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La Rentrée de l’hiver (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 18 février 2018




    
La Rentrée de l’hiver

1
Voici l’hiver il va neiger sur la toiture
Voici la pluie il va neiger sur la toiture
Adieu soleil Adieu été
Au revoir beauté
Au revoir printemps
Au revoir beau temps.

2
Les cheminées les araignées sur les toitures
Les cheminées les araignées sur les toitures
C’est la rentrée c’est la sortie
C’est le vent d’esprit
C’est le cri d’la pluie
C’est l’hiver vive l’hiver qui recommence.

(Robert Desnos)

 

Recueil: Les Voix intérieures
Traduction:
Editions: L’Arganier
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La fidèle (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 16 février 2018



 

Frank Cadogan Cowper -_Vanity_-_1907_detalle

La fidèle

Si j’étais la plus belle
Comme la plus fidèle,
Je le serais pour toi !
Si j’étais souveraine,
Le roi de cette reine,
Tu le serais par moi !

S’il te prenait l’envie
De demander ma vie
Pour te faire un beau jour,
Cette vie ignorée,
À l’amour consacrée,
Tu l’aurais, mon amour !

Et si tu disais :  » Donne
Beauté, vie et couronne,
Pour orner celle-là,
Cette seule que j’aime…  »
À cet autre toi-même,
Je dirais :  » Les voilà.  »

Car s’il est doux de vivre
Pour s’attendre ou se suivre
Dans le même désir,
Pour une âme enflammée,
Vainement consumée,
Il est mieux de mourir.

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration: Frank Cadogan Cowper

 

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Découverte de l’évidence (Odilon-Jean Périer)

Posted by arbrealettres sur 16 février 2018



Illustration: Emile Claus
    
Découverte de l’évidence

La vie est simple. Je dis
Que nous ignorons sa grâce,
Masque transparent, visage
Ridicule, tu souris.

Toi, frère des champs, merci :
La vie est à ton image.
Parle donc, pour être un sage.
Soyons plus forts que l’ennui.

J’enferme les vieilles Muses,
Car ces filles ont des ruses
Terribles et sans beauté.

Vite en cage ! – Moi, j’existe
Et je vois avec fierté
Qu’on ne saurait être triste

Aux jardins que j’ai plantés.

(Odilon-Jean Périer)

 

 

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Allusion aux poètes (Odilon-Jean Périer)

Posted by arbrealettres sur 15 février 2018



 

Illustration: Nicole Clouin
    
Allusion aux poètes

Désireux de tenir l’été dans ma demeure
je tue un lièvre gras et l’emporte au cellier.
Le goût de la saison s’y cache tout entier
avec l’odeur de l’herbe et ses voix les meilleures.

Sans doute, ce trésor sera bientôt pillé
et comme des raisins les mouches violentes
naîtront dans sa fourrure aujourd’hui rayonnante.
– Mais c’est une leçon qu’on ne peut oublier.

Car, mon ami, si tu implores les poètes,
ils vont te révéler de dangereuses fêtes :
puisant dans leur mémoire une vive beauté,

ils composent des vers où brille la souffrance
et montrent, orgueilleux de leur grande opulence,
quelque poème lourd comme un lièvre tué.

(Odilon-Jean Périer)

 

 

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PROMENADE (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 14 février 2018



 

Alexander Ye Pavlovets -  9

PROMENADE
À Emmanuel des Essarts.

Ce n’est pas d’hier que d’exquises poses
Me l’ont révélée, un jour qu’en rêvant
J’allais écouter les chansons du vent.

Ce n’est pas d’hier que les teintes roses
Qui passent parfois sur sa joue en fleur
M’ont parlé matin, aurore, fraîcheur,

Que ses clairs yeux bleus et sa chevelure
Noire, sur la nuque et sur le front blancs,
Ont fait naître en moi les désirs troublants

Que, dans ses repos et dans son allure,
Un charme absolu, chaste, impérieux,
Pour toute autre qu’Elle a voilé mes yeux.

Ce n’est pas d’hier. Puis le cours des choses
S’assombrit. Je crus à jamais les roses
Mortes au brutal labour du canon.

Alors j’aurais pu tomber sous les balles
Sans que son nom vînt sur mes lèvres pâles
— Car je ne sais pas encore son nom.

Puis l’étude austère aux heures inertes,
L’ennui de l’été dans les ombres vertes,
M’ont fait oublier d’y penser souvent.

Voici refleurir, comme avant ces drames,
Les bleuets, les lys, les roses, les femmes,
Et puis Elle avec sa beauté d’avant.

*

Dans le grand jardin, quand je vous retrouve,
Si je ralentis, pour vous voir, mes pas,
Peureuse ou moqueuse, oh ! ne fuyez pas !

Me craindre ?… Depuis que cet amour couve
En mon coeur, je n’ai même pas osé
Rêver votre bras sur le mien posé.

Qu’est-ce que je viens faire en votre vie,
Intrus désoeuvré ? Voilà votre enfant
Qui joue à vos pieds et qui vous défend.

Aussi, j’ai compris, vous ayant suivie,
Ce qu’ont demandé vos yeux bleus et doux :
« Mon destin est fait, que me voulez-vous ? »

Mais, c’est bien assez, pour qu’en moi frissonne
L’ancien idéal et sa floraison
De vous voir passer sur mon horizon !

Car l’âme, à l’étroit dans votre personne,
Dépasse la chair et rayonne autour,
— Aurore où s’abreuve et croît mon amour.

Diamants tremblant aux bords des corolles,
Fleur des pêches, nacre, or des papillons
S’effacent pour peu que nous les froissions.

Ne craignez donc pas d’entreprises folles,
Car je resterai, si cela vous plaît,
Esclave lointain, inconnu, muet.

(Charles Cros)

Illustration: Alexander Ye Pavlovets

 

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DESTINÉE (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 14 février 2018



 

Jeanie Tomanek milkweed

DESTINÉE

Quel est le but de tant d’ennuis ?
Nous vivons fiévreux, haletants,
Sans jouir des fleurs au printemps,
Du calme des nuits.

Pourquoi ces pénibles apprêts,
Ces labeurs que le doute froid
Traverse, où nous trouvons l’effroi ?
Pour mourir après ?

Mais non. L’éternelle beauté
Est le flambeau d’attraction
Vers qui le vivant papillon
Se trouve emporté.

Mais souvent le papillon d’or
Trouve la mort au clair flambeau,
C’est ainsi qu’en plus d’un tombeau
La vérité dort.

Ceux qui suivent retrouvent-ils
Ces pensers éteints au berceau ?
Quel ruisseau redit du ruisseau
Les rythmes subtils ?

(Charles Cros)

Illustration: Jeanie Tomanek

 

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UN AMOUREUX ATTRISTÉ PAR UNE INSENSIBLE (Su Shi)

Posted by arbrealettres sur 13 février 2018



UN AMOUREUX ATTRISTÉ PAR UNE INSENSIBLE

Parmi les fleurs rouges fanées et
Les abricotiers verts
Les hirondelles frôlent l’eau émeraude
Qui entoure une maison
Les chatons du saule s’envolent au gré du vent
Où sur notre terre ne peut-on trouver le parfum de l’herbe ?

Dans le jardin une balançoire
Et de l’autre côté de son enceinte un promeneur
Qui longe le chemin
Qui entend l’éclat de rire d’une beauté
Petit petit s’évanouit le rire
Amoureux, le promeneur s’afflige de l’insensible

(Su Shi)

Illustration: Chai Qiu Nong

 

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Je suis si nu (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 12 février 2018



Illustration: Caroline Duvivier
    
Je suis si nu

Je suis si nu quand vous êtes absente
que je me cache en mon obscurité.

Ne croyez pas que ce soit par décence.
J’aime être nu. Je parle d’autre chose,
de cette peur de voir les éléments
se réunir pour décider ma fin.

Car même nu, lorsque vous paraissez,
je suis vêtu, je m’habille de vous
et je suis vous qui êtes ma parure
et ma cuirasse — ô beauté, mon salut.

(Robert Sabatier)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Albin Michel

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Cheval, cheval (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 12 février 2018



    

Cheval, cheval

Cheval, cheval, il me faut un cheval !
mais je n’ai pas de royaume à donner.
Un destrier ? Non, un cheval de bois
en souvenir d’un antique manège.

Un chêne, un chêne ! Où trouver un grand chêne ?
Que dites-vous ? Pour rendre la justice ?
Je ne peux rendre en ne possédant pas.
C’est pour dormir sous les plus belles feuilles.

Des lys, des lys ! Apportez-moi des lys !
pas pour orner la couronne des rois,
plus simplement pour leur cambrure exquise
et le parfum jailli de la beauté.

Abeille, abeille ! oui, je veux une abeille !
non pour l’hommage à de vieux empereurs
mais pour voler avec elle, l’abeille
de fleur en fleur sous le soleil d’été.

(Robert Sabatier)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Albin Michel

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La vie (Luis Cernuda)

Posted by arbrealettres sur 12 février 2018



Illustration: Jean Libon
    
La vie

Ainsi que le soleil éclaire
Quelque recoin de la terre
Et rachète sa misère,
La peuplant de rires verts,

Ta présence ainsi se lève
Sur mon existence obscure
L’exaltant et lui donnant
Splendeur, jouissance, beauté.

Mais toi aussi tu t’éclipses
Comme le soleil, et croissent
Tout autour de moi les ombres :
Solitude, vieillesse et mort.

***

Como cuando el sol enciende
Algún rincón de la tierra,
Su pobreza la redime,
Con risas verdes lo llena,

Así tu presencia viene
Sobre mi existencia oscura
A exaltarla, para darle
Esplendor, gozo, hermosura.

Pero también tú te pones
Lo mismo que el sol, y crecen
En torno mío las sombras
De soledad, vejez, muerte.

(Luis Cernuda)

 

Recueil: Poèmes pour un corps
Traduction: Bruno Roy
Editions: Fata Morgana

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