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Poésie

Posts Tagged ‘ville’

je vis en rond (Denise Désautels)

Posted by arbrealettres sur 15 décembre 2017



je vis en rond
toutes les villes sont des refuges
où les deuils répétés manquent d’éclat
mon regard est trop bleu
coincé dans la fable parmi les objets perdus

(Denise Désautels)

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L’AMPHION (Raymond Queneau)

Posted by arbrealettres sur 13 décembre 2017




    
L’AMPHION

Le Paris que vous aimâtes
n’est pas celui que nous aimons
et nous nous dirigeons sans hâte
vers celui que nous oublierons

Topographies ! itinéraires !
dérives à travers la ville !
souvenirs des anciens horaires !
que la mémoire est difficile…

Et sans un plan sous les yeux
on ne nous comprendra plus
car tout ceci n’est que jeu
et l’oubli d’un temps perdu

(Raymond Queneau)

 

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VOIES (Raymond Queneau)

Posted by arbrealettres sur 13 décembre 2017



Illustration
    
VOIES

Il y a des rues qui sont des tubes
et des qui sont des arceaux
y a des boulevards qui sont moches
d’autres des broches
sur quoi s’enfilent les autos
il y a des places dodécagonales
certaines proprement infernales
y a des avenues en forme de saucisson
quelques-unes où courent les hannetons
y a des canaux comme à Venise
des îles comme en Frise
des ponts des impasses des quais
des cours des chaussées des allées
quelle quelle quelle variété dans la voirie
de la ville de Paris

(Raymond Queneau)

 

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Elle avait quinze ans (Alexandre Blok)

Posted by arbrealettres sur 11 décembre 2017



Illustration: Richard S. Johnson
    

Elle avait quinze ans. Mais son coeur ne battait
Pas encore comme celui d’une fiancée.
Quand en riant je lui offris ma main,
Elle rit à son tour et partit.

C’était il y a longtemps. Depuis sont passés
Des années et des temps de tous ignorés.
Nos rencontres étaient rares, et si peu disertes,
Mais profonds étaient nos silences.

Par une nuit d’hiver, à mon songe fidèle,
Je quittai les salles peuplées et lumineuses,
Où des masques étouffants souriaient aux chansons,
Où mon regard avide allait l’accompagnant.

Alors, obéissante, elle me suivit,
Ignorant elle-même ce qui allait arriver,
Et seule la nuit noire de la ville
Vit passer les époux, passer et s’éclipser.

En un jour de givre, de soleil, de carmin —
Nous nous rencontrâmes dans le silence du temple :
De ces années muettes nous vîmes l’évidence,
Et ce qui s’accomplit — s’accomplit dans le ciel.

L’histoire de cette longue et bienheureuse quête
Déborde ma poitrine, et roule dans ce chant.
J’ai puisé dans ce chant pour bâtir l’édifice,
Quant aux autres chansons — c’est pour un autre jour.

(Alexandre Blok)

 

Recueil: Le Monde terrible
Traduction:Pierre Léon
Editions: Gallimard

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5 QUAI HOCHE (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 11 décembre 2017



 

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5 QUAI HOCHE

La nuit
La ville morte
Et la clé sur la porte
Les malles closes
Derrière ce mur tant de choses
Qu’on n’emporte pas
Tout ce qui perce encore le plafond
La trace chaude de mon front
Sur la vitre mouvante
Les douze coups de l’épouvante
Entre le ciel et moi
Et la lune qui règle la marée des toits

Un pas de plus
Et je tombe entre tes mains
Ma tête roule sur ton épaule
Tout seul
Je n’aurais pas retrouvé mon chemin.

(René Guy Cadou)

Illustration

 

 

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LA SOLITUDE (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 10 décembre 2017




Illustration: ArbreaPhotos
    
LA SOLITUDE

Avec une feuille tombée
Avec le trop-plein d’un seau

Avec cette lampe aux œufs d’or
Sur la desserte de la neige
Quand il a bien fait froid dehors

Avec une route où s’avance
Un cheval qui n’est pas d’ici
Avec l’enfant glacé tout seul
Dans un autocar de rêve

Avec des villes consumées
Dans le désert de ma mémoire
Un ciel d’épines et de craie
Où le soleil ne vient plus boire

Avec l’idiot désemparé
Devant ses mains qui le prolongent
Et dont le cœur comme une oronge
Suscite un désir de forêt

Avec toi qui me dissimules
Sous les tentures de ta chair
Je recommence le monde.

(René Guy Cadou)

 

Recueil: Comme un oiseau dans la tête
Traduction:
Editions: Points

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Je t’attendais (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 9 décembre 2017



    

Je t’attendais ainsi qu’on attend les navires
Dans les années de sécheresse quand le blé
Ne monte pas plus haut qu’une oreille dans l’herbe
Qui écoute apeurée la grande voix du temps

Je t’attendais et tous les quais toutes les routes
Ont retenti du pas brûlant qui s’en allait
Vers toi que je portais déjà sur mes épaules
Comme une douce pluie qui ne sèche jamais

Tu ne remuais encor que par quelques paupières
Quelques pattes d’oiseaux dans les vitres gelées
Je ne voyais en toi que cette solitude
Qui posait ses deux mains de feuille sur mon cou

Et pourtant c’était toi dans le clair de ma vie
Ce grand tapage matinal qui m’éveillait
Tous mes oiseaux tous mes vaisseaux tous mes pays
Ces astres ces millions d’astres qui se levaient

Ah que tu parlais bien quand toutes les fenêtres
Pétillaient dans le soir ainsi qu’un vin nouveau
Quand les portes s’ouvraient sur des villes légères
Où nous allions tous deux enlacés par les rues

Tu venais de si loin derrière ton visage
Que je ne savais plus à chaque battement
Si mon cœur durerait jusqu’au temps de toi-même
Où tu serais en moi plus forte que mon sang.

(René Guy Cadou)

 

Recueil: Comme un oiseau dans la tête
Traduction:
Editions: Points

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Dehors c’est un couchant (Jorge Luis Borges)

Posted by arbrealettres sur 7 décembre 2017




    
Dehors c’est un couchant, sombre joyau
enchâssé dans le temps,
et une profonde ville aveugle
de ne pas t’avoir vue.
Le soir se tait ou chante.
Quelqu’un libère les désirs
que le piano crucifiait.
Sans cesse, la multitude de ta beauté.

(Jorge Luis Borges)

 

Recueil: L’or des tigres
Traduction: Ibarra
Editions: Gallimard

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Nocturne (Alain Borne)

Posted by arbrealettres sur 7 décembre 2017



Illustration: Julien Dugué
    
Nocturne

Une ville glisse de la lune
or timide mirage en poudre
la ville neige sur le monde
blanche du givre de ses vitres.

Le silence est par ses rues d’ombre
le sang dort sous les toits
clair silence voilé sans chaleur
sur la sueur des agonies

terre fantasque lune jaunie
l’enfant qui joue de nos fantômes
près de son jeu s’est endormi.

(Alain Borne)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Curandera

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Hiroshima mon amour (Marguerite Duras)

Posted by arbrealettres sur 6 décembre 2017




    
Hiroshima mon amour
(Extrait)

Je te rencontre.
Je me souviens de toi.
Cette ville était faite à la taille de l’amour.

Tu étais fait à la taille de mon corps même.
Qui es-tu?
Tu me tues.

J’avais faim.
Faim d’infidélité, d’adultères, de mensonges et de mourir.
Depuis toujours.

Je me doutais bien qu’un jour
tu me tomberais dessus.

Je t’attendais dans une impatience sans bornes, calme.
Dévore-moi.
Déforme-moi à ton image afin qu’aucun autre, après toi,
ne comprenne plus du tout le pourquoi de tant de désir.

Nous allons rester seuls, mon amour.
La nuit ne va pas finir.
Le jour ne se lèvera plus pour personne.
Jamais.
Jamais plus.
Enfin.

Tu me tues.
Tu me fais du bien.

Nous pleurerons le jour défunt
avec conscience et bonne volonté.
Nous n’aurons plus rien d’autre à faire,
plus rien que pleurer le jour défunt.

Du temps passeras.
Du temps seulement.
Et du temps va venir.
Du temps viendra.

Où nous ne saurons plus du tout nommer ce qui nous unira.
Le nom s’en effacera peu çà peu de notre mémoire.

Puis,
il disparaîtra tout à fait.

(Marguerite Duras)

Découvert ici: https://lolaontherope.wordpress.com/

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