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Poésie

Posts Tagged ‘jardin’

Ma solitude (Christian Bobin)

Posted by arbrealettres sur 29 novembre 2022




    
Ma solitude est partout dans le monde
bien avant d’être en moi

Elle est dans cet homme qui passe avec son chien
elle est cet homme elle est ce chien
Elle est dans le chant de la pluie contre la vitre
Elle est ce chant elle est cette pluie elle est cette vitre
Elle est dans ce linge sur un fil tout au fond du jardin
cette lumineuse ondulation d’un drap blanc sur un ciel bleu
elle est ce fil elle est ce drap elle est ce ciel

Ma solitude je ne la reconnais vraiment
que lorsqu’elle vient vers moi
se jeter dans mes bras me raconter rieuse
ce qu’elle a fait dans la journée
qui elle a vu qui l’a blessée

(Christian Bobin)

 

Recueil: La Vie Passante
Editions: Fata Morgana

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Dire (Christian Bobin)

Posted by arbrealettres sur 29 novembre 2022



Dire : cette vie est un jardin de roses, c’est mentir.

Dire : cette vie est un champ de ruines, c’est mentir.

Dire : je sais les horreurs de cette vie
et je ne m’en lasserai jamais d’en débusquer les merveilles,
c’est faire son travail d’homme et vous le savez bien :

ce genre de travail n’est jamais fini,
c’est comme les images,
elles continuent à trembler après le bain,
bien après la magie des révélations.

Vos images ne sont pas des mirages.
Vos images sont des points d’eau dans le désert.

(Christian Bobin)

 Illustration: Edouard Boubat

 

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Les anges (Christian Bobin)

Posted by arbrealettres sur 26 novembre 2022


Statue_Mère_et_enfants_Temple_Square

 

Les anges ne sont pas des personnes
ne sont que des silences
de purs silences gardiens
On peut en voir souvent
si on regarde bien
dans les jardins publics
auprès d’une femme
penchée sur son enfant
ou d’un arbre
incliné sur son ombre

(Christian Bobin)

 

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Merveilles (Christian Bobin)

Posted by arbrealettres sur 26 novembre 2022


Le bout du monde et le fond du jardin
contiennent la même quantité de merveilles.

(Christian Bobin)

 

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La route des fourmis (Constantin Abaluta)

Posted by arbrealettres sur 26 novembre 2022




    
La route des fourmis

par la maison de ma tante passe la route des fourmis,
cette route ancestrale attestée par les chroniques de l’Orient.
Les fourmis montent du jardin de la voisine, le long d’une lézarde dans le mur.
Dans la salle de bains, elles valsent sur les dalles blanches et bleues,
traversent le panier à linge, la paroi et soudain, dans le salon,
elles défilent sur le cadre doré de la glace ronde.

***

(Constantin Abaluta)

Traduction de Carl Norac et d’Annie Bentoïu

 

Recueil: Poésies du Monde
Traduction:
Editions: Seghers

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Les frontières sont là (Inger Christensen)

Posted by arbrealettres sur 25 novembre 2022



    

les frontières sont là, les rues, l’oubli

et l’herbe et les concombres, et les chèvres et le genêt,
l’enthousiasme est là, oui les frontières sont là;

les branches sont là, le vent qui les agite
est là, et l’unique signe des branches

de cet arbre qu’on appelle précisément le chêne est là,
de cet arbre qu’on appelle précisément le frêne, le bouleau
le cèdre est là, et le signe répété

est là, sur le gravillon de l’allée; elles sont là
aussi les larmes, l’armoise et le laurier sont là,
les otages, l’oie cendrée, et les petits de l’oie cendrée;

et les fusils sont là, un jardin d’énigmes,
sec et sauvage, orné des seules groseilles,
les fusils sont là; au milieu du ghetto
éclairé et chimique ils sont là les fusils oui,
avec leur précision ancienne et paisible ils sont là

les fusils, et les pleureuses sont là, rassasiées
comme hiboux inassouvis, le lieu du crime est là;
le lieu du crime oui, insouciant, naturel, abstrait,
baigné d’une lumière de chaux, pitoyable,
ce poème tout blanc, vénéneux, qui s’effrite

