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Poésie

Posts Tagged ‘sceller’

Ode (Jean Moréas)

Posted by arbrealettres sur 2 juillet 2020



Julius Hübner Mélusine [800x600]

Ode

Seins des femmes ! ô seins de lis ! ô seins de nacre !
Vos rythmes indolents dorlotent nos blessures.
Leurs lèvres ! Vous gardez, en vos calices l’âcre
Saveur des bigarreaux et des grenades sures.

Mais, aux bords fabuleux des fleuves du Levant,
J’eus mes rêves bercés aux ghazels des Péris ;
Et, dans l’antre fatal, la dame de Mervent
Scella mes yeux pensifs de ses baisers fleuris.

(Jean Moréas)

Illustration: Julius Hübner

 

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PASSANT QUI RENTRE RAVI (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 13 avril 2020



Illustration: Max Patte
    
(Recueil Une voix sans personne)
PASSANT QUI RENTRE RAVI

Passant qui rentre ravi
d’accord avec Mars inégal
voici voici que j’entends
un chant secret mais non triste

Le même toujours le même
depuis mille ans que je vis
c’est toi, présence paisible,
qui parle et parle à voix basse

Un geste un souffle et les choses
un mot un signe et les êtres
perdent leurs formes de fer,
— ce mot c’est toi qui le donnes

Par toi le jour dans leur ombre
se glisse, par toi l’écho
mes yeux font la nuit légère
les corps les murs transparents

Je suis la rencontre obscure
je vais je viens je connais
la terre dort dans mes mains
le temps c’est moi c’est ici

C’est moi c’est vous et les heures
le ciel la rue et le vent
chacun chacun comme nous
regarde entend et s’étonne

Printemps probables délices
espace ruses clartés
visage de vie et de mort

— je parle à des lèvres scellées

(Jean Tardieu)

 

Recueil: Jean Tardieu Un poète
Traduction:
Editions: Gallimard Jeunesse

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Nos mots (Luciole)

Posted by arbrealettres sur 1 février 2020




    
Nos mots

Quand le silence hurle,
Se fait assourdissant
Que des sons minuscules
Se font cris de géants
Nos mots sont des compas,
Nous guident sur l’océan
Nos mots comme continents,
Il nous restera ça

Quand les nuages filent
Sans qu’on puisse les toucher
Dans le bleu tendres îles,
Impossible d’accoster
Nos mots sont des trois mâts
Naviguent dans ces nuées
Nos mots comme nos voiliers,
Il nous restera ça

Et quand le ciel pleure,
Se grise de sanglots
Que les sons, les couleurs
Se prennent dans les rouleaux
Nos mots à bouts de bras
Sont nos armes, nos flambeaux
Nos mots comme drapeaux,
Il nous restera ça

Quand les portes sont fermées,
Que l’on reste au-dehors
Quand on a beau frapper
De nos mains, de nos corps
Nos mots resteront là,
Gravés dans le décor
Nos mots comme trésor,
Il nous restera ça

Quand mes lèvres sont scellées,
que je ne sais que dire
Quand je ne sais que pleurer
quand je voudrais sourire
Mes mots glissent tous bas,
pour éviter le pire
Mes mots comme des soupirs,
il me restera ça

Quand on voudrait fixer
Chaque souvenir chaque nuit
Pour ne rien oublier
De chaque sensation
Les mots sont nos combats,
Les mots sont l’émotion
Nos mots comme chansons
Il nous restera ça
Il nous restera ça

(Luciole)

 

Paroliers : David Babin / Angelo Foley / Lucile Gerard

   

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Humer simplement une rose (Maurice Chappaz)

Posted by arbrealettres sur 25 octobre 2019



Humer simplement une rose
ou dévaster le jardin
parce que la brise a ouvert la porte?

Je me suis assis devant la maison
de ma bien-aimée.

L’angoisse scelle mes lèvres
et fait parler mon coeur en silence.

(Maurice Chappaz)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

 

 

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Je ne voudrais changer ma peine pour aucune joie (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 4 décembre 2018




Je ne voudrais changer ma peine
Pour aucune joie :
Douleur lien secret
Signature de sang
Qui scelle à toi ma vie
Indissolublement.

***

I would not change my grief
For any joy :
Sorrow the secret bond
The signature of blood
That seals to you my life
Indissolubly.

