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Poésie

Posts Tagged ‘mordre’

Tant d’ouate… (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 16 novembre 2017



Illustration: Martine Ivaldi
    
Tant d’ouate…

Tant d’ouate sanguinolente,
Parmi les marais s’entassant,
Toutes ces odeurs si ferventes
Qu’exhale l’étang croupissant…

Il monte des mauves bourbiers
Où pourrit l’herbe par torchées,
Des parfums comme extasiés
Vers quelles déités cachées?

Des parfums d’un tel idéal
Evocateurs et d’une ivresse
Si pénétrante qu’ils font mal:
Poignard aigu qui vous transperce,

Ou langoureux baiser qui mord.
Quel secret profond balbutie
Par delà l’amour et la mort
La vase où baignent les orties?

(Marie Dauguet)

 

 

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Passage protégé (Patrick Williamson)

Posted by arbrealettres sur 14 novembre 2017



Illustration: Andrzej Malinowski

    
Passage protégé

Un morceau de bois ravi par la tempête virevolte
au bout de boucles qui se mordent la queue — toi
la bouée d’un fétu, le métronome qui bat comme
le bateau ballotté par des embardées contraires — des courbes
charriées tels les battements de ton coeur sous la peau
un souffle régulier soulevant ta poitrine — se précipite
ordonnant à ceux qui nagent de regagner la berge
planches, épaves charriant le reste — m’enivrant
par ton odeur, ta présence, cette présence
dont je suis si intime, ce corps que je veux — toucher

***

Safe passage

A piece of wood salvaged by the storm lurches past
on curled tips that chase their tails — you
the safety of a straw, the metronome beating
as the boats rock in counter yaw — curves
carried like your heart pulses under skin,
steady breath lifting your chest — rushing past
commanding those who swim to take to land, boards
and flotsam will carry the rest — lifting me
with your soent, your presence, that presence
I am so close to, that body I wish — to touch.

(Patrick Williamson)

 

Recueil: Trois rivières
Traduction: Max Alhau
Editions: L’Harmattan

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Le Vent (Emile Verhaeren)

Posted by arbrealettres sur 23 octobre 2017




Le Vent

Sur la bruyère longue infiniment,
Voici le vent cornant Novembre ;
Sur la bruyère, infiniment,
Voici le vent
Qui se déchire et se démembre,
En souffles lourds, battant les bourgs,
Voici le vent,
Le vent sauvage de Novembre.

Le vent rafle, le long de l’eau,
Les feuilles mortes des bouleaux,
Le vent sauvage de Novembre ;
Le vent mord, dans les branches,
Des nids d’oiseaux ;
Le vent râpe du fer
Et peigne au loin les avalanches,
Rageusement, du vieil hiver,
Rageusement, le vent.
Le vent sauvage de Novembre.

(Emile Verhaeren)

Illustration

 

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Les dents du monde (Nils Tern)

Posted by arbrealettres sur 21 octobre 2017



 

Elles mordent à coup sûr
bouche immense
les dents du monde

(Nils Tern)

Illustration: Bruno Di Maio

 

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L’ODEUR DE MON PAYS (Lucie Delarue-Mardrus)

Posted by arbrealettres sur 3 octobre 2017



L’ODEUR DE MON PAYS

L’odeur de mon pays était dans une pomme.
Je l’ai mordue avec les yeux fermés du somme,
Pour me croire debout dans un herbage vert.
L’herbe haute sentait le soleil et la mer,
L’ombre des peupliers y allongeait des raies,
Et j’entendais le bruit des oiseaux, plein les haies,

Se mêler au retour des vagues de midi.
Je venais de hocher le pommier arrondi,
Et je m’inquiétais d’avoir laissé ouverte,
Derrière moi, la porte au toit de chaume mou…

Combien de fois, ainsi, l’automne rousse et verte
Me vit-elle, au milieu du soleil et, debout,
Manger, les yeux fermés, la pomme rebondie
De tes prés, copieuse et forte Normandie ?…
Ah ! je ne guérirai jamais de mon pays !
N’est-il pas la douceur des feuillages cueillis
Dans leur fraîcheur, la paix et toute l’innocence ?

Et qui donc a jamais guéri de son enfance ?…

(Lucie Delarue-Mardrus)

 

 

 

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Quand je te vis (Andrée Sodenkamp)

Posted by arbrealettres sur 23 septembre 2017



Quand je te vis, je sus, qu’engourdi du voyage
Tu n’étais, Bien-Aimé, pas encor revenu.
Tu rapportais chez nous ton poids de paysages
Et pailletés de froid, des objets saugrenus.

Mais où était resté cet amant sans raison,
Celui qui seul gémit, la nuit, sous les délices?
Mes doigts suivaient encor des courbes d’horizon
Sur ton front détourné et sur ta lèvre triste.

Tu ramenais sur toi l’odeur de l’étrangère,
Des songes entêtés te faisaient les yeux las.
Mon âme est bien rangée en la vie coutumière,
Et mes pas mesurés te blessaient comme un glas.

Ensemble nous pleurions sur ton désir perdu,
Et mon corps quelquefois plaisait à ton malheur.
Tu caressais ton rêve, au hasard d’un sein nu,
Sur ma bouche, le soir, tu te mordais le cœur.

(Andrée Sodenkamp)

Découvert ici chez Lecture/Ecriture

Illustration: Arthur Hughes

 

 

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Comme un vol de cygnes sauvages (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 22 septembre 2017



Comme un vol de cygnes sauvages,
Battements d’ailes vers le Nord,
Passe le vol des blancs nuages,
Chassés par la bise qui mord.

(Renée Vivien)

Illustration: David Brayne

 

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LES POUVOIRS DE L’AMOUR (XI) (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 11 septembre 2017



Illustration: Paul Apal’kin
    
LES POUVOIRS DE L’AMOUR (XI)

Tes cheveux se dénouent sur mon corps
comme une moisson de blé perdue
au détour d’un champ de rosée
dans un matin qui n’a pas de bords.

Tu cherches mes lèvres avec la soif
de quelqu’un qui a traversé le monde
pour aller voir la neige fondre
sur des sommets moins hauts qu’un baiser.

Tu es vivante comme peut l’être
le cri d’un fruit qu’on mord.
En t’aimant, je prends tout l’or
qui veille à l’entrée de ta chair.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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LE DINDON (Norge)

Posted by arbrealettres sur 5 septembre 2017



LE DINDON

La maladie du Pourquoi est incurable.
C’est comme une grande démangeaison qui vous mordrait l’âme.
La maladie du Comment n’est pas moins grave :
c’est comme une grande brûlure qui vous mordrait l’âme,
l’âme !
Ah, cette sacrée âme : toujours le dindon de la farce !

(Norge)


Illustration: Francis Bacon

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RHAPSODIES HONGROISES (Henri Cazalis)

Posted by arbrealettres sur 23 août 2017




    
RHAPSODIES HONGROISES

Penché sur son violon, et pâle,
comme si son archet jouait sur son coeur,
il débuta par un chant douloureux,
autant que lui semblait la vie.

Mais peu à peu ses yeux s’éclairèrent;
il regarda l’espace, le grand espace, plein de soleil,
et se mit à jeter plusieurs notes joyeuses.
Elles s’en allèrent, s’envolèrent, puis revinrent :

il semblait heureux avec elles;
elles s’en allèrent, s’envolèrent, puis revinrent,
et soudain se firent étincelantes et rapides,
et emportèrent son âme dans une ronde ardente,
au sein d’un éblouissant tourbillon,
d’amour sans doute et de lumière.

Et l’archet semblait devenu fou et ivre mordait les cordes,
comme l’amant mord l’amante.
Mais, tout à coup, le violon sanglota,
et reprit son chant monotone, et si triste,
qu’il rappelait l’horreur de la vie.

Le violon pleurait, en contant sa triste légende.
Il répandait des sanglots si pressés :
et Celle, aux pieds de laquelle tombait sa plainte,
aux pieds de laquelle venait mourir
le sombre désespoir de sa plainte,
était si royalement assise sur un trône d’ivoire,
dans les solitudes de sa beauté !

Et son regard superbe et sa pensée étaient si loin,
si loin de la terre et des hommes,
qui se sentaient pris de vertige devant l’abîme de ses yeux !

Et le chant cependant voulut s’élever jusqu’à elle;
et il monta en effet, grandit, et devint si fort,
qu’il emporta la Vierge royale par delà les prairies des étoiles,
dans un silencieux désert, où, solitaire et précieuse,
se dressant comme un lis magnifique, elle ne fleurissait que pour lui.

— Une corde cassa,
et l’âme du musicien retomba du ciel sur la terre.
Qu’ai-je besoin du monde des vivants,
de la terre, du ciel et des astres ?
De mon violon je fais jaillir un ciel bleu,
frissonnant d’étoiles,
et dans la grande nuit étoilée,
dans la nuit d’été de mon âme,
m’apparaît, sous ses lourds cheveux noirs,
avec son visage de morte,
la Reine en robe orientale,
que mes yeux attendent toujours !

(Henri Cazalis)

 

Recueil: Le livre du Néant
Editions: Alphonse Lemerre

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