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Poésie

Posts Tagged ‘ville’

Cette ville que j’aime (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 27 avril 2017



Cette ville que j’aime depuis l’enfance
M’apparaît aujourd’hui
Dans le silence de décembre
Comme un héritage dilapidé.

Tout ce qui m’était donné,
Si facile à offrir:
La chaleur du coeur, l’accent des prières
Et la grâce de la première chanson —

Tout s’est envolé en fumée,
Dissipé tout au fond des miroirs…
Et déjà le violoneux sans nez joue
Un air sur l’irrévocable.

En étrangère curieuse,
Captivée par chaque nouveauté,
J’ai regardé glisser les traîneaux,
J’ai écouté ma langue maternelle.

Avec une puissance, une fraîcheur sauvages,
Le bonheur m’a soufflé au visage,
Comme si l’amie de toujours
Gravissait avec moi le perron.

(Anna Akhmatova)

Titre: L’églantier fleurit et autres poèmes
Traduction: Marion Graf et José-Flore Tappy
Editions: La Dogana

 

 

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Une rumeur d’épouvante rôde en ville (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 27 avril 2017



Une rumeur d’épouvante rôde en ville,
Se glisse dans les maisons comme un voleur.
Pourquoi ne pas relire, avant de m’endormir,
Le conte de Barbe-Bleue ?

Comment la septième monta l’escalier,
Comment elle appela sa soeur cadette,
Et guetta, retenant son souffle,
Ses frères bien-aimés, ou la terrible messagère…

Une poussière s’élève comme un nuage de neige,
Les frères vont entrer au galop dans la cour du château,
Et sur la nuque innocente et gracile,
Le tranchant de la hache ne se lèvera pas.

Consolée à présent par cette cavalcade,
Je devrais m’endormir tranquille
Mais qu’a-t-il, ce coeur, à battre comme un enragé,
Et le sommeil, pourquoi ne vient-il pas ?

(Anna Akhmatova)

Illustration: Walter Crane

 

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Etre toujours chargé (Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 24 avril 2017



Vouloir qu’un mur tout neuf
S’inscrive dans la ville.
Etre toujours chargé
De préparer les jours.

(Guillevic)

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La mer. La mer. (Rafael Alberti)

Posted by arbrealettres sur 23 avril 2017



La mer. La mer.
La mer. Rien que la mer !

Pourquoi m’avoir emmené, père,
à la ville?

Pourquoi m’avoir arraché, père,
à la mer ?

La houle, dans mes songes,
me tire par le coeur
comme pour l’entraîner.

Ô père, pourquoi donc m’avoir emmené?

***

El mar. La mar.
¿Por qué me trajiste, padre,
a la ciudad?
¿Por qué me desenterraste
del mar?
En sueños, la marejada
me tira del corazón.
Se lo quisiera llevar.
Padre, ¿por qué me trajiste
acá?

(Rafael Alberti)

 

 

 

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Je me suis perdu (Richard Wright)

Posted by arbrealettres sur 14 avril 2017



Je me suis perdu
Dans cette ville étrangère —
Ciel d’étoiles froides.

***

I have lost my way
In a strange town at night, —
A sky of cold stars.

(Richard Wright)

Illustration: Vincent Van Gogh

 

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L’herbe (Bai Juyi)

Posted by arbrealettres sur 14 avril 2017



L’herbe

Fraîche et jolie, voilà l’herbe nouvelle qui croît partout dans la campagne ;
Chaque année la voit disparaître, chaque année la voit revenir.
Le feu la dévore à l’automne1, sans épuiser en elle le germe de la vie ;
Que le souffle du printemps renaisse, elle renaît bientôt avec lui.
Sa verdure vigoureuse envahit peu à peu le vieux chemin,
Ondulant par un beau soleil, jusqu’aux murs de la ville en ruines.
L’herbe s’est flétrie, l’herbe a repoussé, depuis que mon seigneur est parti ;
Hélas ! en la voyant si verte, j’ai le cœur assailli de bien cruels souvenirs.

