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Sur ma manche rose (Hidé-Yossi)

Posted by arbrealettres sur 27 mars 2022



Illustration: Hosui Yamamoto
    
Sur ma manche rose
Dont mes larmes noient les fleurs,
La lune se pose.
Dis au moins: Pourquoi ces pleurs ?
O toi, qui sais bien leur cause!

***

Sodé no yé ni
Taré youyé touki wa
Yadorou zo to
Yosso ni nassité mo
Hito no toyé Kassi.

(Hidé-Yossi)

Recueil: Poëmes de la libellule
Traduction: Judith Gautier
Editions: Beaux-Arts de Paris

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« Si je n’ai une autre voix… » (José Saramago)

Posted by arbrealettres sur 13 mars 2022



Illustration: Chantal Dufour
    
« Si je n’ai une autre voix… »

Si je n’ai une autre voix qui me dédouble Ce
silence en échos d’autres sons,
C’est parler, parler encore, jusqu’à dévoiler La
parole cachée de ce que je pense.

C’est, brisé, la dire entre des détours
De flèche qui elle-même s’envenime,
Ou mer haute coagulée de navires Où
le bras noyé nous fait signe.

C’est forcer vers le fond une racine Quand
la pierre rigoureuse coupe le chemin, C’est
lancer vers le haut tout ce qu’on dit Car
plus arbre est le tronc le plus seul.

Elle dira, parole découverte,
Les dits de l’habitude de vivre :
Cette heure qui serre et desserre,
Le non voir, le non avoir, le presque être.

***

«Se nao tenho outra voz…»

Se não tenho outra voz que me desdobre Em
ecos doutros sons este silêncio,
É falar, ir falando, até que sobre A
palavra escondida do que penso.

É dizê-la, quebrado, entre desvios De
flecha que a si mesura se envenena,
Ou mar alto coalhado de navios Onde
o braço afogado nos acena.

É forçar para o fundo urna raiz
Quando a pedra cabal corta caminho,
É lançar para cima quanto diz
Que mais árvore é o tronco mais sozinho.

Ela dirá, palavra descoberta, Os
ditos do costume de viver: Esta
hora que aperta e desaperta,
É não ver, o não ter, o quase ser.

(José Saramago)

 

Recueil: Les poèmes possibles
Traduction: Nicole Siganos
Editions: Jacques Brémond

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Jean-Daniel (Charles-Ferdinand Ramuz)

Posted by arbrealettres sur 6 mars 2022



Illustration: Marfa Indoukaeva
    
Jean-Daniel

I

Ce jour-là, quand je t’ai vue,
j’étais comme quand on regarde le soleil;
j’avais un grand feu dans la tête,
je ne savais plus ce que je faisais,
j’allais tout de travers comme un qui a trop bu,
et mes mains tremblaient.

Je suis allé tout seul par le sentier des bois,
je croyais te voir marcher devant moi,
et je te parlais,
mais tu ne me répondais pas.

J’avais peur de te voir, j’avais peur de t’entendre,
j’avais peur du bruit de tes pieds dans l’herbe,
j’avais peur de ton rire dans les branches;
Et je me disais: «Tu es fou,
ah! si on te voyait, comme on se moquerait de toi! »
Ça ne servait à rien du tout.

Et, quand je suis rentré, c’était minuit passé,
mais je n’ai pas pu m’endormir.
Et le lendemain, en soignant mes bêtes,
je répétais ton nom, je disais: « Marianne… »
Les bêtes tournaient la tête pour entendre;
je me fâchais, je leur criais: « Ça vous regarde?
allons, tranquilles, eh! Comtesse, eh! la Rousse… »
et je les prenais par les cornes.

Ça a duré ainsi trois jours
et puis je n’ai plus eu la force.
Il a fallu que je la revoie.
Elle est venue, elle a passé,
elle n’a pas pris garde à moi.

II

Les amoureux, c’est pour les filles
comme un écureuil dans un arbre;
elles s’amusent à le voir grimper:
sitôt qu’il est loin, il est oublié.
Elles ne pensent qu’à des bagues,
à des chapeaux, à des colliers;
qu’est-ce que çа leur fait qu’on souffre?
sitôt qu’on est loin, on est oublié.

C’est des miroirs à alouettes,
ça brille à distance, mais, quand on est près,
ça n’est plus rien que des morceaux de verre.
Il faut être bien fou pour leur courir après.

Ces filles, c’est comme des poupées
faites avec des ficelles et du carton;
ça a des joues en porcelaine,
ça a le ventre plein de son.

Mais on a beau dire et beau faire,
on n’y peut rien:
quand on est pris, c’est qu’on l’est bien.

III

Je lui demandé pardon dans mes pensées
de l’avoir ainsi méprisée.
Je sais qu’elle est douce et qu’elle a bon coeur.

Je sais qu’elle ne me connaît pas
et qu’il serait bien étonnant
qu’elle eût fait attention à moi
puisqu’elle ne me connaît pas.

Seulement il est dur d’être seul quand on aime.
On est comme fou, on se met en colère,
on pleure, on rit, sans savoir pourquoi.
On n’est pas juste quelquefois,
tant on a mal au coeur qui aime.

Mon coeur a mal, et moi je suis
comme un oiseau qui s’est envolé
et qui ne peut plus se poser,
et qui se sent bien fatigué
loin de son nid.

IV

Elle vit avec sa mère qui est vieille.
Elle l’aide à tenir le ménage.
Elle lave la vaisselle,
elle fait le dîner et les savonnages,
elle travaille du matin au soir:
il n’y a pas beaucoup de filles
qui font comme elle leur devoir.

Quand elle coud, ses doigts vont vite
comme au jeu de pigeon vole,
sa tête se penche sous la lampe,
sous la lampe sa tête se penche,
elle est appliquée et vaillante.

Elle laisse passer les jours
sans regret du temps qui s’en va,
ayant bien employé ses heures.
Le temps s’en va, elle demeure;
et sa vie est comme un ruisseau
qui coule d’un cours bien régulier,
sous les frênes et les noisetiers,
avec les oiseaux qui viennent y boire
et l’ombre errante vers le soir
des arbres noirs sur le ciel rose.

Et les mois et les mois viendront:
quand sera-t-elle comme elle est,
bonne et gaie, à coudre et à faire la cuisine,
dans une maison qui serait à nous,
dans une maison qui serait notre maison?

V

Car, moi, je suis pauvre et sa mère est riche.
Elle a une ferme et des champs,
elle a de l’argent
tout plein son armoire.

Elle a des chevaux, des boeufs et des vaches,
deux domestiques toute l’année,
des ouvriers quand l’ouvrage est pressant;
sa grange est pleine, ses étames de même;
et elle veut un gendre qui soit riche comme elle.

Il faudrait sans doute qu’on vienne
et qu’on lui dise: «Donnez-moi
votre fille, j’ai du bien
autant que vous;
j’ai comme vous des prés, des vaches et des bois,
alors c’est à égalité, n’est-ce pas ? »
Mais qu’on aime sa fille, elle n’y pense même pas.

