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Poésie

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Le laboureur du soleil (Tahar Bekri)

Posted by arbrealettres sur 13 avril 2019




Le laboureur du soleil

J’ai pris
tes cheveux un à un
j’ai tissé une barque

Dans la brise de tes yeux
j’ai navigué vers les îles
aux tulipes bleues

Il neigeait
sur les coquelicots
de tes lèvres

Triste
était l’enfant
qui avait faim

Il pleuvait
des étoiles
sur le toit de mon coeur

J’ai pris
ta main de lune
et j’ai fait un pain

(Tahar Bekri)

 

 

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LE SPECTRE INVISIBLE (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 14 décembre 2018



Illustration: Marc Chagall
    
LE SPECTRE INVISIBLE

Que j’apprenne, si je l’ose, l’ordre du vent,
Du feu, de la tempête, et de la mer.
Que j’apprenne si je l’ose dans quel mode de l’être
Tombe la feuille de l’arbre.

Partout
Il y a des brèches dans l’air,
Des tombes ouvertes pour nous recevoir,

Après la septième couleur
Et avant la première
C’est l’obscurité.

Au-delà du son, le silence
Qu’entendent les chauves-souris
Et le poisson des profondeurs qui perçoit le pouls des vagues,

Au-delà des sens, les sphères qui tournent, ces fileuses,
Atomes et étoiles
Qui tissent nos vies.

Les amants cherchent un refuge
Dans l’abîme
D’où ils s’élancent,

Car dans les profondeurs de l’amour nous sondons
Le vide
Derrière la vie mortelle,

Et à travers notre sommeil
Se meuvent des puissances cachées
Étranges comme des nébuleuses,
Les rêves qui ne sont pas les nôtres.

***

THE INVISIBLE SPECTRUM

Learn, if I dare, the order of the wind,
Fire, tempest and the sea.
Learn if I dare into what mode of being
The leaf falls from the tree.

Everywhere
There are bolet in the air,
Graves open to receive us,

After the seventh colour
And before the first
Lies darkness.

Beyond sound, silence
Audible to bats
And deep-sea fish that feel the throb of waves,

Beyond senne, the spinning spheres,
Atoms and stars
That weave our dives

Loyers seek sanctuary
In the abyss
From which they fly,

For in love’s depths we sound
The void
Beyond mortality

And through our sleep
Move latent powers
Strange as nebulae,
Dreams not ours.

(Kathleen Raine)

 

Recueil: Sur un rivage désert
Traduction: Marie-Béatrice Mesnet et Jean Mambrino
Editions: Granit

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POUSSIÈRE (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 14 décembre 2018



Illustration: Ludovic Florent
    
POUSSIÈRE

Or ma poussière n’est jamais en repos.
Or toujours je dois mourir.
Cette poussière a voyagé avec la terre depuis la création des soleils
Mais n’a jamais quitté l’éternité

Dont la loi est tracée sur ma main qui écrit,
Qui porte le sceau des formes et des états de la nature;
Les étoiles obéissent à cet ordre, et l’herbe,
La beauté les innocents, et les saints.

Ces os ont vu les rochers déversés, fondus
Dans la transmutation des feux solaires,
Obéissant aux lois que j’ai brisées,
La puissance et la gloire du soleil qui règne.

Mon sang suit son cours comme le mouvement des marées,
La pluie qui tombe et le torrent, l’orage et l’accalmie,
Il a subi le poids du gel
Et la montée baroque des nuages.

L’ombre de la croix s’étend sur le vide
Dès le premier éclat jailli entre les pôles.
Le monde est bâti sur une séparation
Dont les années-lumière ne peuvent combler la distance.
La blessure prolifère, la déchirure s’étend.

La passion de l’homme est inscrite dans l’arbre,
Les colonnes du ciel, les végétaux,
Les épines, le fer, et la soif organique
Depuis le commencement dresse son calvaire.

La poussière vole à travers les figures d’une danse,
Avance — passage rituel — telle une épousée,
Marque fleurs et coquilles de spirales qui deviennent
Déserts de fossiles et brumes tournoyantes,
Tisse la rose, l’agneau, l’enfant aimé du monde,
Puis redéfait le monde que la danse a fait.

***

DUST

Only my dust is never laid
And ont), I must always die.
This dust has travelled with the earth rince suns moere made
Yet never left eternity

Whose mule is traced upon my band that writes,
That bears the seal of nature’s forms and states;
The stars obey that order, and the gras:,
The beautiful, the innocent, and the saints.

These bones have known the molten rocks outpoured
In transmutation of the solar ires,
Obedient to the laves that I have broken,
The power and glory of the reigning sun.

My blood streams with the motion of the tides,
The fall of main and cataract, storm and calm,
Has undergone the freezing of the ice
And the baroque assomption of the clouds.

