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Poésie

Posts Tagged ‘noyer’

ELBE (André Pieyre de Mandiargues)

Posted by arbrealettres sur 5 juillet 2020




ELBE

J’ai dit
Je te tu
Tu dis
Tu me moi
Je te tutoie
Tu me tutoies
Je me tais et tu t’es tue
Je tue l’autre en toi
Comme en moi tu tuas l’un
Je me tue si tu te tues
En te tuant tu me tues
Tu n’es plus toi tu es moi
Qui ne suis plus rien que toi
Une et un sont un
Il fait nuit en plein soleil
Pour mieux noyer l’indivis
Pour nous noyer tous deux
Dans un vaste lit d’eau bleue
Midi profondément noir
Claire mort
Précipite l’heure ardente
Au sablier inférieur
Engouffre notre bonheur
Sous le démesuré drap
Du temps qui ondule et brille
Devant ce point où nous sommes
Nus et joints
Confondus
Et qui tout nûment est
Le fond étroit d’une barque
Dérivant devant la belle
Ile d’Elbe.

(André Pieyre de Mandiargues)

Illustration

 

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VIENS (Mihai Beniuc)

Posted by arbrealettres sur 12 mai 2020




    
VIENS

Tu t’es cachée dans mon coeur
Comme un trésor au fond de la montagne.
Souvent de mes yeux jaillissent des flammes
Pour que tu rappelles à ma nuit
Que tu es là, même en étant au loin,
Dans les cavernes de ton âme
Errant comme un fantôme je te cherche,
Et je t’appelle, mais quand tu réponds
Ce n’est qu’un écho de ma propre voix,
D’ici, de nulle part,
De là-bas, de partout,
Pour me brouiller le chemin vers toi.

Dis-moi : dans ton sommeil fais-tu parfois le rêve
Qu’un autre homme t’embrasse
Et tu t’approches
De sa poitrine ?

Réveille-toi !
Du fond de ma nuit
Deux yeux de tigre,
Deux phares affolés,
Deux vitres éclairées,
Deux étoiles noyées de larmes
Te regardent, t’appellent :
Viens !

(Mihai Beniuc)

 

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Salut (Stéphane Mallarmé)

Posted by arbrealettres sur 19 avril 2020



Salut

Rien, cette écume, vierge vers
A ne désigner que la coupe;
Telle loin se noie une troupe
De sirènes mainte à l’envers.

Nous naviguons, ô mes divers
Amis, moi déjà sur la poupe
Vous l’avant fastueux qui coupe
Le flot de foudres et d’hivers;

Une ivresse belle m’engage
Sans craindre même son tangage
De porter debout ce salut

Solitude, récif, étoile
A n’importe ce qui valut
Le blanc souci de notre toile.

(Stéphane Mallarmé)


Illustration: Victor-Louis Mottez

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JARDIN D’UNE NUIT D’ETE (Gyula Illyès)

Posted by arbrealettres sur 24 mars 2020



 

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JARDIN D’UNE NUIT D’ETE

La voûte des noyers est sombre comme un caveau,
Comme la vie ;
Mais à travers le feuillage léger d’un amandier
Brille le ciel de minuit,
Ruisselant d’étoiles.

Cet amandier, le plus ancien de tous,
Voilà qu’il a comme fruits des étoiles ;
Eternel est le sens des choses
Mais le regard est enchanté.

Jamais l’infini ne fut si proche,
Jamais ne fut si proche la paix de la mort ;

Et l’enfance luit jusqu’ici
Avec sa lumière dorée d’arbre de Noël.

(Gyula Illyès)

Illustration

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La blonde (Pierre Dupont)

Posted by arbrealettres sur 25 février 2020



Illustration: Francis Picabia
    
La blonde

Rêvez un frêle paysage
De bruyères et de bouleaux,
Dont flotte au vent le blanc feuillage,
Comme l’écume sur les flots ;
Et sous cette ombre échevelée,
Rêvez, plus gracieuse encor
Que les bouleaux de la vallée,
La vierge aux longues tresses d’or.

Jour et nuit, blanche et blonde, elle erre ;
Ses yeux bleus se noyant de pleurs,
Fille du ciel et de la terre,
Sœur des étoiles et des fleurs.

Sur son passage tout l’admire
Et tout la chante d’une voix ;
Brisons la guitare et la lyre,
Ses musiciens sont les bois ;
La bête sort de sa tanière,
L’oiseau de son nid pour la voir ;
L’étang, la source et la rivière,
Lui présentent leur bleu miroir.

Jour et nuit, blanche et blonde, elle erre ;
Ses yeux bleus se noyant de pleurs,
Fille du ciel et de la terre,
Sœur des étoiles et des fleurs.

On dit qu’avec les astres même,
La nuit, elle a de longs discours ;
Un autre vous dira qu’elle aime,
Sans rien conter de ses amours.
Oh ! ce n’est point sous vos ombrages,
Bouleaux, sapins, genévriers,
Que nichent ses amours sauvages :
Son cœur est loin de nos sentiers.

Jour et nuit, blanche et blonde, elle erre ;
Ses yeux bleus se noyant de pleurs,
Fille du ciel et de la terre,
Sœur des étoiles et des fleurs.