Elle aura pour gendre un coureur d’auberges,
une espèce de beau parleur
qui fait briller ses écus
pour qu’on sache qu’il a de quoi…
Et je n’ai que mon amour, moi.

Seulement aussi amenez-m’en un
qui travaille davantage,
qui boude moins à l’ouvrage,
qui se lève de plus grand matin.

Je dis que des bons bras, c’est de l’argent comptant;
et je porterais des montagnes,
si on me disait: C’est pour Marianne.

VI

Quand le jour est mort, une lampe brille.
C’est la lampe, la petite lampe
que tu as à ta fenêtre,
Marianne, par les temps noirs,
pour les pauvres gens qui sont sur les routes.

On n’a plus peur; on voit de loin la lampe, on dit:
« C’est la lampe de Marianne,
elle est à coudre dans sa chambre avec sa mère »;
et on va vers la lumière,
parce qu’on sait que la porte s’ouvrira.

C’est comme une étoile, celle
qui guidait les bergers dans la nuit de Noël
et ils ont été amenés par elle
dans l’étable chaude où était la crèche
entre le boeuf et l’âne.

Là où la lampe brille, là aussi il fait chaud.
Celui qui vient pousse la porte et dit bonsoir.
On ne voit pas ses yeux sous son grand chapeau.
Sa moustache est givrée, il se fait déjà tard,
et il tient à la main un gros bâton d’épine.

Moi, je suis comme un papillon de nuit
qui tourne autour de la lumière.
Je me glisse le long des murs comme un voleur
pour te voir par la fenêtre.

Je n’ose pas entrer; je n’ose pas heurter;
je regarde de loin
le linge que tu tiens.
Je reste ainsi longtemps sans bouger de mon coin,
les yeux tendus vers toi,
mais c’est mon coeur qui va pour moi.

Il va vers toi, il se tient bien tranquille;
il est dans l’ombre de tes rideaux
il est dans l’aiguille qui brille,
il est dans le fil que tu casses
de temps en temps entre tes dents.

A quoi songes-tu? Sais-tu que je suis là?
Quand je te vois rêver, je pense que c’est à moi;
je ris ensuite de ma sottise.
Mais j’attends quand même
et sans savoir quoi,
jusqu’à ce que ta lampe s’éteigne.

VII

Le dimanche matin, elle va à l’église.
Le clocher a l’air d’un peu se pencher
pour mieux voir les fleurs dans les prés
comme ferait une petite fille
qui cueille un bouquet en chantant;
et la cloche dans le clocher
sonne d’abord un long moment.

Les femmes passent deux par deux;
elles sont en noir par respect pour le bon Dieu,
elles ont leur psautier dans la main.

Les hommes attendent qu’elles soient entrées
devant le porche en causant du beau temps,
du prix du bétail, des travaux des champs;
et il y a tant d’oiseaux dans les haies
que les branches se balancent
comme quand il fait du vent.

Alors, elle aussi, elle vient, elle a des gants blancs,
une robe bleue, un chapeau de paille;
elle traverse la place,
elle entre, je ne la vois plus.

La cloche se tait, le sonneur descend,
ses gros souliers dans l’escalier
font un bruit comme quand on bat en grange;
les gens dans l’église attendent en silence;
le pasteur, avec sa robe noire,
son chapeau de soie et son rabat blanc,
approche d’un air grave dans l’ombre des arbres.
Et je me sens si seul que je voudrais pleurer…

Je serais sur le banc, assis à côté d’elle;
quand elle chanterait, j’écouterais sa voix
et elle pencherait la tête pour prier.

VIII

Comme tu es jolie sur le petit sentier,
où tu vas, portant ton panier
avec le pain et le café
pour les quatre-heures.
L’ombre des cerisiers glisse sur tes épaules,
il fait chaud, les gens se reposent,
assis dans l’herbe, tout en causant,
et, te voyant venir, ils disent:

« Voilà Marianne avec son panier. »
Ils sont contents, parce qu’ils ont faim,
ayant travaillé qu’ils n’en peuvent plus
et le foin qui sèche sent fort au soleil.

Ils te disent: «Vous avez fait
la paresseuse! »
Tu dis: « Mais non, il n’est pas quatre heures. »
Un des ouvriers regarde à sa montre,
il dit: « Que si! il est quatre heures et cinq! »
Et tout le monde
éclate de rire sans savoir pourquoi.

C’est peut-être que le café
est meilleur quand tu le verses.
Tu fais plaisir à regarder
avec ton gros jupon d’indienne;
tu fais plaisir avec cette façon que tu as
de sourire en tendant la miche
et d’avoir soin qu’on soit toujours servi.

IX

Elle est venue un soir pour la première fois.
Il faisait nuit, elle est venue sans bruit.
Je regardais partout, je ne voyais personne
et j’entendais mon coeur battre dans le silence.
Mais, quand je l’ai vue, j’ai eu presque peur
et j’aurais voulu me sauver.

Elle venait entre les saules,
elle allait lentement, est-ce qu’elle avait peur aussi ?
Ou bien est-ce que c’était de l’ombre ?

Je suis allé vers elle, je lui ai dit bonjour.
« Alors, comme ça, ça va bien? »
« Oui, merci. » Nous n’avons plus su que dire.
Il y avait un arbre, l’étang était tout près,
le vent a passé dans les roseaux
et j’ai senti sa main trembler.
« Écoute, est-ce qu’on fait un petit tour? »
« On nous verrait, non, j’aime mieux… »
« On pourrait s’asseoir. » « Ce n’est pas la peine. »
J’ai voulu parler, mais je n’ai pas pu
et elle était déjà partie.

X

Elle m’a dit: «J’ai bien senti
tout de suite
que tu serais mon bon ami
N’est-ce pas? la première fois
qu’on se voit,
on ne s’aime pas,
pour bien dire, encore,
mais çа vient tout tranquillement
avec le temps.
Parce que, tu sais, ma mère est bien bonne
et je l’aime bien aussi,
mais ce n’est pas tout dans la vie.
On peut travailler du matin au soir
et être bien sage, çа n’empêche pas
qu’on pense parfois à des choses.

On se dit: «Il y en a qui ont des enfants,
il y en a qui se sont fait
des trousseaux d’une beauté
qu’on ne peut pas s’imaginer,
et on rêve à se marier
quand même. »

Elle m’a dit: «Je t’aime tellement
qu’il me faudrait bien venir à cent ans
pour t’aimer jusqu’au bout
et que je ne sais pas si j’y arriverais. »
Elle m’a dit: «Et toi, est-ce que tu m’aimes autant? »
« Ah! lui ai-je dit, qu’est-ce que tu penses? »
Et je lui ai serré la main
tellement fort qu’elle a crié.

XI

J’ai été au soleil et je pensais à toi.
Tu es toujours avec moi,
comme avant, mais avec un sourire,
à présent que je sais que, moi aussi, je vais
à tes côtés dans ta pensée.

