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Poésie

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Serai je consolée un jour (Marie Noël)

Posted by arbrealettres sur 19 novembre 2019



Illustration: Edvard Munch

    
Serai je consolée un jour – ou punie – de mes colères contre la Mort ?
Car j’ai eu beau lire, apprendre, savoir, penser
et croire tout le bien qu’on peut dire d’elle,
la Mort m’a toujours trouvée hurlante à la face du Ciel.

(Marie Noël)

 

Recueil: Les Chansons et les Heures / Le Rosaire des joies
Traduction:
Editions: Gallimard

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Désires-tu toujours (Yosano Akiko)

Posted by arbrealettres sur 4 novembre 2019



    

Désires-tu toujours
Vérité Bien et Beauté,
Lorsque tu me vois
Tenir à la main ces fleurs
Du rouge le plus écarlate ?

(Yosano Akiko)

 

Recueil: Cheveux emmêlés
Traduction: Claire Dodane
Editions: Les Belles Lettres

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Confidentiel (Jean-Jacques Goldman)

Posted by arbrealettres sur 3 novembre 2019




Confidentiel

Je voulais simplement te dire
Que ton visage et ton sourire
Resteront près de moi, sur mon chemin

Te dire que c’était pour de vrai
Tout c’qu’on s’est dit, tout c’qu’on a fait
Qu’c’était pas pour de faux, que c’était bien

Faut surtout jamais regretter
Même si ça fait mal, c’est gagné
Tous ces moments, tous ces mêmes matins

J’vais pas te dire qu’faut pas pleurer
Y’a vraiment pas d’quoi s’en priver
Et tout c’qu’on n’a pas loupé, le valait bien

Peut-être on se retrouvera
Peut-être que peut-être pas
Mais sache qu’ici bas, je suis là

Ca restera comme une lumière
Qui m’tiendra chaud dans mes hivers
Un petit feu de toi qui s’éteint pas

(Jean-Jacques Goldman)

 

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Souvent j’ai vu que tu n’étais qu’un leurre (Henry Bauchau)

Posted by arbrealettres sur 27 septembre 2019



Souvent j’ai vu que tu n’étais qu’un leurre
J’ai cru parfois que tu n’étais qu’un bien
Tu es mon arbre en toi je me soutiens.

(Henry Bauchau)

 

 

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On se prouve que tout est bien (Francis Vielé-Griffin)

Posted by arbrealettres sur 25 septembre 2019



 

Jean Paul Avisse _86b7

On se prouve que tout est bien ;
Qu’il est sage de changer de rêve ;
Que tout sera mieux, demain ;
Que le passé s’y achève ;

Qu’il est bon de rompre un lien ;
De fouler les feuilles mortes ;
Qu’hier est déjà trop ancien
Pour qu’on en cause encor de la sorte ;

Que la vie est toujours nouvelle ;
Que demain est le jour des forts…
Je me souviens d’heures plus belles
Que demain — et demain, c’est la mort.

(Francis Vielé-Griffin)

Illustration: Jean Paul Avisse

 

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Tout va bien (Thomas Vinau)

Posted by arbrealettres sur 24 septembre 2019



    
Tout va bien

Une minuscule
araignée trapue
traverse la table
avec dans la bouche
une mouche
le vent souffle
sporadiquement
dès que je me retourne
plus rien ne bouge
si ce n’est
la nurserie ocre
du tilleul
que les abeilles
veillent
à savamment
piller
tout va bien
le monde court
après le monde
dans les paisibles
chuchotements
de nos agonies
veloutées

(Thomas Vinau)

 

Recueil: Juste après la pluie
Traduction:
Editions: Alma

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Les dés éternels (César Vallejo)

Posted by arbrealettres sur 9 septembre 2019




    
Les dés éternels
Pour Manuel Gonzalez Prada

Mon Dieu, je pleure sur l’être que je vis
je regrette d’avoir pris ton pain;
mais la pauvre boue pensive que je suis
n’est pas croûte fermentée dans ton flanc :
toi tu n’as pas de Maries qui s’en vont!

