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Posts Tagged ‘divinité’

A la Divinité inconnue (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 25 avril 2019



A la Divinité inconnue

J’ASPIRE auprès de toi le silence et le charme
Des nuits où la douleur se plaît à demeurer,
Toi qu’on ne voit jamais essuyer une larme,
Mais dont parfois j’entends la grande âme pleurer.

Le miroir réfléchit tes chastes attitudes,
Et tu fuis le factice et le faste et le fard.
Tes lèvres ont gardé le pli des solitudes
Et l’accent des bonheurs qui nous viennent trop tard.

Le décor de ton deuil est la chambre sereine
Où meurt languissamment le bruit lointain des eaux.
Les souffles de la mer n’ont soulevé qu’à peine
Le soir perpétuel sous l’ombre des rideaux.

Vers toi le songe pur de mon âme s’élève,
Mon angoisse ne cherche point à s’apaiser,
Car tu m’es inconnue et n’existes qu’en rêve.
C’est pourquoi je t’adore au-dessus du baiser.

(Renée Vivien)

Illustration: Abbott Handerson Thayer

 

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L’impie (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 28 février 2019




    
L’impie

Je doute beaucoup de la divinité des dieux
(nous nous parlons à nous-mêmes par leurs bouches)
et je doute que piège trop évasif
le mot Dieu puisse avoir un sens

Mais sur la cheminée de mon bureau
je prie volontiers la statue de bois chinoise
Kuan Yin déesse de la Pitié

(Claude Roy)

 

Recueil: À la lisière du temps suivi de Le voyage d’automne
Traduction:
Editions: Gallimard

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Extase (Théodore Agrippa d’Aubigné)

Posted by arbrealettres sur 16 novembre 2018



 

Robert Liberace crucifix-study-close-up-12

Extase

Ainsi l’amour du Ciel ravit en ces hauts lieux
Mon âme sans la mort, et le corps en ce monde
Va soupirant çà bas à liberté seconde
De soupirs poursuivant l’âme jusques aux Cieux.

Vous courtisez le Ciel, faibles et tristes yeux,
Quand votre âme n’est plus en cette terre ronde :
Dévale, corps lassé, dans la fosse profonde,
Vole en ton paradis, esprit victorieux.

Ô la faible espérance, inutile souci,
Aussi loin de raison que du Ciel jusqu’ici,
Sur les ailes de foi délivre tout le reste.

Céleste amour, qui as mon esprit emporté,
Je me vois dans le sein de la Divinité,
Il ne faut que mourir pour être tout céleste.

(Théodore Agrippa d’Aubigné)

Illustration: Robert Liberace

 

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Je me rappelle — instant de grâce (Alexandre Pouchkine)

Posted by arbrealettres sur 14 août 2018




    
Je me rappelle — instant de grâce :
Quand tu parus à mes côtés,
Je fus saisis, — vision fugace
Du pur génie de la beauté.

Dans la langueur désespérante,
Dans le fracas des vanités,
Longtemps vibra ta voix pressante,
Longtemps, tes traits m’ont habité.

Les ans passèrent. Dans l’orage
Mes rêves furent emportés,
Et j’ai perdu ta douce image,
Ta voix pressante m’a quitté.

Claustrés au fond d’un lourd silence,
Paisiblement passaient mes jours,
Sans poésie, sans transcendance,
Sans vie, sans larmes, sans amour.

Mais l’âme a retrouvé la grâce,
Tu reparais à mes côtés,
Divinité, vision fugace
Du pur génie de la beauté.

Et, de nouveau, la renaissance,
Et la lumière est de retour —
La poésie, la transcendance,
La vie, les larmes et l’amour.

(Alexandre Pouchkine)

 

Recueil: Le soleil d’Alexandre Le Cercle de Pouchkine
Traduction: André Markowicz
Editions: Actes Sud

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Cachée en ce beau lit de branches… (Charles Van Lerberghe)

Posted by arbrealettres sur 9 juillet 2018



Brad Kunkle  h feuille

 

Cachée en ce beau lit de branches et de feuilles,
Sur cet autel de mousse où j’ai versé des roses,
De la myrrhe et du miel,
Tendrement je te porte, et doucement te pose,
Ô fille morte
De l’éternel soleil !

Et voici que je t’ouvre encore,
Comme autrefois la porte d’or,
Éclatante et sonore,
Et qu’à mon souffle tu renais,
Fille des primitives forêts,
Et que tu danses et t’enivres
De revoir la lumière et de vivre.

Le vent dénoue ta chevelure
De mille étincelles, et ta ceinture
Immense de feu ;
Tu as des ailes
D’abeille blonde et d’oiseau bleu.