Des oiseaux tombaient des branches,
l’herbe était fleurie, les foins mûrissaient;
j’avais ma faux, j’ai fauché,
ma faux allait toute seule.

Je suis revenu chercher la charrette,
j’ai chargé mon herbe; la roue grinçait
comme quand tu chantes pour le plaisir
ou pour te tenir compagnie.

Et puis le soir venu, j’ai pensé : « Que fait-elle? »
Je m’étais assis sur un banc,
j’avais mis mes mains dans mes poches;
je fumais ma pipe, je te voyais venir;
et tu étais dans la fumée
comme un de ces anges avec des ailes bleues
qui sont dans les livres.

XII

Je ne sais pas pourquoi
d’autres fois je suis triste
et je n’ai de coeur à rien faire.
Il faudrait faucher, il faudrait semer,
mais je dis: «Tant pis!» qu’il pleuve ou qu’il grêle,
ça m’est bien égal.
C’est ainsi quelquefois sans raison,
à cause d’une manière qu’elle a eue de me parler,
à cause d’un air qu’elle a eu de me regarder,
à cause de son rire,
à cause de sa voix qui était changée et de ses yeux
qui se sont baissés devant les miens,
comme si elle me cachait quelque chose.

Et pourtant je suis heureux quand même.
Je l’accuse à tort parce que je l’aime.
C’est pour me faire mal, et puis je me repens.
J’ai honte de moi, je me dis: «Tout va bien»;
et le bonheur me revient
comme quand la lune sort
de derrière un gros nuage.

XIII

Si ta mère savait pourtant que nous nous aimons,
et que le soir je viens t’accompagner
jusque tout près de la maison,
si elle savait que nous nous fréquentons
et que, cette fois, c’est pour de bon,
que dirait-elle ?

Elle qui a un front ridé,
des mains noires toutes tremblantes,
elle qui ne se souvient plus
de sa jeunesse;
elle qui a oublié le temps où elle allait danser,
et qui ne sait plus ce que c’est
tout le bonheur qu’on a d’aimer,
ta mère, qu’est-ce qu’elle penserait?

Nous ne parlons pas de ces choses
pour ne pas gâter notre bonheur;
nous nous regardons seulement
pour nous redonner du courage.
Car nous ne faisons rien de mal,
n’est-ce pas? il est naturel
d’être amoureux comme nous sommes;
ils ont tous été comme nous.
Et je dis: «Vois-tu, il faudra s’aimer d’autant plus,
d’autant plus fort, d’autant plus doux;
alors peut-être que ta mère aura pitié,
et elle nous laissera nous aimer. »

XIV

Marianne a pleuré, il faisait du soleil,
la cuisine était rose.
Ses larmes coulaient sur ses joues.
Elle a pris son mouchoir, elle a pleuré dedans,
elle s’est assise, n’ayant plus de force.

«Est-ce que c’est vrai que tu l’aimes tant? »
Marianne n’a rien répondu.
«J’aurais voulu pour toi quelqu’un d’autre. »

Marianne a secoué la tête.
«J’ai la raison que tu n’as pas,
j’ai connu la vie, je suis vieille.
Il n’y a pas que l’amour,
l’amour est beau, mais l’amour passe,
tandis que l’argent, ça dure une vie
et qu’on en laisse à ses enfants.»

Marianne a pleuré si fort
qu’on l’entendait depuis dehors.

« Mais maintenant que je t’ai dit ce que je pensais,
je ne voudrais pas te faire de la peine.
Prends ton amoureux si tu l’aimes… »

Marianne a levé la tête
et elle a cessé de pleurer.
« Je crois que c’est un bon garçon,
il aura soin de la maison,
il ne boit pas, il est sérieux,
eh bien, puisque tu le veux,
mariez-vous et soyez heureux. »

Elle a embrassé sa mère sur le front,
elle l’a prise par le cou:
«Tu permettras que je te l’amène?…
Tu verras que j’avais raison. »

XV

Le jour de notre noce, j’y pense tout le temps,
il fera un soleil comme on n’a jamais vu;
il fera bon aller en char
à cause du vent frais qui vous souffle au visage,
quand la bonne jument va trottant sur la route
et qu’on claque du fouet pour qu’elle aille plus fort.
On lui donnera de l’avoine,
en veux-tu, en voilà;
on l’étrillera bien qu’elle ait l’air d’un cheval
comme ceux de la ville;
et trotte! et tu auras ton voile qui s’envole,

et tu souriras au travers
parce qu’il aura l’air
de faire signe aux arbres
comme quand on agite un mouchoir au départ.

On se regardera, on dira: « On s’en va,
on commence le grand voyage;
heureusement qu’il n’y a pas
des océans à traverser. »
Et quand nous serons arrivés,
la cloche sonnera, la porte s’ouvrira,
l’orgue se mettra à jouer;
tu diras oui, je dirai oui;
et nos voix trembleront un peu
et hésiteront à cause du monde
et parce qu’on n’aime à se dire ces choses
que tout doucement à l’oreille.

XVI

Notre maison est blanche, elle est sous les noyers,
ta mère tricote près de la fenêtre;
iI fait chaud, on va moissonner,
mais, comme les foins sont rentrés,
on a un moment pour se reposer.

Tu mets les verres sur la table pour le dîner.
Du rucher, je te vois passer dans la cuisine,
et ta chanson me vient parmi
le bourdonnement des abeilles.

Ta mère s’est levée, elle a mis son tricot
et ses aiguilles dans la corbeille;
elle a l’air heureux de vivre avec nous,
nous sommes heureux de vivre avec elle.

Ne sommes-nous pas heureux de nous aimer,
d’être ensemble, de travailler,
de voir mûrir les foins, les moissons se dorer,
et, plus tard, vers l’automne,
les arbres plus lourds du poids de leurs fruits
jusqu’à terre se pencher?

Tu vas dans la maison, faisant un petit bruit,
et, du matin au soir, c’est toi qui veilles à tout;
pendant que, moi, je vais faucher
et que les chars rentrent grinçants,
hauts et carrés,
comme des petites maisons roulantes.

VII

Un jour je te verrai venir un peu plus lasse
et lourde d’un fardeau que tu n’as pas connu,
tandis que s’épaissit ta taille,
marchant dans le jardin où les roses fleurissent
et je t’aimerai encore un peu plus.

Je songe que tu portes deux vies
et qu’il me faut donc t’aimer doublement
pour toi-même et puis pour celui
qui va naître de tes souffrances.

Je sens que j’ai grandi vers de nouveaux aspects
d’où le monde paraît avec des tristesses,
mais missi avec des joies accrues en nombre;

et, quand je sens ta main s’appuyer sur mon bras,
et l’ombre de ton front se poser sur ma joue,
il me semble avancer sûrement avec toi
vers la réalisation d’une promesse.

