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Poésie

Posts Tagged ‘fermer’

COSMOS (Guy Fenaux)

Posted by arbrealettres sur 23 mai 2022




    
COSMOS

La forme du caillou, c’est l’histoire du monde ; Il
ignore sa force et ferme ses pétales.
Il invente l’amour au chant de la rivière,
Il répète le temps dans le creux de son poing.

La forme de ton corps, c’est l’histoire du monde ;
Il connaît sa faiblesse et ouvre ses pétales. Il
est lui-même amour : il invente la vie. Il est
surtout présence : il invente le temps.

(Guy Fenaux)

Recueil: 35 siècles de poésie amoureuse
Traduction:
Editions: Saint-Germain-des-Prés Le Cherche-Midi

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L’une mariée, l’autre pas encore… (Feng Menglong)

Posted by arbrealettres sur 23 avril 2022



    

L’une mariée, l’autre pas encore…
(« Chansons de la montagne »)

Deux belles-soeurs marchaient épaule contre épaule.
De ces deux fleurs fraîches, laquelle la plus belle ?

Celle encore fermée dans la rosée,
répond la plus jeune.

Fleur de lotus ouverte est tellement plus odorante,
Réplique la plus âgée.

(Feng Menglong)

 

Recueil: Cent poèmes d’amour de la Chine ancienne
Traduction: André Lévy
Editions: Philippe Picquier

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Source (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 5 avril 2022



 


    
Source

À la chatte grise qui sans rien dire à personne
s’est trouvée un jour pleine, la très douce outre duveteuse
puis après soixante jours a mis bas en ronronnant
deux tigrés et deux noir et blanc
qui se collent à ses tétines roses
et boivent en fermant les yeux et pétrissant ses poils
la source de toute vie qui nourrit toutes les bouches
je demande protection…

(Claude Roy)

Recueil: le chat en cent poèmes
Traduction:
Editions: Omnibus

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Le Petit Chat (Edmond Rostand)

Posted by arbrealettres sur 2 avril 2022




Illustration: ArbreaPhotos
    
Le Petit Chat

C’est un petit chat noir effronté comme un page,
Je le laisse jouer sur ma table souvent.
Quelquefois il s’assied sans faire de tapage,
On dirait un joli presse-papier vivant.

Rien en lui, pas un poil de son velours ne bouge ;
Longtemps, il reste là, noir sur un feuillet blanc,
A ces minets tirant leur langue de drap rouge,
Qu’on fait pour essuyer les plumes, ressemblant.

Quand il s’amuse, il est extrêmement comique,
Pataud et gracieux, tel un ourson drôlet.
Souvent je m’accroupis pour suivre sa mimique
Quand on met devant lui la soucoupe de lait.

Tout d’abord de son nez délicat il le flaire,
La frôle, puis, à coups de langue très petits,
Il le happe ; et dès lors il est à son affaire
Et l’on entend, pendant qu’il boit, un clapotis.

Il boit, bougeant la queue et sans faire une pause,
Et ne relève enfin son joli museau plat
Que lorsqu’il a passé sa langue rêche et rose
Partout, bien proprement débarbouillé le plat.

Alors il se pourlèche un moment les moustaches,
Avec l’air étonné d’avoir déjà fini.
Et comme il s’aperçoit qu’il s’est fait quelques taches,
Il se lisse à nouveau, lustre son poil terni.

Ses yeux jaunes et bleus sont comme deux agates ;
Il les ferme à demi, parfois, en reniflant,
Se renverse, ayant pris son museau dans ses pattes,
Avec des airs de tigre étendu sur le flanc.

Mais le voilà qui sort de cette nonchalance,
Et, faisant le gros dos, il a l’air d’un manchon ;
Alors, pour l’intriguer un peu, je lui balance,
Au bout d’une ficelle invisible, un bouchon.

Il fuit en galopant et la mine effrayée,
Puis revient au bouchon, le regarde, et d’abord
Tient suspendue en l’air sa patte repliée,
Puis l’abat, et saisit le bouchon, et le mord.

Je tire la ficelle, alors, sans qu’il le voie,
Et le bouchon s’éloigne, et le chat noir le suit,
Faisant des ronds avec sa patte qu’il envoie,
Puis saute de côté, puis revient, puis refuit.

Mais dès que je lui dis : « Il faut que je travaille,
Venez vous asseoir là, sans faire le méchant ! »
Il s’assied… Et j’entends, pendant que j’écrivaille,
Le petit bruit mouillé qu’il fait en se léchant.

(Edmond Rostand)

Recueil: Les Musardises
Traduction:
Editions:

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Vieux frère (Jules Lemaître)

Posted by arbrealettres sur 29 mars 2022




Illustration: ArbreaPhotos
    
Vieux frère

Mon chat, hôte sacré de ma vieille maison,
De ton dos électrique arrondis la souplesse,
Viens te pelotonner sur mes genoux, et laisse
Que je plonge mes doigts dans ta chaude toison.

Ferme à demi, les reins émus d’un long frisson,
Ton œil vert qui me raille et pourtant me caresse,
Ton œil vert semé d’or, qui, chargé de paresse,
M’observe d’ironique et bénigne façon.

Tu n’as jamais connu, philosophe, ô vieux frère,
La fidélité sotte et bruyante du chien :
Tu m’aimes cependant, et mon coeur le sent bien.

Ton amour clairvoyant, et peut-être éphémère,
Me plaît, et je salue en toi, calme penseur,
Deux exquises vertus : scepticisme et douceur.

(Jules Lemaître)

Recueil: le chat en cent poèmes
Traduction:
Editions: Omnibus

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Si du nouveau maître (Tsoura-Youki)

Posted by arbrealettres sur 25 mars 2022




Illustration: Suzuki Harunobu
    
Si du nouveau maître
De mon logis bien-aimé
Le coeur m’est fermé,
Des fleurs je crois reconnaître
L’ancien accueil embaumé.

(Tsoura-Youki)

Recueil: Poëmes de la libellule
Traduction: Judith Gautier
Editions: Beaux-Arts de Paris

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La Vieille (Charles-Ferdinand Ramuz)

Posted by arbrealettres sur 2 mars 2022




    
La Vieille

Elle était déjà bien vieille
quand les vieux d’à présent étaient petits, elle
est d’un autre temps, elle est restée, et puis elle
s’est oubliée.

Elle est du temps passé où les femmes
portaient des coiffes de dentelles, et
des fichus brodés, des jupes de milaine
avec beaucoup de plis.

Elle est du temps où on parlait encore patois,
où les gens allaient à la ville,
une fois par année, aux fêtes de la Dame;
et, montant à la cathédrale
avec des graines dans leur poche,
ils faisaient le tour de la grosse cloche.

Elle est d’un temps si vieux qu’on ne s’en souvient
plus. Mais, elle, elle s’en souvient, elle ferme les yeux
pour mieux s’en souvenir;
et elle est là, assise au soleil sans rien dire,
songeant à son passé, à ceux qui sont partis
et à sa solitude.

(Charles-Ferdinand Ramuz)

 

Recueil: Le Petit Village
Traduction:
Editions: Héros-Limite

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La nuit s’avance (Fernando Pessoa)

Posted by arbrealettres sur 7 février 2022




    
La nuit s’avance.
Le ciel est bleu.
Qui donc me manque ?

Le vent du sud
Noie jusqu’à l’âme
Mon corps au calme,

Quelqu’un m’attend,
O vent furtif ?
Je ne sais. Face brève,
Ferme les yeux. Viens !

(Fernando Pessoa)

Recueil: Oeuvres poétiques
Traduction:
Editions: Gallimard

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JE TOUCHE TES LEVRES (Julio Cortázar)

Posted by arbrealettres sur 26 janvier 2022



Illustration: Alice de Miramon
    
JE TOUCHE TES LEVRES

Je touche tes lèvres,
je touche d’un doigt le bord de tes lèvres.
Je dessine ta bouche comme si elle naissait de ma main,
comme si elle s’entrouvrait pour la première fois
et il me suffit de fermer les yeux
pour tout défaire et tout recommencer.

Je fais naître chaque fois la bouche que je désire,
la bouche que ma main choisit et qu’elle dessine sur ton visage,
une bouche choisie entre toutes, choisie par moi
avec une souveraine liberté pour la dessiner de ma main sur ton visage et qui,
par un hasard que je ne cherche pas à comprendre,
coïncide exactement à ta bouche
qui sourit sous la bouche que ma main te dessine.

Tu me regardes, tu me regardes de tout près,
tu me regardes de plus en plus près,
nous jouons au cyclope,
nos yeux grandissent, se rejoignent, se superposent,
et les cyclopes se regardent, respirent confondus,
les bouches se rencontrent, luttent tièdes avec leurs lèvres,
appuyant à peine la langue sur les dents,
jouant dans leur enceinte où va et vient
un air pesant dans un silence et un parfum ancien.

Alors mes mains s’enfoncent dans tes cheveux,
caressent lentement la profondeur de tes cheveux,
tandis que nous nous embrassons
comme si nous avions la bouche pleine de fleurs ou de poissons,
de mouvement vivants, de senteur profonde.

Et si nous nous mordons, la douleur est douce
et si nous sombrons dans nos haleines mêlées
en une brève et terrible noyade,
cette mort instantanée est belle.

Et il y a une seule salive et une seule saveur de fruit mûr,
et je te sens trembler contre moi comme une lune dans l’eau.

(Julio Cortázar)

 

Recueil: Marelle
Traduction: Laure Bataillon & Françoise Rosset
Editions: Gallimard

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QUAND JE FERME LES YEUX… (Louis Delorme)

Posted by arbrealettres sur 21 octobre 2021




Quand je ferme les yeux, je crois voir des étoiles
Comme si, dans mon crâne, était un univers,
Ressemblant à celui qui nous est découvert
Quand la nuit chaque soir en déchire les voiles.

A qui notre intellect a-t-il servi de toile
Pour que, dans la pensée, se fasse le transfert ?
Irréel et réel vont souvent de concert,
Nous sommes imprégnés des deux jusqu’à la moelle ;

Tous deux sont bien présents, prompts à nous égarer
Si bien que nous avons du mal à séparer
Quelquefois ce qui est de ce qu’on imagine.

Le monde n’est perçu qu’à travers l’instrument :
Télescope géant ou lunette marine,
Avons-nous bien idée de notre dénuement ?

(Louis Delorme)

Illustration: Josephine Wall

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