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Censure morale sur une rose et par elle sur ses semblables (Soeur Juana Inès de la Cruz)

Posted by arbrealettres sur 19 février 2017



Censure morale sur une rose et par elle sur ses semblables

Rose divine qui en culture élégante
es, avec ta subtilité parfumée,
magistère pourpre dans la beauté,
enseignement neigeux à la splendeur.

Semblant de l’humaine architecture,
exemple de la vaine élégance,
où, dans ton être, la nature a réuni
le berceau joyeux et la sépulture triste.

Comme, hautaine dans ta pompe, fière,
superbe, le risque de mourir tu méprises,
et après évanouie et recroquevillée

de ton être caduc tu donnes des signes fanés,
et ainsi par une mort savante et une vie niaise,
en vivant tu trompes et en mourant enseignes!

(Soeur Juana Inès de la Cruz)

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Et toi fleur d’or (Kenneth White)

Posted by arbrealettres sur 17 février 2017



A présent l’espace immense
est tout autour de moi
et toi fleur d’or
tu es en moi

l’art d’Orient dont j’ai fait mon étude
c’est ta chair et tes os
la courbe de ton œil
ta langue et sa musique
en face
de tes seins nus
la religion perd toute réalité

et la beauté lisse
de ton ventre amoureux
accomplit la philosophie

(Kenneth White)

Découvert chez Lara ici

Illustration

 

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Tes jeunes seins brillaient sous la lune (Jacques Prévert)

Posted by arbrealettres sur 17 février 2017



Tes jeunes seins brillaient sous la lune
Mais il a jeté
Le caillou glacé
La froide pierre de la jalousie
Sur le reflet
De ta beauté
Qui dansait nue sur la rivière
Dans la splendeur de l’été.

(Jacques Prévert)


Illustration

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ET TA SOEUR (Jacques Prévert)

Posted by arbrealettres sur 16 février 2017




ET TA SOEUR

C’est la beauté,
dit la détresse,

la volupté,
dit la douleur,

la cruauté,
dit la tendresse,

l’indifférence,
dit le désespoir,

la mort,
dit le malheur.

Ma soeur
c’est l’amour,
dit l’heur
le bon heur.

(Jacques Prévert)

Illustration: James Tissot

 

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Aimons toujours ! Aimons encore! (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 15 février 2017



Aimons toujours ! Aimons encore !
Quand l’amour s’en va, l’espoir fuit.
L’amour, c’est le cri de l’aurore,
L’amour c’est l’hymne de la nuit.

Ce que le flot dit aux rivages,
Ce que le vent dit aux vieux monts,
Ce que l’astre dit aux nuages,
C’est le mot ineffable : Aimons !

L’amour fait songer, vivre et croire.
Il a pour réchauffer le coeur,
Un rayon de plus que la gloire,
Et ce rayon c’est le bonheur !

Aime ! qu’on les loue ou les blâme,
Toujours les grand coeurs aimeront :
Joins cette jeunesse de l’âme
A la jeunesse de ton front !

Aime, afin de charmer tes heures !
Afin qu’on voie en tes beaux yeux
Des voluptés intérieures
Le sourire mystérieux !

Aimons-nous toujours davantage !
Unissons-nous mieux chaque jour.
Les arbres croissent en feuillage ;
Que notre âme croisse en amour !

Soyons le miroir et l’image !
Soyons la fleur et le parfum !
Les amants, qui, seuls sous l’ombrage,
Se sentent deux et ne sont qu’un !

Les poètes cherchent les belles.
La femme, ange aux chastes faveurs,
Aime à rafraîchir sous ses ailes
Ces grand fronts brûlants et réveurs.

Venez à nous, beautés touchantes !
Viens à moi, toi, mon bien, ma loi !
Ange ! viens à moi quand tu chantes,
Et, quand tu pleures, viens à moi !

Nous seuls comprenons vos extases.
Car notre esprit n’est point moqueur ;
Car les poètes sont les vases
Où les femmes versent leur coeurs.

Moi qui ne cherche dans ce monde
Que la seule réalité,
Moi qui laisse fuir comme l’onde
Tout ce qui n’est que vanité,

Je préfère aux biens dont s’enivre
L’orgueil du soldat ou du roi,
L’ombre que tu fais sur mon livre
Quand ton front se penche sur moi.

Toute ambition allumée
Dans notre esprit, brasier subtil,
Tombe en cendre ou vole en fumée,
Et l’on se dit :  » Qu’en reste-t-il ?  »

Tout plaisir, fleur à peine éclose
Dans notre avril sombre et terni,
S’effeuille et meurt, lis, myrte ou rose,
Et l’on se dit :  » C’est donc fini !  »

L’amour seul reste. O noble femme
Si tu veux dans ce vil séjour,
Garder ta foi, garder ton âme,
Garder ton Dieu, garde l’amour !

Conserve en ton coeur, sans rien craindre,
Dusses-tu pleurer et souffrir,
La flamme qui ne peut s’éteindre
Et la fleur qui ne peut mourir !

(Victor Hugo)

Illustration: Sophie Vulliard

Découvert ici: https://eleonoreb.wordpress.com/

 

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Comme des fenêtres ouvertes aveuglées de soleil (Michel Camus)

Posted by arbrealettres sur 14 février 2017




Il y a du silence
dans la musique de la langue
comme dans l’arbre et la pierre
et le feu et le vent,
qui l’entend?

Qui a jamais vu l’informelle substance du silence.
Fertile abîme.
Cordon ombilical du merveilleux
Et si le silence était sans métaphore
notre seul transport dans l’infini

L’art n’est pas le seul langage du silence,
mais l’univers, l’oeil, l’extase et la beauté

Comme des fenêtres ouvertes
aveuglées de soleil

(Michel Camus)

 

 

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L’HYMNE ETERNEL (Pascal Bonetti)

Posted by arbrealettres sur 14 février 2017




L’HYMNE ETERNEL

Je te reconnaîtrai sans t’avoir jamais vue,
Car ton image est dans mes yeux
Semblable à ces reflets qu’on voit sur les lacs bleus
Et dont on cherche en vain les causes dans la nue.
Je te reconnaîtrai… Comment ? Je ne sais pas !
Peut-être à la beauté calme de ton visage,
Peut-être au bruit laissé par ta robe au passage,
Ou peut-être à l’empreinte de tes pas.
Es-tu reine ou bergère ?
Je ne sais pas… Je te vois à travers
Des rêves lumineux, vaporeuse et légère,
Telle, en mirage, une oasis dans mon désert.

Je t’emporterai loin, dans l’au-delà des choses
Où les heures s’en vont endormir leurs secrets,
Et parmi les odeurs et l’ombre des forêts
Je te ferai d’indicibles apothéoses.
Je te ferai des reposoirs
Avec les pins géants et les fleurs des bruyères,
Et dans le mystère ému des longs soirs,
Je laisserai vers toi s’exhaler ma prière.

Nos corps se dresseront dans leur double beauté
Comme un thyrse de chair. Le ciel diamanté,
Les yeux verts des étangs, l’extase des collines,
Regarderont passer notre double désir
Qui montera vers les splendeurs de l’avenir
Par les sentiers, par les rochers, par les ravines.
Nos esprits s’ouvriront au sens de l’infini.

Muables gouttes d’eau dans le gouffre immuable,
Nous essaierons de pénétrer l’éternité.
Atomes conscients devant l’immensité,
Nos cerveaux tenteront de sonder l’insondable.

Nous verrons que nos chairs, ces filles du passé,
Roulent depuis toujours dans le cycle des causes
Et que, plus tard encor, par les vents dispersé,
Notre couple vivra dans les parfums des roses,
Dans les plaintes des mers, dans les souffles des vents,
Dans les fruits, dans les blés, dans les chênes mouvants,
Au hasard des métamorphoses.

Nous verrons que notre âme est l’embryon de Dieu,
Un peu de la grande Aine éparse par le monde,
Qui, parmi l’inconnu de l’époque et du lieu,
Fait vivre le cosmos, le règle et le féconde,
Et que cette âme, accrue à nos gestes latents,
D’un plus puissant envol exaltera le temps
Qui sur nos faiblesses se fonde.

Nous concevrons l’ordre profond de l’univers
Notre corps aspirant à la beauté parfaite,
Notre esprit s’avançant vers l’ultime conquête
Par les chemins les plus divers.

Nous nous sentirons solidaires
Des siècles qui nous précédèrent
Comme de ceux qui nous suivront
Et levant alors notre front
Vers ce Dieu qui par nous incessamment se crée,
Nous chanterons l’hymne sacrée :

« Heureux les doux, heureux les bons, heureux les forts,
Heureux les justes !
Ceux qui mettent leur foi dans la pensée auguste,
Leur espérance dans l’effort !

Heureux ceux dont le coeur est pur et volontaire,
Ceux qui portent leurs jours comme des ciels d’été,
Ceux qui s’en vont chantant, ivres d’avoir capté
Les secrètes lois de la terre !
Heureux les simples qui, bravant les lendemains,
Tendent leurs bras vers les bras fous de l’aventure !
Heureux ceux dont le rêve ou le verbe ou les mains
Entent sur le passé les aurores futures ! »

Je verrai dans tes yeux l’universel amour,
Dans les miens tu liras la millénaire attente,
Nous sentirons en nous cette sève exaltante
Qui de chaque jour fait le jour.