XVIII

L’enfant que nous aurons ne nous quittera pas.
Il grandira dans la campagne.
Il sera paysan comme nous.
Il portera la blouse comme son père a fait,
et, comme son père, il traira les vaches;
il fera les moissons, il fera les regains,
il fauchera les foins;
il étendra peu à peu son domaine;
et, lorsque nous serons trop vieux,
quand l’heure du repos sera pour nous venue,
il nous remplacera, maître de la maison.

Il aimera comme nous avons aimé;
les jeux de nos petits-enfants
entoureront notre vieillesse.

Ce sera une après-midi de beau temps;
je serai assis au soleil,
j’aurai joint les mains sur ma canne,
il fera clair sur la campagne;
et toi, utile encore avec tes vieilles mains,
tu iras et viendras, tout près, dans le jardin,
nous acheminant ainsi ensemble
vers l’autre repos, qui est sans fin.

Nos derniers jours seront paisibles,
nous aurons fait ce que nous devions faire;
il y a une tranquillité qui vient,
une grande paix descend sur la terre.

Nous nous parlerons du passé:
te souviens-tu du jour où tu avais pleuré,
te souviens-tu du jour de nos noces?
on avait sonné les deux cloches
qu’on voyait bouger en haut du clocher.

Te souviens-tu du temps des cerises
et on se faisait avec des boucles d’oreilles,
et du vieux prunier qu’on secouait
pour en faire tomber les prunes?

Le cadet des garçons arrive alors et dit:
«Grand’mère, la poule chante,
elle a fait l’oeuf. »
«Va voir dans la paille, mon ami.»
Et nous sourions de le voir qui court
tant qu’il peut, à travers la cour,
sur ses grosses jambes trop courtes.

(Charles-Ferdinand Ramuz)

Recueil: Le Petit Village
Traduction:
Editions: Héros-Limite

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Premier Matin (Charles-Ferdinand Ramuz)

Posted by arbrealettres sur 27 février 2022




    
Premier Matin

L’horloge a sonné quatre coups,
l’horloge sonne le réveil;
la rosée tombe et déjà l’aube cède à l’aurore.
L’aurore agite ses mains roses;
les fenêtres des étables
qui s’allument une une
ont de grandes ombres qui passent
à leurs croisées,
et les cheminées des cuisines fument.
Des sabots claquent sur les pavés,
un merle siffle dans les noyers
et, par les portes entr’ouvertes,
on entend le souffle des vaches,
le mouvement de leurs mâchoires
le bruit des chaînes contre le râtelier.

(Charles-Ferdinand Ramuz)

Recueil: Le Petit Village
Traduction:
Editions: Héros-Limite

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Les Maisons (Charles-Ferdinand Ramuz)

Posted by arbrealettres sur 27 février 2022




    
Les Maisons

Les vieilles maisons sont toutes voûtées,
elles sont comme des grand’mères
qui se tiennent assises, les mains sur les genoux,
parce qu’elles ont trop travaillé dans leur vie;
mais les neuves sont fraîches et jolies
comme des filles à fichus
qui, ayant dansé, vont se reposer
et qui se sont mis une rose au cou.
Le soleil couchant brille dans les vitres,
les fumées montent dévidées
et leurs écheveaux embrouillés
tissent aux branches des noyers
de grandes toiles d’araignées.
Et, pendant la nuit, sur les toits,
l’heure du clocher dont les ressorts crient — et le poids descend —

(Charles-Ferdinand Ramuz)

 

Recueil: Le Petit Village
Traduction:
Editions: Héros-Limite

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Le Pays (Charles-Ferdinand Ramuz)

Posted by arbrealettres sur 27 février 2022




    
Le Pays

C’est un petit pays qui se cache parmi
ses bois et ses collines;
il est paisible, il va sa vie
sans se presser sous ses noyers;
il a de beaux vergers et de beaux champs de blé
des champs de trèfle et de luzerne,
roses et jaunes dans les prés,
par grands carrés mal arrangés;
il monte vers les bois, il s’abandonne aux pentes
vers les vallons étroits où coulent des ruisseaux
et, la nuit, leurs musiques d’eau
sont là comme un autre silence.

Son ciel est dans les yeux de ses femmes,
la voix des fontaines dans leur voix;
on garde de sa terre aux gros souliers qu’on a
pour s’en aller dans la campagne;
on s’égare aux sentiers qui ne vont nulle part
et d’où le lac paraît, la montagne, les neiges
et le miroitement des vagues;
et, quand on s’en revient, le village est blotti,
autour de son église,
parmi l’espace d’ombre où hésite et retombe
la cloche inquiète du couvre-feu.

(Charles-Ferdinand Ramuz)

 

Recueil: Le Petit Village
Traduction:
Editions: Héros-Limite

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La nuit s’avance (Fernando Pessoa)

Posted by arbrealettres sur 7 février 2022




    
La nuit s’avance.
Le ciel est bleu.
Qui donc me manque ?

Le vent du sud
Noie jusqu’à l’âme
Mon corps au calme,

Quelqu’un m’attend,
O vent furtif ?
Je ne sais. Face brève,
Ferme les yeux. Viens !

(Fernando Pessoa)

Recueil: Oeuvres poétiques
Traduction:
Editions: Gallimard

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UN JOUR (Zhao Lihong)

Posted by arbrealettres sur 29 juillet 2021



Illustration: Zhao Lihong  
    

Poem in French, Spanish, Dutch, English, Italian, German, Portuguese, Sicilian, Romanian, Polish, Greek, Chinese, Arab, Hindi, Japanese, Farsi, Icelandic, Russian, Filipino, Hebrew, Tamil, Bangla, Irish, Serbian, Armenian, Macedonian, Indonesian, Malay, Catalan

Illustration by Zhao Lihong

Poem of the Week Ithaca 691 “ONCE”, ZHAO LIHONG, CHINA (1952)

From: “A Boat to Heaven”, Southwordeditions

– All translations are made in collaboration with Germain Droogenbroodt –

UN JOUR

J’allais un jour flânant sur le chemin,
mon ombre comme un arbre sec dans le désert.
Un jour angoissé, j’ai fixé l’obscurité,
mes appels au secours étouffés par la nuit oppressante,
nuage et brouillard noyant lune et étoiles
un vent glacé râpant l’âpre solitude.
Un jour j’ai entendu le rossignol chanter dans la nuit,
semblable à une mélodie de nuages haut dans le ciel
descendant tels des nénuphars en fleurs
pétales d’un blanc pur chassant les ombres de la nuit.
Je t’ai cherché un jour dans la brume épaisse –
Pourrait-il m’arriver bonheur plus grand
que de te rencontrer à nouveau une nuit de printemps?

