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Poésie

Posts Tagged ‘surprendre’

Cette odeur de cendre (Gilbert Cesbron)

Posted by arbrealettres sur 31 décembre 2021




    
Cette odeur de cendre,
cette odeur d’encens :
La mort va descendre,
c’est elle qu’on sent !

La mort qu’on attend
depuis si longtemps
ne peut-elle attendre
encore un instant ?

À peine un instant :
seulement le temps
qu’un autre printemps
nous vienne surprendre ?

Que la feuille tendre,
l’oiseau qu’on entend
essaient de nous rendre
notre cœur battant ?

Que la pluie, le vent,
que le ciel lui-même,
le ciel exigeant

regrette un instant,
pleure un seul instant
cet homme qu’il aime ?

(Gilbert Cesbron)

 

 

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Surprendre l’ange (Jean Cocteau)

Posted by arbrealettres sur 13 novembre 2021


m-ange

il faudrait se retourner vite
n’importe comment
n’importe où
surprendre l’ange et le domaine


(Jean Cocteau)

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CHANGENT LES TEMPS… (Luis De Camôes)

Posted by arbrealettres sur 19 mai 2021




    

CHANGENT LES TEMPS…

Changent les temps et changent les désirs,
Et change l’être et change la confiance;
Tout l’univers est fait de changement,
Prenant toujours des qualités nouvelles.

Sans cesse nous voyons des nouveautés
Différentes en tout de notre attente;
Des maux, le souvenir garde la peine,
Et des biens, s’il y en eut, l’amer regret.

Le temps couvre le sol d’un vert manteau
Après l’avoir couvert de neige froide,
Et change en pleurs la douceur de mon chant.

Et non content de changer chaque jour,
Changeant ainsi il nous surprend encore,
Car il ne change plus comme il faisait jadis.

Sonnets, XXX.
Trad. Portugais : Anne-Marie Quint et Maryvonne Boudois.

***

MUDAM-SE OS TEMPOS…

Mudam-se os tempos, mudam-se as vontades,
Muda-se o ser, muda-se a confiança;
Todo o Mundo é composto de mudança,
Tomando sempre novas qualidades.

Continuamente vemos novidades,
Diferentes em tudo da esperança;
Do mal ficam as mágoas na lembranca,
E do bem, se algum houve, as saudades.

O tempo cobre o chão de verde manto
Que já coberto foi de neve fria,
E em mim converte em choro o doce canto.

E afora este mudar-se cada dia,
Outra mudança faz de mor espanto,
Que não se munda já como sofa.

(Luis De Camôes)

 

Recueil: Petite anthologie Poésie européenne
Traduction:
Editions: Singulières

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LA BOUCHE (Luc Decaunes)

Posted by arbrealettres sur 2 avril 2021



 

LA BOUCHE

Sur les bancs de l’école où tu n’as rien appris
C’est la chanson d’un avril endormi
Qui surprenait ta tête entrebâillée
Quand la neige des fleurs te remontait aux tempes
Comme un vol d’oiseaux fous dans l’azur du dimanche

C’est le chant d’un enfant que tu n’as pas connu
Ses mains avides ses pieds nus
Son mystère aux lèvres d’abeilles
Et ce grand rire clair qui lui mangeait les lèvres
Quand le soir rougeoyait aux vitres de la classe
Comme un poing renversé dans le sang des charrues

Sur les bancs de l’école avais-tu d’autres yeux
Pour menacer la vie aux griffes roses
Pour épier la fumée des images
Les beaux cahiers tachés du sang des livres
Et le monde à l’envers dans cette voix du maître
Qui faisait à ton coeur d’invisibles promesses

Avais-tu d’autres yeux pour convaincre ton rêve
Pour épouser les mots déconcertés
Au milieu des clameurs qui te brûlaient la tête
Quand tu ne savais plus ce que parler veut dire
A force d’oublier ta manière de vivre
Sur les bancs de l’école où tu n’as rien appris…

(Luc Decaunes)

Illustration: Robert Doisneau

 

 

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Elle est gravement gaie (Francis Jammes)

Posted by arbrealettres sur 28 janvier 2021



Illustration
    
Elle est gravement gaie.
Par moments son regard se levait
comme pour surprendre ma pensée.
Elle était douce alors comme quand il est tard
le velours jaune et bleu d’une allée de pensées.

(Francis Jammes)

 

Recueil: Clairières dans le Ciel
Traduction:
Editions: Gallimard

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Orange (Diana Burazer)

Posted by arbrealettres sur 19 janvier 2021



    

Orange
(ou poème d’amour)

Grosse et mûre, je la prends dans ma main gauche,
je la caresse de la droite,
mon index effleure presque tous ses plis.
Les noeuds,
où demeure sa tristesse durcie,
me surprennent toujours par leur taille.
De mes ongles, je fais une première incision.
Pas de résistance particulière,
pas de révolte.
En silence
une larme jaune
marque notre consentement
mutuel au pénible processus qui s’ensuit
et annonce le début.
Le reste en découle:
je lui dénude une épaule,
puis l’autre.
Ensuite la taille.