(Bai Juyi)

 

 

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Chant du départ (Yang Jiong)

Posted by arbrealettres sur 14 avril 2017



Chant du départ

Les feux de guerre ont illuminé la capitale de l’ouest,
Il n’est personne aujourd’hui
dont le fond du cœur soit tranquille ;

La tablette d’ivoire a fait ses adieux à la porte du phénix,
Des cavaliers bardés de fer entourent la ville impériale.
La neige alourdit de ses flocons les étendards glacés ;
La voix furieuse du vent se mêle au bruit des tambours.

Voici donc revenu ce temps,
où le chef de cent soldats
Est tenu en plus haute estime
qu’un lettré de science et de talent !

(Yang Jiong)

Illustration: Sadahide

 

 

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Acte de foi (Anne Hébert)

Posted by arbrealettres sur 12 avril 2017



Acte de foi

Elle croit des choses qu’on ne lui a jamais dites
Ni même murmurées à l’oreille
Des extravagances telles qu’on frissonne

Elle s’imagine tenir dans sa main droite
La terre ronde rude obscure
Comme une orange sanguine qui fuit

La vie y est douce et profonde
Hommes et femmes s’aiment à n’en plus finir
Quant à la joie des enfants elle claironne
Comme soleil à midi

Ni guerre ni deuil
Ce monde est sans défaut
Le chant profond qui s’en échappe
Ressemble aux grandes orgues
Des cathédrales englouties

Tout cela palpite dans sa main
Rayonne à perte de vue
Tant que le cœur verse sa lumière
Telle une lampe suspendue
Au-dessus des villes et des champs.

(Anne Hébert)

Illustration

 

 

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La montagne (Jean Ferrat)

Posted by arbrealettres sur 9 avril 2017




Ils quittent un à un le pays
Pour s’en aller gagner leur vie
Loin de la terre où ils sont nés
Depuis longtemps ils en rêvaient
De la ville et de ses secrets
Du formica et du ciné
Les vieux ça n’était pas original
Quand ils s’essuyaient machinal
D’un revers de manche les lèvres
Mais ils savaient tous à propos
Tuer la caille ou le perdreau
Et manger la tomme de chèvre

Pourtant que la montagne est belle
Comment peut-on s’imaginer
En voyant un vol d’hirondelles
Que l’automne vient d’arriver ?

Avec leurs mains dessus leurs têtes
Ils avaient monté des murettes
Jusqu’au sommet de la colline
Qu’importent les jours les années
Ils avaient tous l’âme bien née
Noueuse comme un pied de vigne
Les vignes elles courent dans la forêt
Le vin ne sera plus tiré
C’était une horrible piquette
Mais il faisait des centenaires
A ne plus que savoir en faire
S’il ne vous tournait pas la tête

Pourtant que la montagne est belle
Comment peut-on s’imaginer
En voyant un vol d’hirondelles
Que l’automne vient d’arriver ?

Deux chèvres et puis quelques moutons
Une année bonne et l’autre non
Et sans vacances et sans sorties
Les filles veulent aller au bal
Il n’y a rien de plus normal
Que de vouloir vivre sa vie
Leur vie ils seront flics ou fonctionnaires
De quoi attendre sans s’en faire
Que l’heure de la retraite sonne
Il faut savoir ce que l’on aime
Et rentrer dans son H.L.M.
Manger du poulet aux hormones

Pourtant que la montagne est belle
Comment peut-on s’imaginer
En voyant un vol d’hirondelles
Que l’automne vient d’arriver ?

(Jean Ferrat)

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Le chant de l’oiseau (Gil Jouanard)

Posted by arbrealettres sur 8 avril 2017



L’ancienne forêt a serré le poing
jusqu’à n’être plus qu’un square
au coeur de la ville.

Le chant de l’oiseau
en est-il moins beau?

(Gil Jouanard)

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