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Poésie

Posts Tagged ‘naissance’

CHANT (Mario Luzi)

Posted by arbrealettres sur 30 septembre 2017



    

CHANT

Où vas-tu toi qui dans le vent aride parcours
une de ces routes sans saisons
où derrière les murs lumineux
tout pas qui résonne excite les chiens
et réveille l’écho ? Vus de la maison
d’où je te regarde, où le corps vit,
mouvement et quiétude se défont.

Je t’invoque pour la nuit
qui vient et pour le sommeil ;
toi qui souffres, toi seule peux me secourir
en ce passage aveugle du temps
au temps, en cet âpre voyage
de ce que je suis à ce que je serai
vivant une vie dans la vie,
dormant un sommeil dans le sommeil.
Toi, adorée, qui souffres comme moi,
me prend un vertige à penser
que le temps, froid
parmi les astres, sur les tempes et tout autre, contient
ta naissance, ta maladie, ta mort,
ta présence dans mon ciel et ta perte.

***

CANTO

Dove vai che nel vento ando corn
una di quelle vie senza stagioni
dietro i cui mur luminosi
un passo che rintroni aizza i cani
e sveglia Peco ? Visti dalla casa
da cui ti guardo, dove il corpo vive,
movimento e quietudine si sfanno.

T’invoco per la noue
che viene e per il sonno ;
tu che soffri, tu sola puoi soccorrermi
in questo cieco transito dal tempo
al tempo, in questo aspro viaggio
da quel che sono a quello che sari)
vivendo una vita nella vita,
dormendo un sonno nel sonno.
Tu, adorata, che soffri come me,
di cui mi dà vertigine pensare
che il tempo, questo freddo
tra gli asti e supe temple e altro, contiene
la nascita, la malattia, la morte,
la presenza nel mio cielo e la perdita.

(Mario Luzi)

 

Recueil: Dans l’oeuvre du monde
Traduction: Philippe Renard, Bernard Simeone
Editions: Editions Unes

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Exil (Saint-John Perse)

Posted by arbrealettres sur 28 septembre 2017



Illustration
    

Exil

III

« … Toujours il y eut cette clameur,
toujours il y eut cette splendeur,
« Et comme un haut fait d’armes en marche par le monde,
comme un dénombrement de peuples en exode,
comme une fondation d’empires par tumulte prétorien, ha !
comme un gonflement de lèvres sur la naissance des grands Livres,
« Cette grande chose sourde par le monde
et qui s’accroît soudain comme une ébriété.

« … Toujours il y eut cette clameur,
toujours il y eut cette grandeur,
« Cette chose errante par le monde,
cette haute transe par le monde,
et sur toutes grèves de ce monde,
du même souffle proférée, la même vague proférant
« Une seule et longue phrase sans césure à jamais inintelligible…

« … Toujours il y eut cette clameur,
toujours il y eut cette fureur
« Et ce très haut ressac au comble de l’accès,
toujours, au faîte du désir,

la même mouette sur son aile, la même mouette sur son aire,
à tire-d’aile ralliant les stances de l’exil,
et sur toutes grèves de ce monde, du même souffle proférée,
la même plainte sans mesure
« A la poursuite, sur les sables, de mon âme numide… »

Je vous connais, ô monstre ! Nous voici de nouveau face à face.
Nous reprenons ce long débat où nous l’avions laissé.
Et vous pouvez pousser vos arguments comme des mufles bas sur l’eau :
je ne vous laisserai point de pause ni répit.
Sur trop de grèves visitées furent mes pas lavés avant le jour,
sur trop de couches désertées fut mon âme livrée au cancer du silence.

Que voulez-vous encore de moi, ô souffle originel ?
Et vous, que pensez-vous encore tirer de ma lèvre vivante,
Ô force errante sur mon seuil,
ô Mendiante dans nos voies et sur les traces du Prodigue ?

Le vent nous conte sa vieillesse, le vent nous conte sa jeunesse…
Honore, ô Prince, ton exil !
Et soudain tout m’est force et présence, où fume encore le thème du néant.

« … Plus haute, chaque nuit, cette clameur muette sur mon seuil,
plus haute, chaque nuit, cette levée de siècles sous l’écaille,
« Et, sur toutes grèves de ce monde, un ïambe plus farouche à nourrir de mon être !…

« Tant de hauteur n’épuisera la rive accore de ton seuil,
ô Saisisseur de glaives à l’aurore,
« Ô Manieur d’aigles par leurs angles,
et Nourrisseur des filles les plus aigres sous la plume de fer !