Que les airs embrasés gardent ta trace,
Et ta présence parfumée ;
Flamme, ne meurs pas tout entière
Toi dont je baise la cendre ardente,
Ame pure, âme claire,
Divinité future.

(Charles Van Lerberghe)

Illustration: Brad Kunkle

 

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Métamorphoses (Marie-Claire Bancquart)

Posted by arbrealettres sur 4 juin 2018



…Si nous étions les buis d’une divinité
sculptés avec tendresse, au ciseau doux ?

Le sombre à l’intérieur de nous
sortirait en feuilles minimes
serrées
d’odeur profonde…

(Marie-Claire Bancquart)

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Envolés les rêves souriants (Friedrich Nietsche)

Posted by arbrealettres sur 24 mai 2018




Envolés les rêves souriants,
Envolé le passé,
Le présent est lugubre,
L’avenir confus et lointain.

Je n’ai jamais éprouvé
La joie ni le bonheur de vivre.
Vers des temps anciennement disparus,
Je me tourne avec tristesse.

J’ignore ce que j’aime,
N’ai ni paix ni repos ;
Je ne sais ce que je crois :
Pourquoi vivre encore, à quoi bon ?

Je voudrais mourir, mourir,
Dormir sur la lande verte ;
Les nuages passent au-dessus de moi,
Autour de moi, la solitude de la forêt.

Les roues éternelles de l’univers
Continuent leur cours circulaire;
Le ressort rouillé du globe terrestre
Sans cesse de lui-même se remonte.

Belle occupation que de faire ainsi comme l’air
Le tour du globe qui tourne en rond,
De se glisser dans tous les recoins
De se fondre à l’univers en suspension!

Beau plaisir que d’étreindre le monde
Dans son élan universel,
Et puis d’écrire un article de magazine
Sur les proportions du cosmos.

Au gouffre de mon ventre,
J’ai réduit de force l’infini,
Puis prouvé par mille raisons
Qu’étaient finis monde et temps.

L’homme n’est pas la noble image
De la divinité.

Moi-même de jour en jour plus alambiqué
[…]
C’est à l’instar de mon caractère natif
Que je m’imagine aussi Dieu.

Je fus réveillé de rêves pesants
Par un sourd tintement de cloches.

(Friedrich Nietsche)

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L’âme du Vide (Pär Lagerkvist)

Posted by arbrealettres sur 7 mai 2018



Environnée de vide
comme une constellation,
avec d’infinies distances entre ses points de lumière,
entre ses apparitions hors le temps.

Ainsi vit en parfait équilibre,
en une perfection de mort,
la Vérité sur le grand Néant.
L’âme du Vide.

Comme une constellation
portant nom d’une divinité oubliée.

***

Omgiven av tomhet
så som en stjärnbild av rymden,
med oändliga avstånd mellan sina ljuspunkter,
mellan de tidlösa uppenbarelserna av sig själv.

Så lever i fullkomlig jämvikt,
i död fulländning,
Sanningen om det stora Intet.
Tomhetens själ.

Så som en stjärnbild
med en bortglömd gudomlighets namn.

(Pär Lagerkvist)

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Intérieur-Extérieur (Michel Camus)

Posted by arbrealettres sur 2 avril 2018



 

Intérieur-Extérieur

Par « homme intérieur »
il faut entendre
l’intérieur infini
dans l’intériorité sans fond
de l’homme
sans moi.

Par « l’homme extérieur »
la chair et l’âme de son sang
ainsi que l’esprit
de l’homme.

Dieu et l’homme extérieur
sont mortels.
Ils sont appelés à disparaître
dans l’homme intérieur:
analogon
de la divinité
sans nom et sans visage.

(Michel Camus)

 

 

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Il existe un pays (Michel Houellebecq)

Posted by arbrealettres sur 1 avril 2018



 

Bill Viola  vertebrae-horizontal-1_large

Il existe un pays, plutôt une frontière,
Où la lumière est douce et pratiquement solide
Les êtres humains échangent des fragments de lumière,
Mais ils n’ont pas la moindre appréhension du vide.

La parabole du désir
Remplissait nos mains de silence
Et chacun se sentait mourir,
Nos corps vibraient de ton absence.

Nous avons traversé des frontières de craie
Et le second matin le soleil devint proche
Il y avait dans le ciel quelque chose qui bougeait,
Un battement très doux faisait vibrer les roches.

Les gouttelettes de lumière
Se posaient sur nos corps meurtris
Comme la caresse infinie
D’une divinité – matière

(Michel Houellebecq)

Illustration: Bill Viola

 

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