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Posts Tagged ‘fidèle’

CHANSON DE ROUTE (Joë Bousquet)

Posted by arbrealettres sur 4 mai 2019



CHANSON DE ROUTE

Il fait beau sur les chemins
Et les filles ont des ailes
Pour sauver jusqu’à demain
Ce qu’on ose attendre d’elles

Prenant lundi pour mardi
Comme un oiseau les éveille
La plus gentille s’est dit
Qu’il lui tardait d’être vieille

Nul amour n’aura chanté
Sans mourir de son murmure
Qu’on n’est plus d’avoir été
Le frisson de ce qui dure

Tout ce qu’on laisse en chemin
Se souvient avec ses ailes
Qu’à l’amour sans lendemain
Le cours de l’onde est fidèle

(Joë Bousquet)

Illustration: Arnold Böcklin

 

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ÉPITHÈTES (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 12 avril 2019




    
ÉPITHÈTES

Une source — corrompue
Un secret — divulgué
Une absence — pesante
Une éternité — passagère
Des ténèbres — fidèles
Des tonnerres — captifs
Des flammes — immobiles
La neige — en cendre
La bouche fermée
Les dents serrées
La parole niée
muette
bourdonnante
glorieuse
engloutie.

(Jean Tardieu)

 

Recueil: L’accent grave et l’accent aigu
Traduction:
Editions: Gallimard

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LA MALÉDICTION (Jean Sénac)

Posted by arbrealettres sur 30 mars 2019



Illustration: Helene Fuhs
    
LA MALÉDICTION

Je vous aime je vous aime
je n’en finis plus de croiser vos sosies
je fais un nid avec mes peines
un herbier avec mes soucis

Dans l’attente l’amour est modèle réduit
petit moteur qui fait du bruit
mais inapte au voyage
je n’en finis plus d’aimer vos sosies

Votre nom rue dans mes vertèbres
je me retourne je dis oui
je me résigne aux joies funèbres
je n’en finis plus d’inventer vos sosies

De l’un à l’autre je suis fidèle
amour je relève le défi
Dieu nous a mis du plomb dans l’aile
sous la nuit morte l’eau sourit.

(Jean Sénac)

 

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Crépuscule au bord des fenêtres (Richard Rognet)

Posted by arbrealettres sur 24 mars 2019




    
Crépuscule au bord
des fenêtres, fleurs
fidèles, corolles
chaleureuses, puis la nuit

avec ses légendes, ses
miroirs sous l’obscurité,
la nuit refermée sur
les gestes humains,

la nuit paisible — et
la gourmandise du silence
lorsqu’un chat, avec
sa tiédeur, se glisse
contre toi pour
réparer le monde.

(Richard Rognet)

 

Recueil: Un peu d’ombre sera la réponse
Traduction:
Editions: Gallimard

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Le chemin du jardin (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 23 mars 2019



Le chemin du jardin maritime s’assombrit,
La lumière jaune des réverbères fraîchit.
Je suis très calme. Seulement il ne faut pas
Me parler de lui.
Tu es gentil, fidèle, et nous serons amis…
Se promener, s’embrasser, vieillir…
Au-dessus de nous, les mois légers
Voleront comme étoiles de neige.

(Anna Akhmatova)

Illustration: Emil Nolde

 

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Nous ne boirons pas (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 22 mars 2019



Nous ne boirons pas dans le même verre
Ni de l’eau, non, ni du vin doux,
Pas de baisers au petit matin,
Pas de soirées à la fenêtre.
Tu respires par le soleil, je respire par la lune
Mais nous vivons d’un seul amour.

À mes côtés, mon tendre ami fidèle,
Avec toi ta compagne joyeuse.
Comme je comprends l’effroi de ces yeux gris,
C’est toi, la raison de mon mal.
Ne multiplions pas nos brèves rencontres.
Ainsi garderons-nous notre tranquillité.

Juste ta voix qui chante dans mes vers,
Et dans les tiens passe mon souffle.
Oh, ce brasier, ni l’oubli ni la peur
N’osent l’effleurer,
Si tu savais comme je les aime
Tes lèvres sèches, tes lèvres roses !

(Anna Akhmatova)

 

 

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Les faiblesses me soutiennent (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 14 mars 2019




    
Les faiblesses me soutiennent.
Les miennes,
et celles qui errent comme des oiseaux fracturés
par les jours comptés
d’un monde qui ne sait pas compter.

Les omissions de mon écriture délient mon écriture
et l’emportent vers un support
plus fidèle que celui que j’utilise.

La fragilité d’une pensée
fait voler ma pensée
et la transporte vers un autre vol
où penser possède tes ailes.

Seules les branches déjà brisées
recueillent tout l’amour perdu
et collent avec lui leurs morceaux
et repeuplent l’arbre.

***

Las debilidades me sostienen.
Las mías,
y las que vagan como pájaros fracturados
por los días contados
de un mundo que no sabe contar.

Las omisiones de mi escritura desatan mi escritura
y la llevan hacia otro soporte
mas fiel que éste que empleo.

La fragilidad de pensar algo
me hace volar el pensamiento
y lo transporta a otro vuelo
donde pensar tiene tus alas.

Sólo las ramas ya quebradas
recogen todo el amor perdido
y con él pegan sus pedazos
y repueblan el árbol.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Quatorzième poésie verticale
Traduction: Sivia Baron Supervielle
Editions: José Corti

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Les éolides (Leconte de Lisle)

Posted by arbrealettres sur 30 janvier 2019



William Holman Hunt _-_Amaryllis [800x600]

Les éolides

O brises flottantes des cieux,
Du beau Printemps douces haleines,
Qui de baisers capricieux
Caressez les monts et les plaines !

Vierges, filles d’Eole, amantes de la paix,
La Nature éternelle à vos chansons s’éveille ;
Et la Dryade assise aux feuillages épais
Verse aux mousses les pleurs de l’Aurore vermeille.

Effleurant le cristal des eaux
Comme un vif essaim d’hirondelles,
De l’Eurotas aux verts roseaux
Revenez-vous, Vierges fidèles ?

Quand les cygnes sacrés y nageaient beaux et blancs,
Et qu’un Dieu palpitait sur les fleurs de la rive,
Vous gonfliez d’amour la neige de ses flancs
Sous le regard charmé de l’Epouse pensive.

L’air où murmure votre essor
S’emplit d’arome et d’harmonie :
Revenez-vous de l’Ionie,
Ou du vert Hymette au miel d’or ?

Eolides, salut ! O fraîches messagères,
C’est bien vous qui chantiez sur le berceau des Dieux ;
Et le clair Ilissos d’un flot mélodieux
A baigné le duvet de vos ailes légères.

Quand Theugénis au col de lait
Dansait le soir auprès de l’onde,
Vous avez sur sa tête blonde
Semé les roses de Milet.

Nymphes aux pieds ailés, loin du fleuve d’Homère,
Plus tard prenant la route où l’Alphée aux flots bleus
Suit Aréthuse au sein de l’étendue amère,
Dans l’Ile nourricière aux épis onduleux,

Sous le platane où l’on s’abrite
Des flèches vermeilles du jour,
Vous avez soupiré d’amour
Sur les lèvres de Théocrite.

Zéphyros, Iapyx, Euros au vol si frais,
Rires des Immortels dont s’embellit la Terre,
C’est vous qui fîtes don au pasteur solitaire
Des loisirs souhaités à l’ombre des forêts.

Au temps où l’abeille murmure
Et vole à la coupe des lys,
Le Mantouan, sous la ramure,
Vous a parlé d’Amaryllis.

Vous avez écouté, dans les feuilles blotties,
Les beaux adolescents de myrtes couronnés,
Enchaînant avec art les molles reparties,
Ouvrir en rougissant les combats alternés,

Tandis que drapés dans la toge,
Debout à l’ombre du hallier,
Les vieillards décernaient l’éloge,
La coupe ornée ou le bélier.

Vous agitiez le saule où sourit Galatée,
Et, des Nymphes baisant les yeux chargés de pleurs,
Vous berçâtes Daphnis, en leur grotte écartée,
Sur le linceul agreste, étincelant de fleurs.

