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Posts Tagged ‘jardin’

Je tente d’arranger mes jours (Gaëlle Josse)

Posted by arbrealettres sur 1 août 2022




    
je tente d’arranger mes jours
en bouquet maladroit en
jardin capricieux

et parfois entre les ronces
une floraison survient

un miracle
et je ne sais pourquoi

(Gaëlle Josse)

Recueil: et recoudre le soleil
Traduction:
Editions: NOTAB/LIA

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Jardin de la Rencontre (Marianne Dubois)

Posted by arbrealettres sur 22 juillet 2022



Jardin de la Rencontre

TU ES LA

Est-ce la folie qui me conduit vers l’impossible ?

Non, c’est une tendre évidence.

Je te reconnais, je te vois, tu es l’Amour de mon âme,
la lumière de ma vie.
Tu marches dans mon coeur comme tu marches en ce jardin
et la trace de tes pas dessine tant d’Amour
que le monde entier ne peut le contenir.

Tu t’approches de moi, mais ton regard est si doux et si fort
que je meurs en toi pour renaître en sa clarté.

Tu es VIVANT. Tu es mon cri, ma liberté, mon Amour.

Tu es là, tu étanches ma soif, MAINTENANT et pour l’éternité.
Tu me dis, je suis là, je suis ta soif et la Source Infinie.

Tu me dis, je ne meurs jamais, je suis la racine de ton coeur
et de tous les coeurs sur la terre lorsqu’ils s’éveillent à la beauté.

Tu me dis tout cela et ta voix me remplit comme un fleuve de feu,
comme une aube naissante et radieuse.

Tu me remplis de ta Présence, toi le Bien-Aimé divin
et la joie qui me soulève, soulève la terre et grandit jusqu’aux étoiles.

Comment le dire, oser y croire, le faire savoir ?

C’est trop intime, c’est trop immense, trop de pleurs,
trop de douceur et pourtant c’est l’océan tout entier qui balaie les résistances, emporte les barrages.
Peut-être une fleur, un oiseau, un coquillage pourra le dire bien mieux dans son langage.

Je n’ai pas de mots, je n’ai pas d’image, je n’ai rien pour le dire
et pourtant je voudrais le proclamer, le faire éclater avec le jour,
avec la nuit, avec la vie, avec cette joie qui jaillit de toute part.
Tu es là, tu rayonnes en secret et transfigures le monde.

En toi j’abandonne le fardeau de vouloir être ou ne pas être.
En toi je lâche les amarres et me voici perdue et retrouvée
au coeur battant d’un univers qui se crée sans limite et toujours au présent ;
un univers qui explose et se multiplie, terrassé de lumière,
un univers de feu embrasé de liberté.

Tu rayonnes partout, graine de soleil, semence d’infini,
désert étincelant calciné par l’Amour.

Je te vois, je te vis.
C’est si simple et je ne le savais pas.

(Marianne Dubois)

Illustration: William Bouguereau

 

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JOURS D’ETE (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 21 juillet 2022



 

Alexandre Pavlenko  1974 - Ukrainian Pointillist painter (12) [1280x768]

JOURS D’ETE

[…]
Pour regarder de près ces aurores nouvelles,
Mes six ans curieux battaient toutes leurs ailes ;

Marchant sur l’alphabet rangé sur mes genoux,
La mouche en bourdonnant me disait : « Venez-vous ?… »

Et mon nom qui tintait dans l’air ardent de joie,
Les pigeons sans liens sous leur robe de soie,

Mollement envolés de maison en maison,
Dont le fluide essor entraînait ma raison ;

Les arbres, hors des murs poussant leurs têtes vertes ;
Jusqu’au fond des jardins les demeures ouvertes ;

Le rire de l’été sonnant de toutes parts,
Et le congé, sans livre ! errant aux vieux remparts :

Tout combattait ma soeur à l’aiguille attachée ;
Tout passait en chantant sous ma tête penchée ;

Tout m’enlevait, boudeuse, et riante à la fois ;
Et l’alphabet toujours s’endormait dans ma voix.
[…]

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration: Alexandre Pavlenko

 

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UN ARBRE EMPOISONNÉ (William Blake)

Posted by arbrealettres sur 21 juillet 2022




UN ARBRE EMPOISONNÉ

Contre mon ami j’étais en colère,
Je dis ma colère, et elle prit fin.
L’étant aussi contre mon ennemi,
Je n’en dis rien, ma colère poussa.

