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DU COTE DU LENDEMAIN (Mihai Beniuc)

Posted by arbrealettres sur 17 juin 2020




    
DU COTE DU LENDEMAIN

Avec ta bouche tu me cherches
Comme un aveugle cherche une porte.
Ta raison s’est écroulée sous des mots fous
Et je suis tombé, vaincu,
Sous les murs de ta cité.
Pourquoi cette éclipse du soleil ?
Pourquoi les volcans ont-ils éclaté
Bouillonnant et crachant des flammes ?
Neige-t-il des cendres ou des silences
Dans le tumulte de la nuit partagée ?

Ce sont des cendres et des silences à venir.
C’est ce que disent les chouettes et toi
Par le terrestre tremblement
De tes ailes d’oiseau gigantesque.
Et voilà que tu as peur !
Il n’y a personne.
Un enfant a frappé à la porte,
De l’autre côté,
Du côté du lendemain.

(Mihai Beniuc)

 

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UN JOUR (Mihai Beniuc)

Posted by arbrealettres sur 17 juin 2020



    

UN JOUR

Un jour nous nous appellerons sans nous entendre,
L’un de nous deux ne répondra plus,
L’aile déchirée un oiseau tombera
Et son oeil effrayé cherchera pourquoi
Dans le hallier le chant ne répond plus;
Pour arriver au nid tu bats de l’aile
Et cette aile frappe la terre
Comme une main qui ne peut plus rien,
Et de l’autre tombent de chaudes gouttes de corail.
Tu cours te cacher, mais pourquoi, de qui ?
Et te voilà seul dans ta solitude.
On aurait dit qu’un coeur battait auprès du tien.
Pourquoi plus, maintenant ?
Oh ! si davantage encore nous nous étions aimés,
Alors, peut-être…
Et tout à coup tu t’entends parler seul,
C’est le vide qui te fait place,
C’est le silence qui t’écoute.
Qui a mis ces linceuls noirs sur les miroirs ?
A table tu tarderas
A prendre la cuiller dans ta main
Et la chaise, tu le sais trop,
Restera vide.
Les allées de l’automne seront beaucoup plus longues
Et tu redouteras de les suivre jusqu’au bout
Et tu n’auras plus envie
De revenir à la maison.

(Mihai Beniuc)

 

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LES BEAUTES QUE LA VIE PRESENTE… (Mihai Beniuc)

Posted by arbrealettres sur 12 juin 2020




    
LES BEAUTES QUE LA VIE PRESENTE…

Les beautés que la vie présente, éparses,
Il ne faudrait pas les enfouir toutes.
O ta chair criant, ta chair qui frémit,
O les instants trop rares de la joie,
La mer sans île au large et sans falaises
Où viennent se briser les espérances
En vagues s’écroulant l’une sur l’autre.
O ma nuit de ténèbres habitée
Par trop peu d’étoiles pour dissiper
La bruine régnant sur le monde. Et puis
L’inutile faucille de la lune;
Telles des paons, égarées, les comètes;
Dans les cerveaux, ces mulots, les pensers;
Les rêves toujours guettés par les mites,
Et vous, les tristesses, les joies et vous,
Colères, douleurs, et vous les soucis,
Vous, les yeux, les seins, les mains en attente,
Vous, corps enlacés, vous corps délirants,
Toi, rythme du travail, marteau, faucille,
Toi, main fouillant la poche sans argent,
Les routes menant ou non quelque part,
Et le soupir que l’on ne peut dompter
Et tant d’autres choses, dites ou tues,
Même avant d’apparaître disparues,
Et toi, toi qui ne peux t’offrir le temps
Que met l’insecte à gravir un brin d’herbe.
Pourtant, si dans tes chants tu ne mets pas
Un peu de tout cela, plus pauvre encore
Sera ce monde en beautés mal pourvu…
Et non, cela je ne l’ai pas voulu…

(Mihai Beniuc)

 

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LE CRÉPUSCULE (Langston Hughes)

Posted by arbrealettres sur 4 juin 2020



 

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LE CRÉPUSCULE

Errant au crépuscule,
Parfois
Vous vous égarez dans le crépuscule…
Et d’autres fois pas.

En battant de vos poings
La muraille,
Vous vous brisez les os
Sur la muraille…
Et d’autres fois pas.

