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Poésie

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J’entends les extrémités délirer (Adonis)

Posted by arbrealettres sur 23 mars 2017



J’entends les extrémités délirer
J’entends la taille sangloter, les hanches reposer

L’extase m’emporte
J’entre dans le désert de l’émotion violente je crie ton nom

Je descends aux sphères inférieures
Du côté du monde le plus étroit —
Je vois le feu et les larmes sur même plateau

Je vois la Ville des villes
Et ma coupe déborde.

Ainsi parle le seigneur corps.

(Adonis)

Illustration: Pascal Renoux

 

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Ah! Toi l’autre amour dans l’amour (Adonis)

Posted by arbrealettres sur 23 mars 2017



Ah!
Toi l’autre amour dans l’amour
Toi la dimension qui commence après les dimensions
Ô mon aimée

Comme je t’ai créée tu m’as désiré
Comme je t’ai voulue tu as bondi en moi

Tu entres dans mon rythme
Tu oins tes deux seins de mes mots, tu te noies
dans l’abîme de l’amour

Là où j’élève ma ville et vis
Nous vivons, et des bas-fonds de la haine nous annonçons l’amour
Nous rêvons que nos cils sont écritoires et le jour livre ouvert

(Adonis)

Illustration: Otto Mueller

 

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L’Amour de Jérusalem (Yehuda Amichai)

Posted by arbrealettres sur 21 mars 2017



L’Amour de Jérusalem

Il y a une rue où l’on ne vend que viande rouge
et une rue où l’on ne vend qu’habits et parfums.
Il y a des jours où je ne vois qu’êtres jeunes et beaux,
et des jours où je ne vois qu’infirmes, aveugles,
lépreux, faces convulsées et rictus.

Ici on construit une maison et là on détruit
ici on creuse la terre
et là on creuse le ciel,
ici on s’assoit et là on marche
ici on hait et là on aime.

Mais celui qui aime Jérusalem
dans les guides touristiques ou les livres de prières
ressemble à celui qui aime une femme
selon le Kama sutra.

Parfois Jérusalem est une ville de couteaux :
même les espoirs de paix sont affûtés pour trancher dans
la difficile réalité, ils s’émoussent ou se cassent.

Les cloches des églises font tellement d’efforts de paix
qu’elles deviennent lourdes, comme un pilon qui broie
dans le mortier
des voix lourdes, graves et remuantes.

Et lorsque
le chantre et le muezzin entonnent leur chant
surgit le cri tranchant :
notre seigneur notre Dieu à tous est un Dieu
un et affûté.

(Yehuda Amichai)

 

 

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Peut-être étais-je trop gourmande (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 20 mars 2017



Peut-être étais-je trop gourmande —
Il me faut — des ciels à tout le moins —
Car les Terres, foisonnent autant
Que les Baies, dans ma Ville natale —

Mon Panier ne contient — que — des Firmaments —
Ceux-là — à mon bras — aisément se balancent,
Quand de moindres ballots sont – Accablants.

***

Perhaps I asked too large —
I take — no less than skies —
For Earths, grow thick as
Berries, in my native Town —

My Basket holds —just — Firmaments —
Those —- dangle easy — on my arm,
But smaller bundles —

(Emily Dickinson)

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Elle avait collé un brin d’herbe de Polnar (Avrom Sutzkever)

Posted by arbrealettres sur 18 mars 2017



Une lettre vient de me parvenir depuis ma ville de naissance
encore portée par la grâce de sa jeunesse
À l’intérieur entre tourment et tendresse
Elle avait collé un brin d’herbe de Polnar (*).

Cette herbe et le nuage des mourants avec son éclat
avaient allumé jadis l’alphabet, lettre à lettre
et sur le visage des lettres, cendres murmurantes
le brin d’herbe de Polnar.

L’herbe est ma maison de poupée, mon petit monde étroit
là où les enfants en rangs violonaient pendant qu’ils brûlaient
le maestro était une légende, ils dressent haut leurs arcs
pour le brin d’herbe de Polnar.

