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Poésie

Posts Tagged ‘combler’

Tu n’as pas d’amour (Jorge Luis Borges)

Posted by arbrealettres sur 7 décembre 2017




Illustration: ArbreaPhotos
    
Tu n’as pas d’amour,
mais ta beauté
comble le temps de son miracle.
Le bonheur est en toi
ainsi que le printemps dans la feuille nouvelle.
Je ne suis presque rien,
ce désir seulement
qui se perd dans le soir.
Le délice est en toi
comme la cruauté dans les épées.

(Jorge Luis Borges)

 

Recueil: L’or des tigres
Traduction: Ibarra
Editions: Gallimard

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Lune printanière… (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 15 novembre 2017



Illustration: Shawna Erback
    
Lune printanière…

Lune printanière et telle une déesse
Qui pose sur les joncs l’éclats de tes pieds blancs
Et sème la moelleuse et flottante caresse
De tes cheveux au ras des moires de l’étang.

Lune, tu fais chanter sous l’oseille sauvage
Que frôle ton orteil d’ivoire, les crapauds,
Et pleuvoir la rosée au bleuissant treillage
Des saules prosternés et des tièdes sureaux.

Zébrant de tes lueurs l’ombre chèvrefeuillée,
En ton mauve péplos tu t’assieds sous les troncs
Et parmi l’herbe humide et les sauges mouillées,
Tu penches ton visage et tu baignes ton front.

Lune, voici mon coeur, brin séché de fougère,
Perdu dans l’épaisseur des bois enténébrés,
Lune, voici mon coeur, sombre rameau de lierre
Au pan de ce mur noir durement enserré.

Eclaire-le, ce coeur, mendiant misérable
Et qu’à l’immense fête on n’a point convié,
Triste quand sont joyeux l’églantier et l’érable,
Mon coeur humain qui pense au lieu de verdoyer.

Que ton rayonnement l’apaise et le pénètre,
Ce coeur comblé de nuit, d’un dieu déshérité,
Lune, verse sur lui comme aux branches des hêtres,
Ton calme enchantement et ta sérénité.

(Marie Dauguet)

 

 

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Chanson de la cage ouverte (Georges-Emmanuel Clancier)

Posted by arbrealettres sur 10 novembre 2017


reve

 

Des fleurs et de nuits je voudrais
De silence et d’écume de rosée et de ciel
Je voudrais ma soeur étrangère
Mon absente mon éloignée ma douce
Obstinée, ma chaude chaste corolle
Mon cristal noir mon écho prisonnier,
De sources, de monts purs et de chants je voudrais
Ma flamme lisse, mon rêve printanier
Te parer.

De regards oubliés, de mots égarés
J’aimerais, de mains végétales
De bouches plus fraîches plus glissantes
Que la rivière luisante du sommeil,
De soleil neuf et hardi,
de sourires d’enfance, de liberté,
ma passagère, ma grâce, mon instant
De prairie éternelle, j’aimerais
Te recréer.

D’épaisses vertes forêts futures, je rêve,
De terres ignorées que recèlent tes yeux
D’étoiles à trouver au ciel de notre sang
De routes vierges promises aux signes de nos mains
De savanes joyeuses, je rêve, et de rives
Et de violentes cités, je rêve ma voyageuse
Mon appel, mon apeurée, mon incertaine,
De mille horizons à venir je rêve
De te combler

(Georges-Emmanuel Clancier)

 

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Quand le silence devient-il effectif, charnellement présent? (Michel Camus)

Posted by arbrealettres sur 7 novembre 2017



Quand le silence devient-il effectif,
charnellement présent?

Dans l’érotisme, l’oeuvre d’art et la mort:

confondus d’un seul tenant
dans leur propre silence.

Seul le silence de l’amour peut combler
de lumière
les bouches d’ombre de nos pensées.

Le silence fermé sur soit du monde minéral
ne s’ouvre qu’aux racines
de l’arbre de vie du vide.

(Michel Camus)


Illustration: Patrick Swirc

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Un lourd objet (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 31 octobre 2017



Illustration: Max Szoc Leuven
    
Un lourd objet de bronze creux
en forme de masque aux yeux clos
s’élève lentement et seul
très haut dans le désert sonore.

Jusqu’à cet astre vert, à cette Face
qui se tait depuis dix mille ans,
sans effort je m’envole,
sans crainte je m’approche.
Je frappe de mon doigt replié
sur le front dur sur les paupières bombées,
le son m’épouvante et me comble :
loin dans la nuit limpide
mon âme éternelle retentit.

Rayonne, obscurité, sourire, solitude!
Je n’irai pas violer le secret
je reste du côté du Visage
puisque je parle et lui ressemble.
Cependant tout autour la splendeur c’est le vide,
brillants cristaux nocturnes de l’été.

(Jean Tardieu)

 

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Le beau (Roger Munier)

Posted by arbrealettres sur 20 octobre 2017



Le beau ne comble pas le Désir.
Il l’arrête,
le suspend,
un instant l’abolit.

(Roger Munier)


Illustration: Josette Mercier

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Si j’ai cherché – ai-je rien fait d’autre ? – (Guy Goffette)

Posted by arbrealettres sur 19 septembre 2017



Si j’ai cherché – ai-je rien fait d’autre ? –
ce fut comme on descend une rue en pente
ou parce que tout à coup les oiseaux
ne chantaient plus. Ce trou dans l’air,

entre les arbres, mon souffle ni mes yeux
ne l’ont comblé – et je criai souvent
au milieu des herbes, mais je n’attendais
rien, je me disais : voilà,

je suis au monde, le ciel est bleu, nuages
les nuages et qu’importe le cri sourd des pommes
sur la terre dure : la beauté c’est que tout
va disparaître et que, le sachant,

tout n’en continue pas moins de flâner.

(Guy Goffette)

Poème découvert ici

 

 

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HELAS QUE ME FAUT-IL FAIRE (Girard de Beaulieu)

Posted by arbrealettres sur 18 septembre 2017




    
HELAS QUE ME FAUT-IL FAIRE

Hélas que me faut-il faire
Pour adoucir la rigueur.
D’un tyran d’un adversaire,
Qui tient fort dedans mon cœur ?

Il me brûle, il me saccage,
Il me perce en mille parts,
Et puis me donne au pillage
De mille inhumains soldats.

L’un se loge en ma poitrine,
L’autre me suce le sang,
Et l’autre qui se mutine,
De traits me pique le flanc.

L’un a ma raison troublée,
L’autre a volé mes esprits,
Et tout mon âme comblée,
De feux, d’horreur et de cris.

En vains je répands des larmes,
Pour les pensers émouvoir,
Et n’y puis venir par armes :
Car ils ont trop de pouvoir.

Mais ce qui me réconforte
En ce douloureux émoi,
C’est que le mal que je porte
Lui est commun comme à moi.

***

Alas what must I do
To soften the severity
Of a tyrant, an adversary
Who stands powerfully in my heart?

He burns me, he pillages me,
He pierces me in a thousand parts
And then gives me over to the plundering
Of a thousand outrageous soldiers.

One lodges in my breast,
Another sucks my blood,
Yet another revolts and
Pricks my side with arrows.

One has clouded my reason,
Another has stolen my mind
And flled my whole soul
With fres, horror and cries.

In vain do I shed tears
Thinking to move them,
And I am unable to succeed by arms
For they are too powerful.

But what comforts me
In this painful emotion,
Is that the ill I bear
Is common to him as to me.

***

Ach! Was muss ich tun,
Zu mildern diese Strenge
Eines Tyrannen und auch Gegners,
Der tief in meinem Herzen sitzt?

Er brennet mich, er verheeret mich,
Er durchbohret mich an tausend Stellen
Und liefert mich dem Plündern
Von tausend Kriegern ohne Herz.

Der eine nistet in meinem Busen,
Der andre sauget mir das Blut,
Und noch ein andrer meutert,
Und mit seinen Pfeilen durchbohret mir die Seit‘.

Der eine hat mein‘ Sinn verwirret,
Der andre mir den Verstand gestohlen,
Und das Gemüt mir gefüllet
Mit Feuer, Horror und auch Schrei‘n.

Vergebens vergieße ich die Zähren,
Um zu erweichen sie damit.
Und kann‘s doch mit den Waffen nit‘,
Denn ihre Macht ist allzu groß.

Aber was mich tröstet
In der Trauer,
Ist, dass das Elend, das ich trage,
Ihm auch wie mir gemeinsam ist.

(Girard de Beaulieu)

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Le muscle de l’espoir (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 9 septembre 2017



Le muscle de l’espoir

J’ai traversé des seuils rencontré le partage
J’imaginais des sons des saveurs des reflets
J’inventais une durée par-delà tout naufrage
J’ai gravé l’avenir dans la moelle du passé

Je réduisais les murs
Transperçais les enceintes
J’ai aimanté les mots
J’ai dansé le silence
Sur les nervures du temps

J’ai comblé d’herbes
Les gouffres les brèches les failles
Enroulé de soleils la spirale des nuits

Au versant des carnages
J’ai sauvegardé l’oiseau.

(Andrée Chedid)


Illustration: Vincent Van Gogh

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Mon Ami le Vent (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 16 août 2017



Mon Ami le Vent

JE t’aime et te salue, ô mon ami le vent
Qui rôdes à travers les champs gras où l’on sème,
Et qui viens te pencher sur la mer, en buvant
Les flots dont l’âcreté ravive ta soif blême…

Rien ne saurait combler le vide de mes bras,
Et mes jours impuissants ont des torpeurs mauvaises…
J’aspire aux infinis que l’on n’atteindra pas…
Quand m’emporteras-tu vers les rudes falaises ?

Quand m’emporteras-tu vers les gris horizons,
Vers les récifs et vers les îles désolées
Où les plantes n’ont point les magiques poisons ?
Que cherchent en vain les princesses exilées ?…

Quand m’emporteras-tu vers l’éternel hiver
Où nul essor de blancs goélands ne s’élance,
Où les soirs ont glacé le tourment de la mer,
Où rien d’humain ne vit au milieu du silence ?

(Renée Vivien)

Illustration: Albert-Joseph Pénot

 

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