(Zhao Lihong)

Traduction Xu Qin – Germain Droogenbroodt – Elisabeth Gerlache

***

UNA VEZ

Anduve una vez vagando por el camino,
mi silueta solitaria como un árbol seco en el desierto.
Permanecí una vez mirando con miedo en la oscuridad,
mis llamadas de auxilio mitigándose en el plomo de la noche,
mientras nubes y niebla envolvían las estrellas y la luna,
un viento gélido raspaba el inhóspito desierto.
Escuché una vez al ruiseñor cantar en la noche
canciones de las nubes en el cielo,
descendiendo como un estanque de lirios en flor,
sus pétalos de un blanco puro repeliendo las sombras de la noche.
Te busqué una vez en la densa niebla─
¿Qué mayor felicidad podría haber
que volver a encontrarte en una noche de primavera?

Traducción Xu Qin – Germain Droogenbroodt – Rafael Carcelén

***

OOIT

Ooit liep ik eens dwalend over de weg,
mijn schaduwbeeld, een dorre boom in de woestijn gelijk.
Ooit staarde ik met angst in het donker,
mijn hulpgeroep, onderdrukt door de loodzware nacht,
wolken en mist versluierden maan en sterren
en een kille wind scheerde over de gure verlatenheid.
Ooit hoorde ik de nachtegaal zingen in de nacht,
het leek een gezang van wolken hoog in de lucht
neerdalend als een vijver waterlelies in bloei
zuiver-witte bloemblaadjes verdreven de schaduwen van de nacht.
Ik zocht jou ooit in de dichte mist ─
Zou er mij een groter geluk kunnen overkomen
dan je weer te ontmoeten op in een lentenacht?

Vertaling Xu Qin – Germain Droogenbroodt

***

ONCE

Once I was wandering on the road,
my lone silhouette like a dry tree in the desert.
Once I was gazing with fear in the dark,
my calls for help subdued in the lead of night,
clouds and mist shrouded stars and moon,
a chill wind scraped the stark wilderness.
Once I heard the nightingale singing in the night,
songs from clouds up in the sky,
descending like a blossoming lily pond,
its pure white petals repelled the shades of night.
Once I looked for you in the dense fog—
what greater happiness could be
than meeting you again on a spring night?

Translation Xu Qin – Germain Droogenbroodt – Stanley Barkan

***

UNA VOLTA

Una volta vagavo sulla strada,
la mia ombra solitaria come un’albero secco nel deserto.
Una volta guardavo fuori con terrore nel buio,
le mie grida di aiuto soffacate nel piombo della notte,
nubi e foschia velavano stelle e luna,
un vento gelido graffiava la brulla landa selvaggia.
Una volta ho udito il canto dell’usignolo nella notte,
canzoni di nubi su nel cielo,
scendere come una ninfea in fiore,
i suoi puri bianchi petali cacciare via le ombre della notte.
Una volta ti ho osservata nel mezzo della nebbia—
quale gioia più grande potrebbe essere
che incontrarti di nuovo in una notte di primavera?

Traduzione di Xu Qin – Germain Droogenbroodt – Stanley Barkan – Luca Benassi

***

EINST

Einst wanderte ich den Weg entlang,
mein Schatten, einem dürren Baum in der Wüste gleich.
Einst starrte ich voller Angst in die Dunkelheit,
mein Hilfeschrei, von der bleiernen Nacht unterdrückt,
Wolken und Nebel verschleierten Mond und Sterne
und ein kalter Wind fegte über die trostlose Einöde.
Einst hörte ich die Nachtigall singen in der Nacht,
es glich einem Gesang der Wolken hoch am Himmel
niederwirbelnd wie ein Teich voll Seerosen in Blüte
die reinweißen Blütenblätter vertrieben die Schatten der Nacht.
Ich suchte dich im dichten Nebel ─
Könnte es ein größeres Glück für mich geben
als dich einst in einer Frühlingsnacht wiederzusehen?

Übersetzung Xu Qin – Germain Droogenbroodt – Wolfgang Klinck

***

UM DIA

Andei, um dia, a vaguear pelos caminhos,
a minha figura solitária era como uma árvore seca no deserto.
Um dia, vagueei com medo na escuridão,
pedindo ajuda para mitigar o chumbo da noite,
enquanto as nuvens e a névoa envolviam as estrelas e a lua
e um vento gélido assolava o inóspito deserto.
Um dia, ouvi o rouxinol que, na noite, cantava
as canções das nuvens do céu,
descendo como um tanque de lírios em flor,
as suas pétalas de um branco puro repelindo as sombras da noite.
Um dia, procurei-te no denso nevoeiro ─
Que maior felicidade poderia haver
que voltar a encontrar-te numa noite de Primavera?

Tradução portuguesa: Maria do Sameiro Barroso

***

NA VOTA

Na vota caminava nta la strata
Lu me profilu comu un arburu siccu ntôn desertu.
Na vota taliava nta lu scuru, scantatizzu,
li me chiamati debbuli p’aiutu si stutavanu nta lu chiummu di la notti,
neuli e fuschii cummugghiavanu li stiddi e la luna,
un vinticeddu friddu raschiava nta du desertu sdisulatu.
Na vota sintiu un rusignolu cantari nni la notti,
canzuni di li neuli ntô celu,
ca calavanu comu un gigghiu ca sbocciava nta lu stagnu
li so petali bianchi bianchi affutavanu l’ummiri di li notti.
Na vota ti circaiu nta la negghia densa —
Ah, ncuntrariti di novu nta na notti di primavera!
Ci fussi filicità chiù granni di chista?

Traduzioni in siciliano di Gaetano Cipolla

***

CÂNDVA

Cândva, pe când cutreieram pământul,
cu umbra-mi străvezie pierdută în deșert,
scrutând înfricoșat întunecimea nopții,
strigam după ajutor, împovărat de griji.
Neguri și nori îmi ascundeau luna și aștrii
iar vântul rece pustia întinsul.
Atunci s-a înfiripat un tril. Privighetori,
dând nopții glas de nori de prin înalturi
și oglindind pe cer un lac de nuferi albi,
prinseră a destrăma în petale albe ceața.
Te-am întâlnit atunci prin aburi rarefiați ─
Ce altă fericire pot azi să-mi mai doresc
decât a regăsirii prin nopți de primăvară?

Traducere: Germain Droogenbroodt și Gabriela Căluțiu Sonnenberg

* Zhao Lihong este vicepreședintele prestigioasei Writers´ Association din Shanghai și Organizator al festivalului de poezie aferent, invitat excepțional al manifestărilor asociației literare Huifeng, organizate de colaboratoarea și traducătoarea noastră pentru limba chineză, Anna Keiko.

***

PEWNEGO RAZU

Pewnego razu wędrowałem drogą,
moja samotna postać była jak uschnięte drzewo na pustyni.
Pewnego razu patrzyłem ze strachem w ciemność,
moje wołania o pomoc tłumiła ciemność nocy,
chmury i mgła zakrywały gwiazdy i księżyc,
chłodny wiatr smagał surowe pustkowie
Pewnego razu usłyszałem słowika śpiewającego nocą,
pieśni wprost z chmur wysoko na niebie,
spływały jak staw, cały w kwitnących liliach,
ich czysto białe płatki odstraszały cienie nocy.
Pewnego razu szukałem ciebie w gęstej mgle —
czyż mogłoby być większe szczęście
niż znowu cię spotkać w wiosenną noc?