On sait qu’il est arrivé aux murailles
De s’écrouler,
Au crépuscule de se changer en aube,
Et aux chaînes de tomber.

***

Dusk

Wandering in the dusk,
Sometimes
You get lost in the dusk–
And sometimes not.

Beating your fists
Against the wall,
You break your bones
Against the wall —
But sometimes not.

Walls have been known
To fall,
Dusk turn to dawn,
And chains are gone!

(Langston Hughes)

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Le présent (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 21 avril 2020


Les basques d’une vêture d’épouvantail
battent au vent terrien
s’écroule un mur de tessons
les fins lézards
n’en meurent pas
non plus les enfants acharnés
lançant des pierres au ciel
le présent fulgure
comme lorsqu’il était
désert d’hommes.

(Jean Follain)

Illustration

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Chant pour des ans à venir (Robert Momeux)

Posted by arbrealettres sur 3 avril 2020



Chant pour des ans à venir

C’était en revenant de la maison des rêves (je sais que tu ne m’aimes pas).
Tous les enfants étaient partis et l’herbe était devenue noire et plus un oiseau ne chantait.
J’avais erré longtemps, tous les livres s’étaient refermés pour moi
et je n’avais rien retenu de toutes leurs amours.

J’étais seul.

Tous les sentiers que je suivais
menaient vers la même eau calme et sombre, sous des lunes.
Je tournais en rond dans un sablier têtu et triste,
je repassais vingt fois devant man enfance au soleil et des fiançailles fanées.
Rien.
Plus une porte.

J’ensanglantais mes doigts à des murs invisibles.
Des journées vertes et douces défilaient, lointaines, silencieuses.
Je voyais se lever des tours et des palais, des ombres de futaies et des festins heureux.
Des visages perdus depuis toujours me souriaient gravement.
Une brume ténue voilait des gestes et des attitudes.
I1 y avait comme des puits, luisants et pleins de menace,
où je ne distinguais rien, m’y penchant.

Sous mes yeux, de grands pans de mon passé s’écroulaient, tranquilles et chastes.
Ma vie était dans une cendre mélancolique et froide que pas un souffle ne pouvait chasser.
J’allais, j’allais longtemps encore dans des plaines muettes.
Et plus tard, quand la nue fut percée, je ne vis plus qu’un grand fantôme,
ivre comme de vin, qui titubait sous le ciel bas
et qui jetait au vent des lambeaux de son linceul
jaune et sale.

(Robert Momeux)


Illustration: Odilon Redon

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LES RUINES DE MEXICO (ÉLÉGIE DU RETOUR) (José Emilio Pacheco)

Posted by arbrealettres sur 27 mars 2020



 

LES RUINES DE MEXICO
(ÉLÉGIE DU RETOUR)

1
Absurde est la matière qui s’écroule,
la matière pénétrée de vide, la creuse.
Non : la matière ne se détruit pas,
la forme que nous lui donnons se désagrège,
nos oeuvres se réduisent en miettes.

2
La terre tourne, entretenue par le feu.
Elle dort sur une poudrière.
Elle porte en son sein un bûcher
un enfer solide
qui soudain se transforme en abîme.

3
La pierre profonde bat dans son gouffre.
En se dépétrifiant, elle rompt son pacte
avec l’immobilité et se transforme
en bélier de la mort.

4
De l’intérieur vient le coup,
la morne cavalcade,
l’éclatement de l’invisible, l’explosion
de ce que nous supposons immobile
et qui pourtant bouillonne sans cesse.

5
L’enfer se dresse pour noyer la terre.
Le Vésuve éclate de l’intérieur.
La bombe monte au lieu de descendre.
L’éclair jaillit d’un puits de ténèbres.

6
Il monte du fond, le vent de la mort.
Le monde tressaille en fracas de mort.
La terre sort de ses gonds de mort.
Comme une fumée secrète avance la mort.
De sa prison profonde s’échappe la mort.
Du plus profond et du plus trouble jaillit la mort.

7
Le jour devient nuit,
la poussière est soleil
et le fracas remplit tout.

8
Ainsi soudain se casse ce qui est ferme,
béton et fer deviennent mouvants,
l’asphalte se déchire, la ville et la vie
s’écroulent. La planète triomphe
contre les projets de ses envahisseurs.

9
La maison qui protégeait contre la nuit et le froid,
la violence et l’intempérie,
le désamour, la faim et la soif
se transforme en gibet et en cercueil.
Le survivant reste emprisonné
dans le sable et les filets de la profonde asphyxie.

10
C’est seulement quand il nous manque, qu’on apprécie l’air.
Seulement quand nous sommes attrapés comme le poisson
dans les filets de l’asphyxie. Il n’y a pas de trous
pour retourner à la mer d’oxygène
où nous nous déplacions en liberté.
Le double poids de l’horreur et de la terreur
nous a sortis
de l’eau de la vie.

Seulement dans le confinement nous comprenons
que vivre c’est avoir de l’espace.
Il fut un temps
heureux où nous pouvions bouger,
sortir, entrer, nous lever, nous asseoir.

Maintenant tout s’est écroulé. Le monde
a fermé ses accès, ses fenêtres.
Aujourd’hui nous comprenons ce que signifie
cette terrible expression : enterrés vivants.

11
Le séisme arrive et devant lui plus rien
ne valent les prières et les supplications.
Il naît de son sein pour détruire
tout ce que nous avons mis à sa portée.
Il jaillit et se fait reconnaître à son oeuvre atroce.
La destruction est son unique langage.
Il veut être vénéré parmi les ruines.

12
Cosmos est chaos, mais nous ne le savions pas
ou nous n’arrivions pas à le comprendre.
La planète descend-elle en tournant
dans les abîmes de feu glacé ?
Tourne-t-elle ou tombe-t-elle cette terre ?
Le destin de la matière est-il dans cette chute infinie ?

Nous sommes nature et rêve. C’est pourquoi
nous sommes ce qui descend toujours :
poussière dans les airs.

(José Emilio Pacheco)

Illustration

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POÈMES DE LA SEINE (Elhonen Vogler)

Posted by arbrealettres sur 14 décembre 2019



Illustration: Leonod Afremov
    
POÈMES DE LA SEINE
(extrait)

Qui ne mesure nuit et jour
Que par Vénus aux bras ouverts
Voit dans le giron de Lutèce
Le songe devenir un ver.

À travers les prés verdissants
La terre sent, par lui foulée,
Dans la fumée des jours naissants
Les villes, ruines, s’écrouler.

Qui ne possède point de femme
Muet vers la Seine descend
Pour voir se mirer dans sa larme
Sa tête aux cheveux déjà blancs.

À qui n’a rien, pas même un toit,
Elle apprend, au bruit de sa vague,
Le langage du désarroi
Sur le boulevard Saint-Michel.

Pour tous les vagabonds elle est
Véritablement une mère
Qui sait apaiser toute plaie
Brûlant aux pieds de ceux qui errent.

(Elhonen Vogler)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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La vague roule et s’effondre (Francis Vielé-Griffin)

Posted by arbrealettres sur 20 septembre 2019



 

Adamov Alexey 12 [1280x768]

La vague roule et s’effondre,
Se reploie et remonte et s’éploie :
— Son culte étreint le monde
D’un océan de joies.

La vague se dresse et s’écroule,
S’assemble et brandit sa clarté :
— Elle donne une âme à la foule
Et la pare de sa beauté.

La vague surgit et nous porte,
Nous qui chantions sous nos treilles,
Assis devant notre porte
À compter nos jours pareils ;

Nous qui chantions en poètes,
L’un pour l’autre, nos mêmes soucis,
Savons-nous si nos âmes sont prêtes
Pour les lendemains que voici ?

(Francis Vielé-Griffin)

Illustration: Adamov Alexey

 

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Quand s’écroule le mythe de la confiance (Rita Petro)

Posted by arbrealettres sur 10 août 2019



Quand s’écroule
Le mythe de la confiance,
La terre tremble pire
Que sous l’effet d’un séisme,
Mais seuls tombent
Les plafonds.
Qu’importe ! on peut ainsi
A nouveau
Regarder les cieux.

***

Kur shembet miti i besueshmërisë

Kur shembet
Miti i besueshmërisë,
Toka dridhet më shumë
Se nga tërmetet,
Por bien vetëm
Tavanet.

Ani!
Mund të shohësh përsëri qiej.

(Rita Petro)

 

 

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