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Poésie

Posts Tagged ‘renoncer’

Souvent quand il avançait (Charles Juliet)

Posted by arbrealettres sur 5 février 2021




    

souvent
quand il avançait
à tâtons dans sa nuit
il a douté s’est révolté
a voulu remonter
vers la vieille lumière

mais une force le tenait
qui lui enjoignait
de poursuivre
de s’aventurer
une fois de plus
une fois encore
au plus épais
de sa ténèbre

un jour
au comble de la détresse
vidé de toute force
acculé à reconnaître
que l’inaccessible se refusait
il admit qu’il lui fallait
renoncer

*

à sa vive surprise
sans qu’il eût
à progresser d’un seul pas
il franchit le seuil
déboucha dans la lumière

(Charles Juliet)

 

Recueil: Moisson
Traduction:
Editions: P.O.L.

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ÉPITAPHE (Nuno Jùdice)

Posted by arbrealettres sur 2 février 2021




    
ÉPITAPHE

Ils moururent de l’épidémie, les meilleurs : les uns,
la peste les emporta; d’autres, la grippe que l’on
appela espagnole ; et il y eut ceux de la
danse de Saint-Guy ; ceux de la lèpre, ceux de la
phtisie, galopante ou non. Et cela, quand
ils ne se tiraient pas un coup de feu dans la tête, ne se
pendaient pas à un réverbère, ne se jetaient pas
dans le fleuve. Il y eut encore ceux qui cessèrent
d’écrire; ceux qui burent jusqu’à perdre
la raison ; ceux qui, purement et simplement,
renoncèrent sans explication. Comme si
la vie dépendait de si peu —
des lignes griffonnées sur du papier brouillon,
des phrases qui pouvaient rimer ou non,
des pensées… qu’ils auraient pu
garder pour eux-mêmes. Cependant,
quand je les lis, je comprends leur
désespoir. La beauté n’apparaît pas
tous les jours aux yeux d’un homme;
la perfection ne paraît pas toujours
une chose de ce monde. Oui :
je monte les escaliers jusqu’en haut,
d’où l’on voit la ville, bien que
le temps soit à la tempête. Que
se passe-t-il, en cet instant, sous
ces toits ? Quelle épidémie, plus
subtile, saisit au sol ceux qui,
naguère encore, rêvaient de s’envoler?

(Nuno Jùdice)

 

Recueil: Un chant dans l’épaisseur du temps suivi de méditation sur des ruines
Traduction: Michel Chandeigne
Editions: Gallimard

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Le lys pur (Hâfez Shirâzi)(Hafiz)

Posted by arbrealettres sur 20 décembre 2020



    

Le lys pur

Le jardin invite au bonheur,
à l’agréable compagnie.
bienvenue, ô saison des fleurs !
Voici le temps des beuveries.
a brise du matin apporte
ses doux effluves à chacun.
Oh oui ! Oh oui ! Comme elle est douce,
l’odeur du souffle protecteur !
La peine est éclose la rose
qu’elle chante un chant du départ :
Gémis donc, pauvre rossignol,
car ton cri nous va droit au cœur.
Voici, oiseau mélodieux,
pour toi une bonne nouvelle :
En amour, il faut bien gémir
toute la nuit, ô triste amant !
Le bonheur ne s’achète pas
au bazar du monde, ici-bas :
Il se trouve dans les façons
des voyous, des mauvais garçons.
Au lys pur j’ai entendu dire
— de ses lèvres à mon oreille
Qu’il ne faut pas être chargé,
dans le monde, ce vieux couvent.

O Hâfez, le renoncement
est le vrai chemin du bonheur.
Il faut bien te garder de croire
que la vie des mondains soit bonne

***

(Hâfez Shirâzi)(Hafiz)

 

Recueil: L’amour, l’amant, l’aimé
Traduction: Vincent-Masour Monteil
Editions: Actes Sud

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Le renoncement (Charles Juliet)

Posted by arbrealettres sur 26 novembre 2020



Le renoncement

Sache aussi renoncer
au profit que tu retires
du renoncement.

(Charles Juliet)

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Oublie ta fatigue (Charles Juliet)

Posted by arbrealettres sur 26 novembre 2020



oublie ta fatigue

refuse de convenir
que tu as marché
en vain
jusqu’à ce jour

oublie ta fatigue

étouffe la voix
qui t’invite
à renoncer
et sache faire
meilleur accueil
à ton besoin
du retour

oublie ta fatigue

dresse-toi
à nouveau

chemine
à nouveau

n’admets pas
que ta patrie
soit l’exil

(Charles Juliet)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

 

 

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Rien n’avait résisté… (Marilyse Leroux)

Posted by arbrealettres sur 30 octobre 2020




    
Rien n’avait résisté…

Rien n’avait résisté ni le fer ni l’acier
Dieu est une arme plus cruelle
que la houe du jardinier
j’aurais voulu me coucher dans la terre une
jarre d’eau fraîche à portée de main mais
où étaient mes mains?

J’ai recollé ma tête et mes pieds
pour épargner le sable

mais rien ne tenait on avait broyé mes os
Alors j’ai suivi la route des fourmis
mon souffle dans leurs pattes
La colonne avançait en bénissant les nuages
pour trois gouttes d’eau
aucun dieu ne nous a aidés.

Nos pieds allaient vers la mer
loin des arbres à histoires
Nous marchions vers un monde
que nous ne connaissions pas
nos sandales ne comprenaient plus le sable.

La marche m’a forcée
à habiter mon corps
le désert à l’oublier
La mer fut un miracle
je l’ai remerciée de nous porter
plus encore de nous laisser.

Ce que j’ai vu
aucune eau ne pourra l’effacer
aucune source aucune pluie la
mer elle-même a renoncé.

Aujourd’hui je suis là de l’autre côté
avec ma peau d’hier et d’avant-hier
je suis là et je vous regarde grande comme je peux
avec ce poids au bout de mes bras
Des ondes me traversent que je ne comprends pas
ni la force qui me porte
ni le courage qu’elles me donnent
Si je le savais mon coeur s’en irait avec elles.

(Marilyse Leroux)

 

Recueil: Courage Dix variations sur le courage et un chant de résistance
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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Le château de l’espérance (Stéphane Mallarmé)

Posted by arbrealettres sur 7 juillet 2020



Le château de l’espérance

Ta pâle chevelure ondoie
Parmi les parfums de ta peau
Comme folâtre un blanc drapeau
Dont la soie au soleil blondoie.

Las de battre dans les sanglots
L’air d’un tambour que l’eau défonce,
Mon coeur à son passé renonce
Et, déroulant ta tresse en flots,

Marche à l’assaut, monte, – ou roule ivre
Par des marais de sang, afin
De planter ce drapeau d’or fin
Sur ce sombre château de cuivre

– Où, larmoyant de nonchaloir,
L’Espérance rebrousse et lisse
Sans qu’un astre pâle jaillisse
La Nuit noire comme un chat noir.

(Stéphane Mallarmé)


Illustration: Sabin Balasa

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RIVIÈRE (Eugène Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 8 janvier 2020


 


RIVIÈRE

La rive était fraîche encore
Ce matin quand nous passions.
Nous aurons vu bien des herbes
Renoncer à suivre l’eau.

Le geste ancien de boire
Les deux mains sur le bol
Quand l’horloge sonnait
Dans l’odeur de l’étable.

Le bois épais des bancs
Et de la table usée,
Où des mains s’accrochèrent
Qui tremblaient de colère.

(Eugène Guillevic)

 

 

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GESTES (Moshe Nadir)

Posted by arbrealettres sur 20 novembre 2019




    
GESTES

J’ai feint d’être joyeux, et l’on m’a cru.
J’ai feint d’être amoureux et l’on a eu pitié de moi.
J’ai feint d’être désespéré et les gens ont pleuré sur mon malheur.

Mais une fois j’ai renoncé à toute feinte et j’ai dit la vérité,
que je ne cesse de feindre parce que la vie est si terriblement vide.

Alors tout le monde a hoché la tête et l’on m’a dit :
– Cet homme ne fait que feindre !
Et personne ne m’a cru.

(Moshe Nadir)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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Je Voudrais Vous Revoir (Jean-Jacques Goldman)

Posted by arbrealettres sur 3 novembre 2019




Je Voudrais Vous Revoir

Cette lettre peut vous surprendre
Mais sait-on ? peut-être pas
Quelques braises échappées des cendres
D’un amour si loin déjà

Vous en souvenez-vous?
Nous étions fous de nous

Nos raisons renoncent, mais pas nos mémoires
Tendres adolescences, j’y pense et j’y repense
Tombe mon soir et je voudrais vous revoir

Nous vivions du temps, de son air
Arrogants comme sont les amants
Nous avions l’orgueil ordinaire
Du « nous deux c’est différent »
Tout nous semblait normal, nos vies seraient un bal
Les jolies danses sont rares, on l’apprend plus tard
Le temps sur nos visages a soumis tous les orages
Je voudrais vous revoir et pas par hasard

Sûr il y aurait des fantômes et des décors à réveiller
Qui sont vos rois, vos royaumes ? mais je ne veux que savoir
Même si c’est dérisoire, juste savoir
Avons-nous bien vécu la même histoire ?

L’âge est un dernier long voyage
Un quai de gare et l’on s’en va
Il ne faut prendre en ses bagages
Que ce qui vraiment compta
Et se dire merci
De ces perles de vie
Il est certaines
Blessures au goût de
Victoire
Et vos gestes, y reboire
Tes parfums, ton regard
Ce doux miroir
Où je voudrais nous revoir

(Jean-Jacques Goldman)

Illustration: Ekaterina Moré

 

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