« Toute chose à naître s’horripile à l’orient du monde,
toute chair naissante exulte aux premiers feux du jour !
« Et voici qu’il s’élève une rumeur plus vaste par le monde, comme une insurrection de l’âme…

« Tu ne te tairas point clameur !
que je n’aie dépouillé sur les sables toute allégeance humaine.
( Qui sait encore le lieu de ma naissance ? ) »

(Saint-John Perse)

 

Recueil: Apologie du poète
Editions: Fata Morgana

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Je l’ai écrit et je l’écrirai pendant l’éternité (Auguste Blanqui)

Posted by arbrealettres sur 27 septembre 2017



L’univers tout entier est composé de systèmes stellaires.
Pour les créer, la nature n’a que cent corps simples à sa disposition.
Malgré le parti prodigieux qu’elle sait tirer de ces ressources
et le chiffre incalculable de combinaisons qu’elles permettent à sa fécondité,
le résultat est nécessairement un nombre fini,
comme celui des éléments eux-mêmes,
et pour remplir l’étendue,
la nature doit répéter à l’infini
chacune de ses combinaisons originales ou types.

Tout astre, quel qu’il soit, existe donc en nombre infini
dans le temps et dans l’espace,
non pas seulement sous l’un de ses aspects,
mais tel qu’il se trouve à chacune des secondes de sa durée,
depuis la naissance jusqu’à la mort.
Tous les êtres répartis à sa surface,
grands ou petits, vivants ou inanimés,
partagent le privilège de cette pérennité.

La terre est l’un de ces astres.
Tout être humain est donc éternel
dans chacune des secondes de son existence.
Ce que j’écris en ce moment dans un cachot du fort du Taureau,
je l’ai écrit et je l’écrirai pendant l’éternité,
sur une table, avec une plume, sous des habits,
dans des circonstances toutes semblables. Ainsi de chacun.

Toutes ces terres s’abîment, l’une après l’autre,
dans les flammes rénovatrices,
pour en renaître et y retomber encore,
écoulement monotone d’un sablier
qui se retourne et se vide éternellement lui-même.
C’est du nouveau toujours vieux,
et du vieux toujours nouveau.

(Auguste Blanqui)

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Violette (J.J. Grandville)

Posted by arbrealettres sur 25 septembre 2017



Violette

Grave Conflit A Propos de La Violette
Entre La Fée Aux Fleurs
Et Une Académie Qui Désire Garder L’anonymat

[Thèse académique:]
La Violette est fille d’Atlas.
Cette jeune nymphe, poursuivie par Apollon,
allait devenir la proie de ce Don Juan,
lorsque les dieux, touchés de son sort,
la métamorphosèrent en violette.
C’est le moyen ordinaire employé par les dieux pour
déjouer les projets galants d’Apollon.
L’imagination féconde de Jupiter
devrait bien de temps en temps inventer un nouveau procédé.

[Thèse de la Fée aux Fleurs:]
Ces auteurs sont vraiment des gens cocasses.
Où diable ont-ils pris que la Violette
est fille d’Atlas et nymphe de son métier?
tandis que son père s’appelait tout simplement Jérôme,
et qu’elle exerçait la profession de couturière
au bourg sous le nom de Marcelle.

[Réponse de L’Académie:]
1. On ne doit ajouter qu’une foi médiocre
aux renseignements fournis à la science
par des êtres dont l’existence est aussi peu prouvée que celle des fées.
2. On ne peut donner sur toutes choses que des détails apocryphes,
quand on est apocryphe soi-même.
3. Les témoignages des siècles s’accordent à démontrer
que les fleurs ont toutes une origine essentiellement mythologique.
En conséquence. L’Académie déclare que la violette
lui semble plus que jamais fille d’Atlas.
Elle affirme, en outre, sur son âme et sur sa conscience,
devant Dieu et devant les hommes,
que la fille d’Atlas était nymphe de naissance,
et que les dieux, pour la soustraire
aux poursuites d’Apollon, la changèrent en violette.