Przekład na polski: Mirosław Grudzień – Małgorzata Żurecka
Translation into Polish by Mirosław Grudzień – Małgorzata Żurecka

***

ΚΑΠΟΤΕ

Κάποτε περπατούσα σ’ ένα δρόμο,
η μοναχική μου σιλουέττα σαν ξερό δέντρο στην έρημο.
Κάποτε φοβισμένος κοίταζα μες στο σκοτάδι,
κι η φωνή μου χανόταν μες στη σκοτεινιά,
σύννεφα κι υγρασία έκρυβαν το φεγγάρι και τα άστρα.
Κάποτε άκουσα το αηδόνι που κελαηδούσε μες στη νύχτα
τραγούδι μες στα σύννεφα, στον ουρανό,
χαμήλωναν σαν νούφαρα στο λιμνάκι
που τα πάνλευκα πέταλα του διέλυαν της νύχτας το σκοτάδι.
Κάποτε έψαχνα να σε βρω μες στη πυκνή ομίχλη,
Άλλη δεν θα υπήρχε ευτυχία παρά
να σε ξανασυναντούσα μια νύχτα ανοιξιάτικη.

Μετάφραση Μανώλη Αλυγιζάκη
Translated by Manolis Aligizakis

***

曾经

曾经在这条路上彳亍
孤独的身影犹如沙漠里的一棵枯树
曾经在黑暗中睁大了眼睛
无奈的呼唤被浓重夜色吞噬
云雾遮挡了星星和月亮
寒风掠过荒芜的原野
曾经听见夜莺的歌唱
歌声彷佛来自遥远的云端
歌声化成翩然绽放的睡莲
纯洁的白色把夜色驱逐
曾经在迷雾中把你寻觅
世界上还有什么快乐
能和在春夜里重逢相比

ZHAO LIHONG
赵丽宏

***

فجأة

فَجِأَةً وَأَنَا أَتَجَوَّلٌ فيِ الشَّارِعٍ
ظِلِّيَ المُتَرَاءِ كَمَثَلِ شَجَرَةٍ جَافَةٍ فيِ الصَّحْرَاءِ

فَجْأَةً أُلْقِي بِنَظْرَةٍ مِلْؤُهَا الرُّعُبُ إِلى الظَّلَام
صُرَاخِي المُتَكَرِر لِطَلَبِ النَّجْدَة تَبَدِّدَ فيِ بِدَايَةِ الليلِ
الغُيُومُ والغَبَاشُ بَلُفَّانِ النُّجُومَ والقَمَر,
رِيَاحُ الشَّهِيلٍي تَجْرِفُ الصَّحْرَاءَ المُتَوَحِشَة.

فَجْأَةً اَسْتَمِعُ إِلى العَنْدَلِيبِ وهُو يُغَنْيِ في الليل
مَجْمُوعَةُ اَغَانِيَ خَلَّابَةٌ تَرْتَفِعُ بِإتِّجَاهِ الغُيُومِ التي فِي السَّمَاء,
تَنْزِلُ مِثْلَ وِعَاءِ مِن زَنَابِق المَاءِ المُزْهِرة,
يِتِلَّاتٍ بَيضَاءٍ صَافِيَةٍ تُلْغِي ضِلاَلَ الليل
فَجْأَةً اَبْحَثُ عَنْكِ مِن خِلَالِ ذَلِكَ الضَّبَابِ الْكَثِيف ـــــــ
هَلْ يُعْقَلْ أَنْ تَكَونَ هُنَاكَ سَعَادَةً أَكْبَرُ مِن مُلَاقَاتِكِ مُجَدَدًا
فيِ لَيْلَةٍ رَبيعِيةٍ؟

ترجمة للعربية: عبد القادر كشيدة
Translation into Arab by Mesaoud Abdelkader

***

एक बार

एक बार मैं सड़क पर घूम रहा था,
मेरा अकेला छाया-आकृति
रेगिस्तान में एक सूखे पेड़ की तरह।
एक बार मैं अँधेरे में डर से देख रहा था,
मदद के लिए मेरी पुकार रात में थम गई,
बादल और धुंध ने तारे और चाँद को ढँक दिया,
एक सर्द हवा ने निरा जंगल को बिखेर दिया।
एक बार मैंने कोकिला को रात में गाते हुए सुना,
आसमान में बादलों से गाने,
खिलते हुए लिली के तालाब की तरह उतरना,
उसकी शुद्ध सफेद पंखुड़ियाँ रात की छटा बिखेरती हैं।
एक बार घने कोहरे में मैंने तुम्हारी तलाश की-
इससे बड़ी खुशी और क्या हो सकती है
बसंत की रात में तुमसे फिर मिलने से?

Hindi translation by Jyotirmaya Thakur.

***

かつて

かつてわたしは道をさまよい、
孤独な影は砂漠のかわいた木のようだ
かつてわたしは暗闇の中で怖々と見つめた
助けを求める声は夜の先頭で和らぐ
雲と霧は星々と月を覆い隠し
ひんやりとした風は荒涼とした大地を削り取る
かつてわたしは小夜啼鳥が夜に歌うのを聞いた
天空の雲から百合の花咲く池のようにおりてきて
その純な花びらは夜の闇を追い払う
かつてわたしは濃い霧の中あなたをさがした
春の夜にあなたと再び会えることより大きな幸せはあるだろうか

Translation into Japanese by Manabu Kitawaki

***

یکبار

یکبار من سرگردان در جاده‌،
شبح تنهای من مانند درخت خشکی در بیابان.
یکبار با ترس خیره به تاریکی،
فریادهایم مقهور شب
ابرها و غبار ستارگان و ماه را در خود پیچیده بود،
باد سردی بیابان خشک را خراش می‌داد.
یکبار من آواز هزاردستانی را شنیدم که در شب می‌خواند،
از ابرهای آسمان،
مثل گلهای نیلوفر آبی بسته می‌شد،
و گلبرگهای سفید و پاکش سایه‌های شب را پس میزدند.
یکبار من در مهی سنگین به دنبال تو گشتم
چه چیزی می‌توانست شادی بزرگتری باشد
از ملاقات دوباره‌ی تو در شبی بهاری؟
ژائو ليهونگ، چين( ١٩٥٢)

ترجمه: سپیده زمانی
Translation into Farsi by Sepideh Zamani

***

EINU SINNI

Einu sinni ráfaði ég um göturnar,

einmana skuggamynd, uppþornað tré í eyðimörk.
Einu sinni starði ég óttasleginn í myrkrinu,
hróp mín á hjálp köfnuðu í gráma næturinnar,
ský og þoka huldu tungl og stjörnur,
napur vindur skóf óblíða auðnina.
Einu sinni heyrði ég næturgalann syngja í nóttinni,
lög úr skýjum á himnum uppi
hnigu eins og liljutjörn í blóma,
tær hvít krónublöðin hröktu burt skugga næturinnar.
Einu sinni leitaði ég þín í dimmri þoku —
hvað gæti verið sælla
en að hitta þig aftur um vornótt?