Et je l’arrosai, elle et ses alarmes,
Matin et soir la baignai de mes larmes,
Je l’exposai au soleil de sourires,
La réchauffai de simagrées douceâtres.

Et elle poussa, poussa jour et nuit,
Jusqu’à porter une pomme splendide —
Et mon ennemi la vit qui brillait.
Et il savait qu’elle m’appartenait,

Et donc, quand la nuit eut voilé le pôle,
Il se faufila dedans mon jardin.
Et j’ai la joie de trouver, au matin,
Mon ennemi dessous l’arbre gisant.

***

A POISON TREE

I was angry with my friend:
I told my wrath, my wrath did end.
I was angry with my foe;
I told it not, my wrath did grow.

And I watered it in fears,
Night and morning with my tears;
And I sunned it with smiles,
And with soft deceitful wiles.

And it grew both day and night
Till it bore an apple bright—
And my foe beheld it shine.
And he knew that it was mine,

And into my garden stole,
When the night had veiled the pole.
In the morning glad I see
My foe outstretched beneath the tree.

(William Blake)

Illustration: Sophie Ainardi

 

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Concert dans le jardin (Octavio Paz)

Posted by arbrealettres sur 21 juillet 2022




Concert dans le jardin

Il a plu.
L’heure est un oeil immense.
En elle nous marchons comme des reflets.
Le fleuve de la musique
entre dans mon sang.
Si je dis : corps, il répond : vent.
Si je dis : terre, il répond : où?

S’ouvre, fleur double, le monde :
tristesse d’être venu,
joie d’être ici.

Je marche perdu en mon propre centre.

***

Concierto en el jardin

Llovió.
La hora es un ojo inmenso.
En ella andamos como reflejos.
El río de la música
entra en mi sangre.
Si digo: cuerpo, contesta: viento.
Si digo: tierra, contesta: ¿dónde?

Se abre, flor doble, el mundo:
tristeza de haber venido,
alegría de estar aquí.

Ando perdido en mi propio centro.

(Octavio Paz)

 

 

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Nous avons choisi sciemment la part obscure (Pierre-Alain Tâche)

Posted by arbrealettres sur 21 juillet 2022



Nous avons choisi sciemment la part obscure
les transhumances du silence
et le tendre chardon des bouches

Notre parole écharpe l’ineffable
ébauche des jardins où fondent des sorbiers
capture des oiseaux si prompts
que notre joie vacille
et se rompt

Qui sèchera cette marée étale
cette féconde usure

(Pierre-Alain Tâche)

 

 

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Aux prises avec les êtres et les choses (Georges Bonnet)

Posted by arbrealettres sur 20 juillet 2022



Aux prises avec
les êtres et les choses
ainsi passent les heures
en brusques tendresses
ou éloignements
Un voisin laisse sous la pluie
tout l’hiver ses chaises de jardin
Des morts et des vivants
brûlent dans un journal
enflammé sous des brindilles
Un insecte surgi de terre
se mêle un instant bref
à notre temps

(Georges Bonnet)

 

 

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Un tigre a mille courtisanes (Paul-Marie Lapointe)

Posted by arbrealettres sur 19 juillet 2022




Un tigre a mille courtisanes
dans les griffes mille langues
mille ventres de jardins
dans la nuque
Pavots des cheveux
dans le jour des mains croisées
dans la nuit blanche
des paumes ouvertes

Trembler de tout son corps
Les aubes de neiges sans poitrine
point d’amour point de cheminée
point d’interrogation de bouche plaquée
sur le désir plat

Filles de laine filles de lit
de lys de lit
Tout lie des corps rêches
aux pêches de luxure dans le cou
zébré des veines

Hommes à sabots de fauves —
ce qu’il reste de la sieste
troncs de dattiers —
cachés pour les repas de fourrure
cachés pour dormir dans les plumes
Cœur de chair de poules

(Paul-Marie Lapointe)

Illustration: Siegfried Zademack

 

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Le jardin et l’enfant (Raoul Pérol)

Posted by arbrealettres sur 16 juillet 2022


 

Madame il a oublié votre nom.
Pardonnez-lui de votre cœur fidèle
Il était si petit.

Mais il se souvient de votre jardin
Où l’abritait votre tendresse.
Les chats étaient éternels
Les chiens jamais ne pleuraient.
Un hérisson flânait dans les allées.
La cage aux colibris en bas de l’escalier
S’ouvrait et se fermait à volonté.

C’était un jardin de soleil
De solitude et de liberté
Où la plus humble des histoires
Se transformait en légende.

Un voisin chaque dimanche
Rendait la jeunesse à sa guitare.
En bas de la pelouse et des bosquets
Riait la mer étale comme en vacances.

Mais soudain le souvenir avec des larmes
Surgit dans le présent
Et m’apporte votre nom.

(Raoul Pérol)

 

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Inventaire (Jacques Prévert)

Posted by arbrealettres sur 16 juillet 2022



inventaire-prevert

Inventaire

Une pierre
deux maisons
trois ruines
quatre fossoyeurs
un jardin
des fleurs

un raton laveur

une douzaine d’huîtres un citron un pain
un rayon de soleil
une lame de fond
six musiciens
une porte avec son paillasson
un monsieur décoré de la légion d’honneur

un autre raton laveur
un sculpteur qui sculpte des Napoléon
la fleur qu’on appelle souci
deux amoureux sur un grand lit
un receveur des contributions une chaise trois dindons
un ecclésiastique un furoncle
une guêpe
un rein flottant
une écurie de courses
un fils indigne deux frères dominicains trois sauterelles un strapontin
deux filles de joie un oncle Cyprien
une Mater dolorosa trois papas gâteau deux chèvres de Monsieur Seguin
un talon Louis XV
un fauteuil Louis XVI
un buffet Henri II deux buffets Henri III trois buffets Henri IV
un tiroir dépareillé
une pelote de ficelle deux épingles de sûreté un monsieur âgé
une Victoire de Samothrace un comptable deux aides-comptables
un homme du monde deux chirurgiens trois végétariens
un cannibale
une expédition coloniale un cheval entier une demi-pinte de bon
sang une mouche tsé-tsé
un homard à l’américaine un jardin à la française
deux pommes à l’anglaise
un face-à-main un valet de pied un orphelin un poumon d’acier
un jour de gloire
une semaine de bonté
un mois de Marie
une année terrible
une minute de silence
une seconde d’inattention
et …
cinq ou six ratons laveurs

un petit garçon qui entre à l’école en pleurant
un petit garçon qui sort de l’école en riant
une fourmi
deux pierres à briquet
dix-sept éléphants un juge d’instruction en vacances assis sur un pliant
un paysage avec beaucoup d’herbe verte dedans
une vache
un taureau
deux belles amours trois grandes orgues un veau marengo
un soleil d’Austerlitz
un siphon d’eau de Seltz
un vin blanc citron
un Petit Poucet un grand pardon un calvaire de pierre une échelle de corde
deux soeurs latines trois dimensions douze apôtres mille et une nuits
trente-deux positions six parties du monde cinq points cardinaux
dix ans de bons et loyaux services sept péchés capitaux deux doigts
de la main dix gouttes avant chaque repas trente jours de prison
dont quinze de cellule cinq minutes d’entr’acte

et …

plusieurs ratons laveurs.

(Jacques Prévert)

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