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Posts Tagged ‘fleuve’

Point de retour sans aller (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 14 juillet 2017



Illustration
    
Point de retour sans aller

Le fleuve de larmes et de sang
S’évapore en brume légère
Se condense en nuages flottants
Retombe en pluie fertile,
Tout le perdu est repris
Source et mer sont retrouvailles

Point d’aller sans retour

(François Cheng)

 

Recueil: La vraie gloire est ici
Editions: Gallimard

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Une barque (Tshanyang Gyatsho)

Posted by arbrealettres sur 13 juillet 2017



Une barque, même instable,
dissipe l’anxiété devant le fleuve immense:
une compagnie, n’importe laquelle,
soulagerait ma peine de cette amie morte.

(Tshanyang Gyatsho)


Illustration: Odilon Redon

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LES DEUX FLEUVES (François Mauriac)

Posted by arbrealettres sur 12 juillet 2017



LES DEUX FLEUVES

Tu te souviens, mon endormie,
De ces caresses retenues ?
Si jamais tu ne fus moins nue,
J’étais plus sage qu’une amie.

Jusqu’à l’extrême bord nous fûmes
De la volupté défendue,
Mais nos mains, mouettes perdues,
Ne rasaient pas l’amère écume.

Nuit que je voulais éternelle,
Où, sans sommeil et sans parole,
Nous fûmes, tête contre épaule,
Deux fleuves de sang parallèles.

(François Mauriac)

Illustration: Giampaolo Ghisetti

 

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Sur l’autre rive du fleuve (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 9 juillet 2017



Sur l’autre rive du fleuve
déchiré d’écumes cruelles
une femme fit un geste
et lui parla.

Mais la rumeur était si grande
de l’eau de glace sur la roche
qu’aussitôt la voix se perdit
dans l’impossible transparence.

Il rentra dans sa chambre blanche.
Il lut un livre qui traitait
de la sagesse de Socrate
et de la mort.

Puis soudain la nuit tomba
sur ses mains et son visage.
Et lui poursuivait encore
le mince et douloureux secret.

(Jean Joubert)


Illustration: Katerina Belkina

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Ici le roc (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 7 juillet 2017



Ici le roc, ses cruautés d’oiseau,
l’aile pliée sur un songe de sang,
ses lames affilées au doigt du gel
et ses blancheurs soudaines d’ossement.

Mais une eau fine avive le ravin
de ses soupirs, de sa minceur de vierge.
Vite le pauvre y plonge ses deux mains
pour y puiser des caresses fragiles.

Jamais pourtant il ne verra le fleuve
où déjà la nuit tombe sur les îles.

(Jean Joubert)


Illustration: Sabin Balasa

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Où rivière et fleuve (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 2 juillet 2017



Illustration
    
Où rivière et fleuve
Ont leurs larmes mêlées
leurs sangs confondus

S’ouvre le val d’attente
Aux saisons défuntes
aux herbes renaissantes

Tout est retrouvaille
Tout est épousailles
la vie s’offre à nu

S’envole l’hirondelle
Changeant brume et nuage
en aérienne extase

(François Cheng)

 

Recueil: A l’orient de tout
Editions: Gallimard

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JE demeurerai vierge comme la neige (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 30 juin 2017



JE demeurerai vierge comme la neige
Sereine, qui dort là-bas d’un blanc sommeil,
Qui dort pâlement, et que l’hiver protège
Du brutal soleil.

Et j’ignorerai la souillure et l’empreinte
Comme l’eau du fleuve et l’haleine du nord.
Je fuirai l’horreur sanglante de l’étreinte,
Du baiser qui mord.

Je demeurerai vierge comme la lune
Qui se réfléchit dans le miroir du flot,
Et que le désir de la mer importune
De son long sanglot.

(Renée Vivien)

Illustration: Arthur Hughes

 

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Ame soeur (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 23 juin 2017



    

Ame soeur
Entends-tu ce qui
Vient de l’heure, ce qui
Vient du coeur, à l’heure
De l’abandon, à l’heure
Du crève-coeur,
Ce battement depuis
La naissance, déchirant
Les entrailles maternelles,
Déchirant l’écorce
Terrestre, ce battement
Qui cherche à se dire,
Qui cherche à se faire
Entendre, entends-tu
Ame soeur
Ce cri d’avant-vie, plein
D’une étrangère nostalgie,
De ce qui avait été
Rêvé, et comme à jamais
Vécu, matin de brume
D’un fleuve, nuage
Se découvrant feuillage,
Midi de feu d’un pré, pierre
Se dévoilant pivoine, toute
La terre embrasée, tout
Le ciel incandescent
En une seule promesse,
En une seule invite
Ne rate pas le divin
Ne rate pas le destin,
Entends-tu ce qui
Vient de la flamme
Du cœur, à l’heure
Du crève cœur, ce cri
Surgi un jour, à ton
Insu, en toi-même,
Le transparent, le transportant,
Le transfigurant, seul cri
Fidèle à l’âme en attente,
Ame sœur.