Þór Stefánsson þýddi samkvæmt enskri þýðingu Xu Qin, Germains Droogenbroodt og Stanleys Barkan úr
Translation into Icelandic by Þór Stefánsson

***

КОГДА-ТО

Когда-то, блуждая, я ходил по дорогам,
тень моя иссушилась, как дерево в пустыне.
Когда-то глядел я, злясь, в темноту,
мои крики о помощи тонули в густоте ночи,
облака и туман прятали звезды и луну,
и холодный ветер обнажал резкое одиночество.
Когда-то слышал я, как в ночи поет соловей.
Пение неслось высоко среди облаков,
опускаясь сверху, слово цветущие лилии на пруду,
бело-белые их лепестки прогоняли тени ночной тьмы.
Я когда-то искал тебя в тумане густом.
Обрушится ли на меня еще такое счастье –
однажды снова встретить тебя в весне ночной?

Перевод Xu Qin и Гермайна Дрогенбродта
Перевод на русский язык Дарьи Мишуевой
Translation into Russian by Daria Mishueva

***

MINSAN

Minsan ako ay pagala-gala sa daan,
ang aking anino ay tulad ng isang tuyong puno sa disyerto.
Minsan ako ay takot na nakatitig sa kadiliman,
panawagan ko ng tulong ay sinupil ng pagsapit ng gabi
ang mga ulap at ambon ay binalot ang mga bituin at buwan,
isang malamig na hangin ang matinding lumukob sa ilang.
Minsan narinig ko ang ruwisenyor na umaawit sa gabi,
mga awiting mula sa ulap ay pumailanlang sa langit ,
pumapanaog tulad ng sapa na namulaklak ng mga lily,
Ang purong puting talulot nito ay itinaboy ang pagtabing ng gabi.
Minsan hinanap kita sa makapal na ulap
May hihigit pa ba sa kaligayahang
makita kang muli sa gabi ng tagsibol?

Translated into Filipino by Eden Soriano Trinidad

***

פעם / זַהוֹ ליהוֹנג, סין

פַּעַם הָיִיתִי הוֹלֵךְ בָּרְחוֹב,
צְלָלִיתִי בּוֹדְדָה כְּמוֹ עֵץ יָבֵשׁ בַּמִּדְבָּר.
פַּעַם הָיִיתִי מִתְבּוֹנֵן בְּפַחַד בַּחֲשֵׁכָה,
קְרִיאוֹתַי לְעֶזְרָה נֶחֶלְשׁוּ תַּחַת עוֹפֶרֶת הַלַּיְלָה,
עֲנָנִים וַעֲרָפֶל אָפְפוּ כּוֹכָבִים וְיָרֵחַ,
רוּחַ קָרָה קִרְצְפָה אֶת הַיְּשִׁימוֹן הַשּׁוֹמֵם.
פַּעַם שָׁמַעְתִּי אֶת הַזָּמִיר שָׁר בַּלַּיְלָה,
שִׁירִים שֶׁיּוֹרְדִים מֵעֲנָנִים בַּשָּׁמַיִם,
כְּמוֹ שֶׁבִּבְרֵכַת חֲבַצָּלוֹת מְלַבְלֶבֶת,

עֲלֵי הַכּוֹתֶרֶת הַלְּבָנִים-טְהוֹרִים דּוֹחִים אֶת צִלְלֵי הַלַּיְלָה.
פַּעַם חִפַּשְׂתִּי אוֹתָךְ בָּעֲרָפֶל הַדָּחוּס –
אֵיזֶה אֹשֶׁר יָכוֹל לִהְיוֹת גָּדוֹל יוֹתֵר
מִלִּפְגֹּשׁ בָּךְ שׁוּב בְּלֵיל אָבִיב?

תרגום לאנגלית:

תרגום לעברית: דורית ויסמן
הרישום של המשורר
Translation into Hebrew by Dorit Weisman

***

ஒருமுறை

ஒருமுறை சாலையில் அலைந்து கொண்டிருந்தேன்
பாலைவனத்தில் ஓர் உலர்ந்த மரம்போல,எனது ஒரே நிழல்
இருட்டில் ஒருமுறை அச்சத்தினால் கூர்ந்து பார்த்துக்
கொண்டிருந்தேன்
இருட்டின் அமைதியில் உதவிக்கு எனது குரல் தாழ்ந்துவிட்டது
விண்மீன்களையும், சந்திரனையும் மேகங்களும், பனியும்
சூழ்ந்திருந்தன!
கடுமையான வெட்டவெளியில் குளிர்ந்த காற்று
வீசிக்கொண்டிருந்தது
ஒருமுறை இரவில் இன்னிசைப் பறவை பாடிக்கொண்டிருந்தது!
வானத்திலிருக்கும் மேகப் பாடல்கள்
குளத்தில் ப்[ஊக்கும் மலரைப்போல இறங்கி வருகின்றன
அதன் தூய்மையான வெள்ளை இதழ்கள் இரவின் நிழல்களை
துரத்திவிட்டன
அடர்த்தியான பனியில் உனக்காகப் பார்த்திருந்தேன்
இளவேனிர்க்கால இரவில் மீண்டும் உன்னைச் சந்திப்பதைக்
காட்டிலும்
எந்த உயர்ந்த மகிழ்ச்சி இருக்கமுடியும்!
ஆக்கமும் மொழிமாற்றமும்

Translation into Tamil by DR. N V Subbaraman

***

একসময়

আগে কোন একদিন আমি ঘুরে ছিলাম রাস্তায় উদ্দেশ্যহীনভাবে,
আমার একাকী ছায়া যেন মরুভূমিতে একটি শুষ্ক গাছের মত ।
আমি স্থির দৃষ্টিতে অন্ধকারের দিকে তাকিয়ে ছিলাম সাথে নিয়ে ভয়,
সাহায্যের জন্য আমার আরতি পদানত হয়েছিল রাতের পথ পরিক্রমায়,
মেঘ আর কুহেলি আবৃত তারারা আর চাঁদ,
একটি শীতল বাতাস আঁচড়ে দিয়েছিল অদম্য বন্যতাকে ।
কোন একদিন আমি শুনেছিলাম পাপিয়া পাখির একাকী গান,
যে গান ছুঁয়ে যায় মেঘমালা থেকে আকাশে,
প্রস্ফুটিত পদ্ম যেমন অবতরণ করে জলাশয়ে,
এর নিষ্পাপ সাদা পাপড়িগুলো প্রতিহিত করে রাতের ছায়াদের ।
একদিন আমি খুঁজেছিলাম তোমাকে কুয়াশার ঘনত্বে —
এর থেকে বড় সুখ আর কি হতে পারে
বসন্ত রাতে নিবিড় ভাবে আবার ও তোমাকে দেখা পাওয়ার চাইতে?

