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Poésie

Posts Tagged ‘chair’

Nous sommes ces chaussures (Moshe Szulsztein)

Posted by arbrealettres sur 21 mars 2017



Nous sommes ces chaussures, nous sommes les derniers témoins
Nous sommes les chaussures de petits-enfants et de grand-pères
De Prague, Paris et Amsterdam
Et parce que nous ne sommes faits que de tissu et de cuir
Et pas de chair et de sang,
Les flammes de l’enfer nous ont été épargnées

(Moshe Szulsztein)

 Illustration

 

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Ce n’était pas la Mort (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 20 mars 2017



Ce n’était pas la Mort, car j’étais debout
Et que tous les Morts, gisent –
Ce n’était pas la Nuit, car toutes les Cloches,
Langue dardée, sonnaient Midi.

Ce n’était pas le Gel, car sur ma Chair
Je sentais – ramper – des Siroccos –
Ni le Feu – car le seul Marbre de mes pieds
Eût gardé frais, un Sanctuaire –

Pourtant, j’éprouvais tout cela ensemble,
Les Formes que j’ai vues
Apprêtées, pour l’Enterrement,
Me rappelaient la mienne –

Comme si pour l’adapter à un cadre,
On eût rogné ma vie,
Et qu’elle ne pût respirer sans clé,
On aurait dit Minuit –

Quand tout ce qui tictaque – stoppe –
Et que partout – bée l’espace –
Ou que l’Affreux gel – aux matins d’Automne,
Abolit le Sol Palpitant –

Mais surtout, le Chaos – Sans bornes – froid –
Sans une Chance, ou un espar –
Ni même l’Annonce d’une Terre –
Pour justifier – le Désespoir.

(Emily Dickinson)


Illustration: Sabin Balasa

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LIED (Charles Vildrac)

Posted by arbrealettres sur 16 mars 2017



Alex Alemany secuencia-amorosa

 

LIED

Ah ce soir le vent, amoureux rêvant,
Va pastellisant du ciel émouvant…

Ah ce soir sans doute il est par le monde
Des mille et millions d’endroits où des vents,
Amoureux rêvant,
Ou hordes menant rondes furibondes,
Font des milliers d’yeux émus, par le monde.

Mais toi, faible toi,
Tu n’as que deux yeux et un ciel étroit
Mordu par les toits.

*

Sur terre il y a, par mille et millions,
Des vierges qui font, par mille et millions,
Piaffer des désirs après leurs talons.

Un homme crispé sur chacune d’elles,
Contraignant leurs jambes comme des ailes,
Ouvrira leur chair neuve, et tiède, et frêle,
En épiant leurs yeux…

Mais jamais ta chair
Ne saura le goût premier de tant de chairs,
Et jamais tes yeux
Ne boiront le cri unique de tant d’yeux…

*

Villes et hameaux sur la terre sont
Par mille et millions.
Par mille et millions ils ont des maisons
Où vivre…

Ah pouvoir dans chaque édifier son Livre !
Ah des pages là, puis là-bas remplies !

Las ! tu n’as qu’un livre,
Tu n’as qu’une vie
A vivre.

(Charles Vildrac)

Illustration: Alex Alemany

 

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Je suis un fanatique de la paix (Yehuda Amichai)

Posted by arbrealettres sur 14 mars 2017



Je suis un fanatique de la paix :
un meurtrier noir aux yeux bleus
massacre des cheveux bouclés

Des cheveux droits dévastés
détruisent des peaux noires
découpent bien ma chair
un autre parcellise mon sang.

Seuls ceux sans couleur,
seul le transparent sont bons :
ils me laissent dormir
sans terreur la nuit
et je regarde au travers d’eux
pour voir le ciel.

(Yehuda Amichai)

 Illustration: Arunas Zilys

 

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Lit de neige (Paul Celan)

Posted by arbrealettres sur 12 mars 2017



Lit de neige

Yeux, aveugles au monde, dans la faille du mourir : je viens,
pousse rude au cœur.
je viens.

Mur de l’abrupt, miroir de la lune. En bas.
(Lueur tachée de souffle. Sang strié.
Âme nuageuse qui encore une fois est proche d’une figure.
Ombre des dix doigts-enserrés)

Yeux, aveugles au monde
yeux dans la faille du mourir,
Yeux, yeux ;
Le lit de neige sous nous deux, le lit de neige.

Cristal sur cristal,
au temps profond emprisonné, nous tombons,
nous tombons et gisons et tombons,
et tombons :

Nous fûmes, nous sommes.
Nous sommes une chair avec la nuit,
à la lisière, à la lisière.

(Paul Celan)

Illustration

 

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Son rire est un chant pur aux ailes emperlées (Christiane Barrillon)

Posted by arbrealettres sur 11 mars 2017



Son rire
est un chant pur aux ailes emperlées
perché sur un rameau de pluie ou de rosée.

Ses yeux
sont deux oiseaux inlassables qui brûlent
de voler plus haut, toujours plus haut dans
les nuées
et tombent, se relèvent,
se ravivent, se consument…

Ses yeux sont deux oiseaux blessés
saignant sous la neige des plumes
— passion contenue
chair idéalisée —
et qui cherchent au ciel la branche
où se poser.

(Christiane Barrillon)

Illustration: Constantin Razoumov

 

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Dans la hutte de neige (Avrom Sutzkever)

Posted by arbrealettres sur 10 mars 2017



Dans la hutte de neige

Soleil couchant chemins que bleuit le verglas.
Douces couleurs de somnolence dans mon âme.
Luit d’une hutte dans le val un pâle éclat,
Sous la neige l’ensevelit le soir en flammes.
Aux vitres les forêts-à-prodiges déboulent
De magiques traîneaux tintent en carrousel,
À l’angle du grenier des colombes roucoulent
Et déroucoulent mon visage. Sous le gel
Rayé par des cristaux dont la pointe fulgure,
Presqu’irréel l’Irtich se noue en palpitant.
Sous des coupoles de silence et de froidure
Fleurit ce monde : un enfant de sept ans.

Dans ta neigeuse et limpide pénombre,
Hutte de mon enfance en Sibérie,
Naissent des fleurs aux pupilles de l’ombre,
Mercure en fleur qui sans fin refleurit.
Dans les recoins où se meurt la lumière
La lune expire un souffle, un halo bleu,
Mon père est blanc de la pâleur lunaire
Et sur ses mains de silence neigeux
Il tranche le pain noir, lame aiguisée
Mais charitable.
Et bleuissent ses traits.
Moi par ma pensée neuve et divisée,
Je trempe de sel, père, ton pain frais.

Le père. Le couteau. Une mèche qui fume.
Une enfance. L’enfant. Une ombre a dérobé
Au mur le violon. Plus fins que fine écume
Des sons de neige sur ma tête sont tombés.
Silence. Car le père joue. Les sons s’égrènent,
Se gravent dans les airs où le gel les sertit.
Bleuis les grains d’argent que sème mon haleine
Sur la neige de lune en verre convertie.
A travers le carreau en pelisse de glace
Un loup flaire la chair de musique, sa proie,
Silence. Au pigeonnier un petit pigeon casse,
Pique, pique, cet œuf dont il sort dans le froid.

[…]

(Avrom Sutzkever)

 Illustration: Marc Chagall

 

 

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Et puis après (Pierre Jean Jouve)

Posted by arbrealettres sur 9 mars 2017



Combien l’homme a de mépris
pour cette bouche qu’il adore
Mais il a trouvé là l’extase
il poursuit toujours son extase
Vitalité
Il demande toujours l’odeur
et la saveur et la couleur du corps des femmes
Leur élasticité
Leur mensonge
Ce qui dans leur chair nacrée
chastement sourit de la mort
Et puis après
Vient sa tristesse
Qu’il reconnaît

(Pierre Jean Jouve)


Illustration: Edvard Munch

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FILLE DE CONNAISSANCE (Kenneth White)

Posted by arbrealettres sur 8 mars 2017



 

Eve_Cranach

FILLE DE CONNAISSANCE

A présent l’espace immense
est tout autour de moi

et toi fleur d’or
tu es en moi
l’art d’Orient dont j’ai fait mon étude
c’est ta chair et tes os
la courbe de ton oeil
ta langue et sa musique

en face
de tes seins nus
la religion perd toute réalité

et la beauté lisse
de ton ventre amoureux
accomplit la philosophie

*

KNOWLEDGE GIRL

Now the great space
is all around me
and you golden flower
within me

the Eastern art I made my study
is your flesh your bones
the curve of your eye
your tongue and its tones

in the presence
of your naked breasts
religion has no reality

and the smooth beauty
of your loving belly
realizes philosophy

(Kenneth White)

Illustration: Lucas Cranach

 

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Nous ne savons plus où nous sommes (Edmond Jabès)

Posted by arbrealettres sur 2 mars 2017



L’adieu est sans limites L’univers
vit d’oubli étapes d’étoiles
L’homme et la nature ont les
mêmes liens mêmes biens La soif
est terrestre Chair douce d’asile
les pierres sont les songes…

… Nous ne savons plus où
nous sommes…

(Edmond Jabès)

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