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Poésie

Posts Tagged ‘jardin’

LE JARDIN (Yvon Le Men)

Posted by arbrealettres sur 7 août 2020



LE JARDIN

On la tient
par les épaules
et par les yeux

elle marche
sur la terre
une dernière fois.

Elle passe par ici
ou là

où elle a planté
il y a longtemps
des fleurs
ici et là.
On la tient
par ses épaules
elle se tient par les couleurs

des hortensias

et des roses qui sont rouges
une dernière fois.

On compte sur leurs pétales

pour la ravir
et la ravir de son fauteuil
et de son lit.

On s’arrête
devant chaque nom
qu’elle jette par-dessus le bord

de ses lèvres
une dernière fois.

Elle parle comme un enfant
quand il fait bleu
ou rose

sur ses lèvres
une première fois.

(Yvon Le Men)

Illustration

 

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Souvenirs persistants (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 25 juillet 2020



Souvenirs persistants

Je perçois les reflets
De souvenirs vivants
Un sourire dans un halo
Un regard dans un miroir
Dont les yeux brillaient de rire
Sous un ciel diaphane
Alors que le sol exhalait du froid
Dans la tige de l’herbe

J’éprouve de nouveau les anciennes soifs
Et revois la fleur dans le taillis
Alors que dans le jardin surchargé d’oiseaux
Le cerisier en fruits s’affaissait sur la pelouse

Je me confonds avec l’ombre de ton corps
Au bord de la vague de nuit
Et me souviens d’avoir vécu
Dans le cœur sec de la ville
Avant de retrouver l’âme du village
Dans une chaumière tendue de ténèbres
Que ton sourire irradiait
Pour en faire une demeure chaleureuse.

(Jean-Baptiste Besnard)

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Les roses du jardin (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 24 juillet 2020



Les roses du jardin embaument tes deux mains
Qui sont des papillons qui agitent leurs ailes
Et voltigent dans l’air en frôlant les jasmins
Afin de composer des bouquets de fleurs frêles.

(Jean-Baptiste Besnard)


Illustration: Andrzej Malinowski

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Je riais (Werner Lambersy)

Posted by arbrealettres sur 15 juillet 2020



Je riais
Du centre vers la périphérie

Je riais
Du ventre et de la gorge
Des mains et des omoplates
Cela secouait tout l’espace
Faisait danser les fantômes
Comme ce mouchoir
Noué aux quatre coins

Dont la poupée dansait sous
Tes doigts
Avant d’aller enfant
Me coucher entre des draps
Amidonnés et froids
Sous la présence
Parfumée d’une chevelure
En chute libre

Je riais pour faire tomber
Les fruits de l’arbre
Du souffle
Au milieu du jardin d’Eden

Maintenant je ris
De la périphérie des autres
Vers le ventre
Avec des mains
Qui essorent les poumons
Comme du linge

Pour en sortir ce qui reste
Avant de passer le fer chaud
Sur les faux plis
De l’âme

(Werner Lambersy)

Illustration: Boleslaw Von Szankowski

 

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Peux-tu me vendre (Nicolas Guillén)

Posted by arbrealettres sur 11 juillet 2020



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Peux-tu me vendre l’air qui passe entre tes doigts
et fouette ton visage et mêle tes cheveux?
Peut-être pourrais-tu me vendre cinq pesos de vent,
ou mieux encore me vendre une tempête?
Tu me vendrais peut-être
la brise légère, la brise
(oh, non, pas toute!) qui parcourt
dans ton jardin tant de corolles,
dans ton jardin pour les oiseaux,
dix pesos de brise légère?

Le vent tournoie et passe
dans un papillon.
Il n’est à personne, à personne.

Et le ciel, peux-tu me le vendre
Le ciel qui est bleu par moments
ou bien gris en d’autres instants
une parcelle de ton ciel
que tu as acheté crois-tu, avec les arbres
de ton jardin, comme on achète le toit avec la maison?
Oui, peux-tu me vendre un dollar
de ciel, deux kilomètres de ciel,
un bout -celui que tu pourras- de ton ciel?

Le ciel est dans les nuages
Les nuages qui passent là-haut
ne sont à personne, à personne.

Peux-tu me vendre la pluie, l’eau
qui t’a donné tes pleurs et te mouille la langue?
Peux-tu me vendre un dollar d’eau
de source, un nuage au ventre rond,
laineux et doux comme un agneau,
ou l’eau tombée dans la montagne,
ou l’eau des flaques
abandonnées aux chiens,
ou une lieu de mer, un lac peut-être,
cent dollars de lac?

L’eau tombe et roule
L’eau roule et passe
Elle n’est à personne, non.

Peux-tu me vendre la terre, la nuit
profonde des racines; les dents
des dinosaures, la chaux éparse
des squelettes lointains?
Peux-tu me vendre des forêts enfouies, des oiseaux morts,
des poissons de pierre, le souffre
des volcans, un milliard d’années
montant en spirale? peux-tu
me vendre la terre, peux-tu
me vendre la terre, peux-tu?

Ta terre est aussi bien ma terre
Tous passent, passent sur son sol.
Il n’est à personne, à personne

(Nicolas Guillén)

Découvert chez Lara ici

Illustration: Emil Nolde

 

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LA VOIX (Philippe Jaccottet)

Posted by arbrealettres sur 10 juillet 2020



 

Danny O’Connor 00 [1280x768]

LA VOIX

Qui chante là quand toute voix se tait ? Qui chante
avec cette voix sourde et pure un si beau chant ?
Serait-ce hors de la ville, à Robinson, dans un
jardin couvert de neige ? Ou est-ce là tout près,
quelqu’un qui ne se doutait pas qu’on l’écoutât ?
Ne soyons pas impatients de le savoir
puisque le jour n’est pas autrement précédé
par l’invisible oiseau. Mais faisons seulement
silence. Une voix monte, et comme un vent de mars
aux bois vieillis porte leur force, elle nous vient
sans larmes, souriant plutôt devant la mort.
Qui chantait là quand notre lampe s’est éteinte ?
Nul ne le sait. Mais seul peut entendre le coeur
qui ne cherche la possession ni la victoire.

(Philippe Jaccottet)

Illustration: Danny O’Connor

 

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Retouche au matin (Daniel Boulanger)

Posted by arbrealettres sur 6 juillet 2020



 

Coral Silverman wi [1280x768]

retouche au matin

l’enfance aux doigts écartés
cueille le blanc aux sept sources

le jardin se lève
et fait la roue

(Daniel Boulanger)

Illustration: Coral Silverman

 

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Je suis le tresseur de couronne (Francis Vielé-Griffin)

Posted by arbrealettres sur 6 juillet 2020



 

Alexandre Séon (1)

Je suis le tresseur de couronne,
Sois ma cueilleuse d’aujourd’hui;
A chaque fleur qu’elle me donne,
Ta main, pour un baiser qu’elle a fui,

Reçoit un autre et s’y résigne :
Ne faut-il pas tout accepter
D’un tresseur de couronne, indigne
Qu’on s’irrite de ses gaîtés?

Plus une fleur? ô ma cueilleuse,
Je sais un Jardin de soleil,
Je sais une Fleur merveilleuse :
On ne la cueille qu’au réveil.

(Francis Vielé-Griffin)

Illustration: Alexandre Séon

 

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Où les donzelles bouclées s’en vont-elles (Eugenio Montale)

Posted by arbrealettres sur 4 juillet 2020



Où les donzelles bouclées s’en vont-elles,
portant sur les épaules leurs amphores pleines,
elles dont le pas si ferme est si léger;
et dans le fond une vallée qui s’ouvre
en vain attend les belles
qu’ombrage une vigne sur la tonnelle
dont oscillent pendantes les grappes.
Le soleil qui monte au ciel,
les coteaux entrevus
n’ont point de teintes: dans le doux
instant la nature foudroyée
fixe les poses de ses heureuses
créatures — mère, non marâtre — en des formes légères.
Monde qui dort, ou monde qui se glorifie
d’immuable existence, qui le peut dire?
homme qui passes, toi aussi donne-lui
de ton jardin le rameau le meilleur.
Puis continue: dans cette vallée
ombre et lumière ne s’alternent.
Bien loin d’ici te conduit ton chemin,
point d’asile pour toi, tu es trop mort :
de tes étoiles poursuis le cours.
Adieu donc, infantes toutes bouclées, pour toujours,
portez sur les épaules vos amphores pleines.

***

Dove se ne vanno le ricciute donzelle
che recano le colme anfore su le spalle
ed hanno il fermo passo si leggero;
e in fondo uno sbocco di valle
invano attende le belle
cui adombra una pergola di vigna
e i grappoli ne pendono oscillando.
Il sole che va in alto,
le intraviste pendici
non han tinte : nel blando
minuto la natura fulminata
atteggia le felici
sue creature, madre non matrigna,
in levità di forme.
Mondo the dorme o rondo che si gloria
d’immutata esistenza, chi può dire?,
uomo the passi, e tu dagli
il meglio ramicello del tuo orto.
Poi segui : in questa valle
non è vicenda di buio e di luce.
Lungi di qui la tua via ti conduce,
non c’è asilo per te, sei troppo morto :
seguita il giro delle tue stelle.
E dunque addio, infanti ricciutelle,
portate le colme anfore su le spalle.

(Eugenio Montale)


Illustration: Jean-Auguste-Dominique Ingres

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Dans ce jardin (Matsuo Bashô)

Posted by arbrealettres sur 3 juillet 2020



Dans ce jardin
un siècle
de feuilles mortes !

(Matsuo Bashô)

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