***

grænserne findes, gaderne, glemslen

og græs og agurker og geder og gyvel,
begejstringen findes, graenserne findes;

grenene findes, vinden der løfter dem
findes, og grenenes eneste tegning

af netop det træ der kaldes egetræet findes,
af netop det træ der kaldes asketræet, birketræet,
cedertrœet findes, og tegningen gentaget

findes, i havegangens grus; findes
også gråden, og gederams og gråbynke findes,
gidslerne, grågåsen, grågåsens unger;

og geværerne findes, en gådefuld baghave,
tilgroet, gold og kun smykket med ribs,
geværerne findes; midt i den oplyste
kemiske ghetto findes geværerne,
med deres gammeldags, fredelige præcision findes

geværerne, og grædekonerne findes, mætte
som grådige ugler, gerningsstedet findes;
gerningsstedet, døsigt, normalt og abstrakt,
badet i et hvidkalket, gudsforladt lys,
dette giftige, hvide, forvitrende digt

(Inger Christensen)

Traduction de Zéno Bianu,
avec la collaboration de Karl Ejby Poulsen

 

Recueil: Poésies du Monde
Traduction:
Editions: Seghers

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PAYSAGE DE L’ENFANT ALLANT CHEZ LES REGENTS (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 12 novembre 2022




PAYSAGE DE L’ENFANT ALLANT CHEZ LES REGENTS

Ce grand silence liquide
habitant les tonneaux,
ces minuscules insectes
s’essayant en vain à dévorer la peau des vierges,
les charrons buvant près du chardon bleu,
les frelons fabriquant leur miel blanc,
l’abeille distillant son miel blond,
les chaudrons fulgurants
que l’on frotte de cendre mouillée,
les bruits de fin d’orage,
l’âcre fumée
de la mauvaise herbe brûlée
en tas dans les jardins à buis
et le portrait d’un roi
au mur de la cuisine
et l’argile et le plâtre
dans les royaumes humides,
tout est Courrier d’une impossible aurore ;
voilà qu’elle est déjà tout en haut de la côte
la veuve
qui conduit par la main jusqu’au lointain collège
l’enfant à tignasse rouge.

(Jean Follain)

Illustration: Georges Paul François Laurent Laugée

 

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Peut-être, quand viendra la nuit (Luc Bérimont)

Posted by arbrealettres sur 4 novembre 2022




Illustration
    
Peut-être, quand viendra la nuit
Vais-je poser mes mains autour de ton visage?
Une lampe assourdie balancera le vent
Qui monte des ravins d’octobre avec la pluie
Tu t’approcheras, nue, entre les murs bâtis
Mais je ne connaîtrai de toi que ton visage.
Je retiendrai l’instant comme une écluse haute
Capable d’emporter deux corps dans un courant
Je dirai la raison sourde des marécages
Croupis dans une attente à goût d’orage et d’eau.

Je tiens la nuit contre ma bouche
D’un souffle si léger, si pur
Qu’il entretient le feu des pierres.
Un geste pourrait dévaster
Les jardins en pente du jour;
Le plus court hasard nous tuerait
En ce territoire incertain.

Je reste en vie si loin de toi
Mon absente, ma déferlante
Parce qu’aux confins fous du sang
Luit le pavot bleu du plaisir.

(Luc Bérimont)

Recueil: Le sang des hommes
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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Tu vas chercher du pain (Bernard Ruhaud)

Posted by arbrealettres sur 26 octobre 2022



Tu vas chercher du pain
Tu vas chercher de l’eau
Tu vas chercher des feuilles et des oiseaux pour le jardin
Et du jour pour qu’il soit midi
Et du ciel pour tromper l’hiver
Tu ramènes aussi des fruits des couleurs une rivière
Des paroles ordinaires dites les jours ordinaires
Tous les bruits de la ville et le vent de la mer
Des fleurs un chat des livres
Des enfants

(Bernard Ruhaud)

Illustration: Gustave Caillebotte

 

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Au temple de la Rosée douce (Ch’ungji)

Posted by arbrealettres sur 15 octobre 2022




    
Au temple de la Rosée douce

Jour de printemps, les fleurs s’ouvrent au jardin des canneliers,
Parfum discret, immobile au vent du temple Sorim.
Ce matin les fruits mûrs s’offrent à la rosée douce,
Sans limites, un même goût pour toutes créatures.

(Ch’ungji)

***

 

Recueil: Ivresse de brumes, griserie de nuages
Traduction: Ok-sung / Anne Baron / Jean-François Baron
Editions: Gallimard

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