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Posts Tagged ‘fleuve’

CONCERT DANS LE JARDIN (Octavio Paz)

Posted by arbrealettres sur 27 mai 2017



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CONCERT DANS LE JARDIN

Il a plu.
L’heure est un oeil immense.
En elle nous marchons comme des reflets.
Le fleuve de la musique
entre dans mon sang.
Si je dis : corps, il répond : vent.
Si je dis : terre, il répond : où?

S’ouvre, fleur double, le monde :
tristesse d’être venu,
joie d’être ici.

Je marche perdu en mon propre centre.

(Octavio Paz)

 

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Vestiges (Jorge Luis Borges)

Posted by arbrealettres sur 27 mai 2017



 

Vestiges

L’hémisphère austral. Et sous son algèbre
d’étoiles toutes ignorées par Ulysse,
un homme cherche et cherchera toujours
les vestiges de cette épiphanie
qu’il a connue, il y a tant d’années,
derrière le numéro d’une porte
d’hôtel, près de l’incessante Tamise
qui coule comme coule l’autre fleuve,
celui du temps, subtil, élémentaire.
La chair oublie ses chagrins et ses joies.
L’homme attend, puis il rêve. Vaguement
il retrouve des situations banales.
Le prénom d’une femme, une blancheur,
un corps maintenant sans visage, l’ombre
d’une soirée sans date, la pluie fine,
quelques fleurs de cire sur du marbre
avec les murs, leur couleur rose pâle.

(Jorge Luis Borges)

Illustration: Jean Luc Lebourdier

 

 

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Comment pourrait l’amour entre Vous et moi prendre fin ? (Kabîr)

Posted by arbrealettres sur 23 mai 2017



 

    

Comment pourrait l’amour entre Vous et moi prendre fin ?
Autant la feuille du lotus a besoin de l’eau
— vous êtes mon Seigneur, et je suis votre servant.

Autant l’oiseau de nuit Chakor toute la nuit devant la lune s’extasie
— Vous êtes mon Seigneur et je suis votre servant.

Depuis que le temps a commencé et jusqu’à ce qu’il finisse,
il y a amour entre Vous et moi;
comment un tel amour mourrait-il ?

 » Autant le fleuve entre dans l’Océan,
Mon coeur vous touche  » dit Kabîr.

***

How could the love between Thee and me sever ?
As the leaf of the lotus abides on the water:
so Thou art my Lord, and I am Thy servant.

As the night-bird Chakor gazes all night at the moon :
so Thou art my Lord and I am Thy servant.

From the beginning until the ending of time,
there is love between Thee and me;
and how shall such love be extinguished ?

Kabîr says : « As the river enters into the ocean,
so my heart touches Thee. »

(Kabîr)

 

 

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A quel rivage veux-tu atteindre, ô mon coeur ? (Kabîr)

Posted by arbrealettres sur 23 mai 2017



    
A quel rivage veux-tu atteindre, ô mon coeur ?
Il n’y a aucun voyageur devant toi.
Il n’y a pas de route.
Où est l’action, où est le repos sur ce rivage ?

Il n’y a pas d’eau : aucun bateau, aucun marin ne sont en vue.
Il n’y a pas même de corde pour hâler le bateau, ni d’homme pour la tirer.
Ni terre, ni ciel, ni temps; rien n’y existe : ni fleuve, ni rive.

Il n’y a là, ni corps, ni esprit
et où pourrais-tu y apaiser la soif de ton âme ?
Tu ne trouverais rien dans ce néant.

Sois fort et rentre en toi-même.
Là tu seras sur un terrain solide.
Considère ceci, ô mon coeur !
Ne va pas ailleurs.

Kabîr dit : « Rejette toute imagination et
affermis-toi dans ce que tu es. »

(Kabîr)

 

 

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Retire-toi étroitement (Marie-Claire Bancquart)

Posted by arbrealettres sur 22 mai 2017




    

Retire-toi étroitement
dans ton méandre de la ville.

Crée l’irréel de fleuves sans fin, sans courbure,
trace une cartographie du songe,
sens-toi un peu là dans l’imaginaire.

Tu pourras ensuite
doucement identifier l’arbre et le pigeon,
doucement caresser une pomme à l’étalage,
et sourire en confiance aux passants.

(Marie-Claire Bancquart)

 

Recueil: Terre Energumène
Editions: Le Castor Astral

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Brefs (Max Alhau)

Posted by arbrealettres sur 19 mai 2017



 

Illustration 

    
Brefs

De l’autre côté de la forêt
le ciel prend ses quartiers,
les noms deviennent fleuves.
Ce que l’on n’aperçoit plus
existe alors de plein droit.
Le bleu atteint ta perfection
pour découvrir un paysage
restituant au corps sa part d’infini.

