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Poésie

Posts Tagged ‘chair’

Cette vie (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 23 juillet 2017


Cette vie qui se termine en aveugle,
En appel d’une muette, en chair
Hérissée de peines, de peurs, oubliant
Avoir été l’unique sourire au cœur
De l’éternité. Que laissera-t-elle?
Qu’attend-elle Reconnaîtra-t-elle ses pleurs
D’enfant dans l’innommé outre-regard?

(François Cheng)

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Nues (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 22 juillet 2017


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Aux imminentes nues
l’été se révèle transparence
De la chair fragrance
plus que le toucher aérienne

Par les brèches des ruines
arrivent les senteurs d’orage
Soif devenant don
hors-ciel dahlias du jour …

Aux imminentes nues
la terre soudain s’ouvre aux larmes
Proche du corps du coeur
pluie de pétales, extase d’étoiles

(François Cheng)

Illustration

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À A… (René Char)

Posted by arbrealettres sur 21 juillet 2017




À A…

Tu es mon amour depuis tant d’années,
Mon vertige devant tant d’attente,
Que rien ne peut vieillir, froidir ;
Même ce qui attendait notre mort,
Ou lentement sut nous combattre,
Même ce qui nous est étranger,
Et mes éclipses et mes retours.

Fermée comme un volet de buis,
Une extrême chance compacte
Est notre chaîne de montagnes,
Notre comprimante splendeur.

Je dis chance, ô ma martelée ;
Chacun de nous peut recevoir
La part de mystère de l’autre
Sans en répandre le secret ;
Et la douleur qui vient d’ailleurs
Trouve enfin sa séparation
Dans la chair de notre unité,
Trouve enfin sa route solaire
Au centre de notre nuée
Qu’elle déchire et recommence.

Je dis chance comme je le sens.
Tu as élevé le sommet
Que devra franchir mon attente
Quand demain disparaîtra.

(René Char)

 

 

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JANE ÉVEILLÉE (Frank O’Hara)

Posted by arbrealettres sur 20 juillet 2017



 

Cayetano De Arquer-Buigas   8faa5e7cdb27 [1280x768]

JANE ÉVEILLÉE

Les opales qui se cachent sous tes paupières
quand tu dors, quand tu chevauches des poneys
mystérieusement, surgissent et s’épanouissent
comme les fleurs bleues de l’automne

toujours à neuf heures. Et des boucles
dégringolent langoureusement vers
l’élastique qui bâille, brun,
ta main repoussant tout

ce sommeil noir rebelle dans
la forme tranquille de la lumière du jour
et son indifférence radieuse aux
volutes lumineuses, oh !

et les valses bourgeonnantes
où nous fonçons des nuits durant.
Avant l’aube tu rugis
les yeux fermés, sans sourire,

ta chair volcanique cache
tout au vigile,
et les vrilles des rêves
étranglent les policiers qui courent

trop lentement pour t’échapper,
la course des vagues vertigineuses
de ton besoin murmurant. Mais
c’est le saint gardien du jour

ce policier, et te penchant
par la fenêtre ouverte tu lui
demandes quelle robe porter et comment
modestement te coiffer,

car tel est désormais ton mode.
Seulement par hasard trébuchant dans l’escalier
refais-tu la danse, et
alors, dans la parfaite variété, celle

atténuée, impeccablement déguisée,
ambiance blanche noire rose bleue safran
et dorée, trouvons-nous
le sauvage nocturne, en transe.

(Frank O’Hara)

Illustration: Cayetano De Arquer-Buigas

 

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A une Amie (Paule Riversdale)

Posted by arbrealettres sur 19 juillet 2017



Illustration: Roger Limouse
    
A une Amie

JE m’abîmerai dans tes yeux
Où la tristesse s’extasie,
Où s’attarde un reflet d’adieux,
O fleur d’ombre et de poésie !

Tu fais gémir, en tes accords,
Les divines inquiétudes ;
La flamme blanche de ton corps
Brûle au fond de mes solitudes.

Un rêve d’automne et d’hiver
Filtre sous tes paupières closes,
Tandis qu’émane de ta chair
L’exaspération des roses.

(Paule Riversdale)

 

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Nacre sur fond d’or (Paule Riversdale)

Posted by arbrealettres sur 19 juillet 2017



Illustration: Anne-Marie Zylberman
    
Nacre sur fond d’or

La forêt s’attendrit à l’écho de ta voix ;
Les lucioles d’or aiguisent leurs lumières ;
Je ceins d’iris ton front de vierge, et je revois
Le frisson blanc de tes paupières.

Mon coeur a réfléchi ton coeur pervers et pur :
Je cueillerai pour toi les roses des allées
Où le couchant s’attarde, ivre d’antique azur
Et de poussières étoilées.

