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Poésie

Posts Tagged ‘mordre’

Homme troué de mots! (Pierre Emmanuel)

Posted by arbrealettres sur 7 janvier 2018



 

Illustration: Igor Morski
    
Homme troué de mots! Tu fuis par mille pores,
ton âme sent baisser sourdement son niveau,
le verbe s’évapore en paroles : vient l’heure
où, vide, un noir midi aux entrailles te mord.

(Pierre Emmanuel)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: L’Âge d’Homme

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SILENCE (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 5 janvier 2018



Ettore Aldo Del Vigo _n

SILENCE

Bouche ô blessure ouverte sur ma voix,
Caverne où passe une tribu sauvage.
Un mot par siècle y retient l’avenir
Lorsque les dieux retrouvent leur chemin.

Telle une image aux yeux se dérobant,
Un sombre appel se sépare de nous
Et nous mordons la terre à pleines dents.
Ayez pitié des fauves que nous sommes.

Il suffirait de grâce persistante,
D’un regard tendre et d’un rien de parole
Pour adorer le monde comme une île,
Être le sable où se posent ses pas.

(Robert Sabatier)

Illustration: Ettore Aldo Del Vigo

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LA CAGE DE CHAIR (Alain Horic)

Posted by arbrealettres sur 28 décembre 2017



Danny Quirk ng131 [800x600]

LA CAGE DE CHAIR

Je voudrais que cet animal
qui s’éveille
chaque jour en moi
meure
enfermé dans sa cellule
de peau

La nuit je le surprends
m’arrachant les côtes
comme des barreaux

À chaque nouvelle lune
je lui cède
pour m’enfuir
brouiller les chemins
de retour

J’ai peur
qu’il morde le coeur

Au centre de la brousse humaine
rompre l’harmonie
de la chair
qui vibre de mille désirs

Je suis las de le traîner
derrière moi
pour témoigner de ma présence

Je dois l’étrangler
pour cet enfant
qui m’appelle
par le code secret du sang

À l’aube
quand il sera raidi
je prendrai le doigt d’un mort
pour crever l’infini.

(Alain Horic)

Illustration: Danny Quirk 

 

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Le crépuscule est doux (Alain Borne)

Posted by arbrealettres sur 22 décembre 2017




    
Le crépuscule est doux
à celle qui attend
à travers le grillage
le bonheur de deux yeux.

Et voici qu’ils s’en viennent.

Elle sent son parfum
glisser ses fleurs en elle,
s’épanouir au coeur
la grande rose charnelle.

Et son baiser est loin
qu’il peut donner à d’autres,
à toutes les passantes, vacarme de la rue,
qui sont tentées d’amour par sa blondeur d’avoine.
A peine si son doigt
peut toucher ce soleil,
mais son regard avide
languit sur cette peau,
plus difficile à prendre
qu’une image au miroir,
ô ce lointain reflet
dont elle est amoureuse,
ce tournoi de lumières
qui vient pour l’aveugler !

Il voit à sa fenêtre
la pâle suppliciée
et lui dédie son coeur
dont il n’a rien écrit.

Puis il va dans sa vie.
gourmand de belles lèvres,
mordre un sang qui soit libre,

et la nuit tombe en elle.

(Alain Borne)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Curandera

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Je mords ta chair (Jacques Rabemananjara)

Posted by arbrealettres sur 22 décembre 2017




Je mords ta chair vierge et rouge
avec l’âpre ferveur
du mourant aux dents de lumière,
Madagascar!

Un viatique d’innocence
dans mes entrailles d’affamé,
je m’allongerai sur ton sein avec la fougue
du plus ardent de tes amants,
du plus fidèle,
Madagascar!

(Jacques Rabemananjara)

Illustration

 

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Jamais n’est lasse d’être nue (Alain Borne)

Posted by arbrealettres sur 21 décembre 2017



Illustration: Andrzej Malinowski
    
Jamais n’est lasse d’être nue,
la vendeuse de violettes,
aucun poignard n’agrafe sa jupe
et son corsage est de large tulle.

Dans sa chambre, une seule odeur,
et sur son corps gainé de lait,
et dans son coeur violet,
et dans le sang qui le transperce.

En cette serre de l’été
le printemps conserve ses taches,
et l’on mord la sève de mars,
brasier de mille fleurs modestes.

Les corps de sel fondent de joie
contre la pluie ensorcelée
dont les genoux sont de feuillage
et dont le sexe est de grésil.

