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Poésie

Posts Tagged ‘s’écrouler’

Peut-être n’y a-t-il rien, à part le silence, le repos (Léon Tolstoï)

Posted by arbrealettres sur 24 mai 2018



«Qu’est-ce ? je tombe ? mes jambes flageolent », se dit-il, et s’écroula sur le dos.
Il rouvrit les yeux, espérant voir l’issue de la lutte engagée entre le Français et les artilleurs,
avide de savoir si oui ou non l’artilleur roux était tué et la batterie conquise.
Mais il ne vit plus rien.

Il n’y avait au dessus de lui que le ciel, un ciel voilé mais très haut, immensément haut,
où flottaient doucement des nuages gris.
« Quel calme, quelle paix, quelle majesté ! songeait-il.
Quelle différence entre notre course folle, parmi les cris et la bataille,
quelle différence entre la rage stupide des deux hommes qui se disputaient le refouloir
– et la marche lente de ces nuages dans le ciel profond, infini !
Comment ne l’ai-je pas remarqué jusqu’alors ?
Et que je suis heureux de l’avoir découvert enfin !

Oui, tout est vanité, tout est mensonge en dehors de ce ciel sans limites.
Il n’y a rien, absolument rien d’autre que cela…
Peut-être même est-ce un leurre,
peut-être n’y a-t-il rien ,
à part le silence,
le repos.
Et Dieu en soit loué !…

(Léon Tolstoï)

 

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À LA BEAUTÉ (Karin Boye)

Posted by arbrealettres sur 24 mai 2018



À LA BEAUTÉ

Quand tombent nos dieux
et que nous restons seuls au milieu des décombres
sans plus d’attache sous nos pieds
que la sphère dans l’espace –
alors un instant tu te laisses entrevoir, auguste Beauté.
Alors, alors seulement.
Implacable comme le feu, tu consoles:
“Tout peut s’écrouler – je suis immortelle.”
Ô demeure, demeure, Beauté sacrée,
et sauve mon âme
du mensonge d’un infini chagrin.

(Karin Boye)

Découvert chez Lara ici

Illustration: Ekaterina Panikanova

 

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Huitième élégie (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 1 mai 2018




Illustration: ArbreaPhotos
    
De tous ses yeux la créature voit l’Ouvert.
Seuls nos yeux sont comme retournés et posés autour d’elle
tels des pièges pour encercler sa libre issue.

Ce qui est au-dehors nous ne le connaissons
que par les yeux de l’animal.
Car dès l’enfance on nous retourne
et nous contraint à voir l’envers,
les apparences, non l’ouvert,
qui dans la vue de l’animal est si profond.
Libre de mort.

Nous qui ne voyons qu’elle, alors que l’animal
libre est toujours au-delà de sa fin:
il va vers Dieu; et quand il marche,
c’est dans l’éternité, comme coule une source.

Mais nous autres, jamais nous n’avons un seul jour
le pur espace devant nous, où les fleurs s’ouvrent
à l’infini. Toujours le monde, jamais le
Nulle part sans le Non, la pureté
insurveillée que l’on respire,
que l’on sait infinie et jamais ne désire.

Il arrive qu’enfant l’on s’y perde en silence,
on vous secoue. Ou tel mourant devient cela.
Car tout près de la mort on ne voit plus la mort
mais au-delà, avec le grand regard de l’animal,
peut-être. Les amants, n’était l’autre qui masque
la vue, en sont tout proches et s’étonnent…

Il se fait comme par mégarde, pour chacun,
une ouverture derrière l’autre…
Mais l’autre, on ne peut le franchir, et il redevient monde.
Toujours tournés vers le créé nous ne voyons
en lui que le reflet de cette liberté
par nous-même assombri.
A moins qu’un animal, muet, levant les yeux,
calmement nous transperce.

Ce qu’on nomme destin, c’est cela: être en face,
rien d’autre que cela, et à jamais en face.

S’il y avait chez l’animal plein d’assurance
qui vient à nous dans l’autre sens une conscience
analogue à la nôtre –, il nous ferait alors
rebrousser chemin et le suivre. Mais son être
est pour lui infini, sans frein, sans un regard
sur son état, pur, aussi pur que sa vision.
Car là où nous voyons l’avenir, il voit tout
et se voit dans le Tout, et guéri pour toujours.

Et pourtant dans l’animal chaud et vigilant
sont le poids, le souci d’une immense tristesse.
Car en lui comme en nous reste gravé sans cesse
ce qui souvent nous écrase, – le souvenir,
comme si une fois déjà ce vers quoi nous tendons avait été plus proche,
plus fidèle et son abord d’une infinie douceur.

Ici tout est distance, qui là-bas était souffle.
Après cette première patrie, l’autre lui semble équivoque et venteuse.
Oh! bienheureuse la petite créature
qui toujours reste dans le sein dont elle est née;
bonheur du moucheron qui au-dedans de lui,
même à ses noces, saute encore: car le sein
est tout. Et vois l’oiseau, dans sa demi-sécurité:
d’origine il sait presque l’une et l’autre chose,
comme s’il était l’âme d’un Etrusque
issue d’un mort qui fut reçu dans un espace,
mais avec le gisant en guise de couvercle.

Et comme il est troublé, celui qui, né d’un sein,
doit se mettre à voler!

Comme effrayé de soi,
il sillonne le ciel ainsi que la fêlure à travers une tasse,
ou la chauve-souris qui de sa trace raie le soir en porcelaine.