(Kathleen Raine)

 

 

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La route est dure (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 2 décembre 2018



La route est dure
Vers ta maison invisitée,
Et les portes scellées. On dit
Qu’à l’amour est donnée la clef
Du souvenir, de la tombe, du Paradis.

***

Hard is the way
To your unvisited house,
Barred the gates. Some say
To love is given the key
Of memory, the grave, Paradise.

(Kathleen Raine)

 

 

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QUELQUE CHOSE DU DEDANS (Agnès Schnell)

Posted by arbrealettres sur 22 octobre 2018



 Alexander Anufriev  (11)

QUELQUE CHOSE DU DEDANS

Sortir de sa nuit
après une croissance imparfaite
se réveiller l’âme décolorée
ébouriffée.

Peut-on être nomade du temps ?
Peut-on être
d’une vie à une autre
passant ?

Silence des morts rebelles
qui renforcent les nœuds.
Silence de la vie
au hasard fixée
ou plantée telle une épine
indurée en nos rêves
irritant nos fougues.

Qui peut nous retenir
contre le vertige du dedans
si large si vide ?

Ceux à mi-chemin
arrêtés fébriles
comme des vagues poursuivies

ceux avec leurs mots lourds
tout fripés de tendresse
balancés à contre-temps

ceux boutefeux par désespoir
incendiaires
exacerbés d’espérance

ceux musiciens des songes
qui tâtonnent sans répit
lézardés jusqu’à la moelle

ceux que nulle main n’a guidés
qui s’épuisent à rassembler
leurs brisures

ceux qui mordent à bouche pleine
les pensées fauves
les passions sans remontée

ceux qui n’ont plus de frontières
et qui implosent chargés de sang
et de brûlures…

Qui peut emmurer
le vertige au-dedans
qui peut sceller notre cœur
pour qu’il cesse de s’affoler
pour un souffle d’air
ou d’ange distrait ?

Qui ?

(Agnès Schnell)

Découvert ici chez Emmila Gitana

Illustration: Alexander Anufriev

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HOUILLE (Jacques Lacarrière)

Posted by arbrealettres sur 22 août 2018



HOUILLE

Par l’oracle muet des feuilles
il était dit que tu serais
oraison de fougères, convoi
des sigillaires au deuil du carbone.
Alors ton silence scella les langues du soleil,
figeant le feu primal dans la défroque des forêts.

(Jacques Lacarrière)

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Ne crains (Bruno Mabille)

Posted by arbrealettres sur 10 juillet 2018



Illustration: Alice de Miramon
    
Ne crains
ni le désert ni l’abîme

à défaut d’une étoile
ou d’un halo
seule nous protège
l’étreinte
qui mêle nos bouches
et scelle nos corps
l’un à l’autre.

(Bruno Mabille)

 

Recueil: A celle qui s’avance
Traduction:
Editions: Gallimard

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Quand la vague a frappé sur la roche indocile (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2018



Quand la vague a frappé sur la roche indocile
qu’éclate la clarté en instaurant sa rose
le cercle de la mer s’amasse en une grappe
et pend en une seule goutte de sel bleu.

Oh radieux magnolia délié dans l’écume,
voyageur magnétique et fleuri dans la mort,
dans l’éternel retour de l’être et du non-être :
sel brisé, éblouissant mouvement marin.

Mon amour, tous les deux, nous scellons le silence,
la mer a beau ruiner ses statues incessantes
et renverser ses tours de folie, de blancheur,

nous, dans la trame de cette étoffe invisible
que font l’eau emballée et le sable éternel,
nous maintenons la tendresse unique et traquée.

***

Al golpe de la ola contra la piedra indócil
la claridad estalla y establece su rosa
y el círculo del mar se reduce a un racimo,
a una sola gota de sal azul que cae.

Oh radiante magnolia desatada en la espuma,
magnética viajera cuya muerte florece
y eternamente vuelve a ser y a no ser nada :
sal rota, deslumbrante movimiento marino.

Juntos tú y yo, amor mío, sellamos el silencio,
mientras destruye el mar sus constantes estatuas
y derrumba sus torres de arrebato y blancura,

porque en la trama de estos tejidos invisibles
del agua desbocada, de la incesante arena,
sostenemos la única y acosada ternura.

(Pablo Neruda)

Illustration

 

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