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La Vie c’est quoi ? (Aldebert)

Posted by arbrealettres sur 5 juin 2020




    
La Vie c’est quoi ?

C’est quoi la musique? C’est du son qui se parfume
C’est quoi l’émotion? C’est l’âme qui s’allume
C’est quoi un compliment? Un baiser invisible
Et la nostalgie? Du passé comestible
C’est quoi l’insouciance? C’est du temps que l’on sème
C’est quoi le bon temps? C’est ta main dans la mienne
C’est quoi l’enthousiasme? C’est des rêves qui militent
Et la bienveillance? les anges qui s’invitent
Et c’est quoi l’espoir? Du bonheur qui attend
Et un arc-en-ciel? Un monument aux vivants
C’est quoi grandir? C’est fabriquer des premières fois
Et c’est quoi l’enfance? De la tendresse en pyjama

Mais dis, papa
La vie c’est quoi?

Petite, tu vois
La vie, c’est un peu de tout ça, mais surtout c’est toi
C’est toi
C’est quoi le remord? C’est un fantôme qui flâne
Et la routine? Les envies qui se fanent
C’est quoi l’essentiel? C’est de toujours y croire
Et un souvenir? Un dessin sur la mémoire
C’est quoi un sourire? C’est du vent dans les voiles
Et la poésie? Une épuisette à étoiles
C’est quoi l’indifférence? C’est la vie sans les couleurs
Et c’est quoi le racisme? Une infirmité du cœur
C’est quoi l’amitié? C’est une île au trésor
Et l’école buissonnière? Un croche-patte à Pythagore
C’est quoi la sagesse? C’est Tintin au Tibet
Et c’est quoi le bonheur? C’est maintenant ou jamais

Mais dis, papa
La vie c’est quoi?

Petite, tu vois
La vie, c’est un peu de tout ça, mais surtout c’est toi
C’est toi
Dans tes histoires, dans tes délires, dans la fanfare de tes fous rires
La vie est là, la vie est là
Dans notre armoire à souvenirs, dans l’espoir de te voir vieillir
La vie est là, la vie est là

(Aldebert)

 

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Que m’est odieuse la lumière des monotones étoiles (Ossip Mandelstam)

Posted by arbrealettres sur 10 mars 2020



Que m’est odieuse la lumière
Des monotones étoiles !
Salut, mon ancien délire,
Du clocher l’essor ogival !

O change-toi, pierre, en dentelle,
Et deviens toile d’araignée !
Que le torse vide du ciel
S’ouvre à ton aiguille aiguisée !

Mon tour aussi viendra de m’élancer.
Je sens déjà l’essor d’une aile.
Mais vers quel but, de la vive pensée,
La flèche s’envolera-t-elle ?

Ou bien je serai de retour,
Ayant mon temps et ma route épuisé.
Ici je redoute l’amour,
Là-bas je n’ai pas pu aimer…

(Ossip Mandelstam)


Illustration: Vincent Van Gogh

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ODEUR D’ANÉMONES (Philippe Soupault)

Posted by arbrealettres sur 19 février 2020



    

ODEUR D’ANÉMONES

Noctambules
voyageurs des rues
oiseaux de passage et de nuit
je vous menace
de l’insomnie
du délire
de la bastonnade

Je vous délivre
à l’heure des anémones
à l’aube indifférente
couleur du désespoir
et de la lucidité
Le sommeil vous ronge
l’ennui vous dévore
à quoi songez-vous donc
au temps à la gloire
à l’amour ou à la mort

(Philippe Soupault)

 

Recueil: Poèmes et poésies
Traduction:
Editions: Grasset

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Roi de rien (Bernard Dimey)

Posted by arbrealettres sur 23 décembre 2019



Zephyr-Flore-r1

 

Je ne suis roi de rien, je règne sur le vent,
Sur des chemins perdus, sur des sables mouvants,
Sur d’anciens châteaux-forts et sur des cathédrales
englouties.

Je suis roi d’un soleil qui se meurt comme il peut,
J’ai l’air d’un vieux volcan refroidi peu à peu,
Je crois que ma parade à grands coups de cymbales
est finie.

Je ne suis roi de rien, ma couronne est en bois,
C’est scandaleux bien-sûr, c’est de mauvais aloi,
Je ne suis rien roi de rien mais je suis roi quand même
car je t’aime.

Alors le monde entier peut s’écrouler d’un coup,
J’ai le droit d’être pauvre et le droit d’être fou.
Je suis esclave et roi, je n’ai pas de problèmes
si tu m’aimes.

Je ne suis roi de rien que de mon avenir,
Qui n’est déjà plus rien qu’un désastre à venir,
Et l’intérieur de moi n’est plus qu’un paysage
en délire,

Je ne suis roi de rien, je suis comme un enfant
Qui reconstruit le monde en écoutant le vent.
Il ne me reste plus, je crois, que le courage
de te dire
que je t’aime

Je ne suis roi de rien mais je suis roi quand même
si tu m’aimes
encore un peu …

(Bernard Dimey)

 

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La Vie Par Procuration (Jean-Jacques Goldman)

Posted by arbrealettres sur 3 novembre 2019




La Vie Par Procuration

Elle met du vieux pain sur son balcon
Pour attirer les moineaux, les pigeons
Elle vit sa vie par procuration
Devant son poste de télévision

Levée sans réveil
Avec le soleil
Sans bruit, sans angoisse
La journée se passe
Repasser, poussière
Y’a toujours à faire
Repas solitaires
En points de repère

La maison si nette
Qu’elle en est suspecte
Comme tous ces endroits
Où l’on ne vit pas
Les êtres ont cédé
Perdu la bagarre
Les choses ont gagné
C’est leur territoire

Le temps qui nous casse
Ne la change pas
Les vivants se fanent
Mais les ombres, pas
Tout va, tout fonctionne
Sans but, sans pourquoi
D’hiver en automne
Ni fièvre, ni froid

Elle met du vieux pain sur son balcon
Pour attirer les moineaux, les pigeons
Elle vit sa vie par procuration
Devant son poste de télévision
Elle apprend dans la presse à scandale
La vie des autres qui s’étale

Mais finalement, de moins pire en banal
Elle finira par trouver ça normal
Elle met du vieux pain sur son balcon
Pour attirer les moineaux, les pigeons

Des crèmes et des bains
Qui font la peau douce
Mais ça fait bien loin
Que personne ne la touche
Des mois, des années
Sans personne à aimer
Et jour après jour
L’oubli de l’amour

Ses rêves et désirs
Si sages et possibles
Sans cri, sans délire
Sans inadmissible
Sur dix ou vingt pages
De photos banales
Bilan sans mystère
D’années sans lumière

Elle met du vieux pain sur son balcon…

(Jean-Jacques Goldman)

 

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Aux Feuillantines (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 18 octobre 2019




Aux Feuillantines

Mes deux frères et moi, nous étions tout enfants.
Notre mère disait: jouez, mais je défends
Qu’on marche dans les fleurs et qu’on monte aux échelles.

Abel était l’aîné, j’étais le plus petit.
Nous mangions notre pain de si bon appétit,
Que les femmes riaient quand nous passions près d’elles.

Nous montions pour jouer au grenier du couvent.
Et là, tout en jouant, nous regardions souvent
Sur le haut d’une armoire un livre inaccessible.

Nous grimpâmes un jour jusqu’à ce livre noir ;
Je ne sais pas comment nous fimes pour l’avoir,
Mais je me souviens bien que c’était une Bible.

Ce vieux livre sentait une odeur d’encensoir.
Nous allâmes ravis dans un coin nous asseoir.
Des estampes partout ! quel bonheur ! quel délire!

Nous l’ouvrîmes alors tout grand sur nos genoux,
Et dès le premier mot il nous parut si doux
Qu’oubliant de jouer, nous nous mîmes à lire.

Nous lûmes tous les trois ainsi, tout le matin,
Joseph, Ruth et Booz, le bon Samaritain,
Et, toujours plus charmés, le soir nous le relûmes.

Tels des enfants, s’ils ont pris un oiseau des cieux,
S’appellent en riant et s’étonnent, joyeux,
De sentir dans leur main la douceur de ses plumes.

(Victor Hugo)

Illustration: Gustave Doré

 

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LE TEMPS QUI BRÛLE (René Depestre)

Posted by arbrealettres sur 9 octobre 2019




    
LE TEMPS QUI BRÛLE
à Nelly.

Lente, gloire lente, femme lente,
Lente, tu es lente,
A l’heure somptueuse du corps.
Tu es le temps qui console
Tu es le sablier de la douceur
Ton corps mesure en moi la force des marées
Ton corps indique le temps infini
Encore un instant de bonheur !
Encore l’oubli, encore une victoire glorieuse sur la mort !
Encore toi, encore ta haute vague !
Encore ta jeunesse qui brûle !
Encore ta gloire, encore ton délire !
Lente, gloire lente, femme lente,
Tes cheveux, tes cuisses, tes os,
Ton enfance, tes poupées, ta joie
Pénètrent jusque dans mes os.
Lente, gloire lente, femme lente
Tes caresses me suivront jusque dans la poussière !

(René Depestre)

 

Recueil: Journal d’un animal marin
Traduction:
Editions:

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Délivre-moi (Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 7 octobre 2019




Délivre-moi
De ce délire
Dont jamais
Je ne me délivre.

(Guillevic)

Illustration: Edvard Munch

 

 

 

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La nuit tambourine à la porte (Francis Valette)

Posted by arbrealettres sur 19 juin 2019



Illustration: John Henry Fuseli
    
La nuit tambourine à la porte
Nos échecs
Veulent une place dans le lit

La nuit se repaît
Nos peurs
Prennent toute la couette

La nuit gronde
Nos secrets
Mettent la tête sous l’oreiller

Se croyant à l’abri
Des délires et des suées

Du sérum de vérité
D’une nuit agitée

(Francis Valette)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Recueil: 125-126
Traduction:
Editions: Arpa EXILS

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VERS (George Bacovia)

Posted by arbrealettres sur 1 avril 2019



VERS

Je voudrais sur ma lyre,
Te jeter triste, un chant
Dans la nuit où chavire
Ma vie, amèrement.

Est-ce vrai ? Fais-je erreur ?…
Tout est donc en ruine ?
Murmures cajoleurs,
Souffrance qui me mine —

S’il furent une fois —
Et rêves en délire,
Je te les jette, vois…
— C’est le chant de ma lyre.

(George Bacovia)

Illustration: Alexandre Seon

 

 

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