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Poésie

Posts Tagged ‘dérive’

LA SEINE (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 25 mars 2020



LA SEINE

Au milieu des brumes vaporeuses,
Je descends la Sente des Laveuses.
La Seine serpente de Conflans à Herblay
Et je foule en rêvant les herbes du remblai.
Le vent incline l’herbe aquatique
Au bord de l’eau lourde qui clapote
Contre la berge avec laquelle elle papote.
Sous le gros tronc d’un arbre hiératique.
Une barque attachée à la rive
Par un filin d’acier veut fuir à la dérive
Pour suivre enfin au fil du courant
Le vol rapide d’un cormoran.

(Jean-Baptiste Besnard)


Illustration

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SEUL (Srecko Kosovel)

Posted by arbrealettres sur 28 février 2020



 

Nicholas Roerich 01 [1280x768]

SEUL

L’homme est étale.
Le monde s’est écarté, loin, étrangement.
Tu erres et tu divagues çà et là, perdu,
Tout est parti à la dérive, tu ne sais où.

Le radieux visage s’est éteint dans la grise pénombre;
En moi se mirent les châtaigniers nus
Et les feuilles foulées aux pieds dans la pluie
Pourrissantes sous les arbres.

Oh! je crierais jusqu’à ce que mon cri revienne
Des montagnes, des bois, des vallées,
Mais je tremble de rester seul
Avec le vide mille fois répercuté.

(Srecko Kosovel)

Illustration: Nicholas Roerich

 

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Presque (Jacques Ancet)

Posted by arbrealettres sur 22 janvier 2020



Presque

Au milieu des voix, la voix.
Je l’écoute, je ne la comprends pas.
Ni trop loin, ni trop près, ailleurs.
Un peu d’eau sous les paroles.

Une sorte de goutte à goutte obscur.
Puis rien qu’un silence sonore dans la bouche.
Une phrase, peut-être, prononcée sans savoir.
Une autre.

Et c’est comme un voyage de syllabes,
une lente dérive. Et, soudain, presque un mot.

– Presque?
– Oui, presque.
– Et que dit-il?
– Que c’est là.

(Jacques Ancet)


Illustration

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Formes (Alain Suied)

Posted by arbrealettres sur 31 mars 2019



Illustration: Josephine Wall
    
Formes

Pourquoi sommes-nous une forme ?

Et les objets —
sont-ils piégés
dans une forme
à jamais ?

Ou voguent-ils
dans plusieurs dimensions

selon le regard

selon le moment

selon les vagues de matière
qui les ont composés ?

Pourquoi sommes-nous une forme
passagère ?

Un cri de la matière
ou le souvenir
de la première lueur du vivant ?

Étincelle et miracle

feu et brûlure
forme en dérive

sur l’océan des univers ?

(Alain Suied)

 

Recueil: Sur le seuil invisible
Traduction:
Editions: Arfuyen

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Que faire avec ce qui est flétri ? (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 15 mars 2019




    
Que faire avec ce qui est flétri ?
Le cacher, l’enterrer
ou le placer comme une fleur
entre les feuilles d’un livre ?

Ce qui est flétri préfère rester en nous,
tomber, se réfugier ici
jusqu’à se changer en poussière.
Alors cela fait déjà partie de nous
et accompagne notre flétrissement.

Et nous, sur qui tomberons-nous ?
Où poursuivre notre dérive vers la poussière ?
Y a-t-il pour nous garder un autre endroit
où la poussière fleurirait
derrière tant d’ombre ?

Il suffit, qui sait, d’un endroit moins furtif
où un rayon de soleil éclaire la poussière.
Il se peut que toute flétrissure
n’attende seulement
que ce coup de lumière.

***

¿ Qué hacer con lo marchito?
¿ Esconderlo, enterrarlo
o ponerlo como una flor
entre las hojas de un libro?

Lo marchito prefiere estar en nosotros,
caer, refugiarse aquí,
basta que se convierta en polvo.
Entonces ya forma parte de nosotros
y nos acompaña a marchitarnos.

Y nosotros ¿en quién caeremos?
¿ Dónde proseguir nuestra deriva hacia el polvo?
¿ Habrá otro lugar para guardarnos,
donde el polvo florezca
detrás de tanta sombra?