Mon Dieu, si tu avais été un homme,
aujourd’hui tu saurais être Dieu;
mais toi, qui as toujours été bien,
tu ne sens rien de ta création.
En fait l’homme te souffre : le Dieu c’est lui!

Aujourd’hui que dans mes yeux sorciers luisent des chandelles,
comme dans ceux d’un damné,
mon Dieu, tu vas allumer tous tes cierges,
et nous jouerons avec le vieux dé…
Peut-être que, oh joueur! sortant le chiffre
de l’univers entier
surgiront les cernes de la Mort,
comme deux funèbres as de boue.

Mon Dieu, en cette nuit sourde, obscure,
tu ne pourras plus jouer, car la Terre
est un dé rongé et désormais rond
à force de rouler à l’aventure,
qui ne peut s’arrêter que dans un trou,
le trou d’une immense sépulture.

(César Vallejo)

 

Recueil: Poésie complète 1919-1937
Traduction: Nicole Réda-Euvremer
Editions: Flammarion

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La voix du miroir (César Vallejo)

Posted by arbrealettres sur 18 août 2019



Illustration: Gilbert Garcin
    
La voix du miroir

Ainsi passe la vie, comme un bizarre mirage.
La rose azur qui enfante et donne le jour au chardon!
À côté du dogme du fardeau
fatal, le sophisme du Bien et de la Raison!

On a saisi, au hasard, ce que la main a frôlé;
les parfums se sont envolés, et parmi eux on a senti
la moisissure qui à mi-chemin a poussé
sur le pommier sec de la morte Illusion.

Ainsi passe la vie,
avec les cantiques trompeurs d’une bacchante fanée.
J’avance tout effaré, en avant… en avant,
faisant gronder ma marche funèbre.

Avancent au pied de brahmaniques éléphants royaux,
au son du sordide bourdonnement d’une ardeur mercurielle,
des amants qui lèvent leurs coupes sculptées dans la roche,
et des crépuscules oubliés, une croix sur la bouche.

Ainsi passe la vie, vaste orchestre de Sphinx
qui jettent dans le Vide leur marche funèbre.

(César Vallejo)

 

Recueil: Poésie complète 1919-1937
Traduction: Nicole Réda-Euvremer
Editions: Flammarion

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Dentelle de fièvre (César Vallejo)

Posted by arbrealettres sur 18 août 2019




    
Dentelle de fièvre

Sur les tableaux de saints pendus aux murs
mes pupilles traînent un hélas! de crépuscule;
et dans un frisson de fièvre, bras croisés,
mon être reçoit la vague visite du Nonêtre.

Une mouche pleureuse sur les meubles fourbus
veut répandre je ne sais quelle légende fatale :
une illusion d’Orients qui s’enfuient harcelés;
un nid azur d’alouettes qui meurent en naissant.

Dans un vieux fauteuil est assis mon père.
Comme une Mater Dolorosa, entre et sort ma mère.
Et en les voyant je sens un je ne sais quoi qui ne veut pas partir.

Car avant l’oublie qui est hostie faite de Science,
est l’hostie, oublie faite de Providence.
Et la visite naît, m’aide à vivre bien…

(César Vallejo)

 

Recueil: Poésie complète 1919-1937
Traduction: Nicole Réda-Euvremer
Editions: Flammarion

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Tordue (Paul Valéry)

Posted by arbrealettres sur 12 juillet 2019



Illustration: Edward Hopper
    
Tordue est la chose dure, douce et chaude, (la fille)
Polie et mouvante, lance l’air qui brûle
Terre entière qui se lève, et me porte
Étendue fraîche, étendue tiède, forme qui devient
nouvelle sous la force –
Voyage immobile, tendre au bas, du sommet aigu
Pierre exquise, pour boire.
Idée d’être proche, désir de briser, soupir pour se fondre
Et ne pas… Soupir, souffle et idée !
Étreinte toute du bien et du mieux, lutte qui se gonfle,
Mélange ; seul, on redevient ; seul, on s’élève
Seul on ne pense plus, seul on veut, seul on est.

(Paul Valéry)

 

Recueil: Poésie perdue
Traduction:
Editions: Gallimard

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