Quand les vierges au corps d’albâtre,
Qu’aimaient les Dieux et les humains,
Portaient des colombes aux mains,
Et d’amour sentaient leurs coeurs battre,

Vous leur chantiez tout bas en un songe charmant
Les hymnes de Vénus, la volupté divine,
Et tendiez leur oreille aux plaintes de l’amant
Qui pleure au seuil nocturne et que le coeur devine.

Oh ! combien vous avez baisé
De bras, d’épaules adorées,
Au bord des fontaines sacrées,
Sur la colline au flanc boisé !

Dans les vallons d’Hellas, dans les champs Italiques,
Dans les Iles d’azur que baigne un flot vermeil,
Ouvrez-vous toujours l’aile, Eolides antiques ?
Souriez-vous toujours au pays du Soleil ?

O vous que le thym et l’égile
Ont parfumés, secrets liens
Des douces flûtes de Virgile
Et des roseaux Siciliens,

Vous qui flottiez jadis aux lèvres du génie,
Brises des mois divins, visitez-nous encor !
Versez-nous en passant, avec vos urnes d’or,
Le repos et l’amour, la grâce et l’harmonie !

(Leconte de Lisle)

Illustration: William Holman Hunt

 

 

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Il fut le premier à voler (Hilda Doolittle)

Posted by arbrealettres sur 2 janvier 2019



La floraison du bâton

[11]
Il fut le premier à voler
(le héraut céleste)

mais non content d’abandonner
le troupeau éparpillé,

Il va et revient à jamais
entre les pôles du ciel et de la terre,

Il fut le premier à prendre vol
depuis cet Arbre si triste,

mais s’étant envolé, l’Arbre de Vie
porte des roses sur l’épine

et un vin odorant,
sur le bois stérile ;

Il fut le premier à dire,
pas aux quelques élus,

ses amis fidèles,
les sages et les bons,

mais à un paria et à un vagabond,
aujourd’hui tu seras avec moi en Paradis.

***

He was the first that flew
(the heavenly pointer)

but not content to leave
the scattered flock,

He journeys back and forth
between the poles of heaven and earth forever;

He was the first to wing
from that sad Tree,

but having flown, the Tree of Life
bears rose from thorn

and fragrant vine,
from barren wood;

He was the first to say,
not to the chosen few,

his faithful friends,
the wise and good,

but to an outcast and a vagabond,
to-day shalt thou be with me in Paradise.

(Hilda Doolittle)

 

 

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Fidèle (Charles Trenet)

Posted by arbrealettres sur 1 janvier 2019



Christian Schloe 4 [1280x768]

Fidèle

1. Fidèle, fidèle je suis resté fidèle
A des choses sans importance pour vous
Un soir d´été, le vol d´une hirondelle
Un sourire d´enfant, en rendez-vous
Fidèle, fidèle je suis resté fidèle
A des riens qui pour moi font un tout
Un vieux toutou, une boite d´aquarelle
Le port de La Nouvelle au mois d´août.

2. Fidèle, fidèle je suis resté fidèle
A des lieux et des amis très doux :
Un drôle d´Albert et sa sœur en dentelles
Un castillet tout neuf, un Canigou.
Une rue de Béziers, une tante Emilie
Une maman partant pour Budapest
Ma vieille maison avec sa tonnellerie
Et près de la gendarmerie, les express.

3. Fidèle, fidèle je suis resté fidèle
Au souvenir d´un soir à Montauban
Candides ardeurs, nos cœurs je me rappelle
S´étaient donnés si jeunes sur un vieux banc
J´étais parti dans la nuit des vacances
Plus léger qu´un elfe au petit jour
Mais à présent à présent quand j´y pense
Je pleure toujours mon premier amour.

4. Fidèle, fidèle pourquoi rester fidèle
Quand tout change et s´en va sans regrets
Quand on est seul debout sur la passerelle
Devant tel ou tel monde qui disparaît
Quand on regarde tous les bateaux qui sombrent
Emportant les choses qu´on espérait
Quand on sait bien que l´on n´est plus qu´une ombre
Fidèle à d´autres ombres à jamais.

(Charles Trenet)

Illustration: Christian Schloe

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