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Posts Tagged ‘réconcilier’

L’lNTIME ABSOLU (Rabindranath Tagore)

Posted by arbrealettres sur 6 juin 2019



    
L’lNTIME ABSOLU
Antaratama

L’objet de mon désir que je poursuivais
divaguant
n’était que peu de chose.
J’arpentais le désert —
ce qu’y cherchait mon coeur altéré
n’était ni or ni diamant,
rien qu’un peu d’eau au creux des mains
rien qu’une ombre sous les palmes d’une source
pour un instant.
Ce rien réconcilie la mort et la vie,
ce rien délasse la fatigue du chemin.

Au marché où l’air n’est que bruit
et poussière
entendre quelques notes d’un chant
est entre tout rarissime et pourtant
ce n’est que peu de chose.

C’est comme une averse éphémère
au passage imprévu d’un nuage
qu’attend la terre aride
en fin de baishakha brûlant,
comme une douce main qui réveille
d’un cauchemar suffocant.

C’est si peu de chose et pourtant
que son manque m’accable
et mon coeur inconsolable
le recherche éperdument.

Il était d’impossibles rêves
que je poursuivis et fis miens
mais que je désertai
en passant.

Le trésor qu’on ne sent que sourdre
dans ses veines,
qui fait la trame des songes,
qui siège au coeur du mouvement,
qui ne laisse d’épigraphe
ni de gloire ni de mémoire
sur écriteau de pierre ;

dans l’étoile du soir de phâlguna
s’inscrit son histoire,
son langage seule ma flûte le connaît —
ce don au tréfonds de ma vie fusionné
qui fut au-delà de mon espérance,
pour qui je ne bâtis aucune maison,
qui hors pesanteur reste dérobé à la vision,

c’est sa douleur qui emplit
mon être tout entier
c’est sa nostalgie
qui fait mon univers.

(Rabindranath Tagore)

 

Recueil: L’écrin vert
Traduction: Saraju Gita Banerjee
Editions: Gallimard

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LE BEAU NAVIRE (Annie Salager)

Posted by arbrealettres sur 15 février 2019



Illustration: Odilon Redon
    
LE BEAU NAVIRE

Dans les océans des poissons
aux vives vêtures
et aux nageoires
pour coiffure
t’accompagnent
le corail chante
l’anémone souffle sa fleur
autour de toi
ils sont la vie et tu vas
soulevé de lumière liquide

tes gréements sont d’amour
ô navire solitaire
la pleine lune te réconcilie
niais, tu le sais,
il n’y a jamais eu de port

(Annie Salager)

 

Recueil: La Mémoire et l’Archet
Traduction:
Editions: La rumeur libre

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Nos lettres se sont croisées (Jacques Biolley)

Posted by arbrealettres sur 13 juillet 2018




Nos lettres se sont croisées,
tu voulais me quitter,
je voulais te quitter.
Et nous ont réconciliés.

(Jacques Biolley)

 

 

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Pourquoi ne pas dire JOIE (Claudine Helft)

Posted by arbrealettres sur 14 mai 2018



Illustration: Noèla Morisot
    
L’annulation du temps

Pourquoi
ne pas dire JOIE
à êtrе
dans le bruissement d’un peuple
intérieur, toutes ramures confondues
sur l’annulation du temps,
aspiré par quelque douceur du ciel
aux hanches de femme, l’amphore
de l’homme aux dents d’artiste ; là
où s’envole claire la spirale en forme
de secondes qui trace l’espace
sans frontière.

Joie.
Pourquoi ne pas dire joie
à l’instant
absolu qui réconcilie le monde
parfois avec cette simple tasse
de thé, et relie la terre
à l’inspiré,
dans la joie sans partage
du partage inspiré, au feu de bois
qui brûle en cheminée.

Pourquoi ne pas dire Joie
l’éventualité du sans-mesure
dont la durée ravive l’ adoration.
La foi n’est pas mirage mais dérive
du risque d’absolu au rivage du
futur. Pourquoi ne pas dire passion
si brûle encore en nous au présent
les puissants vaisseaux du passé.

Pourquoi
à ne pas dire joie
devant l’infante en robe de velours noir
et la « maja desnuda », nue d’amour puis
vêtue du regard de l’ aventure. Joie
du regard ravaudé par le rêve d’un défunt.
Pourquoi ne pas ranimer l’oeil du buveur
en chemise bleue et rendre au paysan
mélancolique la jeune paysanne d’antan

Pourquoi ne pas dire
Joie
aux passants des montagnes
qui saluent et s’embrassent
dans les genêts et les misères,
aux fantômes qui jouent, axel espiègle
au coeur des légendes et des forêts.

Pourquoi ne pas dire joie aux mercis
des hommes dont le coeur bat encore
et à l’esprit, qui n’est pas toujours frappeur (?)

(Claudine Helft)

 

Recueil: Une indécente éternité
Traduction:
Editions: De la Différence

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La bibliothèque (Alexàndra Galanou)

Posted by arbrealettres sur 17 avril 2018




    
La bibliothèque

Des livres réconciliés
jusqu’à l’asphyxie
s’entretiennent sans bruit
avec le pendule du mur.

Des pages
en attente
accompagnent ce qui écoute
le silence habitant des nuits.
Elles attendent une ouverture,
ne serait-ce qu’un souffle de vie
momentané, insignifiant.
Effleurement fugitif
qui les feuillette.

