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Posts Tagged ‘s’écrouler’

ON NE SAIT JAMAIS (Charles Aznavour)

Posted by arbrealettres sur 5 juillet 2017



 

ON NE SAIT JAMAIS

On ne sait jamais
Comment l’amour vient aux amants
Comment il fait ou il s’y prend
Pour nous tenir dans ses filets
Mais tout à coup c’est merveilleux
II y a des larmes pleins nos joies
Des caresses au bout de nos doigts
Et des rêves au fond de nos yeux.
On ne sait jamais
Mais pourquoi chercher à savoir
Nul n’a jamais eu ce pouvoir
On oublie tout quand l’amour naît
Plus rien ne peut nous retenir
Et fous d’amour et de désirs
On se dit :
 » Tant pis
Si l’on ne sait jamais.
On ne sait jamais  »

Quand on est pris par le bonheur
Si c’est l’esprit ou bien le coeur
Qui nous apporte ce bienfait
On a confiance en l’avenir
C’est à la vie comme à la mort
Et tant pis si l’on a eu tort
On met ça dans les souvenirs.
On ne sait jamais
Mais l’on se fiche éperdument
Du qui, du quoi ou du comment
On est heureux comme l’on est
Plus rien ne compte à notre vue
Que ce bonheur à coeur perdu
Qui nous dit
 » Tant pis
Si l’on ne sait jamais.  »

On ne sait jamais
L’amour fait de nous ce qu’il veut
On est heureux ou malheureux
Tout est parfait ou rien n’est vrai
Parfois il reprend d’une main
Ce que de l’autre il a donné
Mais quand tout semble s’écrouler
Lorsque l’on croit n’avoir plus rien.
On ne sait jamais
Nos yeux sont à peine séchés
Qu’un autre amour vient s’annoncer
Et tout est à recommencer
On est fébrile et haletant
A chaque fois comme à vingt ans
Nous faisons toujours d’autres folies
Au cours de notre vie
Tout ça parce qu’on ne sait jamais.

(Charles Aznavour)

Illustration

 

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Des jambes qui ploient (Pensées celtiques)

Posted by arbrealettres sur 8 juin 2017



 

Susan Madsen 13

Des jambes qui ploient

Mes jambes ploient sous le poids de mes péchés.
Comme une cargaison de grosses pierres attachées à mes épaules,
Je porte ce fardeau toute la journée et tous les jours.
Comment puis-je relâcher les courroies et me libérer ?

Je laisserai mes genoux fléchir et s’affaisser
Et le fardeau peser sur moi jusqu’à ce que je m’écroule au sol.
Si les courroies restent tendues, je serai écrasé et je mourrai.
Si les courroies se relâchent, je me lèverai et je vivrai.

(Pensées celtiques)

Illustration: Susan Madsen

 

 

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LES RUINES DE MEXICO (ÉLÉGIE DU RETOUR) (José Emilio Pacheco)

Posted by arbrealettres sur 13 avril 2017



 

LES RUINES DE MEXICO
(ÉLÉGIE DU RETOUR)

1
Absurde est la matière qui s’écroule,
la matière pénétrée de vide, la creuse.
Non : la matière ne se détruit pas,
la forme que nous lui donnons se désagrège,
nos oeuvres se réduisent en miettes.

2
La terre tourne, entretenue par le feu.
Elle dort sur une poudrière.
Elle porte en son sein un bûcher
un enfer solide
qui soudain se transforme en abîme.

3
La pierre profonde bat dans son gouffre.
En se dépétrifiant, elle rompt son pacte
avec l’immobilité et se transforme
en bélier de la mort.

4
De l’intérieur vient le coup,
la morne cavalcade,
l’éclatement de l’invisible, l’explosion
de ce que nous supposons immobile
et qui pourtant bouillonne sans cesse.

5
L’enfer se dresse pour noyer la terre.
Le Vésuve éclate de l’intérieur.
La bombe monte au lieu de descendre.
L’éclair jaillit d’un puits de ténèbres.

6
Il monte du fond, le vent de la mort.
Le monde tressaille en fracas de mort.
La terre sort de ses gonds de mort.
Comme une fumée secrète avance la mort.
De sa prison profonde s’échappe la mort.
Du plus profond et du plus trouble jaillit la mort.

7
Le jour devient nuit,
la poussière est soleil
et le fracas remplit tout.

8
Ainsi soudain se casse ce qui est ferme,
béton et fer deviennent mouvants,
l’asphalte se déchire, la ville et la vie
s’écroulent. La planète triomphe
contre les projets de ses envahisseurs.

9
La maison qui protégeait contre la nuit et le froid,
la violence et l’intempérie,
le désamour, la faim et la soif
se transforme en gibet et en cercueil.
Le survivant reste emprisonné
dans le sable et les filets de la profonde asphyxie.

10
C’est seulement quand il nous manque, qu’on apprécie l’air.
Seulement quand nous sommes attrapés comme le poisson
dans les filets de l’asphyxie. Il n’y a pas de trous
pour retourner à la mer d’oxygène
où nous nous déplacions en liberté.
Le double poids de l’horreur et de la terreur
nous a sortis
de l’eau de la vie.