(J.J. Grandville)

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Nous n’avons pas la réponse aux questions que pose le silence (Amina Saïd)

Posted by arbrealettres sur 20 septembre 2017



 

nous n’avons pas la réponse
aux questions que pose le silence
ni d’explication aux rêves
à peine devinons-nous certains signes

que savons-nous du miracle qui nous réunit
puis de ce qui lentement nous sépare
de ce qui se dit à travers nous
lorsque nous tentons d’écrire
de l’objet réel de notre quête
ou de ce qu’est la plus belle chose du monde

nous ne connaissons ni la part non vécue
de nos vies ni ce que nous ne sommes pas
ni même ce que nous sommes vraiment
ou ce que nous aurions pu être

nous ne connaissons ni la raison du soleil
ni le pourquoi du cercle de la terre du ciel
de la ronde des naissances et des morts

ni les autres noms du néant ceux de la lumière
ni même la vraie couleur du temps
ou les limites de l’âme
ou les chiffres liés à la disparition des astres

pas plus que le centième nom du rien

(Amina Saïd)

 
Illustration: Annabelle Delaigue

 

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Le véritable jour de naissance de l’homme (Ramana Maharichi)

Posted by arbrealettres sur 20 septembre 2017



Jeanie Tomanek seed [1280x768]

Le véritable jour de naissance de l’homme
est celui où il pénètre dans ce qui transcende la naissance et la mort:
L’Etre éternel

(Ramana Maharichi)

Illustration: Jeanie Tomanek

 

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Le silence est un message de l’ombre (Amina Saïd)

Posted by arbrealettres sur 19 septembre 2017



 

le silence est un message de l’ombre
qui ne franchit aucun seuil et se nourrit
de la lumière et de son absence

le silence est un signe quand la parole
fait erreur ou reste inachevée

le silence est un jardin du ciel
qui adresse au ciel une prière muette
en forme de paysage

le silence est une question
posée à la question

le silence est la maison où habite le poème
où il prend corps
tout en se condamnant au silence

le silence est une musique dont les notes
sont les planètes et leurs étoiles

le silence est une saison où mûrit le fruit
d’un poème sans mots

le silence est une vibration de l’immobile
un chant à naître dans la gorge
d’oiseaux en forme de voyelles

le silence est une errance
qui indique discrètement le chemin
au milieu du chemin

le silence est la main qui ouvre le poème
la voix tremblée de l’âme d’où surgit
ce que nous sommes et ne sommes pas

le silence est le rêve de l’être qui rêve
sa naissance d’avant sa naissance
et tait son premier cri

le silence est le miroir qui lave la parole
dans l’eau la plus nue de la parole

le silence est un miracle inachevé
où le monde prend forme d’un seul coup

(Amina Saïd)

 
Illustration

 

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Ce que je fais (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 16 septembre 2017




    
Ce que je fais

Ce que je fais n’a pas de raison d’être :
j’unis des mots bien souvent pour le pire,
et le meilleur se cache sous les mots.

Pressentiment : celui de cesser d’être
si je n’écris — car je suis écriture
de ma naissance à la fin de la page.

Pas de raison ? De toute éternité,
ce que je cherche a pour nom le silence,
il est au bout de mon itinéraire.

Pour le trouver je dois couvrir de terre
le corps épais de la vieille existence
et m’abriter sous la pierre verbale.

(Robert Sabatier)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Editions: Albin Michel

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Je suis sans être (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 15 septembre 2017




    
Je suis sans être

Je suis sans être — ailleurs quand je suis là,
partout perdu, dans la marche immobile,
dans le sommeil voyageant, voyageant.

Je me recherche et ne sais si je brûle
ou si le froid se cache sous ma cendre,
le vieux désir enfermé dans mon âtre.

M’avez-vous vu ? Je cherche, je me cherche.
Connaissez-vous ce malfaiteur ? Il vole
son propre corps à sa personne même.

Je suis dans l’être — et l’être n’est pas là.
L’identité qu’on me donne est aux autres.
Ne m’appartient qu’un reste de frayeur.

Ce que je cherche ici, c’est ma recherche,
mon petit poids d’invisible, de doute,
qui construit mon moi sans être moi.

Sois cet oiseau qui chantait la naissance
en élevant ses ailes sur le feu,
sois du néant le seul ordonnateur
et sois l’aède effaré du Pourquoi.

(Robert Sabatier)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Editions: Albin Michel

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Jour merveilleux de la naissance (Abbas Kiarostami)

Posted by arbrealettres sur 12 septembre 2017



jour merveilleux de la naissance
jour amer de la mort
quelques jours au milieu

(Abbas Kiarostami)

Illustration
 

 

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