Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘renoncer’

Ce fut en un soir où les chansons (Stuart Merrill)

Posted by arbrealettres sur 12 octobre 2018



 

 

Jeanie Tomanek  -escapevelocity

Ce fut en un soir où les chansons
Des amants liés par leurs mains lasses
Mouraient, ô Dame pâle qui passes,
Au clair de la lune des moissons.

Long penchée au bord des lourds calices
Des lys, fleurs des reines et des rois,
Tu faisais le signe de la croix
Comme une qui renonce aux délices.

Chevelure éparse au vent léger,
Tu paraissais ceinte de lumière
Contre l’ombre de la nuit première
Et les feuilles du prochain verger.

L’eau tintait tristement dans les vasques
Qu’enguirlandaient des danses d’amours
Et de satyres faisant des tours
Au rire à jamais muet des masques.

La puisant dans tes chétives mains,
Cette eau par laquelle tu fus sainte,
Tu baptisas les fleurs de l’enceinte,
Où dormait l’âme des lendemains.

Fus-tu le Remords ou la Mémoire,
O Passante aux yeux pleins de passé ?
Maintenant l’eau stagne en le fossé
Et les lys sont morts avec la gloire

De ce soir où les lentes chansons
Des amants liés par leurs mains lasses
Mouraient, ô Dame pâle qui passes,
Au clair de la lune des moissons.

(Stuart Merrill)

Illustration: Jeanie Tomanek 

 

Publicités

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Poème de minuit (Dahlia Ravikovitch)

Posted by arbrealettres sur 5 octobre 2018



Poème de minuit

De nouveau, comme les années précédentes,
La chambre à coucher est en désordre,
Et il y a de la cendre partout.
Les habits s’entassent,
Et un amas de lettres demeurées sans réponse,
Un lit chaud.
Qui plus est, une épidémie de grippe sévit maintenant
Et je suis malade, excusez du peu.
Cette année
Et toutes les années à venir
Je ne renoncerai pas au plus petit oiseau
Qui vole dans mon jardin,
Je n’échangerai pas un petit oiseau pour un pigeon ou une huppe.

Une autre année viendra
Et comme toujours
Ma gorge étouffera d’amour.

(Dahlia Ravikovitch)


Illustration

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

J’arrive où je suis étranger (Louis Aragon)

Posted by arbrealettres sur 31 juillet 2018



Louis Aragon
    
J’arrive où je suis étranger
Rien n’est précaire comme vivre
Rien comme être n’est passager
C’est un peu fondre comme le givre
Et pour le vent être léger
J’arrive où je suis étranger

Un jour tu passes la frontière
D’où viens-tu mais où vas-tu donc
Demain qu’importe et qu’importe hier
Le coeur change avec le chardon
Tout est sans rime ni pardon

Passe ton doigt là sur ta tempe
Touche l’enfance de tes yeux
Mieux vaut laisser basses les lampes
La nuit plus longtemps nous va mieux
C’est le grand jour qui se fait vieux

Les arbres sont beaux en automne
Mais l’enfant qu’est-il devenu
Je me regarde et je m’étonne
De ce voyageur inconnu
De son visage et ses pieds nus

Peu a peu tu te fais silence
Mais pas assez vite pourtant
Pour ne sentir ta dissemblance
Et sur le toi-même d’antan
Tomber la poussière du temps

C’est long vieillir au bout du compte
Le sable en fuit entre nos doigts
C’est comme une eau froide qui monte
C’est comme une honte qui croît
Un cuir à crier qu’on corroie

C’est long d’être un homme une chose
C’est long de renoncer à tout
Et sens-tu les métamorphoses
Qui se font au-dedans de nous
Lentement plier nos genoux

O mer amère ô mer profonde
Quelle est l’heure de tes marées
Combien faut-il d’années-secondes
A l’homme pour l’homme abjurer
Pourquoi pourquoi ces simagrées

Rien n’est précaire comme vivre
Rien comme être n’est passager
C’est un peu fondre comme le givre
Et pour le vent être léger
J’arrive où je suis étranger

(Louis Aragon)

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Je ne sais quoi penser (Bruno Mabille)

Posted by arbrealettres sur 10 juillet 2018



Illustration: Alix
    
Je ne sais quoi penser
de ce temps
qui n’a jamais été
qu’en pensée

autant y renoncer
tant qu’il est encore temps.