Bientôt entièrement nue
dans une fine chemisette transparente,
elle tremble devant nos yeux.

Vas-y, partage-la, elle a l’air bonne —
en attendant à une distance d’où
tout a l’air bon.
Je retarde mes derniers gestes
car je sais
qu’une fois nue et partagée
il sera difficile de garder
ne fût-ce que la mémoire
de sa beauté intégrale.

(Diana Burazer)

Traduit du croate par Vanda Miksic

Recueil: Voix Vives de méditerranée en méditerranée Anthologie Sète 2019
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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Myson (Jean-Pierre Claris de Florian)

Posted by arbrealettres sur 23 décembre 2020



    

Myson

Myson fut connu dans la Grèce
Par son amour pour la sagesse ;
Pauvre, libre, content, sans soins, sans embarras,
Il vivait dans les bois, seul, méditant sans cesse,
Et par fois riant aux éclats.
Un jour deux grecs vinrent lui dire :
De ta gaîté, Myson, nous sommes tous surpris :
Tu vis seul ; comment peux-tu rire ?
Vraiment, répondit-il, voilà pourquoi je ris.

(Jean-Pierre Claris de Florian)

 

Recueil: Fables
Traduction:
Editions:

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Ami où en sommes-nous de nos rêves de jeunesse ? (Abdellatif Laâbi)

Posted by arbrealettres sur 22 décembre 2020



 


    
Ami
où en sommes-nous
de nos rêves de jeunesse ?
Nous voulions surprendre le monde
Il nous a surpris

(Abdellatif Laâbi)
Extraits de « Petites choses »
Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

 

Recueil: L’arbre à poèmes Anthologie personnelle 1992-2012
Traduction:
Editions: Gallimard

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Le chat et le miroir (Jean-Pierre Claris de Florian)

Posted by arbrealettres sur 18 décembre 2020




    
Le chat et le miroir

Philosophes hardis, qui passez votre vie
À vouloir expliquer ce qu’on n’explique pas,
Daignez écouter, je vous prie,
Ce trait du plus sage des chats.
Sur une table de toilette
Ce chat aperçut un miroir ;
Il y saute, regarde, et d’abord pense voir
Un de ses frères qui le guette.
Notre chat veut le joindre, il se trouve arrêté.
Surpris, il juge alors la glace transparente,
Et passe de l’autre côté,
Ne trouve rien, revient, et le chat se présente.
Il réfléchit un peu : de peur que l’animal,
Tandis qu’il fait le tour, ne sorte,
Sur le haut du miroir il se met à cheval,
Deux pattes par ici, deux par là ; de la sorte
Partout il pourra le saisir.
Alors, croyant bien le tenir,
Doucement vers la glace il incline la tête,
Aperçoit une oreille, et puis deux… à l’instant,
À droite, à gauche il va jetant
Sa griffe qu’il tient toute prête :
Mais il perd l’équilibre, il tombe et n’a rien pris.
Alors, sans davantage attendre,
Sans chercher plus longtemps ce qu’il ne peut
Comprendre,
Il laisse le miroir et retourne aux souris :
Que m’importe, dit-il, de percer ce mystère ?
Une chose que notre esprit,
Après un long travail, n’entend ni ne saisit,
Ne nous est jamais nécessaire.

(Jean-Pierre Claris de Florian)

 

Recueil: Fables
Traduction:
Editions:

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Je crois à l’opacité solitaire (Zéno Bianu)

Posted by arbrealettres sur 1 décembre 2020



je crois à l’opacité solitaire
au pur instant de la nuit noire
pour rencontrer sa vraie blessure
pour écouter sa vraie morsure
je crois à ces chemins
où le corps avance dans l’esprit
où l’on surprend
le bruit de fond des univers
par ces yeux
que la nuit
a pleurés en nous
par ces yeux que la vie
a lavés en nous
je crois comme Trakl
qu’il faut habiter la lumière
par un long questionnement
sans réponse
je crois à Zoran Music
dessinant ses fagots de cadavres
sur de mauvais papiers
trouvant encore la vie
au fond du désarticulé
au fond de l’incarné
au fond de l’éprouvé
exorciste
vertical
je crois aux cassures
de fièvre
aux sursauts de nuit
aux césures de nerf
je crois
qu’il faut prendre appui
sur le vent
s’agenouiller en mer
et se vouer
à l’infini

(Zéno Bianu)

 

 

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