Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘frère’

NOTRE VILLE FLAMBE (Mordehaï Gebirtig)

Posted by arbrealettres sur 18 novembre 2019




    
NOTRE VILLE FLAMBE

Ça flambe, mes frères, ça flambe,
C’est notre ville, hélas, qui flambe,
Des vents cruels, des vents de haine
Soufflent, déchirent, se déchaînent
Les flammes sauvages s’étendent
Aux environs déjà tout flambe.

Et vous, vous êtes là, vous regardez
Les mains immobiles,
Et vous, vous êtes là, vous regardez
Brûler notre ville…

Ça flambe, mes frères, ça flambe
C’est notre ville, hélas, qui flambe
Et les flammes carnassières
Dévorent notre ville entière
Et les vents de colère hurlent
Notre ville brûle.

Et vous, vous êtes là, vous regardez,
Les mains immobiles,
Et vous, vous êtes là, vous regardez,
Brûler notre ville…

Ça flambe, mes frères, ça flambe,
Oh l’heure peut venir, hélas
Où notre ville et nous ensemble
Ne serons plus rien que des cendres,
Seuls resteront, comme après une guerre,
Des murs noircis, des murs déserts.

Et vous, vous êtes là, vous regardez,
Les mains immobiles,
Et vous, vous êtes là, vous regardez
Brûler notre ville…

Ça flambe, mes frères, ça flambe,
Il n’est de salut qu’en vous-mêmes,
Prenez les outils, éteignez le feu,
Éteignez-le de votre propre sang.
Vous le pouvez, alors prouvez-le !

Ne restez pas ainsi, frères, à regarder,
Les mains immobiles,
Frères, n’attendez pas, éteignez l’incendie
Qui brûle notre ville.

(Mordehaï Gebirtig)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

L’INCESTE (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 7 novembre 2019


 


Igor Morski   (19) [1280x768]

 

L’INCESTE

J’aimais un arbre, il murmurait des feuilles
A mon oreille, et je connus l’inceste
Avec mon frère, arbre dans le vent froid.
Il en naquit des oiseaux par centaines,
D’étranges fruits qui rendaient la morsure
Et les baisers des lèvres s’y posant.

Je ne sais plus qui j’aime et qui j’attends.
De la nature à jamais j’ai le goût.
Passe la femme ainsi qu’une saison.
Moi je suis arbre et m’en vais comme tel
Dans la forêt de mon amour étrange.

(Robert Sabatier)

Illustration: Igor Morski 

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Chacun porte en lui ses glaciers (Maurice Chappaz)

Posted by arbrealettres sur 25 octobre 2019



Chacun porte en lui ses glaciers.
Je suis noir de décès
et bleu de lune.
Les vivants m’attaquent à cet instant :
Pourquoi ce besoin d’avoir toujours un compagnon
qui soit plus que tous nos frères ?
Va-t-en,
délivre-toi,
espère.

Ils agitent leurs mouchoirs.
Devenez dès aujourd’hui des ombres.

***

Everyone carries his glaciers within.
I am black with death
and moon blue.
The living attack me at this moment:
Why this need to always have a companion
who is more than all our brothers?
Go away,
free yourself,
hope.

They wave their hankerchiefs.
From this day become spirits.

(Maurice Chappaz)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Aux Feuillantines (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 18 octobre 2019




Aux Feuillantines

Mes deux frères et moi, nous étions tout enfants.
Notre mère disait: jouez, mais je défends
Qu’on marche dans les fleurs et qu’on monte aux échelles.

Abel était l’aîné, j’étais le plus petit.
Nous mangions notre pain de si bon appétit,
Que les femmes riaient quand nous passions près d’elles.

Nous montions pour jouer au grenier du couvent.
Et là, tout en jouant, nous regardions souvent
Sur le haut d’une armoire un livre inaccessible.

Nous grimpâmes un jour jusqu’à ce livre noir ;
Je ne sais pas comment nous fimes pour l’avoir,
Mais je me souviens bien que c’était une Bible.

Ce vieux livre sentait une odeur d’encensoir.
Nous allâmes ravis dans un coin nous asseoir.
Des estampes partout ! quel bonheur ! quel délire!

Nous l’ouvrîmes alors tout grand sur nos genoux,
Et dès le premier mot il nous parut si doux
Qu’oubliant de jouer, nous nous mîmes à lire.

Nous lûmes tous les trois ainsi, tout le matin,
Joseph, Ruth et Booz, le bon Samaritain,
Et, toujours plus charmés, le soir nous le relûmes.

Tels des enfants, s’ils ont pris un oiseau des cieux,
S’appellent en riant et s’étonnent, joyeux,
De sentir dans leur main la douceur de ses plumes.

(Victor Hugo)

Illustration: Gustave Doré

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 4 Comments »

ÉLÉGIE EN BORD DE MER (Corin Bianu)

Posted by arbrealettres sur 16 octobre 2019



Illustration: Oscar Bento
    
ÉLÉGIE EN BORD DE MER

Combien souvent le flot n’a-t-il pas inondé la plage
et n’a-t-il demandé après toi.
Dans ses yeux brillait l’éclat
et cette élégance naturelle
qui n’appartient qu’à toi.
Du coup j’étais persuadé
que vous étiez frère et soeur.

Les marées
arrivent de manière régulière
et reviennent sans cesse,
mais toi tu ne reviendras jamais plus.

(Corin Bianu)

 

Recueil: ITHACA 600
Traduction: Germain Droogenbroodt Elisabeth Gerlache
Editions: POINT

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Il nous reste à peupler la terre (Géo Libbrecht)

Posted by arbrealettres sur 12 octobre 2019



François Malespine   -ici-maintenant-90cm-x-90cm-francois-malespine-2010

Il nous reste à peupler la terre
entre les pôles et la vie,
à chanter la joie et la nuit
qui nous prépare la lumière.
Tous les anges sont revenus
de leur croisière dans le ciel
et, près de nous, l’ombre n’est plus
que la caresse de leurs ailes,
rythme divin le jeu des flots,
murmure l’air et chant l’oiseau,
le paysage l’harmonie,
coeur le soleil à l’unisson
où les roses à fleur de sons
éclosent vers une autre vie.
Ferment des lèvres, liberté,
le Seul est maître de la cause,
à longueur d’échos, égarés,
recherchons la virginité,
moissonnons les fleurs planétaires
entre le songe et la beauté ;
nul plus que l’homme est le mystère
en route vers l’éternité…
Frères, étoiles, millions d’yeux,
il faut chanter comme l’on aime,
et le jour est si merveilleux
qu’il faut écrire le poème!

(Géo Libbrecht)

Illustration: François Malespine

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

FRÈRES (Giuseppe Ungaretti)

Posted by arbrealettres sur 1 octobre 2019




    
FRÈRES

De quel régiment
Frères?

Le Bois Capuchon
a une pente
de velours vert
comme une douce
bergère
Frères
mot qui tremble
dans la nuit

Feuille à peine née

Dans les spasmes de l’air
révolte involontaire
de l’homme présent à sa
fragilité

Frères

(Giuseppe Ungaretti)

 

Recueil: Vie d’un homme Poésie 1914-1970
Traduction:
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

En méditerranée (Georges Moustaki)

Posted by arbrealettres sur 26 septembre 2019



 

mediterranee_1200_8 [1280x768]

En méditerranée

Dans ce bassin où jouent
Des enfants aux yeux noirs,
Il y a trois continents
Et des siècles d´histoire,
Des prophètes des dieux,
Le Messie en personne.
Il y a un bel été
Qui ne craint pas l´automne,
En Méditerranée.

Il y a l´odeur du sang
Qui flotte sur ses rives
Et des pays meurtris
Comme autant de plaies vives,
Des îles barbelées,
Des murs qui emprisonnent.
Il y a un bel été
Qui ne craint pas l´automne,
En Méditerranée.

Il y a des oliviers
Qui meurent sous les bombes
Là où est apparue
La première colombe,
Des peuples oubliés
Que la guerre moissonne.
Il y a un bel été
Qui ne craint pas l´automne,
En Méditerranée.

Dans ce bassin, je jouais
Lorsque j´étais enfant.
J´avais les pieds dans l´eau.
Je respirais le vent.
Mes compagnons de jeux
Sont devenus des hommes,
Les frères de ceux-là
Que le monde abandonne,
En Méditerranée.

Le ciel est endeuillé,
Par-dessus l´Acropole
Et liberté ne se dit plus
En espagnol.
On peut toujours rêver,
D´Athènes et Barcelone.
Il reste un bel été
Qui ne craint pas l´automne,
En Méditerranée.

(Georges Moustaki)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

O ma peine, ma peine, où vous ai-je laissée ? (Jean de la Ville de Mirmont)

Posted by arbrealettres sur 30 juillet 2019



Je me suis embarqué sur un vaisseau qui danse
Et roule bord sur bord et tangue et se balance.
Mes pieds ont oublié la terre et ses chemins ;
Les vagues souples m’ont appris d’autres cadences
Plus belles que le rythme las des chants humains.

A vivre parmi vous, hélas ! avais-je une âme ?
Mes frères, j’ai souffert sur tous vos continents.
Je ne veux que la mer, je ne veux que le vent
Pour me bercer, comme un enfant, au creux des lames.

Hors du port qui n’est plus qu’une image effacée,
Les larmes du départ ne brûlent plus mes yeux.
Je ne me souviens pas de mes derniers adieux…
O ma peine, ma peine, où vous ai-je laissée ?

(Jean de la Ville de Mirmont)

Illustration

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

À mon frère Miguel (César Vallejo)

Posted by arbrealettres sur 26 juillet 2019




    
À mon frère Miguel
In memoriam.

Petit frère, je suis là assis sur le banc de notre maison,
où tu nous manques infiniment!
Je me rappelle, c’est l’heure où nous jouions, et maman
nous câlinait : « Vraiment, les enfants… »

Maintenant je me cache,
comme avant, toutes ces prières
vespérales, et j’espère que tu ne me trouveras pas.
Dans la grande salle, le vestibule, les couloirs.
Ensuite, c’est à toi de te cacher et moi, je ne te trouve pas.
Je me rappelle que nous nous faisions pleurer,
petit frère, à ce jeu-là.

Miguel, tu t’es caché
une nuit d’août, au lever du jour;
mais au lieu de te cacher en riant, tu étais triste…
Et ton coeur jumeau de ces après-midi
consumées, s’est lassé de ne pas te trouver. Et voilà
l’ombre qui tombe sur mon âme.

Dis, petit frère, ne tarde pas
à sortir. Allons? Maman pourrait s’inquiéter.

(César Vallejo)

 

Recueil: Poésie complète 1919-1937
Traduction: Nicole Réda-Euvremer
Editions: Flammarion

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :