
La vie mon petit voyou
Ça se dresse un point c’est tout

Quand tout est bleu
Y a le permanent dans tes quinquets
Les fleurs d’amour s’foutent en bouquet.
Quand tout est bleu
C’est comme un train qui tend ses bras
Y a pas de raison que j’ne te prenne pas
La vie mon petit voyou
Ça se prend par le bon bout

Quand tout est vert
Et qu’la nature bat ses tapis
On y a joué tous nos habits
Quand tout est vert
C’est comme l’espoir qui va tout nu
On l’a fringué comme on a pu
La vie mon petit voyou
Ça se vend à des prix fous

Quand tout sera noir
Et qu’on fumera des fleurs fanées
On s’en repassera les mêmes goulées
Quand tout sera noir
Les petits oiseaux pourront becqueter
Aux mots d’amour qu’on a causé
Alors mon petit voyou
La vie qu’est-ce qu’on s’en fout

(Léo Ferré)

Illustration: Aaron Westerberg

 

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Je ne veux pas qu’elle soit morte (Albert Cohen)

Posted by arbrealettres sur 30 mai 2021



Je ne veux pas qu’elle soit morte.
Je veux un espoir, je demande un espoir.
Dieu de ma mère, mon Dieu que j’aime
malgré mes blasphèmes de désespoir.
Je T’appelle au secours.

Aie pitié de ce mendiant abandonné au coin du monde.
Je n’ai plus de mère, je n’ai plus de maman,
je suis tout seul et sans rien
et j’appelle vers Toi qu’elle a tant prié.

Donne-moi la foi en Toi,
donne-moi la croyance en une vie éternelle.
Cette croyance, je l’achèterais au prix d’un milliard d’années en enfer.
Car après ce milliard d’années en enfer où l’on Te nie,
je pourrai revoir ma mère qui m’accueillera,
sa petite main timidement à la commissure de sa lèvre.

(Albert Cohen)

Illustration

 

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Chanson de l’année tragique (Edmond Jabès)

Posted by arbrealettres sur 2 avril 2021



Janvier, la neige rouge
Interdit l’avenir.

Tous les râles, Février,
Tous les râles conspirent

Mars, la voix des morts
Surprend les traînards.

Tous les râles, Avril,
Tous les râles fleurissent.

Mai, la terre joue
A changer de visage.

Tous les râles, Juin,
Tous les râles saignent.

Juillet, l’espoir crève
Comme un chien galeux.

C’est en Août qu’autrefois
On fêtait les montagnes.

Tous les râles, Septembre,
Tous les râles grondent.

Octobre, un désespéré
Fait des signes à la terre.

Soleil, Novembre, soleil
Réchauffe un peu la terre.

Une nuit de Décembre
J’ai péri de t’attendre.

(Edmond Jabès)

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