(Max Alhau)

 

Recueil: Présence de la Poésie
Editions: Editions des Vanneaux

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La Venoge (Jean Villard-Gilles)

Posted by arbrealettres sur 15 mai 2017




    
On a un bien joli canton :
des veaux, des vaches, des moutons,
du chamois, du brochet, du cygne ;
des lacs, des vergers, des forêts,
même un glacier, aux Diablerets ;
du tabac, du blé, de la vigne,
mais jaloux, un bon Genevois
m’a dit, d’un petit air narquois :
– Permettez qu’on vous interroge :
Où sont vos fleuves, franchement ?
Il oubliait tout simplement
la Venoge !

Un fleuve ? En tout cas, c’est de l’eau
qui coule à un joli niveau.
Bien sûr, c’est pas le fleuve Jaune
mais c’est à nous, c’est tout vaudois,
tandis que ces bons Genevois
n’ont qu’un tout petit bout du Rhône.
C’est comme : «Il est à nous le Rhin !»
ce chant d’un peuple souverain,
c’est tout faux ! car le Rhin déloge,
il file en France, aux Pays-Bas,
tandis qu’elle, elle reste là,
la Venoge !

Faut un rude effort entre nous
pour la suivre de bout en bout ;
tout de suite on se décourage,
car, au lieu de prendre au plus court,
elle fait de puissants détours,
loin des pintes, loin des villages.
Elle se plaît à traînasser,
à se gonfler, à s’élancer
– capricieuse comme une horloge –
elle offre même à ses badauds
des visions de Colorado !
la Venoge !

En plus modeste évidemment.
Elle offre aussi des coins charmants,
des replats, pour le pique-nique.
Et puis, la voilà tout à coup
qui se met à fair’ des remous
comme une folle entre deux criques,
rapport aux truites qu’un pêcheur
guette, attentif, dans la chaleur,
d’un œil noir comme un œil de doge.
Elle court avec des frissons.
Ça la chatouille, ces poissons,
la Venoge !

Elle est née au pied du Jura,
mais, en passant par La Sarraz,
elle a su, battant la campagne,
qu’un rien de plus, cré nom de sort !
elle était sur le versant nord !
grand départ pour les Allemagnes !
Elle a compris ! Elle a eu peur !
Quand elle a vu l’Orbe, sa sœur
– elle était aux premières loges –
filer tout droit sur Yverdon
vers Olten, elle a dit : «Pardon !»
la Venoge !

«Le Nord, c’est un peu froid pour moi.
J’aime mieux mon soleil vaudois
et puis, entre nous : je fréquente !»
La voilà qui prend son élan
en se tortillant joliment,
il n’y a qu’à suivre la pente,
mais la route est longue, elle a chaud.
Quand elle arrive, elle est en eau
– face aux pays des Allobroges –
pour se fondre amoureusement
entre les bras du bleu Léman,
la Venoge !

Pour conclure, il est évident
qu’elle est vaudoise cent pour cent !
Tranquille et pas bien décidée.
Elle tient le juste milieu,
elle dit : «Qui ne peut ne peut !»
mais elle fait à son idée.
Et certains, mettant dans leur vin
de l’eau, elle regrette bien
– c’est, ma foi, tout à son éloge –
que ce bon vieux canton de Vaud
n’ait pas mis du vin dans son eau…
la Venoge !

(Jean Villard-Gilles)

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Avec le temps (Eugénio de Andrade)

Posted by arbrealettres sur 12 mai 2017




    

Avec le temps s’approcheront les fleuves
et les montagnes, avec le temps
il finira par venir manger dans ta main
et faire son nid dans ton lit
le silence.

(Eugénio de Andrade)

 

Recueil: Matière Solaire / Poids de l’Ombre / Blanc sur Blanc
Traduction:Michel Chandeigne, Patrick Quillier, Maria Antonia Câmara Manuel
Editions: Gallimard

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Un poème n’est pas une route (Pierre Albert-Birot)

Posted by arbrealettres sur 6 mai 2017



Illustration

    

Un poème n’est pas une route
c’est un fleuve

(Pierre Albert-Birot)

 

Recueil: Poèmes à l’autre moi précédé de La Joie des sept couleurs et suivi de Ma morte et de La Panthère noire
Editions: Gallimard

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Réalité des lieux (Max Alhau)

Posted by arbrealettres sur 2 mai 2017




Illustration: ArbreaPhotos
    

Réalité des lieux

Le rivage atteint, il reste à découvrir :
un même lieu s’impose au regard,
un même fleuve se noue au rivage
L’instant brise la pierre, s’inscrit sur le corps
Ni la mémoire, ni l’oubli n’ont part à cette durée.
Le souffle, le visage proche escortent le voyageur
qui répète le mot de passe.

(Max Alhau)

 

Recueil: Présence de la Poésie
Editions: Editions des Vanneaux

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