Et nous: spectateurs, en tous temps, en tous lieux,
tournés vers tout cela, jamais vers le large!
Débordés. Nous mettons le l’ordre. Tout s’écroule.
Nous remettons de l’ordre et nous-mêmes croulons.

Qui nous a bien retournés que de la sorte
nous soyons, quoi que nous fassions, dans l’attitude du départ?
Tel celui qui, s’en allant, fait halte sur le dernier coteau
d’où sa vallée entière s’offre une fois encor, se retourne et s’attarde,
tels nous vivons en prenant congé sans cesse.

(Rainer Maria Rilke)

 

Recueil: Élégies de Duino
Traduction: François-René Daillie
Editions: La Différence

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À S’ENDORMIR À LA LÉGÈRE (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 21 février 2018



Illustration: François Boucher    
    
À S’ENDORMIR À LA LÉGÈRE,
AU BRUIT DES SOURCES, SOUS LE CIEL,
RÊVANT AU RYTHME PLANÉTAIRE,
ON PLONGE, GISANT, DANS LA TERRE
ET SI JAMAIS RÊVE AU RÉEL
RÉVÉLA SECRET OU MYSTÈRE
C’EST EN DORMANT AU BRUIT DES EAUX
ET DU VENT FERMANT SES CISEAUX.

À S’ENDORMIR À LA LÉGÈRE,
SUR LA TERRE, DANS QUEL FOUILLIS,
TERRIENS, SOMBREZ-VOUS ? LA FOUGÈRE
S’ÉCROULE EN PANIERS DE LINGÈRE
DANS UNE ARMOIRE DE TAILLIS
BRODÉS DE SOIE OÙ S’EXAGÈRE
LA LUMIÈRE, HORS DU MANTEAU,
DE TA CHAIR, NYMPHE CALIXTO.

(Robert Desnos)

 

Recueil: Contrée suivi de Calixto
Traduction:
Editions: Gallimard

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Il n’y a plus d’océans (Luis Mizón)

Posted by arbrealettres sur 15 février 2018



 

Il n’y a plus d’océans
chantant avec leurs îles
plus de villes ni de jardins
seulement des braises
des incendies intimes
smog et taches rouges
sur le manuscrit de mon retour
dans la paume de ma main
des écritures de pluie
de poussière et de sable
seule la lumière
de notre étreinte
illumine
la matière qui s’écroule
dans les catacombes de l’instant

(Luis Mizón)

Illustration: Alberto Pancorbo

 

 

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L’effrayant (Etty Hillesum)

Posted by arbrealettres sur 5 février 2018



Illustration: Charlie Chaplin
    
L’effrayant c’est que des systèmes, en se développant,
dépassent les hommes
et les enserrent dans leur poigne satanique,
leurs auteurs aussi bien que leurs victimes,

de même que de grands édifices ou des tours,
pourtant bâtis par la main de l’homme,
s’élèvent au-dessus de nous, nous dominent
et peuvent s’écrouler sur nous et nous ensevelir.

(Etty Hillesum)

 

 

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ESPACES ÉCHOUÉS (Guillermo Fernández)

Posted by arbrealettres sur 29 janvier 2018


 


 

Alexander Anufriev  (12)

ESPACES ÉCHOUÉS

Devant l’éternité, qu’est-ce qu’un pas de plus ou un de moins ?

Les châteaux du jour s’écroulent comme le sable qui s’échappe des mains d’un ange distrait,
et une goutte de temps augmente sa misère par la découverte amère d’un chemin,
encadré de soi-disant fantasmes, trébuchant à chaque pas sur des luths abandonnés par le rêve.

Au bord de l’abîme, elle s’arrête et, abandonnée, joue de longs espaces de lumière ramollie :
l’air est plus épais et laisse naviguer dans ses entrailles l’ancre détachée qui jaillit du noeud de la blessure.

La dernière humidité infiltre ses doigts torves dans les plis de la tunique égarée.
Et dans sa voix renoue la profondeur du désastre qui effaça en un seul voyage le port aux murs invisibles.

Marche dans ta recherche…

(Guillermo Fernández)

Illustration: Alexander Anufriev

 

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Sous une lune pleine (Yves Mabin Chennevière)

Posted by arbrealettres sur 9 janvier 2018



Illustration
    
— Sous une lune pleine,
danse une femme seule,

Si un oiseau s’envole,
elle ferme les yeux,
fredonne un air triste,
et attend le silence,

Elle joint sur sa nuque,
ses doigts couverts de bagues,
et tourne lentement,
sans reprendre son souffle,

Quand un nuage mince
coupe la lune en deux,
elle s’écroule et gémit,
comme un chevreuil piégé,

Dès que la lune est libre,
elle se lève d’un bond,
et danse jusqu’à l’aube,
alors, elle disparaît ;

(Yves Mabin Chennevière)

 

Recueil: Variations du sensible
Traduction:
Editions: De la Différence

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Au moins ça (Bernard Friot)

Posted by arbrealettres sur 25 décembre 2017



je joue avec les mots
comme avec des legos
je construis un pont
nom verbe adjectif préposition
au-dessus de ton silence immense
j’avance
balance les bras
je ne regarde pas en bas
tout s’écroule
tu ris

au moins ça

(Bernard Friot)

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L’Automne (Jacques Prévert)

Posted by arbrealettres sur 8 décembre 2017



Un cheval s’écroule au milieu d’une allée
Les feuilles tombent sur lui
Notre amour frissonne
Et le soleil aussi.

(Jacques Prévert)

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