O mains vendues aux fleurs
au-devant d’un corps donné,
j’achète vos ailes consacrées
par-dessus le sang de leur proie.

(Alain Borne)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Curandera

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Les pommes respirent (Jean Cayrol)

Posted by arbrealettres sur 19 décembre 2017




    
Les pommes respirent

Ne laissez pas l’amour s’échapper de ses pommes.
Ce sont des fruits mordus, sucrés, puis oubliés.
On trouve dans l’herbage ce qui reste d’un homme ;
pulpes mortes et fraîches, chair qui perdit son nacré.

Le pommier a fleuri dans le gel d’hiver ;
ses pétales ont été emportés au loin par un vent sec.
L’écorce s’est fendue, la mousse est sa misère ;
une roue a écrasé ses pépins, la neige les enterre.

L’amour charnu bouge dans le vent froid,
pomme jaunie par les soucis :
c’est un nomade abandonné sans être en vie,
quel amant a choisi d’être un dieu sans carquois ?

Amour rouge et rond telle une pomme douce,
on retrouve des traces de dents sur la peau neuve.
Est-ce un baiser perdu dont la sève s’abreuve ?
On oublie le pas discret d’une saison trop rousse.

Amour, quoi de plus secret, perdu, abandonné,
la guêpe a mordu son cœur qui fut le tien.
Tu roules sur le chemin avec les chiens,
tu te laisses enfermer dans un blanc compotier.

Amour comestible dont le jus fait du bien.

(Jean Cayrol)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Recueil: Chacun vient avec son silence
Traduction:
Editions: Points

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LES POÈTES PRISONNIERS (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 11 décembre 2017



Francine Van Hove 9120

LES POÈTES PRISONNIERS

Silence
On tourne dans la chambre
Où l’hiver nous rassemble
Autour des mêmes craintes

Écoutez dans la rue
Les étoiles qui tintent

Personne ne nous attend
Personne ne nous entend
Et c’est un grand bonheur
Mettons-nous table
Tous en coeur
Partageons nos misères
Prends dans ma main
Bois dans mon verre
Je me mordrai les lèvres
Pour tromper ma faim.

(René Guy Cadou)

 

 

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VENT (Joë Bousquet)

Posted by arbrealettres sur 7 décembre 2017




    
VENT

Cours, cours saisir un nez.
Cours, cours mordre une épaule,
cueillir un oeil cerné.
Cours, il faut que tu frôles
un visage, un menton.
Cours, cours, vent du dimanche,
rassembler les moutons
comme des pages blanches.
Tu as pris mes bras nus,
mes jambes qui t’enlacent,
et tu les as perdus.
Garde au moins mes grimaces.

(Joë Bousquet)

 

Recueil: Poèmes, un
Traduction:
Editions: Gallimard

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Avec ma gueule de métèque (Georges Moustaki)

Posted by arbrealettres sur 28 novembre 2017



 

georges moustaki-en-1972

Avec ma gueule de métèque
De Juif errant, de pâtre grec
Et mes cheveux aux quatre vents
Avec mes yeux tout délavés
Qui me donnent l´air de rêver
Moi qui ne rêve plus souvent
Avec mes mains de maraudeur
De musicien et de rôdeur
Qui ont pillé tant de jardins
Avec ma bouche qui a bu
Qui a embrassé et mordu
Sans jamais assouvir sa faim

Avec ma gueule de métèque
De Juif errant, de pâtre grec
De voleur et de vagabond
Avec ma peau qui s´est frottée
Au soleil de tous les étés
Et tout ce qui portait jupon
Avec mon cœur qui a su faire
Souffrir autant qu´il a souffert
Sans pour cela faire d´histoires
Avec mon âme qui n´a plus
La moindre chance de salut
Pour éviter le purgatoire

Avec ma gueule de métèque
De Juif errant, de pâtre grec
Et mes cheveux aux quatre vents
Je viendrai, ma douce captive
Mon âme sœur, ma source vive
Je viendrai boire tes vingt ans
Et je serai prince de sang
Rêveur ou bien adolescent
Comme il te plaira de choisir
Et nous ferons de chaque jour
Toute une éternité d´amour
Que nous vivrons à en mourir

Et nous ferons de chaque jour
Toute une éternité d´amour
Que nous vivrons à en mourir

(Georges Moustaki)

 

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