Translation Xu Qin – Germain Droogenbroodt – Stanley Barkan
Bangla Translation: – Tabassum Tahmina Shagufta Hussein

***

UAIR AMHÁIN

Uair amháin, bhíos ag siúl na mbóithre,
mo scáth mar chrann lom sa bhfásach.
Uair amháin, bhí imní orm roimh an dorchadas,
níor chualathas mo scairteach fhann ag lorg cabhrach,
bhí na réaltaí agus an ghealach faoi bhrat ceo,
gaoth fheanntach ag scríobadh an fhiántais.
Uair amháin chuala cantain an fhilimeála san oíche,
rannta ó na néalta arda
ag titim ina bpiotail ar lochán,
ruaig na piotail ghléigeala scáil na hoíche.
Uair amháin, chuardaigh mé thú sa tromcheo—
Nach n-iarrfainn a mhalairt de shuáilce
ach casadh leat arís ar oíche earraigh?

Aistrithe go Gaeilge ag Rua Breathnach
Translation into Gaelic by Rua Breathnach

***

JEDNOM

Jednom sam lutao putem,
moja usamljena silueta izgledaše kao suvo drvo u pustinji.
Jednom sam zurio sa strahom u mrak,
nadmoćnost noći priguši moje pozive za pomoć,
oblaci i magla zastreše zvezde i mesec,
hladan vetar strugaše potpunu divljinu.
Jednom sam čuo slavuja u noći,
kako peva pesmu sa oblaka na nebu,
spuštaše se kao cvetajuće jezero puno ljiljana,
njihove čedne bele latice odbijaše senke noći.
Jednom sam te tražio u gustoj magli-
kakva veća radost bi mogla biti
nego sresti te opet u prolećnoj noći?

Prevod: Xu Qin – Germain Droogenbroodt – Stanley Barkan
Sa engleskog prevela S. Piksiades
Translation into Serbian by S. Piksiades

***

ЕДНАШ

Еднаш кога лутав по патот,
мојата осамена силуета – како суво дрво во пустина.
Еднаш кога зјапав со страв во мракот,
моите повици за помош се губеа водени од ноќта,
облаци и магла ги покриваа ѕвездите и месечината,
свежо ветерче ја гребеше апсолутната дивина.
Еднаш кога го слушав славејчето како пее во ноќта,
песни од облаци горе на небото,
слегуваа надолу како расцутено езерце со лијани,
нивните чисто бели ливчиња ги одбиваа сенките на ноќта.
Еднаш те барав тебе во густата магла –
може ли да има поголема среќа
од таа да те сретнам во една пролетна ноќ?

Translation Xu Qin – Germain Droogenbroodt – Stanley Barkan
Translation into Macedonian: Daniela Andonovska-Trajkovska
Превод на англиски Шју Чјин, Жермен Дрогенброт и Стенли Баркан
Превод од англиски на македонски: Даниела Андоновска-Трајковска

***

PERNAH

Pernah aku di jalanan mondar mandir,
bayanganku bagai pohon kering di padang pasir.
Pernah aku menatap dengan ketakutan dalam gelap,
teriakanku meminta bantuan tertelan di malam pekat,
awan dan kabut menyelimut bulan dan bintang,
angin dingin menyerbu gurun yang lengang.
Pernah kudengar burung bulbul bernyanyi di waktu malam,
nyanyian terbang ke langit dibawa awan,
turun kembali menjadi lily merekah di kolam,
kelopak putih bersih mengusir nuansa malam .
Pernah aku mencarimu dalam kabut tebal—
kebahagiaan apa yang lebih berarti
daripada bersua denganmu lagi di malam musim semi?

Translated into Indonesian by Lily Siti Multatuliana

***

SEKALI

Sekali aku berkeliaran di jalan,
bayanganku bersendirian seperti pohon kering di gurun.

Sekali aku termenung dengan ketakutan di kegelapan,
laungan aku meminta bantuan tenggelam di dasar malam,
awan dan kabus melindungi bebintang dan bulan,
bayu sejuk mengikis keteguhan belantara.

Sekali kudengar pungguk menyanyi di malam hari,
lagu-lagu dari awan di langit,
turun seperti teratai kolam yang mekar,
kelopak putih bersihnya menolak bayangan malam.

Sekali kucari kau di ketebelan kabus—
apa kegembiraan yang dapat mengatasi
menemuimu semula pada malam musim bunga?

Malayan translation by Dr. Irwan Abu Bakar

***

UN COP

Vaig caminar un cop vagant pel camí,
la meva silueta solitària com un arbre sec al desert.
Vaig estar un cop mirant amb por a la foscor,
les meves peticions d’auxili mitigant-se en el plom de la nit,
mentre núvols i boira embolicaven les estrelles i la lluna,
un vent gèlid raspava l’inhòspit desert.
Vaig sentir un cop el rossinyol cantar a la nit
cançons dels núvols al cel,
descendint com un estany de lliris en flor,
els seus pètals d’un blanc pur repel·lint les ombres de la nit.
Et vaig buscar un cop a la densa niebla─
Quina felicitat més gran podria haver
que tornar a trobar-te en una nit de primavera?

Traducció al català: Natalia Fernández Díaz-Cabal
Translation into Catalan by Natalia Fernández Díaz-Cabal

 

Recueil: ITHACA 691
Editions: POINT
Site: http://www.point-editions.com/en/

FRIENDS ITHACA
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On a noyé tous les dieux (Sergueï Stratanovski)

Posted by arbrealettres sur 9 juillet 2021




    

On a noyé tous les dieux
et dans notre kolkhoze spirituel
Des jeunes filles bien proprettes
récoltent le lin au milieu des champs
Les rivières débordent de lait
et les poissons volent dans les airs
Glorifiant plaines et montagnes
et la nouvelle harmonie cosmique

***

Потопили богов,
и живем мы в колхозе духовном
Чистотелые девушки
лен убирают в полях
Реки полны молока,
и летают по воздуху рыбы
Славят равнины и горы
и новый космический лад

(Sergueï Stratanovski)

 

Recueil: Les ténèbres diurnes
Traduction:Traduit du russe par Henri Abril
Editions: Circé

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BAL (Birago Diop)

Posted by arbrealettres sur 6 juin 2021



    

Illustration: Mark Ashkenazi

BAL

Une volute bleue, une pensée exquise
Montent l’une sur l’autre en un accord secret
Et l’état rose tendre qu’un globe tamise
Noie un parfum de femme dans un lourd regret.

Le lent lamento langoureux du saxophone
Égrène de troubles et indistincts accords
Et son cri rauque, saccadé ou monotone,
Réveille parfois un désir qu’on croyait mort

Arrête Jazz, tu scandes des sanglots, des larmes
Que les coeurs jaloux veulent garder seuls pour eux.
Arrête ton bruit de ferraille. Ton vacarme
Semble une immense plainte où naît un aveu.

(Birago Diop)

 

Recueil: Anthologie Poésie africaine six poètes d Afrique francophone
Traduction:
Editions: Points

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