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Poésie

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LE MIROIR DU SORT (Louise de Vilmorin)

Posted by arbrealettres sur 18 janvier 2018



LE MIROIR DU SORT

Ainsi lorsque je pars vers un nouveau séjour
Protégeant cet enfant que je berce et console,
Souvenir insoumis tu montes à mon bord
Et pour mieux incliner mon choix vers tes trésors
Tu tends à mes refus un peu de cette eau folle
Où je vois le passé délivré qui accourt.

Assoiffée à présent de ce flot hors d’atteinte
Je retourne au rivage où dansent mes témoins,
Je cherche à retrouver les ombres qui m’appellent,
Mais tandis que je crie où les sentiers se mêlent
La route et le ruisseau vont se rejoindre au loin
Et le silence est seul à épouser ma plainte.

Sur le pont suspendu quel est ce promeneur?
Ah! c’est lui : « Hâte-toi. Tourne les yeux. Je t’aime.
Je suis à demi morte et la nuit nous attend. »
Il est là, près de moi, mais ce n’est qu’un absent
Et le chagrin revient. L’image est un problème
Qui surgit de l’espoir et se noie en nos pleurs.

Appuyée à ton bras nous partons en voyage,
C’est la fin de septembre et le vent sent les feux.
Tu souris, et je vois au-delà des platanes
Passant à contre-jour un seul corbeau qui plane
Et pour nous saluer nous trouvons que c’est peu.
A Soudain le temps se ferme et me prend ton visage.

Un rire en robe blanche arrive du lointain
Je reconnais ces voix dont l’éclat m’encourage.
Oui ce sont trois enfants qui courent dans les bois
Et sous les champignons cherchent de petits rois
Pour venir partager le gâteau de leur âge.
Revenez. Revenez. Mais le gâteau s’éteint.

La soirée est là-bas au bout de l’avenue.
Une feuille tournoie et tombe sur ma main
Comme un baiser du ciel puis tremblante s’envole
Amour, oh! mon amour tu n’as qu’une parole
Elle est partie au vent qui la rapporte en vain
Au seuil de ces jardins où j’étais bien-venue.

Laissez-moi souvenirs, déliez mes genoux,
La vision du bonheur m’est trop grande dépense
Et le baiser vautour lorsqu’est passé le temps
Vient déchirer la lèvre où le désir attend
Et l’heure en ses filets ne pêche que l’offense
Et le miroir du sort ne reflète que vous.

(Louise de Vilmorin)

 

 

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Le jardin de la rive intérieure ou la Spirée (Marianne Dubois)

Posted by arbrealettres sur 18 janvier 2018



Le jardin de la rive intérieure
ou la Spirée

Les branches fleuries de ma spirée respirent
doucement dans le vent.
Ce buisson éblouissant de beauté dessine dans
mon coeur la présence infinie de ma félicité.
Chaque fois que la spirée murmure sa joie
si tremblante et fragile dans le printemps,
je retrouve un passé qui s’impose et se fond
dans l’heureux aujourd’hui.
Il suffit de porter quelques instants son attention sur
elle, sur le cadeau qu’elle représente,
pour discerner sa parole, dissimulée en cet étincellement
glorieux qui s’offre sans condition.

Quand la reconnaissance s’établit un mur tombe
et laisse fleurir de merveilleuses retrouvailles.
Est-ce un passé lointain qui se rappelle à la mémoire
ou bien l’avancée vers un monde inconnu ?
Le voyage est sans direction et s’immerge dans le présent.

La beauté passagère et pourtant infinie de n’importe
quel organisme vivant parle un langage que nous avons
à découvrir ou bien à reconnaître.

Au jardin de la rive intérieure les espèces minérales,
végétales, animales ou humaines se rencontrent
dans le partage d’une même destinée.

Rien ne nous sépare si le coeur se réveille,
si l’âme s’ouvre à l’émerveillement de l’échange,
si la source jaillit dans la joie des origines.

(Marianne Dubois)

son site ici

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Statue de femme aux mains liées (Kikí Dimoulà)

Posted by arbrealettres sur 17 janvier 2018



    

Statue de femme aux mains liées

Tout le monde t’appelle aussitôt statue
et moi aussitôt je te donne le nom de femme.