(Bruno Mabille)

 

Recueil: A celle qui s’avance
Traduction:
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , | Leave a Comment »

FRAGMENT DU FROID (Paul Auster)

Posted by arbrealettres sur 3 juillet 2018



https://arbrealettres.files.wordpress.com/2011/10/milet-1862-lhiver-aux-corbeaux.jpg

FRAGMENT DU FROID

Parce que nous devenons aveugles
dans le jour qui disparaît avec nous,
et parce que nous avons vu notre souffle
troubler
le miroir de l’air,
l’oeil de l’air ne s’ouvrira
sur rien sinon la parole
à laquelle nous renonçons : l’hiver
aura été un lieu
de plénitude.

Nous qui devenons les morts
d’une autre vie que la nôtre.

(Paul Auster)

Illustration: Jean François Millet

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , | 4 Comments »

Mille hectares (Paol Keineg)

Posted by arbrealettres sur 30 juin 2018



Illustration: Désiré François Laugée
    
Mille hectares de crise de nerfs.
C’est un gros travail d’avoir,renoncé à la tragédie.
Dans l’état où on est, à genoux dans les choux.

Lessives de ma mère d’autrefois, blanc éclatant,
gouttes qui filent : on s’y frappe la figure en courant le long du fil.
Elles endossent des formes légères,
prenent vie sous les doigts.
J’ai été là, c’est sûr.

(Paol Keineg)

 

Recueil: Là, et pas là
Traduction:
Editions: Le temps qu’il fait

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Pour écouter les choses lentes (Jean-Claude Pirotte)

Posted by arbrealettres sur 20 juin 2018



pour écouter les choses lentes
l’homme abandonne ses lunettes
sur la table ferme les yeux
et renonce à invoquer Dieu

il est tout entier dans l’attente
du seul instant miraculeux
le pur silence où la musique
des vieux objets se laisse entendre

et s’élève roseau si tendre
dans la poussière famélique
et familière de la chambre

et tournoie comme un air de bal
que le feutre du temps dépose
dans la mémoire, pieux bocal

l’homme abandonne ses lunettes
sur le sable ferme les yeux
et renonce à prier le diable
trop étranger aux choses lentes

autour de lui sont les mouettes
crieuses comme à la marée
les harengères patoisantes
aux mains noires et lumineuses

les enfants désertent la plage
le soir vient (et le vent du large)
l’homme attend son regard aveugle

est l’image de son attente
il attend que les choses lentes
de la nuit naissent dans son coeur

(Jean-Claude Pirotte)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Oublie ta fatigue (Charles Juliet)

Posted by arbrealettres sur 19 juin 2018



oublie ta fatigue

refuse de convenir
que tu as marché
en vain
jusqu’à ce jour

oublie ta fatigue

étouffe la voix
qui t’invite
à renoncer
et sache faire
meilleur accueil
à ton besoin
du retour

oublie ta fatigue

dresse-toi
à nouveau

chemine
à nouveau

n’admets pas
que ta patrie
soit l’exil

(Charles Juliet)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

 

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

A quoi renonces-tu pour moi ? (Max Jacob)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2018




    
« A quoi renonces-tu pour moi ? dit le Dieu du mur. »
—A quoi aurais renoncé si je n’avais cherché que Toi ?

As-tu vidé mon coeur?
Mais je n’avais pas de coeur.

M’as-tu réduit à néant ?
alors le néant serait toi-même
c’est tout.

(Max Jacob)

 

Recueil: Actualités éternelles
Traduction:
Editions: De la Différence

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Si je suis vous (Max Jacob)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2018




    
Si je ne suis plus rien, je suis vous.
car il n’y a pas de néant puisque vous êtes tout.
Vous avez pu détruire le moi mais non le vous
qui est en moi. Si vous êtes moi je suis tout.
A quoi as-tu renoncé ?
Je n’avais pas à renoncer
puisque je vous attendais.
Tu as brûlé mon coeur
avant que j’eusse un coeur.
Et tu n’as rien brûlé
puisqu’il n’y avait rien à brûler.

(Max Jacob)

 

Recueil: Actualités éternelles
Traduction:
Editions: De la Différence

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :