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Posts Tagged ‘combler’

J’AI DÉMONTÉ MA VIE (Claude Prouvost)

Posted by arbrealettres sur 11 juillet 2018



 

monologue

J’AI DÉMONTÉ MA VIE

Lorsque tu m’as quitté j’ai replié le ciel,
J’ai arraché les fleurs, j’ai raboté les dunes,
J’ai bu les océans, dévissé le soleil,
J’ai avalé le vent, j’ai décroché la lune ;

Lorsque tu m’as quitté j’ai vidé les rivières,
J’ai repeint les prairies, bâillonné les oiseaux,
J’ai éteint les volcans, j’ai écrasé les pierres,
J’ai fondu les glaciers, j’ai coulé les bateaux ;

Lorsque tu m’as quitté j’ai noyé les déserts,
J’ai asséché la pluie, j’ai mangé mes poèmes,
J’ai fermé les chemins, inondé les polders,
J’ai renié tous les dieux, j’ai caché mes « je t’aime » ;

Lorsque tu m’as quitté j’ai détruit les villages,
J’ai brisé la montagne, effacé la forêt,
J’ai rasé les vallées, j’ai cassé les rivages,
J’ai comblé tous les puits, j’ai brûlé l’alphabet ;

Lorsque tu m’as quitté j’ai fusillé les rois,
J’ai tué les aigles noirs, cultivé l’hérésie,
J’ai damné tous les saints, j’ai abrogé les lois ;
Lorsque tu m’as quitté, j’ai démonté ma vie !

(Claude Prouvost)

Illustration: Kristoffer Zetterstrand

 

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Les bras (Patrick Le Divenah)

Posted by arbrealettres sur 9 juillet 2018




    
Les bras

elle avait une façon de laisser les bras
accompagner le déplacement de son corps
qui désarmait toute analyse et disait, fort
bien, que la marche existe ailleurs que dans les pas

c’est de l’épaule que partait la courbe libre
volontaire et l’oeil commençait juste à la suivre
que déjà l’évasement du coude passé
le dessin se perdait dans l’isthme du poignet

jamais telle douceur n’avait paru plus ferme
ni l’évidence d’une peau plus éclatante
parcours sans faute d’une ligne dont la pente

pouvait surprendre par un geste qui la ferme
puis qui de nouveau l’ouvre et de nouveau l’oriente
écart inattendu qui comble notre attente

(Patrick Le Divenah)

 

Recueil: Blasons du corps féminin
Traduction:
Editions: L’Échappée Belle

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Il pleut sur la pensée (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 2 juillet 2018




    
Il pleut sur la pensée.

Et la pensée pleut sur le monde
comme les restes d’un filet décimé
dont les mailles ne parviennent pas à se rejoindre.

Il pleut dans la pensée.

Et la pensée déborde et pleut dans le monde,
comblant vers l’intérieur tous les récipients,
même les mieux gardés et scellés.

Il pleut sous la pensée.

Et la pensée pleut sous le monde,
diluant le soubassement des choses
pour fonder à nouveau
l’habitation de l’homme et de la vie.

Il pleut sans la pensée.

Et la pensée
continue de pleuvoir même sans le monde,
continue de pleuvoir même sans la pluie,
continue de pleuvoir.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Martine Broda pour Roberto Juarroz
Traduction: Martine Broda
Editions: José Corti

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Être vide (Roger Munier)

Posted by arbrealettres sur 16 juin 2018



Illustration: Caspar David Friedrich
    
Être vide pour que Dieu entre.
Il entre, mais, dans le temps,
sans combler, comme Absence.

Plus Vide, comme Absence,
que le vide où il entre
et le creusant,
jusqu’au vertige.

(Roger Munier)

 

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LOUÉ SOIT (Attila József)

Posted by arbrealettres sur 14 juin 2018



Illustration: Christian Schloe
    
LOUÉ SOIT

Prends ton envol, ô ma rose charmante,
Et soit loué ton mensonge qui chante !
Sois éternelle, aube frôlant son coeur,
Comme est en moi la séduisante fleur.

Vol d’oiseaux morts sur un rocher sans vie,
Telle est mon âmе aux yeux de mon amie
Qu’elle voie donc cette fleur en son sein,
Même incolore et qui n’exhale rien !

Car je lui dois, et qu’elle en soit louée,
Le grave instant où j’eus l’âme comblée :
A cet instant, dont je surpris le flux,
Tous mes cristaux, en pleurs, se sont fondus.

A son sommet : d’étranges lueurs sombres…
Où glisse-t-elle en moi parmi les ombres ?
De l’intérieur, elle brûle mes yeux.
Mais loués soient ses perfides aveux !

(Attila József)

 

Recueil: Aimez-moi – L’oeuvre poétique
Traduction: Georges Kassaï
Editions: Phébus

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Pluie (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 8 juin 2018




    
Pluie

Tard,
si tard,
la pluie vint
pour notre soif
et celle de la terre.

Après l’attente sourde et le désir,
enfin ce bruit de bouche et de baiser
sur les feuillages du jardin.

Une passante s’est penchée sur notre corps
et, le touchant du doigt,
l’a tiré de la cendre
et ramené vers la source du fleuve.

Ainsi abdique l’ordre sec
et, pour nos yeux,
c’est le miracle d’un désert
soudain comblé d’immenses fleurs.

(Jean Joubert)

 

Recueil: Longtemps j’ai courtisé la nuit
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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J’étais cher à tes yeux (Ibn Zaydûn)

Posted by arbrealettres sur 4 juin 2018



Illustration: Edvard Munch
    
J’étais cher à tes yeux… et je ne vaux plus rien,
tu m’as longtemps porté aux nues… tu me rabaisses.
Tu fais de moi ton loyal conseiller, comblé de faveurs…
et tu me destitues, là, sur un coup de tête.
N’as-tu voulu me prendre aux filets de l’amour
que pour me refuser la paix, la joie de te revoir ?
Patience est miel à la douleur dont tu m’abreuves,
fraîcheur le feu face à celui où tu me prends.
Tu étais mon rêve, et tu me fais goûter le chagrin.
Si seulement je n’avais pas à dire… « Si seulement ! »

(Ibn Zaydûn)

 

Recueil: Pour l’amour de la Princesse (Pour l’amour de Wallâda)
Traduction: André Miquel
Editions: Actes Sud

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Sur un bol (Eugène Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 1 juin 2018




    
Sur un bol, sur un mur
La lumière est posée.

Sur le bol, sur le mur
Du soleil est venu

Combler qui les regarde
Et désirait les voir.

Mais il les voit mener
D’autres combats encore

Que les tournois dans l’ombre
Au jeu de la mort douce.

(Eugène Guillevic)

 

Recueil: Terraqué suivi de Exécutoire
Traduction:
Editions: Gallimard

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L’Inconnue (André Frénaud)

Posted by arbrealettres sur 23 mai 2018



 

Je comble l’inconnue qui me donne naissance.
J’avance dans ses pas, me voici devenu
ce lent arbre mouvant
où je m’épanouis, de l’ombre verdissante,
et multiplie le jour alentour et le vent.
Le boulevard s’ébat de la métamorphose,
le bourgeon gonfle le printemps.
Délicieux mensonge, mon nouveau songe.
Mes possessions sont trop claires, je les hais,
ces limites des joies et du malheur.
Celle que j’aime a les yeux plus tendres.
Celle-ci, derrière sa chevelure,
j’entends rire en moi un frais ravage.

(André Frénaud)

 

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Elle est vaine la parole (Tommaso Landolfi)

Posted by arbrealettres sur 6 mai 2018



Elle est vaine la parole et ne nous aide pas
Quand pour combler nos coeurs nous voudrions
Le liquide vertige des touches,
L’écheveau des archets,
Les chasses à courre des cuivres.
Ô misérable parole, lourde
De sens définis,
Close à la liberté, serve de l’enfer.

La parole signifie. Et c’est là
Qu’est sa mort. —
Couper des cordes du destin
Notre vraie dignité céleste,
Retrouver le tonnerre qui décline
Notre terrestre humanité,
Rejeter le fardeau qui nous pèse
Et la peur de l’ombre,
Ne rien signifier, ne rien dire,
Tel est sans doute l’acte d’amour suprême.

***

È vana la parola e non ci assiste
Quando, a colmare il cuor nostro, vorremmo
La liquida vertigine dei tasti,
Le matasse degli archi,
Le cacce degli ottoni.
Oh misera parola, grave
Di definite significazioni,
Negata a libertà, d’inferno schiava.

La parola significa. E ben questa
E la sua morte –
Scindere dalle corde del destino
La nostra vera dignità celeste
E ritrovare il tuono che declina
La nostra umanità terrestre,
Scaricare la soma che ci ingombra
E il terrore dell’ombra,
Nulla significare, nulla dire
Tale forse il supremo atto d’amore.

(Tommaso Landolfi)


Illustration: Gilbert Garcin

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