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Poésie

Posts Tagged ‘espoir’

L’Enfant démon (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 19 février 2018



Illustration: Guillaume Seignac
    
L’Enfant démon

1
La forêt s’endort au flanc des monts
Tu t’endors comme un enfant démon
Tu t’endors comme une pierre
Un petit caillou
Prends bien garde enfant démon le soir
Un fantôme à ce banc vient s’asseoir
Sans yeux sans paupières
Mon enfant démon

Refrain
Caressante
Enfant démon
Quand tu chantes
Enfant démon
Dans tes yeux je vois des roses
Au rosier de tes paupières closes
Sur tes lèvres
Je vois du sang
Et ma fièvre
Va montant
Mon enfant démon
Mon enfant démon
Endors-toi démon bel enfant
Mon bel enfant.

2
Ne t’endors pas là enfant démon
Sous le ciel à travers champs et monts
Ne t’endors pas sur les pierres
Et sur les cailloux
Dans mon lit viens t’endormir ce soir
Viens dormir dans mes bras pleins d’espoir
Ouvre tes paupières
Mon enfant démon.

(Robert Desnos)

 

Recueil: Les Voix intérieures
Traduction:
Editions: L’Arganier
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Chant de la jeunesse (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 18 février 2018



 

Illustration: Marc Riboud
    
Chant de la jeunesse

1
Au clair matin des jours de fête
Amis partons sur le chemin
En mer j’entends crier les mouettes
Chantons l’espoir des lendemains.

Refrain
Jeunesse ah qu’il fait bon vivre
Marchant droit vers le but
Car notre espoir nous délivre
Notre joie est notre salut.

2
Chantons l’espoir et la jeunesse
Si le chemin pour nos aînés
Connut la peine et la tristesse
Joyeux il faut le continuer.

3
Joyeux il faut lui faire atteindre
Un beau pays si fraternel
Que tous y puiss’nt vivre sans craindre
La vie et ses travaux réels.

4
Travaux réels ceux-là qui donn’nt
À l’homme joie santé bonheur
Vingt ans! pour nous notre heure sonne
Nous sommes les futurs vainqueurs.

5
Le ciel la mer la terr’ féconde
Aux grands travaux offrent leur sein
Fini(e)s la peur la guerre immonde
Fini le temps des assassins!

6
La main tendu(e) à tous nos frères
Amis marchons sans nulle peur
Nous sommes forts et sans colère
Nous sommes les jeunes vainqueurs.

(Robert Desnos)

 

Recueil: Les Voix intérieures
Traduction:
Editions: L’Arganier

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Le papillon malade (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 16 février 2018



 

Le papillon malade

Apologue

Las des fleurs, épuisé de ses longues amours,
Un papillon dans sa vieillesse
(Il avait du printemps goûté les plus beaux jours)
Voyait d’un oeil chagrin la tendre hardiesse
Des amants nouveau-nés, dont le rapide essor
Effleurait les boutons qu’humectait la rosée.
Soulevant un matin le débile ressort
De son aile à demi-brisée :

 » Tout a changé, dit-il, tout se fane. Autrefois
L’univers n’avait point cet aspect qui m’afflige.
Oui, la nature se néglige ;
Aussi pour la chanter l’oiseau n’a plus de voix.
Les papillons passés avaient bien plus de charmes !
Toutes les fleurs tombaient sous nos brûlantes armes !
Touchés par le soleil, nos légers vêtements
Semblaient brodés de diamants !
Je ne vois plus rien sur la terre
Qui ressemble à mon beau matin !
J’ai froid. Tout, jusqu’aux fleurs, prend une teinte austère,
Et je n’ai plus de goût aux restes du festin !
Ce gazon si charmant, ce duvet des prairies,
Où mon vol fatigué descendait vers le soir,
Où Chloé, qui n’est plus, vint chanter et s’asseoir,
N’offre plus qu’un vert pâle et des couleurs flétries !
L’air me soutient à peine à travers les brouillards
Qui voilent le soleil de mes longues journées ;
Mes heures, sans amour, se changent en années :
Hélas ! Que je plains les vieillards !

 » Je voudrais, cependant, que mon expérience
Servît à tous ces fils de l’air.
Sous des bosquets flétris j’ai puisé ma science,
J’ai défini la vie, enfants : c’est un éclair !
Frêles triomphateurs, vos ailes intrépides
S’arrêteront un jour avec étonnement :
Plus de larcins alors, plus de baisers avides ;
Les roses subiront un affreux changement.

 » Je croyais comme vous qu’une flamme immortelle
Coulait dans les parfums créés pour me nourrir,
Qu’une fleur était toujours belle,
Et que rien ne devait mourir.
Mais le temps m’a parlé ; sa sévère éloquence
A détendu mon vol et glacé mes penchants :
Le coteau me fatigue et je me traîne aux champs ;
Enfin, je vois la mort où votre inconséquence
Poursuit la volupté. Je n’ai plus de désir,
Car on dit que l’amour est un bonheur coupable :
Hélas ! D’y succomber je ne suis plus capable,
Et je suis tout honteux d’avoir eu du plaisir.  »

Près du sybarite invalide,
Un papillon naissait dans toute sa beauté :
Cette plainte l’étonne ; il rêve, il est tenté
De rentrer dans sa chrysalide.

 » Quoi ! Dit-il, ce ciel pur, ce soleil généreux,
Qui me transforme et qui me fait éclore,
Mon berceau transparent qu’il chauffe et qu’il colore,
Tous ces biens me rendront coupable et malheureux !
Mais un instinct si doux m’attire dans la vie !
Un souffle si puissant m’appelle autour des fleurs !
Là-bas, ces coteaux verts, ces brillantes couleurs
Font naître tant d’espoir, tant d’amour, tant d’envie !
Oh ! Tais-toi, pauvre sage, ou pauvre ingrat, tais-toi !
Tu nous défends les fleurs encor penché sur elles.
Dors, si tu n’aimes plus ; mais les cieux sont à moi :
J’éclos pour m’envoler, et je risque mes ailes !  »

(Marceline Desbordes-Valmore)

 

 

 

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L’espoir (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 16 février 2018



 

Alexandre Jacques Chantron (1842 – 1918)

L’espoir

Je voudrais aimer autrement,
Hélas ! Je voudrais être heureuse !
Pour moi l’amour est un tourment,
La tendresse m’est douloureuse.
Ah ! Que je voudrais être heureuse !
Que je voudrais être autrement !

Vous dites que je changerai :
Comme vous je le crois possible,
Mon coeur ne sera plus sensible ;
Je l’espère, car je mourrai.
Oui ! Si la mort peut l’impossible,
Vous dites vrai, je changerai !

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration: Alexandre Jacques Chantron

 

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S’IL L’AVAIT SU (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 16 février 2018



Marceline Desbordes-Valmore
    
S’IL L’AVAIT SU

S’il avait su quelle âme il a blessée,
Larmes du coeur, s’il avait pu vous voir,
Ah ! si ce coeur, trop plein de sa pensée,
De l’exprimer eût gardé le pouvoir,
Changer ainsi n’eût pas été possible ;
Fier de nourrir l’espoir qu’il a déçu :
À tant d’amour il eût été sensible,
S’il avait su.

S’il avait su tout ce qu’on peut attendre
D’une âme simple, ardente et sans détour,
Il eût voulu la mienne pour l’entendre,
Comme il l’inspire, il eût connu l’amour.
Mes yeux baissés recelaient cette flamme ;
Dans leur pudeur n’a-t-il rien aperçu ?
Un tel secret valait toute son âme,
S’il l’avait su.

Si j’avais su, moi-même, à quel empire
On s’abandonne en regardant ses yeux,
Sans le chercher comme l’air qu’on respire,
J’aurais porté mes jours sous d’autres cieux.
Il est trop tard pour renouer ma vie,
Ma vie était un doux espoir déçu.
Diras-tu pas, toi qui me l’as ravie,
Si j’avais su !

(Marceline Desbordes-Valmore)

 

Recueil: Poésies
Traduction:
Editions: Gallimard

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VALSE (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 14 février 2018



 

Gaston Bussiere (1862-1929)      g

VALSE

I.

Loin du bal, dans le parc humide
Déjà fleurissaient les lilas ;
Il m’a pressée entre ses bras.
Qu’on est folle à l’âge timide !

Par un soir triomphal
Dans le parc, loin du bal,
Il me dit ce blasphème :
« Je vous aime ! »

Puis j’allai chaque soir,
Blanche dans le bois noir,
Pour le revoir
Lui mon espoir, mon espoir
Suprême.

Loin du bal dans le parc humide
Qu’on est folle à l’âge timide !

II.

Dans la valse ardente il t’emporte
Blonde fiancée aux yeux verts ;
Il mourra du regard pervers,
Moi, de son amour je suis morte.

Par un soir triomphal
Dans le parc, loin du bal
Il me dit ce blasphème :
« Je vous aime ! »

Ne jamais plus le voir…
À présent tout est noir ;
Mourir ce soir
Est mon espoir, mon espoir
Suprême.

Dans la valse ardente il l’emporte
Moi, je suis oubliée et morte.

(Charles Cros)

Illustration: Gaston Bussiere

 

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VALSE (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 14 février 2018



 

Illustration: Félix Vallotton
    
VALSE

Loin du bal, dans le parc humide
Déjà fleurissaient les lilas;
Il m’a pressée entre ses bras.
Qu’on est folle à l’âge timide!

Par un soir triomphal
Dans le parc, loin du bal,
Il me dit ce blasphème :
« Je vous aime! »

Puis j’allai chaque soir,
Blanche dans le bois noir,
Pour le revoir
Lui, mon espoir, mon espoir
Suprême.

