Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘renoncer’

J’arrive où je suis étranger (Louis Aragon)

Posted by arbrealettres sur 31 juillet 2018



Louis Aragon
    
J’arrive où je suis étranger
Rien n’est précaire comme vivre
Rien comme être n’est passager
C’est un peu fondre comme le givre
Et pour le vent être léger
J’arrive où je suis étranger

Un jour tu passes la frontière
D’où viens-tu mais où vas-tu donc
Demain qu’importe et qu’importe hier
Le coeur change avec le chardon
Tout est sans rime ni pardon

Passe ton doigt là sur ta tempe
Touche l’enfance de tes yeux
Mieux vaut laisser basses les lampes
La nuit plus longtemps nous va mieux
C’est le grand jour qui se fait vieux

Les arbres sont beaux en automne
Mais l’enfant qu’est-il devenu
Je me regarde et je m’étonne
De ce voyageur inconnu
De son visage et ses pieds nus

Peu a peu tu te fais silence
Mais pas assez vite pourtant
Pour ne sentir ta dissemblance
Et sur le toi-même d’antan
Tomber la poussière du temps

C’est long vieillir au bout du compte
Le sable en fuit entre nos doigts
C’est comme une eau froide qui monte
C’est comme une honte qui croît
Un cuir à crier qu’on corroie

C’est long d’être un homme une chose
C’est long de renoncer à tout
Et sens-tu les métamorphoses
Qui se font au-dedans de nous
Lentement plier nos genoux

O mer amère ô mer profonde
Quelle est l’heure de tes marées
Combien faut-il d’années-secondes
A l’homme pour l’homme abjurer
Pourquoi pourquoi ces simagrées

Rien n’est précaire comme vivre
Rien comme être n’est passager
C’est un peu fondre comme le givre
Et pour le vent être léger
J’arrive où je suis étranger

(Louis Aragon)

 

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Je ne sais quoi penser (Bruno Mabille)

Posted by arbrealettres sur 10 juillet 2018



Illustration: Alix
    
Je ne sais quoi penser
de ce temps
qui n’a jamais été
qu’en pensée

autant y renoncer
tant qu’il est encore temps.

(Bruno Mabille)

 

Recueil: A celle qui s’avance
Traduction:
Editions: Gallimard

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FRAGMENT DU FROID (Paul Auster)

Posted by arbrealettres sur 3 juillet 2018



https://arbrealettres.files.wordpress.com/2011/10/milet-1862-lhiver-aux-corbeaux.jpg

FRAGMENT DU FROID

Parce que nous devenons aveugles
dans le jour qui disparaît avec nous,
et parce que nous avons vu notre souffle
troubler
le miroir de l’air,
l’oeil de l’air ne s’ouvrira
sur rien sinon la parole
à laquelle nous renonçons : l’hiver
aura été un lieu
de plénitude.

Nous qui devenons les morts
d’une autre vie que la nôtre.

(Paul Auster)

Illustration: Jean François Millet

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Mille hectares (Paol Keineg)

Posted by arbrealettres sur 30 juin 2018



Illustration: Désiré François Laugée
    
Mille hectares de crise de nerfs.
C’est un gros travail d’avoir,renoncé à la tragédie.
Dans l’état où on est, à genoux dans les choux.

Lessives de ma mère d’autrefois, blanc éclatant,
gouttes qui filent : on s’y frappe la figure en courant le long du fil.
Elles endossent des formes légères,
prenent vie sous les doigts.
J’ai été là, c’est sûr.

(Paol Keineg)

 

Recueil: Là, et pas là
Traduction:
Editions: Le temps qu’il fait

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Pour écouter les choses lentes (Jean-Claude Pirotte)

Posted by arbrealettres sur 20 juin 2018



pour écouter les choses lentes
l’homme abandonne ses lunettes
sur la table ferme les yeux
et renonce à invoquer Dieu

il est tout entier dans l’attente
du seul instant miraculeux
le pur silence où la musique
des vieux objets se laisse entendre

et s’élève roseau si tendre
dans la poussière famélique
et familière de la chambre

et tournoie comme un air de bal
que le feutre du temps dépose
dans la mémoire, pieux bocal

l’homme abandonne ses lunettes
sur le sable ferme les yeux
et renonce à prier le diable
trop étranger aux choses lentes

autour de lui sont les mouettes
crieuses comme à la marée
les harengères patoisantes
aux mains noires et lumineuses

les enfants désertent la plage
le soir vient (et le vent du large)
l’homme attend son regard aveugle

est l’image de son attente
il attend que les choses lentes
de la nuit naissent dans son coeur

(Jean-Claude Pirotte)

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Oublie ta fatigue (Charles Juliet)

Posted by arbrealettres sur 19 juin 2018



oublie ta fatigue

refuse de convenir
que tu as marché
en vain
jusqu’à ce jour

oublie ta fatigue

étouffe la voix
qui t’invite
à renoncer
et sache faire
meilleur accueil
à ton besoin
du retour

oublie ta fatigue

dresse-toi
à nouveau

chemine
à nouveau

n’admets pas
que ta patrie
soit l’exil

(Charles Juliet)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

 

 

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A quoi renonces-tu pour moi ? (Max Jacob)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2018




    
« A quoi renonces-tu pour moi ? dit le Dieu du mur. »
—A quoi aurais renoncé si je n’avais cherché que Toi ?

As-tu vidé mon coeur?
Mais je n’avais pas de coeur.

M’as-tu réduit à néant ?
alors le néant serait toi-même
c’est tout.

(Max Jacob)

 

Recueil: Actualités éternelles
Traduction:
Editions: De la Différence

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Si je suis vous (Max Jacob)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2018




    
Si je ne suis plus rien, je suis vous.
car il n’y a pas de néant puisque vous êtes tout.
Vous avez pu détruire le moi mais non le vous
qui est en moi. Si vous êtes moi je suis tout.
A quoi as-tu renoncé ?
Je n’avais pas à renoncer
puisque je vous attendais.
Tu as brûlé mon coeur
avant que j’eusse un coeur.
Et tu n’as rien brûlé
puisqu’il n’y avait rien à brûler.

(Max Jacob)

 

Recueil: Actualités éternelles
Traduction:
Editions: De la Différence

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Pourquoi donc renoncer à une croyance (Robert Frost)

Posted by arbrealettres sur 2 juin 2018



Duy Huynh (10) [1280x768]

Car pourquoi donc renoncer à une croyance,
Simplement parce qu’elle a cessé d’être vraie?
Si vous vous cramponnez à elle assez longtemps,
Sans le moindre doute elle redeviendra vraie.
Ainsi va le monde…

(Robert Frost)

Illustration: Duy Huynh

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TRANSFUSION (Paul Auster)

Posted by arbrealettres sur 6 mai 2018



 

transfusion  0

TRANSFUSION

Incandescence de four. Ou immense
jet
d’hémoglobine —

: le blasphème
de leur parole vouée à la mort, gisant
dans le sang même
que ton coeur ouvert
prodigue toujours.

Pulsation —
et puis ce qui — (puis
quoi ?) — perce sous le crâne
du sphinx de ghetto — qui met au jour
l’ignominie
et la fièvre de ceux
qui ont renoncé. (Comme toi,
ils errent toujours, toujours
affamés, enfermés dans le pain
de la chair de personne, toujours se font
sentir) :
comme si, dans l’espace entre
le coucher et le lever du soleil,
une main
avait recueilli ton âme
et l’avait pétrie avec les pierres
dans le levain
de la terre.

(Paul Auster)

Illustration : Sandrine Genet

 

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