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Poésie

Posts Tagged ‘franchir’

Je dois me mettre en marche (Christiane Singer)

Posted by arbrealettres sur 2 septembre 2020




    
Je dois me mettre en marche,
sachant que comme tous ceux qui m’ont précédée,
je n’arriverai nulle part,
que comme tous ceux qui sont partis avant moi,
j’échouerai,
que je vais vers ma défaite certaine
et que pourtant tout cela n’est pas le moins du monde triste.

Personne n’exige de moi que je réussisse,
mais seulement que je franchisse un pas en direction de la lumière.

L’important n’est pas que je porte le flambeau jusqu’au bout,
mais que je ne le laisse pas s’éteindre.

(Christiane Singer)

 

Recueil: Où cours-tu ? Ne sais-tu pas que le ciel est en toi ?
Traduction:
Editions: Le livre de poche

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Retouche à la chaleur (Daniel Boulanger)

Posted by arbrealettres sur 24 juillet 2020



Retouche à la chaleur

celle qui se dénude
entre les miroirs
le jour aux grands yeux la dévore

d’autres mains que les siennes
sauront franchir les gaves les collines

leur mettre un peu de nuit

(Daniel Boulanger)

Illustration: Francine Van Hove

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PAYS DU FOND DE MOI (Gilles Vigneault)

Posted by arbrealettres sur 11 juin 2020


 


Hugues Roussel Québec 0

 

PAYS DU FOND DE MOI

Pays du fond de moi
Sache que je te suis fidèle
Et que la planète est fragile
Autour de toi

Nul ne franchit jamais
D’autre frontière
Que le doux incertain
De tes mirages
Clôtures mal fermées
De l’enfance juteuse
Je vous franchis à gestes ralentis
Comme dans la lenteur des rêves
Un caillou dans tes puits
Tombe indéfiniment
Dans la patience noire
Vive stable et sereine de l’Eau

Pays du fond de moi
Sache que je te suis semblable
Et que les planètes sont multiples
Autour de toi

Je ne t’écris pas souvent
Aussi n’as-tu point à me répondre
Nous nous sommes parlé
Pour toujours
Je retrouve dans mes bagages
Les premières cartes postales
Du monde

(Gilles Vigneault)

Illustration: Hugues Roussel

 

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Bai-di (Du Fu)

Posted by arbrealettres sur 20 avril 2020




    
Bai-di

Dans Bai-di, les nuages franchissent les portiques
Sous Bai-di, la pluie tombe à faire crouler le ciel
Haut fleuve, gorge étroite : éclair et tonnerre se combattent
Arbres verts, sombres lianes : soleil et lune s’éclipsent
Chevaux de guerre plus inquiets que chevaux de paix
Sur mille foyers, il n’en reste qu’une centaine
Dépouillée jusqu’aux os, une femme crie sa peine
Dans quel village perdu, sur la plaine d’automne?

(Du Fu)

 

Recueil: L’Ecriture poétique chinoise
Traduction: François Cheng
Editions: du Seuil

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La Ville-de-Pierres (Liu Yu-Xi)

Posted by arbrealettres sur 20 avril 2020




    
La Ville-de-Pierres

Pays ancien entouré de montagnes qui demeurent
Vagues frappant les murailles, retournant sans écho
A l’est de la rivière Huai, la lune d’autrefois
Seule, franchit encore, à minuit, les créneaux

(Liu Yu-Xi)

 

Recueil: L’Ecriture poétique chinoise
Traduction: François Cheng
Editions: du Seuil

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Carrières d’automne (Eugenio Montale)

Posted by arbrealettres sur 12 mars 2020



Carrières d’automne

sur lesquelles descend un printemps lunaire
qui nimbe de candeur chaque découpure,
éclats de pin, éclaboussure
aveuglante de filets tendus, de débris,

elle reviendra, reviendra sur le gel,
la bonté d’une main,
et franchira le ciel lointain
la chiourme lumineuse qui nous saccage.

***

Cave d’autunno

su cui discende la primavera lunare
e nimba di candore ogni frastaglio,
schianti di pigne, abbaglio
di red stese e schegge,

ritornerà ritornerà sul gelo
la bontà d’una mano,
varcherà il cielo lontano
la ciurma luminosa che ci saccheggia.

(Eugenio Montale)

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Tes paroles tranchées, glaçantes (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 9 janvier 2020



Illustration: Béatrice Douvre    
    
Tes paroles tranchées, glaçantes
Et tes yeux comme fous…
L’aveu de ton amour avant
Le premier rendez-vous.

Mais je t’avais été promise
En un siècle lointain,
Vers toi je franchissais les mers,
Poussée par le destin.

Et sans savoir ton nom, ni même
À quoi tu ressemblais,
Comme l’aube surgie de la nuit
Je te reconnaîtrais.

(Anna Akhmatova)

 

Recueil: Les poésies d’amour
Traduction: Henri Abril
Editions: Circé

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Partage (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 26 décembre 2019


Manteau_partage

Quand les mots franchissent la barre
Tu pénètres dans l’alliance
toutes paroles perdues
toute Parole retrouvée
O Partage!
Le vide décroît
La vie remue
enracinée.

 

(Andrée Chedid)

Illustration

 

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La rose du coup de grâce (Jean-François Mathé)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2019



quand je te laisse avec ton regard
posé comme une ombre sur l’ombre
tournent en moi plusieurs portes
que je franchis avant que la
porte réelle n’ouvre sur
un éclat de ciel et d’absence

que maintenant vienne la mémoire
que viennent comme à travers l’eau
de plus en plus nus et blessants
les visages d’amours perdues

avec en chacun d’eux presque
ouverte la rose du coup de grâce

(Jean-François Mathé)


Illustration

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RÉINCARNATION (Aron Zeitlin)

Posted by arbrealettres sur 15 décembre 2019




    
RÉINCARNATION

Je fus, je fus et j’ai été
Depuis longtemps ici planté,
Plus d’une fois j’ai dû ramper
Et j’ai plané plus d’une fois.
Parmi les poissons j’ai nagé
Dans les nuits des gouffres obscurs,
Parmi les astres voyagé
Sur l’hippodrome de l’azur.
Dans les télescopes poudreux
Je m’agitais, je me mirais,
Pleuvant en rayons lumineux
Sur la tête d’un orphelin.
Mes larmes en rosée tombaient
Au coeur d’une rose. Je fus
Le songe du séminariste
Sur le banc d’un temple endormi.
Je fus une pure prière
Qu’emplissait l’effroi de Satan.
Je fus cette larme qui perle
Aux cils d’un tel, en même temps
Le réconfort qui chez un autre
Calme l’étreinte du tourment.
J’ai vécu, mué en tortue
De longues, de noires années,
Mâchant et pétrissant la terre,
Je n’ai rien vu, je me suis tu.
Je restais à l’état larvaire
Et j’étais bien le plus bizarre
Parmi tant de bizarreries,
Un chat dans l’ombre d’une cave,
De tous le plus abandonné.
J’ai franchi, plus vif que l’éclair,
Générations et pays
Jusque dans l’esprit d’un penseur.
Ici, durement j’ai souffert,
Et là, profondément aimé,
Tous les pays dans mes tréfonds
Leurs tempêtes, leur mois de mai,
Le Mississippi là-bas gronde,
Rêvent le Danube et le Nil,
Ma petite sœur l’infusoire,
Le Hottentot mon frère noir,
Ils me conduisent tous ensemble
Me pressent vers la délivrance
De ma réincarnation : Dieu.

(Aron Zeitlin)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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