La nacre mêle à l’or ses reflets irisés.
Au loin l’âcre sanglot de la mer s’atténue
Et, sous l’acharnement tiède de mes baisers,
Jaillit la fleur de ta chair nue.

(Paule Riversdale)

 

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A JOSÉPHA (Ernest Raynaud)

Posted by arbrealettres sur 18 juillet 2017




    
A JOSÉPHA

Ton corps est au sortir du bain plus désirable
Tout blanc avec du sang tout rose à fleur de peau
Et tout son fin duvet qui fleurit comme un beau
Velours, dans l’éclat mat de l’ensemble adorable.

Tes seins, comme des fruits juste à point pour la table,
Attendent la main qui les dérobe et l’arceau
De ta hanche tiédie où s’éperle de l’eau
Appelle des dents la morsure inévitable.

Le bain est le plus sûr complice de l’amour :
C’est ainsi que voulant plus suave la blonde
Vénus, ils la faisaient, les Grecs, jaillir de l’onde.

Et le goût de la chair a plus de sucres pour
La bouche, comme après une averse, mouillées,
Les fleurs ont plus d’odeurs dans l’écrin des feuillées.

(Ernest Raynaud)

 

Recueil: Chairs profanes
Editions: Léon Vanier

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APRES (Ernest Raynaud)

Posted by arbrealettres sur 18 juillet 2017



Illustration: Konstantin Andreevich Somov
    
APRES

De la secousse en tes deux bras de tout mon corps,
Dans le concert charmant d’essences si subtiles
Qu’elles sont comme autant d’ivresses volatiles
L’être voluptueux que je suis vibre encor !

Plein de langueur, plein de fraîcheur, comme une brise
Je respire allégé du fardeau de la chair,
Le lien qui retenait mon âme enfin se brise
Et la voici comme un oiseau libre dans l’air.

C’est le bonheur d’un coeur qui reprend son empire,
La mousseline d’un brouillard qui se déchire
Sur l’or clair d’un matin délicieux d’été.

Doux amants, que l’Aimée emplit d’un lent délire,
Dites? Quel vers assez suave pourrait dire
Le bien qu’en s’en allant laisse ta volupté !

(Ernest Raynaud)

 

Recueil: Chairs profanes
Editions: Léon Vanier

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LA DAME EN PIERRE (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 17 juillet 2017



 

gisant

LA DAME EN PIERRE

Sur ce couvercle de tombeau
Elle dort. L’obscur artiste
Qui l’a sculptée a vu le beau
Sans rien de triste.

Joignant les mains, les yeux heureux
Sous le voile des paupières,
Elle a des rêves amoureux
Dans ses prières.

Sous les plis lourds du vêtement,
La chair apparaît rebelle,
N’oubliant pas complètement
Qu’elle était belle.

Ramenés sur le sein glacé
Les bras, en d’étroites manches,
Rêvent l’amant qu’ont enlacé
Leurs chaînes blanches.

Le lévrier, comme autrefois
Attendant une caresse,
Dort blotti contre les pieds froids
De sa maîtresse.

*

Tout le passé revit. Je vois
Les splendeurs seigneuriales.
Les écussons et les pavois
Des grandes salles.

Les hauts plafonds de bois, bordés
D’emblématiques sculptures,
Les chasses, les tournois brodés
Sur les tentures.

Dans son fauteuil, sans nul souci
Des gens dont la chambre est pleine,
À quoi peut donc rêver ainsi,
La châtelaine ?

Ses yeux où brillent par moment
Les fiertés intérieures,
Lisent mélancoliquement
Un livre d’heures.

*

Quand une femme rêve ainsi
Fière de sa beauté rare,
C’est quelque drame sans merci
Qui se prépare.

Peut-être à temps, en pleine fleur,
Celle-ci fut mise en terre.
Bien qu’implacable, la douleur
En fut austère.

L’amant n’a pas vu se ternir,
Au souffle de l’infidèle,
La pureté du souvenir
Qu’il avait d’elle.

La mort n’a pas atteint le beau.
La chair perverse est tuée,
Mais la forme est, sur un tombeau,
Perpétuée.

(Charles Cros)

Illustration

 

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La pluie chante en nous (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 14 juillet 2017




    
La pluie chante en nous son retour éternel,
En nous la terre oublieuse retrace son chemin.

Senteur des collines en fête,
Murmure des pêchers en fleur,
Sourire des auvents en larmes,
Tout feu pris toute fumée bue,
Toute chair au sang délivré,
Et tout mot soudain souvenu.

Dans le coeur désert, nous reprenons goutte à goutte
La source que nous avions cédée aux saisons.

(François Cheng)

 

Recueil: La vraie gloire est ici
Editions: Gallimard

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