Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘fatigue’

Apparition (Titi Robin)

Posted by arbrealettres sur 19 septembre 2022




    
Apparition

La beauté est divine
et, plus qu’humaine,
elle naît pourtant d’un simple regard,
des gestes de la servante,
du reflet de sa silhouette dans le lac de Pushkar,
du souvenir de son parfum mêlé à la sueur laiteuse,
du chant du qawwal, prière passionnée,
de l’abandon et de la possession des corps,
de la fatigue qui suit l’effort,
du sourire du gamin édenté comme du silence de l’ascète,
de ton refus digne comme de ma confiance inébranlable.
Hafez l’a si bien dit,
elle est comme la nouvelle lune qui éclaire doucement le chemin des égarés,
puis se retire sous le voile des nuages.

(Titi Robin)

Rajasthan, un voyage aux sources gitanes, 2004.

 

Recueil: La Beauté Éphéméride poétique pour chanter la vie
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Qui rapportera La vie des herbes vibrantes (Alain Vircondelet)

Posted by arbrealettres sur 5 septembre 2022


herbes

Qui rapportera
La vie des herbes vibrantes
Vouées au vent,
Leurs courbures
Sous le vent
Et leur fatigue?

(Alain Vircondelet)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , | Leave a Comment »

Le jour monte et grandit (Michel Houellebecq)

Posted by arbrealettres sur 31 août 2022



Le jour monte et grandit, retombe sur la ville
Nous avons traversé la nuit sans délivrance
J’entends les autobus et la rumeur subtile
Des échanges sociaux. J’accède à la présence.

Aujourd’hui aura lieu. La surface invisible
Délimitant dans l’air nos êtres de souffrance
Se forme et se durcit à une vitesse terrible;
Le corps, le corps pourtant, est une appartenance.

Nous avons traversé fatigues et désirs
Sans retrouver le goût des rêves de l’enfance
Il n’y a plus grand-chose au fond de nos sourires,
Nous sommes prisonniers de notre transparence.

(Michel Houellebecq)

Illustration

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Fatigué d’être silence (Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 28 août 2022



Il y a des moments
Où le silence

Est fatigué
D’être silence,

Voudrait se heurter
À d’autres silences.

(Guillevic)

Illustration

Posted in poésie | Tagué: , , , | 4 Comments »

Je ne puis écarter de mes paupières (Hugo von Hofmannsthal)

Posted by arbrealettres sur 23 juillet 2022



 

île de Pâques  3

Je ne puis écarter de mes paupières
Les fatigues des peuples oubliés
Ni épargner à mon âme craintive
La chute sourde des étoiles lointaines.

(Hugo von Hofmannsthal)

Illustration

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

La fatigue a des couleurs (Jacques Ancet)

Posted by arbrealettres sur 22 juin 2022



 

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

La fatigue a des couleurs
comme les saisons. Elle a
ses douceurs et ses éclats,
ses silences. Mais surtout
ce qu’elle permet de voir :
d’une chose à son image,
imperceptible, une sorte
de distance sans distance.
L’incertitude du monde.
Comme un vacillement bref.

C’est, quand tombe la lumière,
une sorte de césure
qui fait que plus rien ne bouge.
Dans chaque chose, un éclat
qui brûle. Comme ce qui,
dans la phrase, vibre plus
que les mots et les traverse
vers ce qu’ils ne disent pas.
C’est une attente, on dirait,
mais rien ne vient. Ne s’en va.

(Jacques Ancet)

Illustration: ArbreaPhotos
 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Le navire ne naviguera pas toujours (Marina Tsvétaïéva)

Posted by arbrealettres sur 7 mai 2022



    
Le navire ne naviguera pas toujours
Et le chant du rossignol…
J’ai si souvent voulu vivre
Et si souvent — mourir !

Fatiguée de la loterie, comme
Dans mon enfance, — je quitterai
le jeu, Heureuse de ne pas croire Qu’il
y a d’autres mondes.

(Marina Tsvétaïéva)

 

Recueil: Insomnie et autres poèmes
Traduction:
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Aujourd’hui, le dégel (Marina Tsvétaïéva)

Posted by arbrealettres sur 7 mai 2022



Illustration: Jill Battaglia
    
Aujourd’hui, le dégel, aujourd’hui,
Debout, près de la fenêtre, de nouveau
Apaisée, regard dégrisé, plus encore,
Et ma poitrine — plus libre.

Je ne sais pourquoi. Peut-être
L’âme simplement fatiguée,
Et sans envie de toucher
Au crayon rebelle.

Debout, ainsi, dans le brouillard —
Au loin du bien et du mal,
Je tambourine d’un doigt léger
Sur la vitre qui vibre à peine.

Ni meilleure ni pire — par l’âme,
Que le premier venu — au hasard —
Ou que les flaques dans lesquelles
Le ciel répand ses perles,

Ou qu’un oiseau qui passe,
Ou qu’un chien qui erre, ou,
Même, qu’une chanteuse pauvre
Qui ne m’a pas fait pleurer.

Déjà, mon âme a retrouvé
L’art subtil de l’oubli.
Dégel, aujourd’hui, dans l’âme,
Pour le vaste sentiment.

(Marina Tsvétaïéva)

 

Recueil: Insomnie et autres poèmes
Traduction:
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Si calme la peau grise (Paul Eluard)

Posted by arbrealettres sur 7 avril 2022



Illustration: Lauri Blank
    
Si calme la peau grise éteinte calcinée
Faible de la nuit prise dans ses fleurs de givre
Elle n’a plus de la lumière que les formes.

Amoureuse cela lui va bien d’être belle
Elle n’attend pas le printemps.

La fatigue la nuit le repos le silence
Tout un monde vivant entre des astres morts
La confiance dans la durée
Elle est toujours visible quand elle aime.

(Paul Eluard)

Recueil:… Bleue comme une orange
Traduction:
Editions: Alternatives

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

En guerre (Ingerborg Bachmann)

Posted by arbrealettres sur 24 mars 2022



Illustration: Aina Frozt
    
En guerre

Il fait nuit si profonde autour de moi,
tant de solitude et de détresse.
Les murs tremblent et se pressent,
les larmes coulent du pain froid.

Il fait froid à pierre fendre dans la maison.
Aucun feu ne brûle, nulle part de lumière.
Mon souffle fume et expire dans l’air,
et tout espoir devient renonciation.

Dans le pays les routes bâillent largement
et m’appellent sûrement aussi.
Mais je suis fatiguée et emplie de peine…
ll fait nuit si profonde autour de moi.

***

Im Krieg

Es ist so tiefe Nacht um mich
und Einsamkeit und graue Not.
Die Wände drängen zitternd sich
und Tränen rinnen aus dem Brot.

Es ist so bitter kalt im Haus.
Kein Feuer brennt und nirgends Licht.
Mein Atem raucht im Raume aus
und aile Hoffnung wird Verzicht.

Im Lande gähnen Strassen weit
und rufen mich auch sicherlich.
Doch ich bin miide und volt Leid…
Es ist so tiefe Nacht um mich.

(Ingerborg Bachmann)

 

Recueil: Toute personne qui tombe a des ailes
Traduction: Françoise Rétif
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :