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Poésie

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Sous quel arbre êtes-vous arrêtée (Jean-François Mathé)

Posted by arbrealettres sur 5 août 2020



sous quel arbre êtes-vous arrêtée
regardant une feuille en transparence
et songeant à vos veines

en silence vos gants vos bagues
vous ont quittée
pour que le froid
vous soit nouvelle douceur et bijou

maintenant la promenade vous brise
à tous les coins de rue

(Jean-François Mathé)

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Pour écrire un seul vers (Gérard Macé)

Posted by arbrealettres sur 25 juillet 2020



Pour écrire un seul vers

il faut se souvenir de cent ans de sommeil
et des vies qui précédèrent, de la piqûre des roses
et de l’aïeule qui voulait voir la mer,
de l’homme au large dos couvert de ventouses
et de ses enfants effrayés par les méduses.
Des objets magiques et des formules
où s’enroulent des fleurs autour des lettres gothiques.

Puis abandonner à son sort
cet homme en nous qui se noie dans ses souvenirs,
pour renouer avec la magie sans accessoires
et la jonglerie sans rien, mais avec des gestes
suspendus en l’air et la réalité
qui se retourne comme un gant.

Avec les êtres et les choses
attirant les mots comme des aimants.

(Gérard Macé)


Illustration: Sylvie Lemelin

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ÂGES DE L’HUMANITÉ (Philippe Soupault)

Posted by arbrealettres sur 19 mars 2020




    
ÂGES DE L’HUMANITÉ

Dix ans déjà
un sucre d’orge
vingt ans à peine
une canne et des gants
trente et quarante ans
de la barbe au menton
voici la cinquantaine
un miroir et des mitaines
pour les plus de soixante ans
des lunettes et des boutons
la fleur de l’âge soixante-dix
une fleur à la boutonnière
quatre-vingts ans quatre-vingt-dix
un sucre d’orge
c’est déjà trop

(Philippe Soupault)

 

Recueil: Poèmes et poésies
Traduction:
Editions: Grasset

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Le gant rouge (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 30 novembre 2019




    
Le gant rouge

Le gant rouge perdu par un enfant
et sans doute oublié,
un passant sur la place
l’a suspendu à une branche

Chaque matin, je le regarde,
le salue des yeux et du coeur.
Un instant, je m’attarde
rêvant de son éclat
dans le vert du feuillage,
rêvant de la main nue et du visage
de cet enfant, ailleurs,
dans l’inconnu du monde.

Reviendra-t-il un jour,
soudain joyeux reprendre
le gant perdu?

Il y aurait alors comme un vide,
une absence,
une flamme envolée de la muraille verte.

(Jean Joubert)

 

Recueil: Bris de vers Les émeutiers du XXè siècle
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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Par une nuit nouvelle (Paul Eluard)

Posted by arbrealettres sur 27 octobre 2019



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Femme avec laquelle j’ai vécu
Femme avec laquelle je vis
Femme avec laquelle je vivrai
Toujours la même
Il te faut un manteau rouge
Des gants rouges un masque rouge
Et des bas noirs
Des raisons des preuves
De te voir toute nue
Nudité pure ô parure parée

Seins ô mon coeur

(Paul Eluard)

 

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Fais-moi danser jusqu’à la fin de l’amour (Leonard Cohen)

Posted by arbrealettres sur 8 juillet 2019



Illustration: Marie-Claude Gironde
    
Fais-moi danser jusqu’à la fin de l’amour

Fais-moi danser jusqu’à ta beauté sur un violon enflammé
Fais-moi danser sur mes peurs jusqu’à la sérénité
Dresse-moi comme un rameau d’olivier et sois ma colombe

Fais-moi danser jusqu’à la fin de l’amour
Fais-moi danser jusqu’à la fin de l’amour
Oh laisse-moi contempler ta beauté quand les témoins sont partis
Laisse-moi ressentir tes mouvement comme ils le font à Babylone
Montre-moi lentement ce dont je connais seulement les limites
Fais-moi danser jusqu’à la fin de l’amour
Fais-moi danser jusqu’à la fin de l’amour

Fais-moi danser jusqu’au mariage maintenant, fais-moi danser et re-danser
Fais-moi danser tendrement et très longtemps
Nous sommes tout deux sous la coupe de l’amour, et bien au dessus
Fais-moi danser jusqu’à la fin de l’amour
Fais-moi danser jusqu’à la fin de l’amour

