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Poésie

Posts Tagged ‘espoir’

Le Coeur du Monde (Luciole)

Posted by arbrealettres sur 29 mars 2017



Le Coeur du Monde

Ils sont
La sève des arbres
Le coeur du monde
Les yeux de l’aveugle
La substance des choses

Ils sont
Les forces souterraines
Animant les étoiles
Donnent à l’univers
Sa structure et sa forme

Ils sont
Le cri de révolte
De la vie torturée
Lavent de leur corps
La plaie de la corruption

Ils sont
Le regard du naufragé
Tendant les mains
Vers une promesse trahie
Vers un avenir achevé

Ecoutez-les
Ils ont
Mille visages
Ils sont de toujours
Ils enlacent l’infini
En une gerbe lumineuse

Quand l’un d’eux disparaît
S’éteint une étoile dans le ciel

Car chaque soleil qui meurt
Assombrit la nuit des humains

M’abandonne à la nuit
M’abandonne l’espoir
De demain

(Luciole)

https://petalesdecapucines.wordpress.com/

Illustration: Antonio Chacon

 

 

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VISAGE D’AVRIL (Christiane Barrillon)

Posted by arbrealettres sur 22 mars 2017



VISAGE D’AVRIL

J’aime entrouvert
le velours vert
de ton col de collines
pour y poser
un nid de baisers,
une aile d’églantine

J’aime fondant
entre mes dents
sucer ce lobe
de sucre vermeil
où boucle d’or,
boucle d’oreille,
tu pinces le soleil

Caresser ta joue,
ronde et lisse ombelle,
visage d’avril,
et d’un doigt subtil
suivre le tracé
de ton sourcil en
vol d’hirondelle

Monter en ballon
dans le bleu de tes yeux,
sous l’ombre des cils
léger dans les cieux,
monter si haut
que dans la nacelle
pris de vertige
mon coeur chancelle

Et suspendu ainsi jusqu’au soir
à trembler de peur
et d’espoir,
j’attends , avec mes oiseaux-rêves
qui dans ton ciel
tournent en rond ,
à la frange fleurie
des branches sur ton front…

(Christiane Barrillon)

Illustration: Dina Shubin

 

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L’Amour de Jérusalem (Yehuda Amichai)

Posted by arbrealettres sur 21 mars 2017



L’Amour de Jérusalem

Il y a une rue où l’on ne vend que viande rouge
et une rue où l’on ne vend qu’habits et parfums.
Il y a des jours où je ne vois qu’êtres jeunes et beaux,
et des jours où je ne vois qu’infirmes, aveugles,
lépreux, faces convulsées et rictus.

Ici on construit une maison et là on détruit
ici on creuse la terre
et là on creuse le ciel,
ici on s’assoit et là on marche
ici on hait et là on aime.

Mais celui qui aime Jérusalem
dans les guides touristiques ou les livres de prières
ressemble à celui qui aime une femme
selon le Kama sutra.

Parfois Jérusalem est une ville de couteaux :
même les espoirs de paix sont affûtés pour trancher dans
la difficile réalité, ils s’émoussent ou se cassent.

Les cloches des églises font tellement d’efforts de paix
qu’elles deviennent lourdes, comme un pilon qui broie
dans le mortier
des voix lourdes, graves et remuantes.

Et lorsque
le chantre et le muezzin entonnent leur chant
surgit le cri tranchant :
notre seigneur notre Dieu à tous est un Dieu
un et affûté.

(Yehuda Amichai)

 

 

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Un grand Espoir s’écroula (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 20 mars 2017



Un grand Espoir s’écroula
On ne perçut aucun bruit
Au-dedans était la Ruine
Ô Naufrage sournois
Qui ne se Trahit pas
Et n’admit nul Témoin

L’esprit bâti pour une Charge immense
Conçu pour la tourmente
Sombrant en Mer tant de fois
Et sur Terre, ostensiblement

Un refus de m’avouer la blessure
Et tant elle s’élargit
Que toute ma Vie s’y engouffra
Autour, ce n’étaient que failles –

Rabattu le simple couvercle qui bâillait au soleil
Jusqu’à ce que le tendre Menuisier
A jamais le cloue –

***

A great Hope fell
You heard no noise
The Ruin was within
Oh cunning Wreck
That told no Tale
And let no Witness in

The mind was built for mighty Freight
For dread occasion planned
How often foundering at Sea
Ostensibly, on Land

A not admitting the wound
Until it grew so wide
That all my Life had entered it
And there were troughs beside –

A closing of the simple lid that opened to the sun
Until the tender Carpenter
Perpetual nail it down –

(Emily Dickinson)


Illustration: Jacob-Peter Gowi

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Dieu – à toutes les Portes – (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 18 mars 2017


portes

Notre Voyage était avancé –
Nos pieds avaient atteint presque
Cette étrange Croisée sur la Route de l’Etre –
Son terme – Eternité –

Notre marche soudain s’effraie –
Nos pieds – réticents – nous entraînent –
Devant – s’offrent des Villes – mais en Deçà –
C’est la Forêt des Morts –

De retraite – nul Espoir –
Derrière – une Route Bloquée –
Devant – le Drapeau Blanc de l’Eternité –
Et Dieu – à toutes les Portes –

(Emily Dickinson)

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Invocation à la Lune (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 17 mars 2017



Invocation à la Lune

Ô Lune chasseresse aux flèches très légères,
Viens détruire d’un trait mes amours mensongères !
Viens détruire les faux baisers, les faux espoirs,
Toi dont les traits ont su percer les troupeaux noirs !

Toi qui fus autrefois l’Amie et la Maîtresse,
Incline-toi vers moi, dans ma grande détresse !…
Dis-moi que nul regard n’est divinement beau
Pour qui sait contempler le grand regard de l’eau !…

O Lune, toi qui sais disperser les mensonges,
Eloigne le troupeau serré des mauvais songes !
Et, daignant aiguiser l’arc d’argent bleu qui luit,
Accorde-moi l’espoir d’un rayon dans la nuit !

O Lune, toi qui sais rendre l’âme à soi-même
Dans sa vérité froide, indifférente et blême !
O toi, victorieuse adversaire du jour,
Accorde-moi le don d’échapper à l’amour !

(Renée Vivien)

Illustration: James Sant

 

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Diamant du coeur (Théophile Gautier)

Posted by arbrealettres sur 16 mars 2017


 


 

Albert Asensio   _500

Diamant du coeur

Tout amoureux, de sa maîtresse,
Sur son coeur ou dans son tiroir,
Possède un gage qu’il caresse
Aux jours de regret ou d’espoir.

L’un d’une chevelure noire,
Par un sourire encouragé,
A pris une boucle que moire
Un reflet bleu d’aile de geai.

L’autre a, sur un cou blanc qui ploie,
Coupé par derrière un flocon
Retors et fin comme la soie
Que l’on dévide du cocon.

Un troisième, au fond d’une boîte,
Reliquaire du souvenir,
Cache un gant blanc, de forme étroite,
Où nulle main ne peut tenir.

Cet autre, pour s’en faire un charme,
Dans un sachet, d’un chiffre orné,
Coud des violettes de Parme,
Frais cadeau qu’on reprend fané.

Celui-ci baise la pantoufle
Que Cendrillon perdit un soir ;
Et celui-ci conserve un souffle
Dans la barbe d’un masque noir.

Moi, je n’ai ni boucle lustrée,
Ni gant, ni bouquet, ni soulier,
Mais je garde, empreinte adorée
Une larme sur un papier :

Pure rosée, unique goutte,
D’un ciel d’azur tombée un jour,
Joyau sans prix, perle dissoute
Dans la coupe de mon amour !

Et, pour moi, cette obscure tache
Reluit comme un écrin d’Ophyr,
Et du vélin bleu se détache,
Diamant éclos d’un saphir.

Cette larme, qui fait ma joie,
Roula, trésor inespéré,
Sur un de mes vers qu’elle noie,
D’un oeil qui n’a jamais pleuré !

(Théophile Gautier)

Illustration: Albert Asensio

 

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J’ai cessé de sourire (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 16 mars 2017



J’ai cessé de sourire,
Le vent glacé sèche les lèvres,
J’ai perdu encore un espoir.
J’y gagnerai encore une chanson.

Cette chanson, malgré moi,
Je la livre aux rires, aux injures,
Parce que le silence amoureux
Est pour l’âme une souffrance insupportable.

(Anna Akhmatova)

Illustration: Arthur Braginsky

 

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Il est vrai qu’il n’y a pas assez de beauté dans le monde (Louise Glück)

Posted by arbrealettres sur 14 mars 2017



Il est vrai qu’il n’y a pas assez de beauté dans le monde.
Il est vrai aussi qu’il n’est pas de ma compétence de lui en redonner.
(…)

Je suis
au travail, bien que silencieuse.

La fade

misère du monde
nous serre de chaque côté, comme une allée

bordée d’arbres ; nous sommes

ensemble ici, sans parler,
chacun dans ses pensées ;

derrière les arbres le fer forgé
des portails de maisons privées,
pièces aux volets fermés,

l’air désert, abandonné,

comme si l’artiste avait
le devoir de créer
de l’espoir, mais avec quoi ? avec quoi ?

le mot lui-même,
faux, un artifice pour réfuter
la perception – À l’intersection,

les lumières ornementales de la saison.

J’étais jeune alors. Voyageant
en métro avec mon petit livre
comme pour me défendre

contre ce même monde :

tu n’es pas seule,
disait le poème,
dans le sombre tunnel.

***

It is true there is not enough beauty in the world.
It is also true that I am not competent to restore it.
Neither is there candor, and here I may be of some use.

I am
at work, though I am silent.

The bland

misery of the world
bounds us on either side, an alley

lined with trees; we are

companions here, not speaking,
each with his own thoughts;

behind the trees, iron
gates of the private houses,
the shuttered rooms

somehow deserted, abandoned,

as though it were the artist’s
duty to create
hope, but out of what? what?

the word itself
false, a device to refute
perception-At the intersection,

ornamental lights of the season.
I was young here. Riding
the subway with my small book
as though to defend myself against

this same world:

you are not alone,
the poem said,
in the dark tunnel.

(Louise Glück)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

 

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A QUELQUES PASSANTES (Louis Duchosal)

Posted by arbrealettres sur 14 mars 2017



A QUELQUES PASSANTES

Mon âme est en fleur comme au mois de mai,
Et mon rêve arbore un drapeau de joie…
O le bon rayon que le ciel m’envoie!
Ma vie est un chant, mon cœur est aimé.

Tout le désespoir qui mouille ce livre
Provenait d’un pli de rose en mon lit,
Mon cœur est oiseau dans le bois de l’oubli…
Comme l’air est doux, comme il fait bon vivre!

Bonjour grand soleil: voici mon espoir,
Voici mon orgueil, fais-leur un peu signe;
Ils voulaient la grappe, ils ont une vigne;
Je t’offre un baiser, étoile du soir.

Je suis comme un roi, je porte une épée
Et l’ambition me brûle le sang;
Je vais te conter mon âme, ô passant!
Mon cheval hennit pour une épopée.

(Louis Duchosal)

 

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