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Poésie

Posts Tagged ‘souffrir’

LE POÈTE (Alfred de Musset)

Posted by arbrealettres sur 12 juillet 2021



LE POÈTE

Du temps que j’étais écolier,
Je restais un soir à veiller
Dans notre salle solitaire.
Devant ma table vint s’asseoir
Un pauvre enfant vêtu de noir,
Qui me ressemblait comme un frère.

Son visage était triste et beau :
A la lueur de mon flambeau,
Dans mon livre ouvert il vint lire.
Il pencha son front sur sa main,
Et resta jusqu’au lendemain,
Pensif, avec un doux sourire.

Comme j’allais avoir quinze ans
Je marchais un jour, à pas lents,
Dans un bois, sur une bruyère.
Au pied d’un arbre vint s’asseoir
Un jeune homme vêtu de noir,
Qui me ressemblait comme un frère.

Je lui demandai mon chemin ;
Il tenait un luth d’une main,
De l’autre un bouquet d’églantine.
Il me fit un salut d’ami,
Et, se détournant à demi,
Me montra du doigt la colline.

A l’âge où l’on croit à l’amour,
J’étais seul dans ma chambre un jour,
Pleurant ma première misère.
Au coin de mon feu vint s’asseoir
Un étranger vêtu de noir,
Qui me ressemblait comme un frère.

Il était morne et soucieux ;
D’une main il montrait les cieux,
Et de l’autre il tenait un glaive.
De ma peine il semblait souffrir,
Mais il ne poussa qu’un soupir,
Et s’évanouit comme un rêve.

A l’âge où l’on est libertin,
Pour boire un toast en un festin,
Un jour je soulevais mon verre.
En face de moi vint s’asseoir
Un convive vêtu de noir,
Qui me ressemblait comme un frère.

(Alfred de Musset)


Illustration: René Magritte

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À UNE FEMME DÉTESTÉE (Emile Nelligan)

Posted by arbrealettres sur 30 juin 2021



À UNE FEMME DÉTESTÉE

Combien je vous déteste et combien je vous fuis:
Vous êtes pourtant belle et très noble d’allure,
Les Séraphins ont fait votre ample chevelure
Et vos regards couleur du charme brun des nuits.

Depuis que vous m’avez froissé, jamais depuis,
N’ai-je pu tempérer cette intime brûlure :
Vous m’avez fait souffrir, volage créature,
Pendant qu’en moi grondait le volcan des ennuis.

Moi, sans amour jamais qu’un amour d’Art, Madame,
Et vous, indifférente et qui n’avez pas d’âme,
Vieillissons tous les deux pour ne jamais nous voir.

Je ne dois pas courber mon front devant vos charmes ;
Seulement, seulement, expliquez-moi ce soir,
Cette tristesse au coeur qui me cause des larmes.

(Emile Nelligan)


Illustration: Albert Edelfelt

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Dedans la haie broussailleuse (Leonardo Sinisgalli)

Posted by arbrealettres sur 29 juin 2021



 

Rose_morte

Dedans la haie broussailleuse
Ton tremblement
Me bouleverse si tu dis
Que le bien est cette obscurité
Qui nous blesse.
Avant qu’il ne fasse jour
Il nous est donné de toucher les épines,
De souffrir de la douce confusion ;
Prisonniers déçus, l’aube
Nous chasse parmi des roses putrides.

***

Entro la siepe irta
Il tuo tremore
Mi scuote se tu dici
Il bene questo buio
Che ci punge.
Prima che aggiorni
Ci è dato toccare le spine,
Soffrire la dolce confusione.
Prigionieri delusi ci caccia
L’alba tra putride rose.

(Leonardo Sinisgalli)

Illustration

 

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C’est la vie… (Danielou Rejenski)

Posted by arbrealettres sur 30 mai 2021



Non, rien ne m’est plus cher que l’amour de ma mère
et pourtant je la fais pleurer…
C’est la vie…
Nous sommes nés poussière et partirons poussière,
pourtant nous voulons exister…
C’est la vie…

Parce qu’on croit la vie la plus forte,
on fait partie de la cohorte:
ceux qui ne jouent à vivre
que parce qu’il faut vivre
qui n’acceptent de payer
que pour mieux faire payer…

Moi qui sais ce qu’on souffre d’amour,
pourquoi ferais-je souffrir à mon tour?
Puis que les hommes sont égaux sur terre,
pourquoi ce racisme et cette misère?

Nous tuons la vie
à grands coups de « c’est la vie »…
On ne veut plus rien
à force d’ « on n’y peut rien »…
Nous désirons tous la victoire,
mais pour la vouloir il faut croire!
Croyons, bon sang! Mais croyons donc,
que Maman ne pleure plus onc!…
Veuillons laisser sur terre
un peu plus que poussière
et croyons toujours
si nous voulons l’amour:

c’est ça LA VIE!

(Danielou Rejenski)

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Mythe et réalité (Nikiforos Vrettakos)

Posted by arbrealettres sur 30 mai 2021




    
Mythe et réalité

Le monde que j’ai rêvé, je n’ai pas eu la chance
de le rencontrer. Et il m’en a coûté,
j’en ai souffert, car sans qu’il ait existé,
quelqu’un a mis en moi son image.

(Nikiforos Vrettakos)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Recueil: Mon soleil
Traduction: Traduit du grec par Ioannis Dimitriadis
Editions: ainigma.net

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L’anorexie de l’existence (Katerina Anghelàki-Rooke)

Posted by arbrealettres sur 16 mars 2021



Illustration: Gao Xingjian
    
L’anorexie de l’existence

Je n’ai pas faim, je n’ai pas mal, je ne sens pas mauvais
peut-être que je souffre au fond de moi sans le savoir
je fais semblant de rire
je ne désire pas l’impossible
ni le possible, les corps à moi interdits
ne rassasient pas mon regard.
Vers le ciel quelque fois
je regarde avec envie
à l’heure où le soleil perd son éclat
et où l’amant bleu se livre
à la séduction de la nuit.
Ma seule participation
au tourbillon du monde
est mon souffle bien réglé.
Mais je ressens aussi une autre
participation singulière
l’angoisse m’étreint soudain
à cause de la souffrance humaine.
Elle s’étend sur la terre
comme une nappe rituelle
qui trempée de sang
recouvre mythes et dieux
éternellement elle se régénère
et se confond avec la vie.
Oui, maintenant je voudrais pleurer
mais la source même de mes larmes
s’est tarie.

***

Η ανορεξία της ύπαρξης

Δεν πεινάω, δεν πονάω, δε βρωμάω
ίσως κάπου βαθιά να υποφέρω και να μην το ξέρω
κάνω πως γελάω
δεν επιθυμώ το αδύνατο
ούτε το δυνατό
τα απαγορευμένα για μένα σώματα
δε μου χορταίνουν τη ματιά.
Τον ουρανό καμιά φορά
κοιτάω με λαχτάρα
την ώρα που ο ήλιος σβήνει τη λάμψη του
κι ο γαλανός εραστής παραδίνεται
στη γοητεία της νύχτας.
Η μόνη μου συμμετοχή
στο στροβίλισμα του κόσμου
είναι η ανάσα μου που βγαίνει σταθερή.
Αλλά νιώθω και μια άλλη
παράξενη συμμετοχή∙
αγωνία με πιάνει ξαφνικά
για τον ανθρώπινο πόνο.
Απλώνεται πάνω στη γη
σαν τελετουργικό τραπεζομάντιλο
που μουσκεμένο στο αίμα
σκεπάζει μύθους και θεούς
αιώνια αναγεννιέται
και με τη ζωή ταυτίζεται.
Ναι, τώρα θέλω να κλάψω
αλλά στέρεψε ως και των δακρύων μου η πηγή.

(Katerina Anghelàki-Rooke)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Recueil:
Traduction: Traduit du grec par Marie-Laure Coulmin Koutsaftis.
Editions:

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Des parties de mon corps (Rupi Kaur)

Posted by arbrealettres sur 7 mars 2021



Illustration: Rupi Kaur
    
des parties de mon corps continuent de souffrir
de la première fois qu’elles ont été touchées

(Rupi Kaur)

 

Recueil: le soleil et ses fleurs
Traduction: Sabine Rolland
Editions: NiL

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Nous souffrons de ne pas être pierre (Bernard Fournier)

Posted by arbrealettres sur 6 février 2021




    
Nous souffrons
de ne pas être pierre

nous sommes trop neufs et trop bavards

nous manque
le silence des siècles ;

(Bernard Fournier)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Recueil: Vigiles de Villages
Traduction:
Editions: Friches 131

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C’EST UN COQ… (Francis Jammes)

Posted by arbrealettres sur 30 janvier 2021




    
C’EST UN COQ…

C’est un coq dont le cri taille à coups de ciseaux
l’azur net qui s’aiguise au tranchant du coteau.
Mais je veux autre chose encore?

C’est la salle à manger sur un parc, à midi.
Une femme en blanc, lourde et blonde, pèle un fruit.
— Je veux voir autre chose encore?

C’est une eau tendrement aimée par le village
qui s’y mire et dénoue sur elle ses feuillages,
— Je veux voir autre chose encore?

Mais quoi donc? — Oh! Tais-toi, car je souffre!
Je veux je veux voir, je veux voir au-delà de mes yeux
je ne sais quelle chose encore…

(Francis Jammes)

 

Recueil: Clairières dans le Ciel
Traduction:
Editions: Gallimard

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Dans les lotuseraies rôde Ton esprit (Sri Aurobindo)

Posted by arbrealettres sur 25 janvier 2021



    

Dans les lotuseraies rôde Ton esprit :
où trouverai-je un siège pour Toi ?
Au passage de Tes pieds — vermeils comme le ciel de l’aurore — mon coeur s’ouvrant
Ton trône sera.

Toute chose impie heurte Ton âme :
je voudrais devenir un tout immaculé ;
Ô délice du Monde, puissance de la Toute-beauté ! Immuable,
que Ta grâce fasse de moi sa demeure.

Un coeur aride Tu ne peux souffrir ;
C’est Toi qui veux porter les liens de l’amour ;
que la plénitude magique de Ta douceur fasse de moi
Ton éternel océan d’amour.

(Traduit du chant bengali d’Anilbaran Roy)

(Sri Aurobindo)

 

Recueil: Poésie
Traduction: Français Cristof Alward-Pitoëff
Editions: Sri Aurobindo Ashram Trust

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