Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘tirer’

La mort n’efface rien (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 23 novembre 2020



Illustration: Rudolf Schäfer    
    

La mort n’efface rien. Orphée n’aura de cesse
De se retourner, tirant de l’ombre l’aimée.
Le Vide-médian changera tout cri en chant,
Et tout corps déchiré en souffle jaillissant.

(François Cheng)

 

Recueil: Enfin le royaume
Traduction:
Editions: Gallimard

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

CHANT D’UN FANTASSIN (Charles Vildrac)

Posted by arbrealettres sur 16 octobre 2020



 

Illustration: Erich Heckel
    
CHANT D’UN FANTASSIN
À André Bacqué

Je voudrais être un vieillard
Que j’ai vu sur une route ;
Assis par terre au soleil
Il cassait des cailloux blancs
Entre ses jambes ouvertes.
On ne lui demandait rien
Que son travail solitaire.
Quand midi flambait les blés,
Il mangeait son pain à l’ombre.

*

Je connais, dans un ravin
Obstrué par les feuillages,
Une carrière ignorée
Où nul sentier ne conduit.
La lumière y est furtive
Et aussi la douce pluie ;
Et un seul oiseau parfois
Interroge le silence.
C’est une blessure ancienne,
Étroite, courbe et profonde
Oubliée même du ciel ;
Sous la viorne et sous la ronce
J’y voudrais vivre blotti.

*

Je voudrais être l’aveugle
Sous le porche de l’église :
Dans sa nuit sonore il chante !
Il accueille tout entier
Le temps qui circule en lui
Comme un air pur sous des voûtes.
Car il est l’heureuse épave
Tirée hors du morne fleuve
Qui ne peut plus la rouler
Dans sa haine et dans sa fange.

*
Je voudrais avoir été
Le premier soldat tombé
Le premier jour de la guerre.

(Charles Vildrac)

 

Recueil: Chants du désespéré (1914-1920) –
Traduction:
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Poussières de Juillet (Kateb Yacine)

Posted by arbrealettres sur 5 octobre 2020



Kateb Yacine
    
Poussières de Juillet
(Extrait)

Le sang
Reprend racine
Oui
Nous avions tout oublié
Mais notre terre
En enfance tombée
Sa vieille ardeur se rallume

Et même fusillés
Les hommes s’arrachent la terre
Et même fusillés
Ils tirent la terre à eux
Comme une couverture
Et bientôt les vivants n’auront plus où dormir

Et sous la couverture
Aux grands trous étoilés
Il y a tant de morts
Tenant les arbres par la racine
Le coeur entre les dents

Il y a tant de morts
Crachant la terre par la poitrine
Pour si peu de poussière
Qui nous monte à la gorge
Avec ce vent de feu

Ainsi qu’un boulet rouge
Aveugle
Sans retour
Quel ancêtre abattu t’oublia dans son crâne
Fleur de poussière éclose aux lèvres du Rhummel
Laitance d’enfant sevré
Qui fit pousser nos dents toutes neuves?

Tant de fois abattu
L’ancêtre au loin s’obstine
Sa tête
Au fond du fleuve Et du soleil
Détale
[…]

(Kateb Yacine)

 

Recueil: 120 nuances d’Afrique
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

RONDEAU DE LA CHAIR TROP LOURDE (André Berry)

Posted by arbrealettres sur 19 août 2020



Illustration
    
RONDEAU DE LA CHAIR TROP LOURDE

Toujours ce poids qui t’attache à la terre,
Ce pied de plomb tirant sur le genou,
Et cette tête à ton tronc peu légère,
Mal emmanchée à ton douloureux cou;
Toujours le fiel dans cette bouche amère,
Des yeux piquants l’âcre larme qui sourd,
La cire épaisse au creux du tympan sourd;
Du gros cerveau que la tempe resserre
Toujours ce poids!

Toujours ces dents dont l’ivoire s’altère,
Ce crin hirsute en guerre avec le pou,
Toujours ce ventre enflant en demi-sphère
La pommaison de son grotesque chou.
A sa grinçante et peineuse charnière
Toujours ce bras qui pend débile et gourd,
Cette main moite où toute crasse accourt;
Du sang, de l’os, du muscle et du viscère
Toujours ce poids!

Nul réconfort au fond de ta misère
Que de presser un être encor plus mou,
Encor plus creux : tel lard en souricière,
Offrant l’appât de son funeste trou.
Lors sans bonnet sur ton occiput glabre,
Sans gant le carpe et le fémur sans bas,
En toute paix par les luneux sabbats
Tu branleras le tarse au bal macabre.
Courage encor!

(André Berry)

 

Recueil: Poèmes involontaires suivi du Petit Ecclésiaste
Traduction:
Editions: René Julliard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

LIEDER DU VENT À DECORNER LES BŒUFS (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 26 juin 2020



    

LIEDER DU VENT À DECORNER LES BŒUFS

Le vent court à brise abattue
il court il court à perdre haleine
Pauvre vent perdu et jamais au but
où cours-tu si vite à travers la plaine

Où je cours si vite où je cours si vite
Le vent en bégaye d’émotion et d’indignation
Se donner tant de mal et de gymnastique
et qu’on vous pose après de pareilles questions

À quoi bon souffler si fort et si bête
et puis s’en aller sans rien emporter
Quelle vie de chien qui toujours halète
qui tire sa langue de chien fatigué

Jusqu’au bout du monde il faut que tu ailles
poussant ton charroi de vent qui rabâche
Vente vent têtu de sac et de paille
Gémir pleurer prier est également lâche

Déjà autre part j’ai entendu ça
Je ne veux plus être vent dit le vent qui boude
Je change de peau je change de pas
Je me fais flûtiau route ou pierre qui roule

Mais il dit tout ça sans conviction aucune
Il sait qu’il faut bien en passer par là
venter quand on est vent luner quand on est lune
et quand on n’est qu’un homme nommer ce qui est là

Le vent la pluie le froid le chaud la solitude
la belle vie qui prend de mauvaises habitudes.

(Claude Roy)

 

Recueil: Claude Roy un poète
Traduction:
Editions: Gallimard Jeunesse

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

CHANSON A LYNCHER (Langston Hughes)

Posted by arbrealettres sur 4 juin 2020



 

Lynchage de Jesse Washington

CHANSON A LYNCHER

Tirons sur la corde!
Tirons très fort!
La vie est pour les Blancs
Et pour ce jeune Noir c’est la mort.

Tirez, les gars,
Avec sanglante clameur.
Que ce Noir balance
Tandis que les Blancs meurent!

Les Blancs meurent?
Que voulez-vous dire :
Les Blancs meurent?

C’est le corps immobile
Du jeune Noir
Qui dit :

Ce n’est pas moi qui meurs.

***

Lynching Song

Pull at the rope!
O, pull it high!
Let the white folks live
And the black boy die.

Pull it, boys,
With a bloody cry.
Let the black boy spin
While the white folks die.

The white folks die?
What do you mean–
The white folks die?

That black boy’s
Still body
Says:
NOT I.

(Langston Hughes)

Illustration: Lynchage de Jesse Washington

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , | 3 Comments »

LES MOTS DE TOUS LES JOURS (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 10 avril 2020




    
(Recueil Pages d’écriture)
LES MOTS DE TOUS LES JOURS

Il faut se méfier des mots. Ils sont toujours trop beaux, trop
rutilants et leur rythme vous entraîne, prêt à vous faire prendre
un murmure pour une pensée.

Il faut tirer sur le mors sans cesse, de peur que ces trop
bouillants coursiers ne s’emballent.

J’ai longtemps cherché les mots les plus simples, les plus usés,
même les plus plats. Mais ce n’est pas encore cela c’est leur juste
assemblage qui compte.

Quiconque saurait le secret usage des mots de tous les jours
aurait un pouvoir illimité, — et il ferait peur.

(Jean Tardieu)

 

Recueil: Jean Tardieu Un poète
Traduction:
Editions: Gallimard Jeunesse

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

AVANT LA DOUCHE (Philippe Soupault)

Posted by arbrealettres sur 22 mars 2020




    
AVANT LA DOUCHE

Une goutte d’eau
la pluie
une averse
la brume
le brouillard
une ondée
l’orage
la tempête
la tornade
un sanglot
une larme
Allons allons
l’eau est tirée
il faut la boire

(Philippe Soupault)

 

Recueil: Poèmes et poésies
Traduction:
Editions: Grasset

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Poésie? (Michel Leiris)

Posted by arbrealettres sur 4 mars 2020



Cette chose sans nom
d’entre rire et sanglot
qui bouge en nous,
qu’il faut tirer de nous
et qui,
diamant de nos années
après le sommeil de bois mort,
constellera le blanc du papier.

(Michel Leiris)

Illustration: Josephine Wall

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , | 3 Comments »

Poésie ? (Michel Leiris)

Posted by arbrealettres sur 2 mars 2020



Poésie ?

Cette chose sans nom
d’entre rire et sanglot
qui bouge en nous,
qu’il faut tirer de nous
et qui,
diamant de nos années
après le sommeil de bois mort,
constellera le blanc du papier.

(Michel Leiris)

Illustration

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :