Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘ville’

SONNET (John Keats)

Posted by arbrealettres sur 14 avril 2019



 

John Keats

SONNET

La ville retenait mon âme prisonnière !
Qu’il m’est doux aujourd’hui de contempler l’immense
Et pur visage du ciel — déjà ma prière
Vers le sourire de l’azur monte et s’élance.

Quel bonheur enfin de se laisser choir à terre,
Le corps las et le coeur tout rempli de silence,
Et de lire, blotti au creux d’un talus vert,
Une histoire d’amour, de tendre nonchalance.

Et puis, rentrant le soir très tendrement, d’entendre
Le chant de Philomèle et de suivre de l’oeil
Un nuage qui vogue et refuse d’attendre.

Hélas, la journée est tombée comme une feuille,
Ou comme une larme de séraphin pieux
Qui glisse doucement dans l’éther lumineux.

(John Keats)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Un jour rappelle-toi (Emmelie Prophète)

Posted by arbrealettres sur 8 avril 2019



 

Erik Johansson  on

Un jour rappelle-toi
cette ville dépecée
entre le bruit la bêtise et la douleur.
On a créé l’infidélité,
le bleu des trottoirs d’un autre continent.
La folie est devenue utile.
Nous nous appliquons à dessiner
des portes de sortie

Depuis tes yeux
le vide est à réinventer.

(Emmelie Prophète)

Illustration: Erik Johansson

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

Je nous oublie dans une ville de désert de douleurs et d’hésitation (Emmelie Prophète)

Posted by arbrealettres sur 8 avril 2019



 

Wilhelm Hammershoi o1_1280

Je nous oublie dans une ville de désert de douleurs et d’hésitation.
Des exilés sans ailleurs des compagnons de silence.
Mes voyages se meurent au fond d’un tiroir.
Ici on met le temps dans des verres d’eau.
La vie ne dure pas.
Elle m’a raconté enveloppée dans ses rides,
enveloppée dans son âge
l’avoir vu partir avec des morts inconnus.
Jour indiscret.
Saison des larmes.
Ma raison de tristesse est là.
Il y a une fenêtre entre elle et moi,
il y a du savon pour laver nos désirs, nos exils, nos amputations.
Je pousse mes rideaux de futilité et de nécessaire.

(Emmelie Prophète)

Illustration: Vilhelm Hammershoi

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

PÉTUNIA BLANC (Mina Loy)

Posted by arbrealettres sur 6 avril 2019



Illustration
    
PÉTUNIA BLANC

Une étoile de nuage
sur le toit
une trompette
mélodieuse et mauve
une fleur ondulante
exhale l’aurore
de son cœur
en couloir d’abeille.

Un pétunia lumineux
au rythme de la faible pulsion
du jour torride
éclaire souplement
la peinture blanche
de la terrasse,

le grand jet de grès
précipité
des villes.

(Mina Loy)

 

Recueil: Il n’est ni vie ni mort, poésie complète
Traduction: Olivier Apert
Editions: Nous

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Poésie (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 4 avril 2019



Poésie

Mais, hélas ! les vers sont si peu de chose quand on les écrit trop tôt!
Il faudrait attendre, amasser du sens et de la douceur pendant toute une vie,
une longue vie si possible, et puis, tout à la fin, peut-être
pourrait-on alors écrire dix vers qui soient bons.
Car les vers ne sont pas, comme les gens le croient,
des sentiments (ceux-là viennent suffisamment tôt),
— ce sont des expériences.

Pour un seul vers,
il faut voir beaucoup de villes, de gens et de choses,
il faut connaître les animaux,
il faut sentir comment les oiseaux volent
et savoir les gestes avec lesquels,
le matin, s’ouvrent les petites fleurs.

Il faut pouvoir se remémorer des chemins qui conduisent dans des régions inconnues,
se souvenir de rencontres inopinées et d’adieux que l’on a vus venir de loin,
— de jours de l’enfance encore non clarifiés.