Seulement dans le confinement nous comprenons
que vivre c’est avoir de l’espace.
Il fut un temps
heureux où nous pouvions bouger,
sortir, entrer, nous lever, nous asseoir.

Maintenant tout s’est écroulé. Le monde
a fermé ses accès, ses fenêtres.
Aujourd’hui nous comprenons ce que signifie
cette terrible expression : enterrés vivants.

11
Le séisme arrive et devant lui plus rien
ne valent les prières et les supplications.
Il naît de son sein pour détruire
tout ce que nous avons mis à sa portée.
Il jaillit et se fait reconnaître à son oeuvre atroce.
La destruction est son unique langage.
Il veut être vénéré parmi les ruines.

12
Cosmos est chaos, mais nous ne le savions pas
ou nous n’arrivions pas à le comprendre.
La planète descend-elle en tournant
dans les abîmes de feu glacé ?
Tourne-t-elle ou tombe-t-elle cette terre ?
Le destin de la matière est-il dans cette chute infinie ?

Nous sommes nature et rêve. C’est pourquoi
nous sommes ce qui descend toujours :
poussière dans les airs.

(José Emilio Pacheco)

Illustration

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Un grand Espoir s’écroula (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 20 mars 2017



Un grand Espoir s’écroula
On ne perçut aucun bruit
Au-dedans était la Ruine
Ô Naufrage sournois
Qui ne se Trahit pas
Et n’admit nul Témoin

L’esprit bâti pour une Charge immense
Conçu pour la tourmente
Sombrant en Mer tant de fois
Et sur Terre, ostensiblement

Un refus de m’avouer la blessure
Et tant elle s’élargit
Que toute ma Vie s’y engouffra
Autour, ce n’étaient que failles –

Rabattu le simple couvercle qui bâillait au soleil
Jusqu’à ce que le tendre Menuisier
A jamais le cloue –

***

A great Hope fell
You heard no noise
The Ruin was within
Oh cunning Wreck
That told no Tale
And let no Witness in

The mind was built for mighty Freight
For dread occasion planned
How often foundering at Sea
Ostensibly, on Land

A not admitting the wound
Until it grew so wide
That all my Life had entered it
And there were troughs beside –

A closing of the simple lid that opened to the sun
Until the tender Carpenter
Perpetual nail it down –

(Emily Dickinson)


Illustration: Jacob-Peter Gowi

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Nous n’avons pas de langage pour les fins (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 14 mars 2017



Nous n’avons pas de langage pour les fins,
pour la chute de l’amour,
pour les labyrinthes compacts de l’agonie,
pour le scandale bâillonné
des enlisements irrévocables.

Comment dire à celui qui nous abandonne
ou que nous abandonnons
qu’ajouter encore une absence à l’absence
c’est noyer tous les noms
et dresser un mur
autour de chaque image ?

Comment faire des signes à qui meurt,
quand tous les gestes se sont figés,
quand les distances se brouillent en un chaos imprévu,
que les proximités s’écroulent comme des oiseaux malades
et que la tige de la douleur
se brise comme la navette
d’un métier disloqué ?

Ou comment se parler tout seul
quand rien, quand personne ne parle plus,
quand les étoiles et les visages sont neutres sécrétions
d’un monde qui a perdu
le souvenir d’être monde ?

Peut-être un langage pour les fins
exige-t-il l’abolition totale des autres langages,
la synthèse imperturbable
de la terre brûlée.

A moins de créer un langage d’interstices,
capable de resserrer les moindres espaces
imbriqués entre le silence et la parole
et les particules inconnues sans désir,
qui seulement là promulguent
l’équivalence ultime
de l’abandon et de la rencontre.

***

No tenemos un lenguaje para los finales,
para la caída del amor,
para los concentrados laberintos de la agonía,
para el amordazado escándalo
de los hundimientos irrevocables.

¿Cómo decirle a quien nos abandona
o a quien abandonamos
que agregar otra ausencia a la ausencia
es ahogar todos los nombres
y levantar un muro
alrededor de cada imagen?

¿Cómo hacer señas a quien muere,
cuando todos los gestos se han secado,
las distancias se confunden en un caos imprevisto,
las proximidades se derrumban como pájaros enfermos
y el tallo del dolor
se quiebra como la lanzadera
de un telar descompuesto?

¿O cómo hablarse cada uno a sí mismo
cuando nada, cuando nadie ya habla,
cuando las estrellas y los rostros son secreciones neutras
de un mundo que ha perdido
su memoria de ser mundo?

Quizá un lenguaje para los finales
exija la total abolición de los otros lenguajes,
la imperturbable síntesis
de las tierras arrasadas.

O tal vez crear un habla de intersticios,
que reúna los mínimos espacios
entreverados entre le silencio y la palabra
y las ignotas partículas sin codicia
que sólo allí promulgan
la equivalencia última
del abandono y el encuentro.

(Roberto Juarroz)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Illustration: Karen Lamonte

 

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Dordrecht (Jean-Claude Demay)

Posted by arbrealettres sur 27 janvier 2017



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Dordrecht

Et les maisons s’inclinent
Et les pontons s’écroulent
Au ras de la marée
Aux rempart de Dordrecht

Et les âmes s’allument
Les vagabonds s’en viennent
Et les amants s’en vont
Dans les rues de Dordrecht

Et les navires filent
Et la marée gémit
Et les chiennes hurlent
Sous les lunes de Dordrecht

Se peut-il que les soirs
La bière se fasse amère
La bière se fasse amante
Que l’on veuill’ prendre l’air

Et qu’on ait l’œil au Nord
Et le cœur aux dérives
Qu’on regard’ l’autre rive
De l’autr’ côté d’la mer

Et les pontons s’inclinent
Et la mer se devine
Le regard aviné
De l’ivrogne qui passe

Il est déjà passé
Et seul le clapotis
Accompagne ses pas
Il ne reviendra pas

Il ne reviendra pas ah ! ah !
Non celui-là non ne reviendra pas
Je suis dans le troquet
Et la pluie dégouline
Le crachin sur la vitre
Il ne reviendra pas non
Il ne reviendra pas

J’ai entendu ses pas
Je connais la jetée
Encore un qui s’est j’té
Il s’en est tant jeté

Je le connaissais mais
Il ne reviendra pas

Serveuse
Un grand bock
Cette fois
La marée est trop haute
Et mon cœur est trop bas
Tu sais je te connais
Tu sais c’est moi
Ce soir
C’est ce soir moi que j’me jette
Des remparts de Dordrecht
Moi un ancien poète
J’ai quitté cette terre
Les dieux m’abandonnent
C’est ce soir que j’me donne

Et les pontons s’inclinent
La marée se devine
Des coups à rester raide
Sous les remparts
Y’en a qui partent
De Dordrecht.

(Jean-Claude Demay)

 

 

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Peut-être n’y a-t-il rien, à part le silence, le repos (Léon Tolstoï)

Posted by arbrealettres sur 3 décembre 2016



«Qu’est-ce ? je tombe ? mes jambes flageolent », se dit-il, et s’écroula sur le dos.
Il rouvrit les yeux, espérant voir l’issue de la lutte engagée entre le Français et les artilleurs,
avide de savoir si oui ou non l’artilleur roux était tué et la batterie conquise.
Mais il ne vit plus rien.

Il n’y avait au dessus de lui que le ciel, un ciel voilé mais très haut, immensément haut,
où flottaient doucement des nuages gris.
« Quel calme, quelle paix, quelle majesté ! songeait-il.
Quelle différence entre notre course folle, parmi les cris et la bataille,
quelle différence entre la rage stupide des deux hommes qui se disputaient le refouloir
– et la marche lente de ces nuages dans le ciel profond, infini !
Comment ne l’ai-je pas remarqué jusqu’alors ?
Et que je suis heureux de l’avoir découvert enfin !

Oui, tout est vanité, tout est mensonge en dehors de ce ciel sans limites.
Il n’y a rien, absolument rien d’autre que cela…
Peut-être même est-ce un leurre,
peut-être n’y a-t-il rien ,
à part le silence,
le repos.
Et Dieu en soit loué !…

(Léon Tolstoï)

 

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J’ÉCRIVAIS (André Spire)

Posted by arbrealettres sur 8 novembre 2016



 

J’ÉCRIVAIS,
Une rose s’est écroulée.

Le mystère, j’en ris!
L’âme de mes grand-mères
Ne vient plus visiter mes antiques armoires!
Je n’ai pas peur, quand je suis seul, même à minuit.
Mais, sur ma page, pourquoi ces feuilles rouges;
Pourquoi ce parfum lourd, cette chute…, ce trouble,
Et pourquoi mon poème est-il mort tout à coup ?

(André Spire)

 

 

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Je serai le nuage; toi tu seras la lune (Rabindranath Tagore)

Posted by arbrealettres sur 22 octobre 2016




Je serai le nuage; toi tu seras la lune.
Je te couvrirai le visage de mes deux mains,
et le toit de notre maison ce sera le ciel bleu.
… Je serai les vagues et toi une plage lointaine
Je roulerai, roulerai, roulerai,
et m’écroulerai sur tes genoux.
Et personne au monde ne saura
où nous nous trouverons tous deux.

(Rabindranath Tagore)

Illustration

 

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LES JOURS (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 21 octobre 2016




LES JOURS

Dans une ville noire entraînée par le temps
(toute maison d’avance au fil des jours s’écroule)
je rentrais, je sortais avec toutes mes ombres.
Mille soleils montaient comme du fond d’un fleuve,
mille autres descendaient, colorant les hauts murs;
je poursuivais des mains sur le bord des balcons;
des formes pâlissaient (la lumière est sur elle)
ou tombaient dans l’oubli (les rayons ont tourné).
Les jours, les jours… Qui donc soupire et qui m’appelle,
pour quelle fête ou quel supplice ou quel pardon ?

(Jean Tardieu)

Illustration: Vincent Van Gogh

 

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