Tal vez baste un sitio menos furtivo
donde un rayo de sol alumbre el polvo.
Quizá todo lo marchito
espere únicamente
ese golpe de luz.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Quatorzième poésie verticale
Traduction: Sivia Baron Supervielle
Editions: José Corti

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JE ne puis admettre aucune histoire (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 4 mars 2019



Illustration: Émilie David     
    
JE ne puis admettre aucune histoire,

ni filiation ni origine.
Toute histoire est toujours autre.
même ma propre histoire.
Il y a tant de fils absents
en toutes mailles ou toute trame,
qu’ils font apparaître
en un autre espace
un tissu complètement différent.

De même pour toutes choses.
N’importe laquelle peut être remplacée par une autre :

une fleur par un marteau,
un jour par une nuit,
un amour par un autre amour.
Et les actions des hommes
sont comme des oiseaux vides
qui peuvent à tout instant
s’emplir d’autres images
et voler en n’importe quelle direction.

Toute histoire, toute explication, tout discours,
sont figures fugitivement dessinées en l’air,
formes à la dérive
qui parfois s’enroulent éphémères
autour du profil un peu plus discret
d’une branche morte.

***

YA no puedo admitir ninguna historia,
ni filiación ni origen.
Cualquier historia es siempre otra.
También mi propia historia.

Son tantos los hilos ausentes
en toda urdimbre o toda trama,
que con ellos alcanza
en algún otro espacio
para un tejido completamente diferente.

Sucede lo mismo con todas las cosas.
Cualquiera puede ser suplantada por otra:
una flor por un martillo,
un día por una noche,
un amor por otro amor.
Y las acciones de los hombres
son como pájaros huecos
que pueden en cualquier instante
rellenarse con otras imágenes
y volar en cualquier dirección.

Toda historia, toda explicación , todo discurso,
son figuras trazadas por un momento en el aire,
formas a la deriva
que se enrollan a veces transitoriamente
en et perfil un poco más discreto
de una rama seca.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Onzième Poésie Verticale
Traduction: Fernand Verhesen
Editions: Lettres Vives

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Vérités en poussière (Lionel Ray)

Posted by arbrealettres sur 22 décembre 2018



Illustration
    
Vérités en poussière
flottant,
rien n’existe sinon
l’abîme du rien.

Toutes les villes du monde
sont à la dérive,
la vieille horloge de l’univers
roule parmi les étoiles.

Rien n’existe sinon cette voix
qui rêve en prose
et chante tout bas,

Rien n’existe sinon
ce rêve de quelqu’un
qu’on ne voit pas.

(Lionel Ray)

 

Recueil: Syllabes de sable Poèmes
Traduction:
Editions: Gallimard

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Paradis perdu (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 6 décembre 2018




Paradis perdu
Tous ses arbres à la dérive
Dans le grand flot de la nuit,
Et pourtant je vis
Sans savoir dans le vide
Où toucher terre.

***

Lost Paradise
With all its trees adrift
In the great flood of night,
And I live yet
Not knowing where in emptiness
Landfall lies.

(Kathleen Raine)

Illustration: Gilbert Garcin

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Vérité du coeur (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 3 décembre 2018



Vérité du coeur : un moment hors du temps,
Grain de pollen à la dérive,
Si fin, si petit,
D’or sur le souffle de l’esprit
Semé dans cette chambre calme.

***

Heart’s truth: a moment out of time,
Pollen grain adrift,
How small and fine,
Golden upon the spirit’s breath
Into that quiet chamber sown.

(Kathleen Raine)

 

 

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EXIL (Alejandra Pizarnik)

Posted by arbrealettres sur 12 novembre 2018




EXIL

Cette manie de me savoir un ange,
sans âge,
sans mort où me vivre,
sans piété pour mon nom
ni pour mes os qui pleurent à la dérive.

Et qui n’a pas un amour ?
Et qui ne jouit pas parmi des coquelicots ?
Et qui ne possède pas un feu, une mort,
une peur, une chose horrible,
même avec des plumes,
même avec des sourires ?

Sinistre délire que d’aimer une ombre.
L’ombre ne meurt pas.
Et mon amour
n’embrasse que ce qui flue
comme lave de l’enfer :
une loge secrète,
fantômes en douce érection,
prêtres d’écume
et surtout anges,
anges radieux comme des couteaux
qui se lèvent dans la nuit
et dévastent l’espérance.

(Alejandra Pizarnik)

Illustration: Paul Delvaux

 

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