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Poésie

Posts Tagged ‘chantier’

Chanson de l’herbe (Bernard Lorraine)

Posted by arbrealettres sur 3 mars 2020



Chanson de l’herbe

Sarcle sarcle, bon jardinier,
Tu te fatigueras
Le premier.

Attila passe
Et je repousse.

Broute broute, bonne laitière,
Tu te fatigueras
La première.

Où passa Attila
Moi je suis toujours là.

Bâtis bâtis, chef de chantier,
Tu te fatigueras
Le premier.

Attila passe
Et je repousse.

Pavés bétons briques et pierres,
Rira bien qui rira
La dernière.

Après les Attila
Je serai toujours là.

(Bernard Lorraine)

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MÉTAMORPHOSES (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2019



MÉTAMORPHOSES I

Invente tes métamorphoses

Il est toujours temps de dépister l’éclair
De t’arracher aux paroles stagnantes
D’abreuver le coeur drainé par trop de soifs
D’écarter l’écorce pour surprendre le noyau

Des confins de la terre et du ciel
Jusqu’aux menées de l’âme
Il n’y a pas de grille à la poursuite
Ni aux fictions.

***

MÉTAMORPHOSES II

Où est l’homme
En ce vacarme
En cette lande crevassée ?

Sa voix se perd
Parmi les stridences
Sur sa toile impénétrable
Les fils se sont usés

Quelle main peut le saisir encore
Quel langage le traduire
Quel oeil le fixer ?

Seuls des fragments d’images
Surgissent du repaire des ombres
Écartent de funestes fagots
Infiltrent quelques lueurs
Métamorphosent quelques paroles
En brasiers.

***

MÉTAMORPHOSES III

L’homme décline puis se recrée
Loin des preuves et des ruines

De chantiers en chantiers
Sous le tain sous l’écorce
Il s’extrait du chaos
Il ratisse des jardins
Pour goûter à l’avenir
A sa flore fugitive
A ses grappes éphémères
Et au chant des matins.

(Andrée Chedid)


Illustration: Salvador Dali

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ODE AU NAVIRE DANS LA BOUTEILLE (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 23 décembre 2019




ODE AU NAVIRE DANS LA BOUTEILLE

Jamais
personne n’a navigué
comme sur ton bateau :
le jour
transparent
n’a jamais eu
d’embarcation
pareille
ce minime pétale
de verre
qui emprisonna
tes formes
de rosée,
bouteille,
au vent
de qui
va le voilier,
bouteille,
oui,
ou vivante
traversée,
essence
du trajet,
capsule
de l’amour sur les vagues,
oeuvre
des sirènes!

Je sais que
dans ta gorge
délicate
sont entrés
de tout petits
charpentiers
volant
sur une abeille, des mouches portant
sur leur dos
des outillages,
des clous, planches,
cordages
minuscules,
et ainsi dans une bouteille
le navire parfait
a grandi :
la coque fut noyau de sa beauté,
dressant ses mâts fins comme épingles.

Alors
à
ses
tou-
tes
pe-
tites
îles
retourna tout le chantier
et pour naviguer
entra
dans la bouteille
en chantant,
minuscule et bleu,
l’équipage.

Ainsi, bouteille,
au milieu
de ta
mer, de ton ciel,
s’est dressé
un navire,
petit,
oui,
minuscule
pour cette immense mer qui l’attendait :

la vérité
est que personne
ne l’a construit
et qu’il ne voguera jamais que dans les songes.

(Pablo Neruda)

Illustration

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Ambiance diabolo menthe (Josée Tripodi)

Posted by arbrealettres sur 9 mai 2019




    
Ambiance diabolo menthe
Sur le boulevard

Vert des arbres
Encore verts
Glaçons crus
D’un vent sans indulgence

Le soir tombe
D’un coup
Porte de Montreuil

La petite foule du vendredi
S’irrite

Entre les palissades des chantiers
Gisant noir
Dodu
Un sac poubelle
Embarrasse le trottoir

Le temps presse

Il est bientôt l’heure
De se repaître
Des malheurs du monde
Au journal télévisé

(Josée Tripodi)

 

Recueil: Le temps court plus vite que moi
Traduction:
Editions: Le Castor Astral

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La tortue (Arthur Haulot)

Posted by arbrealettres sur 6 novembre 2018



La tortue

On pourrait se demander
pourquoi donc elle ressemble
à un casque de chantier
Au commencement du monde
elle portait sur son dos
la Terre, le Ciel et les Eaux.

(Arthur Haulot)

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Le marchand de sable (Pierre Ferran)

Posted by arbrealettres sur 23 mars 2018



Le marchand de sable

– C’est une honte! s’exclama
L’inspecteur des travaux infinis
Devant le chantier
Silencieux:
Le vitrier dort, les maçons sommeillent,
Le serrurier ronfle, l’architecte rêve,
Les peintres reposent,
Les menuisiers somnolent,
Les plombiers roupillent,
Les carreleurs pioncent,
Les sanitaires en écrasent
Il n’y a que vous, mon cher, que vous
A rester debout:
Votre zèle est honorable
Quelle est votre affectation?
– je suis le marchand de sable

(Pierre Ferran)

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Printemps (Mohammed Dib)

Posted by arbrealettres sur 15 mars 2018



Illustration
    
Printemps

Il flotte sur les quais une haleine d’abîmes,
L’air sent la violette entre de lourds poisons,
Des odeurs de goudron, de varech, de poisson ;
Le printemps envahit les chantiers maritimes.

Ce jour de pluie oblique a doucement poncé
Les gréements noirs et gris qui festonnent le port ;
Eaux, docks et ciel unis par un subtil accord
Inscrivent dans l’espace une sourde pensée.

En cale sèche on voit des épaves ouvertes ;
En elles, l’âme vit peut-être… Oiseau têtu,
Oiseau perdu, de l’aube au soir reviendras-tu
Rêver de haute mer, d’embruns et d’îles vertes ?

Je rôde aussi, le coeur vide et comme aux abois,
Un navire qui part hurle au loin sous la brume ;
Je tourne dans la ville où les usines fument,
Je cherche obstinément à me rappeler, quoi ?

(Mohammed Dib)

 

Recueil: Poésies
Traduction:
Editions: De la Différence

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Un simple courant d’air (Didier Carhen)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2017




    
Un simple courant d’air
un chantier corporel
Une coulée d’encre
versée au ras du sol
la poésie s’achève
un coude de phrase opère
Les doigts croisés
pas plus
la vie
qui se réveille
Un trou lessivé d’être
ainsi de suite
tout vaut réparation
substitution peut-être
On vient
j’existe au bord des lèvres

(Didier Carhen)

 

Recueil: Les septs livres
Traduction:
Editions: La lettre volée

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MONK EN SON SILENCE (Zéno Bianu)

Posted by arbrealettres sur 8 août 2017




    
MONK EN SON SILENCE
pour Yves Buin

Corps et cosmos synchronisés —
la musique naît en moi
sans arrêt

*

Présence absente
absence présente —
un imprécision qui tombe pile

*
Je flotte en dansant —
je rends
plus élégante

*

Chantiers d’énigmes
plénitudes ambrées —
je suis le maître de la dislocation

*

Une musique espiègle —
au beau milieu
d’un champ de ruines

*

Sentinelle de l’insondable —
d’une seule pièce
parce que démembré

*

Je joue au dépourvu —
j’appartiens
à la lignée du murmure farouche

*

D’espace en espace —
aspiré
par un seul point de beauté

*

Silence —
le fakir en sueur
rentre dans sa coquille d’absolu

(Zéno Bianu)

 

Recueil: Satori Express
Editions: Le Castor Astral

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Il a neigé toute la nuit (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 22 juillet 2016



Il a neigé toute la nuit:

venue secrète d’un navire
toutes voiles dehors
sur nos chantiers déserts.

Tu as neigé toute la nuit dans ma mémoire.

(Jean Joubert)

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