(Rainer Maria Rilke)

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 4 Comments »

NOCTURNE (George Bacovia)

Posted by arbrealettres sur 30 mars 2019



NOCTURNE

Personne… La pluie… une chouette pleure dans le vide,
Sur un toit en pierre, ruisselant, plein d’échos dans la nuit,
A l’heure d’autrefois s’entrecoupent des ombres humides,
Et sous un porche je m’assoupis, tout mouillé, tout transi.

Les gouttières sonnent la folie en le vent automnal…
Et soudain, un tourbillon… une alchimie éclot, rapide…
A l’heure d’autrefois s’entrecoupent des traces humides.
Une ville de pierre dort… et toutes choses font mal.
Personne… La pluie… une chouette pleure dans le vide.

(George Bacovia)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

CRÉPUSCULE (George Bacovia)

Posted by arbrealettres sur 30 mars 2019



CRÉPUSCULE

Vois les corbeaux — ah ! les « Corbeaux »
Du poète Demetresco —
Ils passent dans la nuit, s’enfuient
Par-dessus la ville transie,

Et tout au loin ils disparaissent…
Cependant que toute d’argent
Dans le crépuscule d’argent
La lune s’allume et caresse

De rayures couleur d’argent
Le vaste et lugubre caveau…
Ah ! ma chérie, ah ! les « Corbeaux »
Du poète Demetresco…

(George Bacovia)

Illustration

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Une rumeur d’épouvante rôde en ville (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 23 mars 2019



Une rumeur d’épouvante rôde en ville,
Se glisse dans les maisons comme un voleur.
Pourquoi ne pas relire, avant de m’endormir,
Le conte de Barbe-Bleue ?

Comment la septième monta l’escalier,
Comment elle appela sa soeur cadette,
Et guetta, retenant son souffle,
Ses frères bien-aimés, ou la terrible messagère…

Une poussière s’élève comme un nuage de neige,
Les frères vont entrer au galop dans la cour du château,
Et sur la nuque innocente et gracile,
Le tranchant de la hache ne se lèvera pas.

Consolée à présent par cette cavalcade,
Je devrais m’endormir tranquille
Mais qu’a-t-il, ce coeur, à battre comme un enragé,
Et le sommeil, pourquoi ne vient-il pas ?

(Anna Akhmatova)

Illustration: Walter Crane

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Cette ville que j’aime (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 23 mars 2019



Cette ville que j’aime depuis l’enfance
M’apparaît aujourd’hui
Dans le silence de décembre
Comme un héritage dilapidé.

Tout ce qui m’était donné,
Si facile à offrir:
La chaleur du coeur, l’accent des prières
Et la grâce de la première chanson —

Tout s’est envolé en fumée,
Dissipé tout au fond des miroirs…
Et déjà le violoneux sans nez joue
Un air sur l’irrévocable.

En étrangère curieuse,
Captivée par chaque nouveauté,
J’ai regardé glisser les traîneaux,
J’ai écouté ma langue maternelle.

Avec une puissance, une fraîcheur sauvages,
Le bonheur m’a soufflé au visage,
Comme si l’amie de toujours
Gravissait avec moi le perron.

(Anna Akhmatova)

Titre: L’églantier fleurit et autres poèmes
Traduction: Marion Graf et José-Flore Tappy
Editions: La Dogana

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Mon berceau, béni du Ciel (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 22 mars 2019



Mon berceau, béni du Ciel,
Fut une ville sombre près d’une rivière menaçante,
La solennité de mon lit nuptial,
Au-dessus duquel tenaient des couronnes
Tes jeunes séraphins,
Fut une ville aimée d’un amour amer.

La tribune où j’ai prié,
Ce fut toi, sévère, calme, brumeuse.
Là mon fiancé m’est apparu;
Il m’a montré mon chemin lumineux,
Et ma Muse douloureuse
M’a menée comme une aveugle.

(Anna Akhmatova)

Illustration: Nathan Altman

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :