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Poésie

Posts Tagged ‘surprendre’

Le tombeau de Tchao-kiun (Chang Jian)

Posted by arbrealettres sur 25 novembre 2017




    
Le tombeau de Tchao-kiun

Elle n’eût point évité la mort
en restant au palais des Han,
Mais elle eût évité la douleur de mourir
seule loin de son pays,
Cette belle jeune fille
que ne purent racheter cent chameaux chargés d’or,
Et dont il reste à peine aujourd’hui
quelques ossements desséchés.

Le soir venu, nos chars furent retournés vers la frontière,
Mais les chevaux demeuraient immobiles,
personne ne se décidant à partir ;

Chacun maudissait
l’odieuse mémoire du peintre infidèle,

La lune nous surprit autour du tombeau ;
tous les yeux brillaient, mouillés de larmes.

(Chang Jian)

 

 

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Qui donc vous a surpris… (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 16 novembre 2017



Illustration: Luana Béatrice Lazar

    
Qui donc vous a surpris…

Qui donc vous a surpris, ô concert de parfums,
Musique résonnant comme au bord d’un abîme,
Vert chaleureux d’un pâtre en l’arc-en-ciel des cîmes,
Orage sombre pleurant sur nos bonheurs défunts.

Plus parfaits, plus moelleux qu’un contour mélodique,
Vous parlez à notre âme et ravagez nos sens,
Et vous nous caressez, tels des doigts frémissants,
Gestes enténébrés qu’aucun devin n’explique.

L’accord des buis amers et des oeillets musqués
Nous verse des liqueurs aux sûres attirances,
Je percois à travers leurs subtiles fragrances
Le piège que nous tend le désir embusqué.

Au secret éternel seul accent qui déroge,
Les parfums sont des fleurs aux vases du Léthé;
Plus clairs que le reflet des ruisseaux enchantés,
Les magiques miroirs que mon coeur interroge.

Fruits blets des bois rouillés, feuillages des sureaux,
Il suffit qu’au flacon merveilleux je m’abreuve
Pour que tout ce qui dort épars en moi s’émeuve,
Que s’agitent des morts au fond de leurs tombeaux.

Plus loin que la raison vaine et la conscience,
Jusqu’aux instincts gisants à jamais ignorés,
Dieux qu’on a détrônés, parfums, vous pénétrez:
Vous êtes l’infini distillant son essence.

(Marie Dauguet)

 

 

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Et ces odeurs… (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 16 novembre 2017



Illustration
    
Et ces odeurs…

Et ces odeurs où la divinité habite,
Odeur de sombre mousse, odeur de scolopendre
Près des ruisseaux vaseux, odeur autant qu’un mythe
Transparente, dont l’âpreté nous vient surprendre

Et violer! Bras noués, torse, cheveux rudes
Sur mes lèvres, chair folle à la mienne enlacée,
Fauve évocation peuplant la solitude
Pour une feuille d’or que le vent a froissée.

Pourquoi ce baiser lourd et qui me martyrise
Reste-t-il à ma bouche embaumé et tenace
Parce que dans la brume où la lande s’enlise
Un peu d’herbe se fane? Ame sanglante et lasse

Autant que la nature ensanglantée et lasse,
Ame avide, à travers ces parfums je devine
Les soupirs du Désir, je le sens qui m’embrasse
Comme un amant pressant son front sur ma poitrine.

(Marie Dauguet)

 

 

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Le Rappel à l’ordre (Jean Cocteau)

Posted by arbrealettres sur 28 octobre 2017



On a coutume de présenter la poésie comme une dame voilée,
langoureuse, étendue sur un nuage.
Cette dame a une voix musicale et ne dit que des mensonges.

Maintenant, connaissez-vous la surprise
qui consiste à se trouver soudain en face de son propre nom
comme s’il appartenait à un autre,
à voir, pour ainsi dire, sa forme et à entendre le bruit de ses syllabes
sans l’habitude aveugle et sourde que donne une longue intimité?
Le sentiment qu’un fournisseur , par exemple, ne connaît pas un mot qui nous paraît si connu,
nous ouvre les yeux, nous débouche les oreilles.
Un coup de baguette fait revivre le lieu commun.

Il arrive que le même phénomène se produise pour un objet, un animal.
L’espace d’un éclair, nous « voyons »
un chien, un fiacre, une maison,
« pour la première fois ».

Tout ce qu’ils présentent
de spécial, de fou, de ridicule, de beau
nous accable.
Immédiatement après,
l’habitude frotte cette image puissante avec sa gomme.
Nous caressons le chien,
nous arrêtons le fiacre,
nous habitons la maison.
Nous ne les voyons plus.
Voilà le rôle de la poésie.
Elle dévoile, dans toute la force du terme.
Elle montre nues,
sous une lumière qui secoue la torpeur,
les choses surprenantes qui nous environnent
et que nos sens enregistraient machinalement.

Inutile de chercher au loin des objets
et des sentiments bizarres
pour surprendre le dormeur éveillé.
C’est là le système du mauvais poète et ce qui nous vaut l’exotisme.
Il s’agit de lui montrer ce sur quoi son cœur,
son œil glissent chaque jour,
sous un angle et avec une vitesse tels qu’il lui paraît le voir
et s’en émouvoir pour la première fois.

Voilà bien la seule création permise à la créature.
Car s’il est vrai que la multitude des regards
patine les statues, les lieux communs, chefs-d’œuvre éternels,
sont recouverts d’une épaisse patine qui les rend invisibles et cache leur beauté.

Mettez un lieu commun en place, nettoyez-le, frottez-le,
éclairez-le de telle sorte qu’il frappe avec sa jeunesse
et avec la même fraîcheur, le même jet qu’il avait à sa source,
vous ferez œuvre de poète.

(Jean Cocteau)


Illustration: René Magritte

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Le merveilleux absent (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 19 octobre 2017




   
Le merveilleux absent

Le soleil a noyé le fleuve de son sang;
Près d’une eau violette
J’attendrai l’éternel et merveilleux absent
Dont le couchant dessine au loin la silhouette.

Et tout est immobile et d’un fixité…!
Les nombres et les êtres
Et l’espace et le temps ont cessé d’exister;
Seul un merle gazouille aux branchages d’un hêtre.

Pressant contre mon coeur la palme avec l’anneau,
Tulipe sur sa tige,
Je viendrai sur la rive en somptueux manteau;
Le soleil dans mon coeur lugubrement se fige.

Les prés sont de sardoine et le ciel est d’onyx.
Qu’il est cruel de tendre
Au merveilleux absent, sous les noirs tamaryx
Le geste de mes bras que la mort vient surprendre.

(Marie Dauguet)

 

 

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La nuit (Anna de Noailles)

Posted by arbrealettres sur 13 octobre 2017



Illustration
    
La nuit

Nuit sainte, les amants ne vous ont pas connue
Autant que les époux. C’est le mystique espoir
De ceux qui tristement s’aiment de l’aube au soir,
D’être ensemble enlacés sous votre sombre nue.

Comme un plus ténébreux et profond sacrement,
Ils convoitent cette heure interdite et secrète
Où l’animale ardeur s’avive et puis s’arrête
Dans un universel et long apaisement.

C’est le vœu le plus pur de ces pauvres complices
Dont la tendre unité ne doit pas s’avouer,
De surprendre parfois votre austère justice,
Et d’endormir parmi votre ombre protectrice
Leur amour somptueux, humble et désapprouvé…

(Anna de Noailles)

 

Recueil: Les forces éternelles

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Empreintes (Alain Fabre-Catalan)

Posted by arbrealettres sur 23 septembre 2017



 

Empreintes

Sur le bûcher de l’instant,
chaque mot résonne de fin silence
et se profère libre dans l’air.

À ce pur jaillissement,
ta voix murmure son allégeance
comme à un feu de paille
que tu ne peux surprendre,
à moins que ton œil n’écoute
l’éclosion des signes sur la page.

À cette unique respiration s’aiguise le souffle.

Son éclat dure autant que l’oiseau rebelle
sur la branche qui ploie à l’heure de l’envol,
indéchiffrable sous l’écume des vents.

Parmi les vagues révolues,
la chimère a pris corps sur le rivage
comme un cœur qui bat ainsi qu’à la volée,
on sème les lettres hâtives du désir.

(Alain Fabre-Catalan)

 

 

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Retourne entre les murs (Pierre Dhainaut)

Posted by arbrealettres sur 20 septembre 2017




Illustration: ArbreaPhotos
    

Retourne entre les murs de ces chambres profondes
En fermant les yeux comme en écoutant
y sommes-nous les premiers à surprendre
cette respiration qui traverse nos membres
et les oblige à tressaillir ?
Que nous réclame-t-elle ?

Ne plus dire la pierre étroite, épaisse,
dès que tout semble se contraindre,
ne plus dire la mort

(Pierre Dhainaut)

 

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Avec quels mots (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 9 septembre 2017



 

Boleslas Biegas 40328382_

Avec quels mots
Saisir les miettes
Du mystère
Qui nous enchâsse
Ou de l’énigme
Qui nous surprend ?

(Andrée Chedid)

Illustration: Boleslas Biegas

 

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Palais sous la Mer (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 17 août 2017




    
Palais sous la Mer

Puisque tu sus surprendre enfin mon coeur amer,
Je te découvrirai mon palais sous la mer !
Tu verras, comme on voit en des visions rares,
Les étranges corails, les éponges bizarres !

Je te découvrirai mes jardins, loin des vents,
Où chaque fleur respire, où les fruits sont vivants.
Puis tu verras les beaux poissons dont l’aile vole
Aussi légèrement que se dit la parole.

Tu verras le soir glauque et fuyant sous les eaux,
Et nous regarderons ainsi que des oiseaux
Passer la mouette ivre et des voiles sereines,
Et parfois chanteront, pour nous deux, les Sirènes !

(Renée Vivien)

 

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