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Posts Tagged ‘tremblant’

Le silence était vert (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 26 février 2020



Xing Jianjian 1236 [800x600]

Le silence était vert, la lumière mouillée,
tremblant le mois de juin était un papillon,
quand, par-delà la mer et les pierres, Mathilde,
tu traversas midi, dans le domaine austral.
Tu cheminais, chargée de fleurs ferrugineuses,
algues au vent du sud tourmentées, oubliées,
et, crevassées par le sel dévorant, tes mains,
blanches encore, soulevaient les épis de sable.
Que j’aime tes dons purs, ta peau de pierre intacte,
et tes ongles, offrande du soleil de tes doigts,
et ta bouche débordant de toute la joie ;
cependant, pour ma maison proche de l’abîme,
donne-moi l’univers tourmenté du silence,
pavillon de la mer oublié sur le sable.

***

Era verde el silencio, mojada era la luz,
temblaba el mes de junio como una mariposa
ven el austral dominio, desde el mar y las piedras,
Matilde, atravesaste el mediodía.
Ibas cargada de flores ferruginosas,
algas que el viento sur atormenta y olvida,
aún blancas, agrietadas por la sal devorante,
tus manos levantaban las espigas de arena.
Amo tus dones puros, tu piel de piedra intacta,
tus uñas ofrecidas en el sol de tus dedos,
tu boca derramada por toda la alegría,
pero, para mi casa vecina del abismo,
dame el atormentado sistema del silencio,
el pabellón del mar olvidado en la arena.

(Pablo Neruda)

Illustration: Xing Jianjian 

 

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Dors, ô blanche victime, en notre âme profonde (Leconte de Lisle)

Posted by arbrealettres sur 15 janvier 2020



Josélito Donas  13 - 6

Dors, ô blanche victime, en notre âme profonde,
Dans ton linceul de vierge et ceinte de lotos;
Dors! l’impure laideur est la reine du monde,
Et nous avons perdu le chemin de Paros.

Les Dieux sont en poussière et la terre est muette:
Rien ne parlera plus dans ton ciel déserté.
Dors ! mais,vivante en lui, chante au coeur du poète.
L’hymne mélodieux de la sainte Beauté!

Elle seule survit, immuable, éternelle.
La mort peut disperser les univers tremblants,
Mais la Beauté flamboie, et tout renais en elle,
Et les mondes encor roulent sous ses pieds blancs!

(Leconte de Lisle)

Illustration: Josélito Donas

 

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Tremblant trouvère (Robert Momeux)

Posted by arbrealettres sur 23 décembre 2019



Tremblant trouvère

Je pense à tes yeux qui trouent les nuages
Je pense à ton visage
N’oublie pas petite
Que les nuits et les jours sont mariés à jamais

Je pense à la marraine du vent
Qui a jeté sa coiffe au fond des mares noires
Je pense à tes yeux
Je pense à ton corps à sa soif d’orage à sa soif d’eau pure
Crois-moi petite les jours et les nuits
Ont même visage aux cendres de l’amour

N’oublie pas
N’oublie pas petite que l’amour est un fruit
Pour tant de mains tremblant dans le feuillage du soir
Je pense à tes seins qu’un sanglot gonfle encore
Je pense à tes yeux qui se ferment lentement

Crois-moi petite
Et n’oublie pas que l’amour vient vite
Et n’oublie pas ces nuits qui ne sont pas venues
Et n’oublie pas ces joies passées on ne sait où
Et n’oublie pas que l’amour s’en va vite

(Robert Momeux)

Illustration: Francine Van Hove

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ANGOISSE (Kadia Molodowski)

Posted by arbrealettres sur 20 décembre 2019



Illustration: Mako Moya
    
ANGOISSE

Ma plume tremblante
Et ma main de glace,
Un bout de papier,
Bougie clignotante,
Ombre qui nuage
Par-dessus ma main,
Et c’est un cercle et ce cercle prend fin.
Mais dans cet abîme
Où je suis assise
Passe en frémissant
Ainsi qu’un éclair
Ce visage en moi toujours qui me point.
Et l’angoisse
Flotte sur moi comme une écharpe,
Recouvre ma tête,
Le bout de papier,
Le vin de la vie
Et la lueur de la bougie
Et le malheur de la clarté.
Dans l’ombre ma table
Qui vient et qui va
Saoule se balance
Par-ci et par-là,
Chaque planche à part
Fendue et taillée,
Assurément c’est pour rire
Que je suis assise à présent
Croyant que j’écris
Et croyant que c’est un chant.

(Kadia Molodowski)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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PLAINTE DE LA JEUNE FILLE ABANDONNÉE (Marie-Jeanne Durry)

Posted by arbrealettres sur 10 août 2019



PLAINTE DE LA JEUNE FILLE ABANDONNÉE

Je ne sais plus si je suis moi
Ni pour combien de jours,
Un fin et tremblant souvenir
Est déjà ma place au soleil.

Plus fidèle à toi que toi-même
Je te raconte aux ombres.

(Marie-Jeanne Durry)

Illustration

 

 

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Je le sais bien (Marie-Jeanne Durry)

Posted by arbrealettres sur 10 août 2019



Je le sais bien, que tu déposes
O jour, en moi cet air, cette eau,
Ce vol, ce chant, cette corolle
Qui se closent et se reposent
Et qui vont s’endormir en moi.
Mais vienne un jour, un autre jour,
Du fond de ces jours qui me restent,
Du fond de l’effort et des veilles,
De cette hâte sans répit,
De cette impatiente angoisse,
Pourquoi jaillis et d’où germés
Le vol et le chant ressuscitent.

Je suis venue au monde avec des cheveux blancs,
La souffrance, je la savais avant de naître
Et j’ai séché vos pleurs avec des doigts tremblants.
Je sais qu’ils vont s’ouvrir les liens que je me tresse !
La mort enfin sera peut-être la jeunesse ?

A moitié je surgis du tronc, la prisonnière
Dont les bras libres sont tendus vers les nuages.

Un pays sans oiseaux légers, plein d’ailes lourdes
Et noires, de corbeaux par troupes et criantes
Dans l’air et sur la terre immobile des champs
Où pesamment ils avancent, comme des poules.

Larges les feuilles, sous l’étale
Fraîcheur de l’air, et sous les ailes
Sans un battement, qui se mêlent
Au soir immobile, pétales.

(Marie-Jeanne Durry)

Illustration: Ricardo Fernandez Ortega 

 

 

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NÉVROSE (George Bacovia)

Posted by arbrealettres sur 1 avril 2019



NÉVROSE

La neige tombe, s’écroule dehors,
Au piano j’écoute ma très chère,
Ét tout le bourg repose, sombre, mort,
Comme s’il neigeait en un cimetière.

L’aimée égrène une marche funèbre…
Surpris, perplexe, je la considère :
Pourquoi jouer une marche funèbre ?…
Et il neige comme en un cimetière.

Sur les touches, tout le visage en pleurs,
Elle gémit comme en une prière…
Sur un faux accord le piano meurt
Et il neige comme en un cimetière.

Et je pleure à mon tour et tout tremblant
J’effleure ses nattes longues, légères…
Dehors le bourg repose, désolant,
Et il neige comme en un cimetière.

(George Bacovia)

Illustration: Pierre-Auguste Renoir

 

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Il n’existe qu’un chemin (Ossip Mandelstam)

Posted by arbrealettres sur 14 mars 2019




    
Il n’existe qu’un chemin :
Celui de ta main légère ;
Comment trouver autrement
Le pays qui m’est si cher ?

Pour que je vogue sans heurt
Vers mon rivage là-bas,
porte ta main vers mes lèvres
Et ne la retire pas.

Les doigts minces sont tremblants
Et le corps frêle s’anime —
Mon esquif glisse au-dessus
Des eaux, de leur calme abîme.

***

(Ossip Mandelstam)

 

 

Recueil: Les poésies d’amour
Traduction: Henri Abril
Editions: Circé

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EN GUISE DE FETE (Anne Hébert)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2018



chandelels wi

EN GUISE DE FETE

Le soleil luit
Le soleil luit
Le monde est complet
Et rond le jardin.

J’ai allumé
Deux chandelles
Deux feux de cire
Comme deux fleurs jaunes.

Le jour pourrit
Les feux de nuit,
Deux fleurs fanées,
Aux blanches tiges d’église ;

Le monde est en ordre
Les morts dessous
Les vivants dessus.

Les morts me visitent
Le monde est en ordre
Les morts dessous
Les vivants dessus.

Les morts m’ennuient
Les vivants me tuent.

J’ai allumé
Deux fleurs tremblantes,
J’ai pris mes yeux
Dans mes mains
Comme des pierres d’eau

Et j’ai dansé
Les gestes des fous
Autour de mes larmes
En guise de fête.

(Anne Hébert)

Illustration

 

 

 

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Toi qui as peur (Jean Pérol)

Posted by arbrealettres sur 3 novembre 2018



Illustration: Annie Predal
    
Toi qui as peur

Ma faible ma si faible
toi qui as peur de ta faiblesse
ma vigne folle au vent tremblant
c’est moi la treille sous tes mains

mon lierre noir toi qui t’écroules
je suis le mur dessous ta peau
mon eau sans forme qui s’enfuit
c’est moi le verre et ton barrage

ne tremble plus je suis l’appui
nuit après jour de tes naufrages
la couverture où l’on t’enroule
ma frissonnante ton radeau

ma naufragée je suis la mer
je te conduis je t’engloutis
je suis la paix sous tes paupières
où tous nos pas ont abouti.

(Jean Pérol)

 

Recueil: Poésie I (1953-1978)
Traduction:
Editions: De la Différence

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