Loin du bal dans le parc humide
Qu’on est folle à l’âge timide!

II
Dans la valse ardente il t’emporte
Blonde fiancée aux yeux verts;
ll mourra du regard pervers,
Moi, de son amour je suis morte.

Par un soir triomphal
Dans le parc, loin du bal
Il me dit ce blasphème :
«Je vous aime!

Ne jamais plus le voir…
A présent tout est noir;
Mourir ce soir
Est mon espoir, mon espoir
Suprême.

Dans la valse ardente il l’emporte.
Moi je suis oubliée et morte.

(Charles Cros)

 

Recueil: Le Collier de griffes
Traduction:
Editions: Gallimard

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LES VIGNES SONT GELEES… (Gaston Couté)

Posted by arbrealettres sur 10 février 2018




    
LES VIGNES SONT GELEES…

La vendange s’annonçait belle
Et l’espoir, pour nous,
En sourires de fleurs nouvelles
S’ouvrait au bout des jeunes pousses,
Mais, cette nuit, la lune rousse
A fait de ses coups !

Mon bel ami, les vignes sont gelées !
Tes deux arpents si verts sur le coteau,
Faut pas y songer !
Si l’on ne boit pas de vin cette année,
On boira de l’eau !

Si ta belle vendange est morte
La nuit du grand froid,
Nos vingt ans toujours bien se portent !
Les bourgeons roulent sous les souches
Mais il reste encor sur ma bouche
Des baisers pour toi !

Oui, nous n’irons pas en vendange
Dans les arpents blonds
Lorsque viendra la mi-septembre,
Mais dans le champ de nos caresses,
L’an tout au long, sans fin ni cesse,
Nous vendangerons !

Le vin doux dont l’âme pétille
Ne jaillira pas
Du pressoir aux rondes sébilles,
Mais de ton cœur tendre et farouche,
Comme du creux d’un pressoir rouge
L’Amour jaillira !

(Gaston Couté)

 

 

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LES YEUX BLEUS (Gaston Couté)

Posted by arbrealettres sur 10 février 2018



Illustration: Amedeo Bocchi  
    
LES YEUX BLEUS

A une dame aux yeux noirs

Vous m’avez dit dans un sourire,
Que les yeux bleus (souvent songeurs),
Semblaient refléter et décrire
Les intimes penchants des cœurs.

Vous m’avez dit – lèvres sincères –
Que vous aimiez ce bleu profond,
Où vos yeux trouvaient plus sévères
Ces regards où tout se confond.

Ces regards fixes qui résument
La haine ou la joie ou l’amour,
Ces regards bleus qui vous consument
Et font tout un siècle d’un jour.

Vous les adorez, chère Dame,
Aussi je les chante pour vous,
Mystique, divine est leur flamme ;
Vous les trouvez si doux… si doux!

Vous m’avez dit dans un sourire
Que ces yeux dictaient les espoirs.
Pourtant… (laissez-moi vous le dire)
Pourquoi vos beaux yeux sont-ils noirs ?

(Gaston Couté)

 

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L’aveugle de l’aube (Joë Bousquet)

Posted by arbrealettres sur 10 février 2018



 Illustration: Carle Van Loo  
    
L’aveugle de l’aube

Beau monde où la lumière est la parabole du don de chair
Pensée du monde où je passe enveloppé de ce qui pense
Tout s’oublie le réel est ce qu’on ne peut oublier
Il ne voulait qu’éveiller tout entre ses bras grandir dans ce qui le liait à son vœu
Les images ont fait la lumière plus seule et le vent et les jours

Je ne suis presque rien je suis ce qui me perd
Tombe pour devenir la main qui te retient
l’homme naît de rêver qu’il ne se connaît pas
Une femme est passée elle devient sont rêve
Rend à l’homme une chair en se prenant pour lui

La nuit a froid
Il est le jour d’avant ses yeux où son regard fit son asile
l’amour de son amour durera sans le voir
Sous tant de chants la même étreinte avec l’oubli la même absence

Il est ce qui la voit comme un espoir dont ce qu’il vit serait l’épreuve
Ton être a choisi ton malheur pour demeurer en toi
L’amour s’unit à ton amour t’écrase avec ce que tu es s’emplit d’un espoir d’outre-tombe
Qui t’enterre en se déterrant

Le son des cloches et l’aurore
et l’oiseau du froid dans ton souffle
entre les ailes de ton souffle
et qu’il soit plus près de toi que ton cœur

Ce que l’aurore a traversé entre les feuilles
et les eaux tous les fantômes des caresses
quand mon regard devient la chair de ce qu’il aime
et que rien ne lui ment

Mon cœur est enterré dans ce qui les éloigne
comme il a sa prison dans ce qui lie les jours
Femme je crie vers toi à travers ce qui passe
pour que mon corps soit mon secret comme le tien

(Joë Bousquet)

 

 

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