Fais-moi danser jusqu’aux enfants qui demandent à naître
Fais-moi danser et passer les barrières que nos baisers ont brisées
Monte-toi un abri de toile désormais, mais sache que chaque fil est brisé
Fais-moi danser jusqu’à la fin de l’amour

Fais-moi danser jusqu’à ta beauté sur un violon enflammé
Fais-moi danser sur mes peurs jusqu’à la sérénité
Touche-moi à mains nues ou de ton gant
Fais-moi danser jusqu’à la fin de l’amour
Fais-moi danser jusqu’à la fin de l’amour
Fais-moi danser jusqu’à la fin de l’amour

***

DANCE ME TO THE END OF LOVE

Dance me to your beauty with a burning violin
Dance me through the panic ’til I’m gathered safely in
Lift me like an olive branch and be my homeward dove
Dance me to the end of love
Dance me to the end of love
Oh let me see your beauty when the witnesses are gone
Let me feel you moving like they do in Babylon
Show me slowly what I only know the limits of
Dance me to the end of love
Dance me to the end of love

Dance me to the wedding now, dance me on and on
Dance me very tenderly and dance me very long
We’re both of us beneath our love, we’re both of us above
Dance me to the end of love
Dance me to the end of love

Dance me to the children who are asking to be born
Dance me through the curtains that our kisses have outworn
Raise a tent of shelter now, though every thread is torn
Dance me to the end of love

Dance me to your beauty with a burning violin
Dance me through the panic till I’m gathered safely in
Touch me with your naked hand or touch me with your glove
Dance me to the end of love
Dance me to the end of love
Dance me to the end of love

(Leonard Cohen)

 

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Mettre ma vie en pages (Josée Tripodi)

Posted by arbrealettres sur 8 mai 2019




    
Mettre ma vie en pages
Est-ce bien raisonnable

Récurer
Calembours et calembredaines

Étendre mes rêves
Encore humides

Trouer à mains nues
Les poches de tristesse

Découdre les plaies

Sans gants ni masque
Souffler sur les cadavres

Donner à lire
Ma destinée
Dans les détours de mes viscères

Peut-être vaut-il mieux
Faire la coquette

À l’envi répétant
Que je suis vieille
Malade et moche

Et pauvre aussi

(Josée Tripodi)

 

Recueil: Le temps court plus vite que moi
Traduction:
Editions: Le Castor Astral

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MESDAMES LES FLEURS (Christiane Barrillon)

Posted by arbrealettres sur 21 mars 2019



MESDAMES LES FLEURS

Mesdames les fleurs,
assises sur les branches
dans l’allée de cerisiers,
serrées hanche contre hanche
en toilettes du dimanche,
Mesdames les fleurs
du verger
parlent entre elles
de mousseline et de dentelle
en secouant leurs poudriers.
Et de temps en temps
sous le baiser
d’un jeune vent
égaré
elles laissent tomber
un mouchoir ou un gant
blanc
tout blanc
tel un pétale de printemps.

(Christiane Barrillon)

Illustration: Jean-Jacques Grandville

 

 

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Fanée (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 24 novembre 2018



Illustration: Christian Seybold  
    
Fanée

Légère, comme après sa mort,
elle a mis des gants, une écharpe.
Un parfum de sa commode
a chassé la chère odeur

à laquelle autrefois elle se découvrait.
Depuis longtemps elle ne s’interroge
plus : Qui suis-je ? (une parente éloignée),
et, perdue dans ses pensées,

elle s’affaire, prenant soin
de sa chambre inquiète qu’elle arrange
et ménage, parce que peut-être
la jeune fille d’autrefois l’habite encore.

(Rainer Maria Rilke)

Illustration: Christian Seybold  

Recueil: Oeuvres 2 Poésie
Traduction: Jacques Legrand, Lorand Gaspar, Philippe Jaccottet, Armel Guerne, Maurice Betz
Editions: Seuil

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On ne s’y reconnaît plus (Robert Mallet)

Posted by arbrealettres sur 28 août 2018



Illustration: Lucie Llong
    
On ne s’y reconnaît plus
entre amoureux et tueurs

trop d’empreintes digitales
sur la peau des passions
trop d’emprises dessinées
sur la tendresse des chairs
trop de signes possessifs
sur les corps abandonnés

Portons des gants pour étreindre
et même pour caresser

ou ne touchons plus à rien

(Robert Mallet)

 

Recueil: Presqu’îles presqu’amours
Traduction:
Editions: Gallimard

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