À la tige desséchée
d’une rose
pend la promesse
d’une visite
sans cesse remise.

(Alexàndra Galanou)

 

Recueil: Dans les recoins des mots
Traduction:
Editions: Circé

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TERRE SECRÈTE (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 24 mars 2018



 

plume

TERRE SECRÈTE

Ne te détourne pas, mon histoire est la tienne ;
Chaque poète porte au coeur le coeur de celui qui écoute.
Comme toi, j’ai touché à cette terre ;
Et, patiente, la vie s’est cherchée en mes yeux.
Ai-je su en détenir l’image et l’innocence ?
Et dis, que nous manque-t-il pour dénouer l’unique chemin ?

Saisons, saisons, visages qui n’êtes jamais égaux !
Fleurs, nuits et merveilles sitôt englouties !
Tout se profile et il n’est pas d’issue.
L’erreur, puis la rosée. Pour toute joie, sa déroute.
Si le souffle s’affadit, d’autres feux se lèveront.

Je suis le poursuivant,
Jamais je ne délierai l’anneau.

Pourtant, des forêts entières naissent au bord du fleuve
Et meurent, sans tumulte, contre la terre retrouvée.

Les sables de la folie, soudain réconciliés,
S’abandonnent aux rives du retour.

Je suis le poursuivant ;
Je vais, telle est ma route.

Notre pays est nulle part,
Et nous, ce peu de souffle dans la main étroite du temps.

(Andrée Chedid)

 

 

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LE DÉSIR (Jules Supervielle)

Posted by arbrealettres sur 6 mars 2018



Illustration: Oskar Kokoschka  
    
LE DÉSIR

Quand les yeux du désir, plus sévères qu’un juge, vous disent d’approcher,
Que l’âme demeure effrayée
Par le corps aveugle qui la repousse et s’en va tout seul
Hors de ses draps comme un frère somnambule,
Quand le sang coule plus sombre de ses secrètes montagnes,
Que le corps jusqu’aux cheveux n’est qu’une grande main inhumaine
Tâtonnante, même en plein jour…
Mais il est un autre corps,
Voici l’autre somnambule,
Ce sont deux, têtes qui bourdonnent maintenant et se rapprochent,
Des torses nus sans mémoire cherchent à se comprendre dans l’ombre,
Et la muette de soie s’exprime par la plus grande douceur
Jusqu’au moment où les êtres
Sont déposés interdits sur des rivages différents.
Alors l’âme se retrouve dans le corps sans savoir comment
Et ils s’éloignent réconciliés, en se demandant des nouvelles.

(Jules Supervielle)

 

Recueil: Le forçat innocent suivi de Les amis inconnus
Traduction:
Editions: Gallimard

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Tête ventre coeur réconciliés (Séverine Daucourt-Fridriksson)

Posted by arbrealettres sur 26 février 2018



Illustration: Oskar Kokoschka    
    
tête ventre coeur réconciliés. incandescence qui fouille aimer jusqu’à l’onde de choc.
idiotie flamboyante où il fait bon se consumer

.

(Séverine Daucourt-Fridriksson)

 

Recueil: Salerni
Traduction:
Editions: La lettre volée

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L’obéissance (Julio Cortázar)

Posted by arbrealettres sur 12 février 2018



 

Illustration: Edward Hopper
    
L’obéissance
To the dark lady

Encore une fois l’appel ancien se lève
dans le chant habituel de la guitare
et une solitude double nous amarre
nuit à nuit dans un bar, et je ne t’aime pas,

ceci n’est pas l’amour mais l’Éclaireur
avec ta peau, ta salive et cette griffe
qui nous déchire avec délicatesse
chaque fois qu’entre tes cuisses je me répands.

Deux corps en veille à voix basse se parlent
devant l’inébranlable sentinelle
du simulacre de cet amour gisant,

quelle servitude amère réconcilie
la ligne équinoxiale qui te modèle
avec ce pâle aura de l’occident.

(Julio Cortázar)

 

Recueil: Crépuscule d’automne
Traduction: Silvia Baron Supervielle
Editions: José Corti

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Laisse laisse se taire (Jean-Louis Chrétien)

Posted by arbrealettres sur 17 janvier 2018




    
laisse
laisse se taire
la mélodie trop claire de tes jambes
étends-toi le mouvement terrestre
ivre à force de veiller
t’accueille au creux de sa paume
la mer hisse les fanions des nuages
et ta nudité t’abrite
de tout ce qui n’est pas nu
humons dans la coupe du soir
le balbutiement des parfums

soudain nous apprenons que dans les feux de brousse
avec les mêmes yeux traqués
fuient les plus forts comme les plus craintifs
réconciliés par l’issue qui les happe
courant dansant galopant
devant le cheval aux sabots de cendre
dont ils ne voient qu’il les encercle
que dans leur folle volte-face

même endormis seuls dans ces lits trop vastes
ou dans l’eau murmurante toujours de l’étreinte
nous dérivons ainsi nativement
naufragés
sans pouvoir retrouver le nom
de l’orage
qui va plus vite

(Jean-Louis Chrétien)

 

Recueil: Entre Flèche et Cri
Traduction:
Editions: Obsidiane

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