Elle aime sous l’ombre mystique
Des palmiers d’or qui sont au ciel,
Et sa vie est un long cantique
Qui fuit loin du monde réel.
Ange, vous êtes une femme,
Le ciel est peut-être à vos pieds ;
Choisissez entre mille une âme
Qui vous aime et que vous aimiez.

Jour et nuit, blanche et blonde, elle erre ;
Ses yeux bleus se noyant de pleurs,
Fille du ciel et de la terre,
Sœur des étoiles et des fleurs.

(Pierre Dupont)

 

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Les flèches de la Beauté (Marcel Proust)

Posted by arbrealettres sur 13 janvier 2020



 

Albert Lynch b

Pour peu que la nuit tombe et que la voiture aille vite, à la campagne, dans une ville,
il n’y a pas un torse féminin, mutilé comme un marbre antique par la vitesse qui nous entraîne
et le crépuscule qui le noie, qui ne tire sur notre cœur, à chaque coin de route, du fond de chaque boutique,
les flèches de la Beauté, de la Beauté dont on serait parfois tenté de se demander si elle est en ce monde autre chose
que la partie de complément qu’ajoute à une passante fragmentaire et fugitive notre imagination surexcitée par le regret.

(Marcel Proust)

Découvert ici Dans le Couloir

Illustration: Albert Lynch

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RONDEAU DE L’HOMME LASSÉ DE SOI (André Berry)

Posted by arbrealettres sur 14 octobre 2019



Illustration: Vincent Van Gogh
    
RONDEAU DE L’HOMME LASSÉ DE SOI

Quoi! toujours toi, quand rien de moi ne t’aime,
De ma personne indétrônable roi,
Ô monotone et tenace moi-même,
Gui parasite au sein d’un meilleur Moi!
Traînant partout tes humeurs inégales,
Tes muscles mous et tes nerfs anxieux,
Et ton cœur sec et tes sens vicieux,
Tes viles soifs, tes grossières fringales,
Quoi! toujours toi!

Quoi! toujours toi, toujours avide et vide,
Tenté d’agir, vautré sur le tapis,
Bouffi mais creux, arrogant mais pavide,
Menteur, jaloux, glouton, paillard et pis!
Jusques à quand faut-il que je t’endure,
Plat compagnon à mes pas attaché,
Fâcheux démon en mon ange caché,
Suppôt d’orgueil, d’envie et de luxure?
Quoi! toujours toi!

J’ai beau vouloir te noyer dans les veilles,
Dans le travail, le plaisir et le vin :
Sous mon habit toujours tu te réveilles
Aussi présent, aussi banal et vain.
Hôte indiscret, en moi tu fais demeure;
Toujours chassé tu ramènes toujours
Tes bas désirs et tes pauvres amours,
Et pas un être en qui te perdre une heure…
Quoi! toujours toi!

(André Berry)

 

Recueil: Poèmes involontaires suivi du Petit Ecclésiaste
Traduction:
Editions: René Julliard

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On n’oublie pas les yeux que la femme invente pour jouer à l’amour (Marc Alyn)

Posted by arbrealettres sur 12 octobre 2019



 

Eduard Fleminsky 0

On n’oublie pas les yeux que la femme invente pour jouer à l’amour

Tes yeux perdus dans ce silence
fait d’horizon mêlé à la terre des montagnes
tes yeux sans feu ni lieu
tes yeux sans dieu ni foi
traînés parmi les pierres de cent villes entassées
entre l’abîme de ma voix et l’éternité d’un regard
je les soupèse de la main pour en faire sortir l’amertume
La nuit s’accroche au monde de toutes ses griffes
Il est là invisible comme la limite du ciel
debout dans sa puissance de roi des microbes
il y a tant d’obstination dans la fixité de ses yeux
qu’on dirait la tête morte d’un pharaon
dans son sarcophage de sable

On n’oublie pas les yeux que la femme invente
pour jouer à l’amour
On lui fait croire qu’elle est belle
en se noyant dans son regard
pour ne pas voir les rides que la vie dessine autour des lèvres
en s’en allant.

(Marc Alyn)

Illustration: Eduard Fleminsky

 

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Un ciel fébrile oscille (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 25 août 2019



Un ciel fébrile oscille

Au-dessus du paysage
Qui frémit dans l’air frais
Du matin et l’horizon
Coud le ciel à la mer
A grand-peine le soleil traverse
Un nuage opiniâtre

Au bout du chemin
Se dresse le noyer
Du champ de mon oncle
Sous lequel nous aimons
Nous asseoir côte à côte
Pour regarder l’oiseau
Dans son vol qui emporte
La clarté du jour
Et dans le soir qui nous baigne
La caresse de ta voix
Crée des images fiévreuses
Au milieu de folles odeurs
Qui montent du jardin
Et de sons liquides
Qui flottent à la surface
Du minuscule ruisseau
Sous un ciel attendri

(Jean-Baptiste Besnard)


Illustration: Aimé Venel

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Sèves écloses (Gaëtane Drouin Salmon)

Posted by arbrealettres sur 2 juillet 2019



Sèves écloses

La beauté noie ses ailes
dans la rosée de l’aube

ouvert au mystère
mon oeil chavire
vers le soleil rouge

autour de l’arbre bleu qui doute et tremble
sur la magie de l’eau

nos bras épellent la tendresse
en des voyelles allongées

renaître aux sèves écloses

(Gaëtane Drouin Salmon)


Illustration

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