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Poésie

Posts Tagged ‘mordre’

LES LUNETTES (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 7 novembre 2019


 


 

LES LUNETTES

J’étais un livre. On effeuillait mes pages
Pour découvrir des signes, des empreintes
Or, je rêvais des archives terrestres
Ou d’un feu noir, mais chacun me lisait.

Des doigts mouillés, des feuillets et des notes
Sur tout mon corps, et même cette plante
Se desséchant entre mes dents. La mordre
Fut mon désir tout le long d’un hiver.

Déchirez-moi. Je suis autre que Bible,
Autre que vers d’un poème fardé
Car je suis chair, et livre est la parure
Où je me cache. Et nul ne trouvera
Le seul secret que je cache en mes pages :

Il faut me lire avec les yeux des morts.

(Robert Sabatier)

Illustration: Vladimir Kush

 

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Le poisson volant (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 7 novembre 2019



Le poisson volant
a mordu
la lune

(Jean Joubert)

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La folle complainte (Charles Trenet)

Posted by arbrealettres sur 6 novembre 2019



homme _poussiere
    
La folle complainte

Les jours de repassage,
Dans la maison qui dort,
La bonne n´est pas sage
Mais on la garde encore.
On l´a trouvée hier soir,
Derrière la porte de bois,
Avec une passoire, se donnant de la joie.
La barbe de grand-père
A tout remis en ordre
Mais la bonne en colère a bien failli le mordre.
Il pleut sur les ardoises,
Il pleut sur la basse-cour,
Il pleut sur les framboises,
Il pleut sur mon amour.

Je me cache sous la table.
Le chat me griffe un peu.
Ce tigre est indomptable
Et joue avec le feu.
Les pantoufles de grand-mère
Sont mortes avant la nuit.
Dormons dans ma chaumière.
Dormez, dormons sans bruit.

Berceau berçant des violes,
Un ange s´est caché
Dans le placard aux fioles
Où l´on me tient couché.
Remède pour le rhume,
Remède pour le cœur,
Remède pour la brume,
Remède pour le malheur.

La revanche des orages
A fait de la maison
Un tendre paysage
Pour les petits garçons
Qui brûlent d´impatience
Deux jours avant Noël
Et, sans aucune méfiance,
Acceptent tout, pêle-mêle :
La vie, la mort, les squares
Et les trains électriques,
Les larmes dans les gares,
Guignol et les coups de triques,
Les becs d´acétylène
Aux enfants assistés
Et le sourire d´Hélène
Par un beau soir d´été.

Donnez-moi quatre planches
Pour me faire un cercueil.
Il est tombé de la branche,
Le gentil écureuil.
Je n´ai pas aimé ma mère.
Je n´ai pas aimé mon sort.
Je n´ai pas aimé la guerre.
Je n´ai pas aimé la mort.
Je n´ai jamais su dire
Pourquoi j´étais distrait.

Je n´ai pas su sourire
A tel ou tel attrait.
J´étais seul sur les routes
Sans dire ni oui ni non.
Mon âme s´est dissoute.
Poussière était mon nom.

(Charles Trenet)

 

 

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Soupe de cailloux (Thomas Vinau)

Posted by arbrealettres sur 8 octobre 2019



    

Soupe de cailloux
(à Jean-Claude Pirotte)

l’horreur et la merveille
se cachent sous la même pierre
la pierre c’est demain

deux mains sont nécessaires
pour soulever la pierre
deux mains font le chemin

le chemin est de cendre
de boue et de poussière
tu le suis comme un chien

tu goûtes et tu renifles
tu lèches la lumière
tu mords le grand rien

les pieds ne vont nulle part
les pieds sont une prière
tu marches sur les mains

hier va plus loin
demain est une pierre
aujourd’hui tu as faim

L’horreur et la merveille
se cachent sous la même pierre
la pierre c’est demain

(Thomas Vinau)

 

Recueil: Juste après la pluie
Traduction:
Editions: Alma

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REPOS NOCTURNE (Menno Wigman)

Posted by arbrealettres sur 21 septembre 2019




Illustration: Pascal Renoux
    
REPOS NOCTURNE

Soir. Deux jardins plus loin fait rage le printemps
et des corsaires se glissent dans le noir.
Quelque part des ongles se battent pour une fourrure. Cris
pour des miettes d’amour. Oreilles mordues.
Le rut guerrier d’une nuit de printemps.

Presque oublié comment, plein d’une rage semblable,
je chassais dans le noir, comment toi plus fourbe encore
qu’une chatte tu enfonçais tes ongles dans trois coeurs.
Il y a longtemps de cela et comme tu es toujours belle.

J’ai compté un par un les jours
et avec les meilleurs mots que j’ai :
je t’aime. En toi je trouve un lit.

Et c’est le renouveau et nous partageons ici
la même nuit avec tout ce que cela dit.

***

NACHTRUST

Avond. Twee tuinen verder woedt het voorjaar
en sluipen kapers door het donker.
Ergens vechten nagels om een yacht. Gekrijs
om kruimels liefde. Stukgebeten oren.
De krolse oorlog van een voorjaarsnacht.

Bijna vergeten hoe ik met dezelfde woede
door het donker joeg, hoe jij nog valser
dan een kat je nagels in drie harten sloeg.
Wat is het fang geleden en wat blijf je mooi.

Ik heb de dagen één voor één geteld
en met de beste woorden die ik heb:
ik hou van je. In jou vind ik een bed.

En het is lente en we delen hier
dezelfde nacht met alles wat dat zegt.

(Menno Wigman)

 

Recueil: L’affliction des copyrettes
Traduction: Pierre Gallissaires et Jan H. Mysjkin
Editions: Cheyne

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La guerre est en nous (Philippe Soupault)

Posted by arbrealettres sur 12 septembre 2019



 

La guerre est en nous
avec ce feu qui nous hante
ces lueurs qui mordent
ces cris ces mots
à travers nos dents serrées
et toute cette colère qui flamboie
la guerre est en nous
puisque la mort
comme un trésor caché
repose attend se tait et pourrit…

(Philippe Soupault)

 

 

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L’œil circulaire (Jacques Réda)

Posted by arbrealettres sur 25 mai 2019



L’œil circulaire

Cette horreur que mordent les dents entrouvertes des morts,
Eux l’avalent ensuite et demeurent en paix, lavés,
Les mains jointes sur l’estomac, commençant la glissade
Inverse par le démontage actif de la chimie.
Et leurs yeux qu’il faut clore d’autorité, jamais soumis,
Lâchent encore un regard sale et sage qui récuse,
Ayant vu, retourné comme un vêtement la lumière,
Et désormais rivé dans l’œil circulaire qui nous surveille.

(Jacques Réda)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Illustration: Jean Charles Nicaise Perrin

 

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Jusqu’à l’aube (Guy Lévis Mano)

Posted by arbrealettres sur 16 mai 2019



 

Jeanie Tomanek -escapevelocity

Jusqu’à l’aube j’irai pour mordre chaque atome de mes minutes.
Chaque mot que je jette sur le papier, c’est un mot en moins dans mon crâne.
Nous et toi. Moi et nous.
On a beau tourner les boutons… Il y a moi, toi — toi, moi…
Si on mélangeait, mais bien au chaud — toi et moi — moi en toi.
Mais les mots s’insinueront dans ton crâne et tout ce qu’ils feront
c’est de lutter avec tes mots sédentaires ou de coucher avec.

(Guy Lévis Mano)

Illustration: Jeanie Tomanek

 

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Ce soir (Guy Lévis Mano)

Posted by arbrealettres sur 15 mai 2019



 

Ettore Aldo Del Vigo 20_n

Les chats mordent les chattes à la nuque pour les posséder.
Toujours mordre pour posséder. S’abandonner un instant.
Ce soir rien n’arrive de ce que je ne sais pas que je veux.
Les étoiles ont une lueur gelée à la langue.

(Guy Lévis Mano)

Illustration: Ettore Aldo Del Vigo

 

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Veillée d’Avril (Jules Laforgue)

Posted by arbrealettres sur 7 mai 2019



Veillée d’Avril

Il doit être minuit. Minuit moins cinq. On dort.
Chacun cueille sa fleur au vert jardin des rêves,
Et moi, las de subir mes vieux remords sans trêves
Je tords mon cceur pour qu’il s’égoutte en rimes d’or

Et voilà qu’à songer, me revient un accord,
Un air bête d’antan, et,sans bruit tu te lèves
O menuet, toujours plus gai, des heures brèves
Où j’étais simple et pur, et doux, croyant encor.

Et j’ai posé ma plume. Et je fouille ma vie
D’innocence et d’amour pour jamais défleurie,
Et je reste longtemps, sur ma page accoudé,

Perdu dans le pourquoi des choses de la terre,
Écoutant vaguement dans la nuit solitaire
Le roulement impur d’un vieux fiacre attardé.

(Jules Laforgue)

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