Tu décores un jardin public.
De loin tu nous trompes.
On te croirait légèrement redressée
pour te souvenir d’un beau rêve,
et prenant ton élan pour le vivre.
De près le rêve se précise :
tes mains sont liées dans le dos
par une corde de marbre
et ta posture, c’est ta volonté
de trouver quelque chose qui t’aide
à fuir l’angoisse du prisonnier.
On t’a commandée ainsi au sculpteur :
prisonnière.
Tu ne peux
peser dans ta main ni la pluie
ni la moindre marguerite.
Tes mains sont liées.

Ce n’est pas seulement le marbre qui te garde
comme Argus. Si quelque chose allait changer
dans le parcours des marbres,
si les statues entraient en lutte
pour conquérir la liberté, l’égalité,
comme les esclaves,
les morts
et notre sentiment,
toi tu marcherais
dans cette cosmogonie des marbres
les mains toujours liées, prisonnière.

Tout le monde t’appelle aussitôt statue
et moi tout de suite je t’appelle femme.
Non pas du fait que le sculpteur
a confié une femme au marbre
et que tes hanches promettent
une fertilité de statue,
une belle récolte d’immobilité.
À cause de tes mains liées, que tu as
depuis que je te connais, tous ces siècles,
je t’appelle femme.

Je t’appelle femme
car tu es prisonnière.

(Kikí Dimoulà)

 

 

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Intouchée par les saisons (Aya Cheddadi)

Posted by arbrealettres sur 16 janvier 2018




    
Intouchée par les saisons
quand le coeur s’allume
apparaît dans la brume
une belle maison

Elle est petite et claire
avec des murs de pierre
Elle a quatre balcons
où pousse l’Estragon

Sous la tonnelle une grenouille
chante les jours passés
à la chercher
quand l’espoir avait un goût de rouille

Un oiseau noir se pose
sur la table du jardin
Il semble attendre quelque chose
puis vient picorer dans ma main

(Aya Cheddadi)

 

Recueil: Tunis marine
Traduction:
Editions: Gallimard

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J’ai le souvenir pâle (Aya Cheddadi)

Posted by arbrealettres sur 16 janvier 2018



Illustration 
    

À Maryam, Ibrahim, Karim et Keegan

J’ai le souvenir pâle comme l’oued
d’une cigogne sur un minaret
à côté d’un petit jardin
où circule un filet d’eau pure

Un enfant court après un chat
Le trèfle pousse entre les pierres
La lumière lentement décline
Un saint dort dans son tombeau

Dans mon souvenir pâle comme l’oued
les cigognes claquettent au couchant
et frôlent de leurs ailes noires
les remparts sur la colline

(Aya Cheddadi)

 

Recueil: Tunis marine
Traduction:
Editions: Gallimard

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Les géraniums dans le jardin (Aya Cheddadi)

Posted by arbrealettres sur 16 janvier 2018




    
Les géraniums dans le jardin devant la clinique
sont d’un rouge qui me transperce
Au premier regard ils étaient déjà rouges
mais était-ce la lumière changeante
ou mon regard transformé
Les géraniums se sont mis á créer du rouge
au fur et à mesure comme une sécrétion
comme une musique un rythme
et ils se balançaient très doucement
de droite à gauche
et cela faisait quelque chose de
presque trop vivant
comme lorsqu’on a conscience de rêver
peut-être que c’est ça la conscience de vivre

(Aya Cheddadi)

 

Recueil: Tunis marine
Traduction:
Editions: Gallimard

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Sa voix est cassonade (Aya Cheddadi)

Posted by arbrealettres sur 16 janvier 2018



    

Sa voix est cassonade
cantatrice rossignol aux gammes
d’herbe et de rosée
Les mots d’arabe posés oiseaux de jour
sur les fils pour le linge des jeunes filles
qui répètent les paroles fredonnent
derrière la fraîcheur des murs
blanchis par la nostalgie d’amour
et ce qui avait goût de jasmin
quand la vie n’avait pas trahi
sa première ligne

Sa voix rappelle qu’il est un jardin
où les roses de Saâdi brillent encore
où tu pourrais poser la tête et pleurer
jusqu’à trouver la paix du coeur
et le sourire incomparable des yeux
quand l’amour repart

Quelque part le chant si pur
monte dans le crépuscule

(Aya Cheddadi)

 

Recueil: Tunis marine
Traduction:
Editions: Gallimard

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Souris (Luis Mizón)

Posted by arbrealettres sur 16 janvier 2018



 

Souris
nous avons un lit
chante
nous avons une cuisine
respire nous avons une mémoire
lit cuisine mémoire
trois carrés de lumière blanche
et trois pyramides d’ombre

notre jardin fermé
ouvre sa porte à l’infini

(Luis Mizón)

 

 

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Il y eut autrefois un enfant (Katherine Mansfield)

Posted by arbrealettres sur 8 janvier 2018



Il y eut autrefois un enfant

Il y eut autrefois un enfant.
Pâle et silencieux, il venait jouer dans mon jardin.
Il a suffi qu’il sourie et j’ai tout su de lui,
J’ai su ce qu’il avait dans ses poches,
Comment seraient ses mains dans les miennes
Et les accents les plus intimes de sa voix.
Je l’ai mené par les allées secrètes,
Lui montrant où mes trésors étaient cachés.
Je l’ai laissé jouer avec chacun d’eux,
J’ai enfermé mes pensées dans une petite cage d’argent
Et les lui ai données à garder…
Le jardin était obscur, mais pour nous pas assez encore.
Sur la pointe des pieds, nous avons cheminé parmi les ténèbres
Et dans les bassins d’ombre, sous les arbres,
Nous nous sommes baignés,
Faisant semblant d’être sous la mer.
Une fois, à la limite du jardin,
Nous avons entendu des pas sur la route du Monde.
Oh, comme nous avons eu peur !
«As-tu déjà marché sur cette route?», ai-je murmuré.
Il fit signe que oui, et nous avons secoué la tête
Pour faire tomber les larmes de nos yeux.
Il y eut autrefois un enfant.
Pâle et silencieux, il venait — tout seul
Jouer dans mon jardin.
Quand nous nous sommes rencontrés,
Nous avons échangé un baiser,
Mais quand il est parti,
Nous n’avons même pas fait un geste d’adieu.

***

There was a child once

There was a child once.
He came to play in my garden ;
He was quite pale and silent.
Only when he smiled I knew everything about him,
I knew what he had in his pockets,
And I knew the feel of his hands in my hands
And the most intimate tones of his voice.
I led him down each secret path,
Showing him the hiding-place of all my treasures.
I let him play with them, every one,
I put my singing thoughts in a little silver cage
And gave them to him to keep…
It was very dark in the garden
But never dark enough for us. On tiptoe we walked
among the deepest shades ;
We bathed in the shadow pools beneath the trees,
Pretending we were under the sea.
Once — near the boundary of the garden —
We heard steps passing along the World-road;
Oh, how frightened we were!
I whispered: « Have you ever walked along that road? »
He nodded, and we shook the tears from our eyes…
There was a child once.
He came ? quite alone ? to play in my garden;
He was pale and silent.
When we met we kissed each other,
But when he went away, we did not even wave.

(Katherine Mansfield)

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Dehors dans le jardin (Katherine Mansfield)

Posted by arbrealettres sur 8 janvier 2018



Dehors dans le jardin,
Dehors dans le souffle et le balancement de l’obscurité,
Sous les arbres et la haie vive,
Sur la pelouse et les parterres de fleurs,
Quelqu’un balaye, balaye,
Quelque vieux jardinier.
Dehors dans le souffle et le balancement de l’obscurité,
Quelqu’un secrètement est en train de ranger,
Quelqu’un très lentement avance, avance…

***

Out in the garden

Out in the garden,
Out in the windy, swinging dark,
Under the trees and over the flower-beds,
Over the grass and under the hedge border,
Someone is sweeping, sweeping,
Some old gardener.
Out in the windy, swinging dark,
Someone is secretly putting in order,
Someone is creeping, creeping.

(Katherine Mansfield)


Illustration: Jamal Eddine Chraibi

Jamal eddine chraibi

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