Je ne veux rien partager avec cette petite tige qui essaime chez moi.
Je désire de la bonne terre comme espace pour nous deux
et je vais porter au Seigneur ma dernière offrande :
le brin d’herbe de Polnar.
(* : Polnar était le camp d’extermination aux portes de Vilno)

(Avrom Sutzkever)

 

 

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Jérusalem (Yehuda Amichai)

Posted by arbrealettres sur 18 mars 2017



Jérusalem

Sur un toit de la Vieille Ville une lessive dans l’ultime lumière du jour :
le drap blanc d’une ennemie la serviette avec laquelle mon ennemi
essuie la sueur de son front.
Dans le ciel de la Vieille Ville un cerf-volant.
Et au bout du fil, un enfant que je ne peux voir à cause du mur.
Nous avons hissé beaucoup de drapeaux ,ils ont hissé beaucoup de drapeaux.

Pour nous faire croire qu’ils sont heureux.
Pour leur faire croire que nous sommes heureux.

(Yehuda Amichai)

 Illustration

 

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LIED (Charles Vildrac)

Posted by arbrealettres sur 16 mars 2017



Alex Alemany secuencia-amorosa

 

LIED

Ah ce soir le vent, amoureux rêvant,
Va pastellisant du ciel émouvant…

Ah ce soir sans doute il est par le monde
Des mille et millions d’endroits où des vents,
Amoureux rêvant,
Ou hordes menant rondes furibondes,
Font des milliers d’yeux émus, par le monde.

Mais toi, faible toi,
Tu n’as que deux yeux et un ciel étroit
Mordu par les toits.

*

Sur terre il y a, par mille et millions,
Des vierges qui font, par mille et millions,
Piaffer des désirs après leurs talons.

Un homme crispé sur chacune d’elles,
Contraignant leurs jambes comme des ailes,
Ouvrira leur chair neuve, et tiède, et frêle,
En épiant leurs yeux…

Mais jamais ta chair
Ne saura le goût premier de tant de chairs,
Et jamais tes yeux
Ne boiront le cri unique de tant d’yeux…

*

Villes et hameaux sur la terre sont
Par mille et millions.
Par mille et millions ils ont des maisons
Où vivre…

Ah pouvoir dans chaque édifier son Livre !
Ah des pages là, puis là-bas remplies !

Las ! tu n’as qu’un livre,
Tu n’as qu’une vie
A vivre.

(Charles Vildrac)

Illustration: Alex Alemany

 

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Le mur travers (Jean-Pierre Siméon)

Posted by arbrealettres sur 13 mars 2017



Le mur travers

Il y a des nuits sans lune
des pays sans rivière
et des yeux sans regard

Il y a des chambres sans fenêtre
des villes sans lumière
et des lèvres sans chanson

il y a des chemins sans village
des matins sans clarté
et des enfants sans pain

Mais il y a une porte
dans chaque mur
à inventer à ouvrir…

(Jean-Pierre Siméon)

 

 

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Norias (Jérôme et Jean Tharaud)

Posted by arbrealettres sur 13 mars 2017



Norias

Dans l’aimable ville de Hama,
tout empêche de penser à rien.
Rapide et brillant de lumière,
l’Oronte coule entre les saules, les peupliers,
les grenadiers et des noyers énormes,
comme je n’ai vu que là-bas.

De distance en distance,
d’immenses roues vont porter leur eau en plein ciel…
Une longue caresse musicale sort de ces roues gémissantes;
c’est assez indéfinissable,

quelque chose comme un bruit d’orgue ou de cloche lointaine,
un vague meuglement de troupeau,
un frelon qui bourdonne,
un murmure de sirène,
une harmonie continue, qui est le silence d’ici,
et où chaque roue met sa note,
sa vibration particulière.

Inlassablement,
l’eau monte emportée
par l’effort du fleuve
(…).

C’est un rêve oublié au bord de l’eau,
une poésie musicale faite de rien,
d’amour, de nonchalance, de chants d’oiseaux
dans les verdures mouillées,

une construction d’azur et de songe,
bâtie de matériaux fragiles,
on ne sait pas par qui ni pourquoi,
et qui ne tient en équilibre
que par la puissance d’un rêve.

(Jérôme et Jean Tharaud)

Illustration

 

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Ce soir aussi (Paul Celan)

Posted by arbrealettres sur 12 mars 2017



Ce soir aussi

Pleinement,
la neige emplit cette mer
où le soleil flotte,
fleurit dans les paniers la glace
que tu portes vers la ville.

Sable,
tu exiges pour cela,
car la dernière rose intérieure
veut aussi ce soir être rassasiée

de l’heure qui s’écoule.

(Paul Celan)

Illustration: Salavador Dali

 

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