(François Cheng)

 

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Fleuve, lune et fleurs printanières (Zhang Ruoxu)

Posted by arbrealettres sur 23 juin 2017



Illustration: Koho Shoda 

    

Fleuve, lune et fleurs printanières

Au printemps le fleuve déborde, s’unissant à la mer,
De l’océan, la lune monte avec la marée;
Scintillante, suivant les flots sur dix mille lis,
La lune glisse omniprésente le long du fleuve au printemps.

Le courant serpente entre les prairies parfumées,
Les arbres fleuris deviennent neigeux sous les rayons argentés;
Dans l’air qui semble condensé, se meut le givre
Qui voile les rives sablonneuses, à peine distinctes.

Ciel et fleuve, sans l ‘ombre d ‘une poussière, forment un camaïeu pur,
Au-dessus duquel brille une lune solitaire dans le firmament infini;
Qui fut le premier à contempler la lune au bord du fleuve?
Et quand pour la première fois, la lune a-t-elle éclairé la nuit?

La vie se perpétue, génération après génération,
Fleuve et lune paraissent immuables, année après année.
Innombrables sont les hommes qui s’en sont allés sous cette lune,
Seul demeure le grand Yangtsé charriant ses eaux précipitées.

Autant me semble, éloigné ce flocon de nuage qui va s’effilochant,
Autant est triste l’homme sur la rive aux érables verts;
Cette nuit-dans quelle maison, pense-t-on au voyageur sur l ‘eau
Sous cette lune qui s’attriste d’éclairer en solitaire le pavillon vide?

Elle s’y attarde, comme accrochée par dessus son toit,
Et pénètre le boudoir habité par une âme esseulée.
Elle se présente, insistante, à la fenêtre au rideau tiré,
Indélébile sur la planche où tomberont les coups du battoir.

A cette heure, à défaut de nouvelle, nous regardons la même lune,
Mais je voudrais être un de ces rayons qui te caresse…
Que l ‘oie sauvage porte mon message aussi loin que la lune!
Que les ondes nées des ébats des poissons composent mon courrier!

La nuit précédente, un rêve, où les pétales tombaient sur l’étang;
La mi-printemps déjà passée, et toi, malheureuse, tu ne me reviens pas…
Avec les eaux du fleuve, le printemps touche presque à sa fin,
A l’ouest, près de l ‘étang, la lune est sur son déclin;

Elle va bientôt se coucher au fond de la mer brumeuse,
Mais longue est la route, avant que les fleuves, Xiao et Xiang se rejoignent:
Combien sont-ils, ceux qui rentrent au clair de lune, cette nuit-là?
A la lune déclinée, les arbres du fleuve soupirent, mélancoliques.

***

春江潮水连海平,
海上明月共潮升。
滟滟随波千万里,
何处春江无月明!

江流宛转绕芳甸,
月照花林皆似霰;
空里流霜不觉飞,
汀上白沙看不见。

江天一色无纤尘,
皎皎空中孤月轮 。
江畔何人初见月?
江月何年初照人?

人生代代无穷已,
江月年年只相似;
不知江月照何人,
但见长江送流水。

白云一片去悠悠,
青枫浦上不胜愁。
谁家今夜扁舟子?
何处相思明月楼?

可怜楼上月徘徊,
应照离人妆镜台。
玉户帘中卷不去,
捣衣砧上拂还来。

此时相望不相闻,
愿逐月华流照君。
鸿雁长飞光不度,
鱼龙潜跃水成文。

昨夜闲潭梦落花,
可怜春半不还家。
江水流春去欲尽,
江潭落月复西斜。

斜月沉沉藏海雾,
碣石潇湘无限路。
不知乘月几人归,
落月摇情满江树。

(Zhang Ruoxu)

 

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Plus loin c’était l’exode son ressac (Jacqueline Saint-Jean)

Posted by arbrealettres sur 19 juin 2017



Plus loin c’était l’exode son ressac
les matelas crevés de la mémoire
les nuques basses les yeux déserts
et sur ce charroi d’ombres une chaise à l’envers
les pieds contre le ciel qui dérive à rebours
de ces longs ciels dépenaillés
fuyant les hordes revenues
Le voyageur s’envase dans les douves
regardant passer le même convoi
Il entend encore dans un autre temps
la rouille d’un treuil tourner dans le corps
Là-bas dans le soleil de l’estuaire
le fleuve pourtant s’unit à la mer

(Jacqueline Saint-Jean)

Illustration: Sabin Balasa

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