Enfin nous comprendrons la splendeur de la vie,
Le besoin qui s’y vient confondre de la mort,
Et la marche éternelle — et dont rien ne dévie —
Vers un éternel âge d’or.

(Pascal Bonetti)

Illustration: Sabin Balasa

 

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L’Offrande à la Nature (Anna de Noailles)

Posted by arbrealettres sur 14 février 2017



L’Offrande à la Nature

Nature au coeur profond sur qui les cieux reposent,
Nul n’aura comme moi si chaudement aimé
La lumière des jours et la douceur des choses,
L’eau luisante et la terre où la vie a germé.

La forêt, les étangs et les plaines fécondes
Ont plus touché mes yeux que les regards humains,
Je me suis appuyée à la beauté du monde
Et j’ai tenu l’odeur des saisons dans mes mains.

J’ai porté vos soleils ainsi qu’une couronne
Sur mon front plein d’orgueil et de simplicité.
Mes jeux ont égalé les travaux de l’automne
Et j’ai pleuré d’amour aux bras de vos étés.

Je suis venue à vous sans peur et sans prudence,
Vous donnant ma raison pour le bien et le mal,
Ayant pour toute joie et toute connaissance
Votre âme impétueuse aux ruses d’animal.

Comme une fleur ouverte où logent des abeilles
Ma vie a répandu des parfums et des chants,
Et mon coeur matineux est comme une corbeille
Qui vous offre du lierre et des rameaux penchants.

Soumise ainsi que l’onde où l’arbre se reflète
J’ai connu les désirs qui brûlent dans vos soirs
Et qui font naître au coeur des hommes et des bêtes
La belle impatience et le divin vouloir.

Je vous tiens toute vive entre mes bras, Nature,
Ah ! faut-il que mes yeux s’emplissent d’ombre un jour
Et que j’aille au pays sans vent et sans verdure
Que ne visitent pas la lumière et l’amour…

(Anna de Noailles)

Découvert ici: https://petalesdecapucines.wordpress.com/

Illustration: Henri Rousseau dit le douanier-rousseau

 

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Comment faire couler les mots dans ce qui là-haut eut lieu (Haya Ester)

Posted by arbrealettres sur 13 février 2017



 

Comment faire couler les mots
dans ce qui là-haut eut lieu
je déshabillai le corps céleste comme on enlève une robe
et mon âme dans sa nudité demeura mélodie
combien de cieux ai-je écoulés, pas de chiffres…
jeunesse d’un vent blanc
pas d’accomplissement
hauteurs du divin
une foule de psaumes n’y pourra rien
musique d’en haut
je fus amoureuse
de la beauté profonde de Dieu!

(Haya Ester)

 

 

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Époux, cher à mon coeur (Poème Sumérien)

Posted by arbrealettres sur 11 février 2017



 

Époux, cher à mon coeur,
Grande est ta beauté, douce comme le miel.
Lion, cher à mon coeur,
Grande est ta beauté, douce comme le miel.

Tu m’as captivée, laisse-moi demeurer tremblante devant toi :
Époux, je voudrais être conduite par toi dans la chambre.
Tu m’as captivée, laisse-moi demeurer tremblante devant toi :
Lion, je voudrais être conduite par toi dans la chambre.

Époux, laisse-moi te caresser :
Ma caresse amoureuse est plus suave que le miel.
Dans la chambre remplie de miel,
Laisse-nous jouir de ton éclatante beauté.
Lion, laisse-moi te caresser :
Ma caresse amoureuse est plus suave que le miel.

Époux, tu as pris avec moi ton plaisir :
Dis-le à ma mère, et elle t’offrira des friandises ;
À mon père, et il te comblera de cadeaux.

Ton âme, je sais comment égayer ton âme :
Époux, dors dans notre maison jusqu’à l’aube.
Ton coeur, je sais comment réjouir ton coeur :
Lion, dors dans notre maison jusqu’à l’aube.

Toi, puisque tu m’aimes,
Donne-moi, je t’en prie, tes caresses.
Mon seigneur dieu, mon seigneur protecteur,
Mon Shu-Sin qui réjouit le coeur d’Enlil,
Donne moi, je t’en prie, tes caresses.

Ta place douce comme le miel,
Je t’en prie, pose la main sur elle,
Pose la main sur elle comme sur un marteau-gishban,
Referme en coupe ta main sur elle
Comme sur un marteau-gishban-sikin.
Ceci est un poème-balbale d’Inanna.

(Poème Sumérien)

Illustration: Albena Vatcheva

 

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