The chape of the cross is laid upon the void
By the first flash that leaps between the poles.
The world is built upon a separation
Whose distance the long lightyears cannot close.
The wound proliferates, the rift extends.

Man’s passion is predestined in the tree,
The cross-beams of the heavens, vegetation,
The thorns, the iron, and the organic thirst
From the beginning raise his calvary.

The dust sweeps through the figures of a dance,
Moves in its rituel/ transit like a bride
Imprinting shells and fiowers with spiral forms that pass
To fossil hastes and whirling nebulae,
Weaving the rose, the lamb, and the world’s darling child,
And then unmakes again the world the dance has made.

(Kathleen Raine)

 

Recueil: Sur un rivage désert
Traduction: Marie-Béatrice Mesnet et Jean Mambrino
Editions: Granit

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Laisse entrer le vent (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 5 décembre 2018




Laisse entrer le vent
Laisse entrer la pluie
Laisse entrer la lande cette nuit,

L’orage bat contre ma vitre,
La nuit se dresse au pied de mon lit,
Laisse entrer la peur,
Laisse entrer la douleur,
Laisse entrer les arbres qui se tordent et gémissent,
Laisse entrer le nord cette nuit.

Laisse entrer la puissance sans nom et sans forme
Qui frappe à la porte,
Laisse entrer la glace, laisse entrer la neige,
La fée funeste qui hurle sur- la lande,
Le buisson de fougère sur la colline déserte,
Laisse entrer les morts cette nuit.

Le fantôme qui siffle derrière le muret de pierres,
Les morts qui pourrissent dans la fondrière,
Laisse entrer la foule des ancêtres,
Le désir inassouvi,
Laisse entrer le spectre du seigneur mort,
Laisse entrer les jamais nés cette nuit.

Laisse entrer
Laisse entrer
Laisse entrer
le froid,
l’humide,
la solitude,
les vivants,
les morts,
les ciels inhabités.

Oh comment les doigts vierges peuvent-ils tisser
Une couverture pour le vide ?
Mon coeur craintif concevoir
La gigantesque solitude ?
Une si petite maison contenir
Une assemblée si nombreuse ?
Laisse entrer les morts,
Laisse entrer l’obscurité,
Laisse entrer ton amour cette nuit.

Laisse entrer la neige qui engourdit la tombe,
Laisse entrer le chêne,
Le torrent de montagne et la pierre de montagne,
Laisse entrer la mer amère.

Craintif mon coeur vierge,
Frêle mon corps vierge,
Et dois-je alors avoir pitié
De la furie de l’orage
Qui s’est levé du grand abîme
Avant que la terre soit créée,
Qui verse des cataractes d’étoiles
Et secoue ce monde violent ?

Laisse entrer le feu,
Laisse entrer la puissance,
Laisse entrer la force envahissante.

Que doux soient mes doigts,
Mon coeur plein de pitié,
Puisque je dois lier dans une forme humaine
Une puissance de vie si grande,
Un grand élan de vie sauvage
Qui crie autour de ma maison
Avec tout le désir violent
Ne désirant que ma paix.

Plein de pitié mon coeur doit maintenir
Les étoiles solitaires au repos,
Avoir pitié du cri du corbeau,
Du torrent, des ailes de l’aigle,
De l’eau glacée du petit lac
Et du vent mordant.

Laisse entrer la blessure,
Laisse entrer la douleur,
Laisse entrer ton enfant cette nuit.

***

Let in the wind
Let in the rain
Let in the moors tonight,

The storm beats on my window-pane,
Night stands at my bed-foot,
Let in the fear,
Let in the pain,
Let in the trees that toss and groan,
Let in the north tonight.

Let in the nameless formless power
That beats upon my door,
Let in the ice, let in the snow,
The banshee howling on the moor,
The bracken-bush on the bleak hillside,
Let in the dead tonight.

The whistling ghost behind the dyke,
The dead that rot in mire,
Let in the thronging ancestors
The unfulfilled desire,
Let in the wraith of the dead earl,
Let in the unborn tonight.

Let in the cold,
Let in the wet,
Let in the loneliness,
Let in the quick,
Let in the dead,
Let in the un peopled skies.

Oh how can virgin fingers weave
A covering for the void,
How can my fearful heart conceive
Gigantic solitude ?
How can a house so small contain
.A company so great ?
Let in the dark,
Let in the dead,
Let in your love tonight.

Let in the snow that numbs the grave,
Let in the acorn-tree,
The moutain stream and mountain stone,
Let in the bitter sea.

Fearful is my virgin heart
And frail my virgin form,
And must I then take pity on
The raging of the storm
That rose up from the great abyss
Before the earth was made,
That pours the stars in cataracts
And shakes this violent world?

Let in the fire,
Let in the power,
Let in the invading might.

Gentle must my fingers be
And pitiful my heart
Since I must bind in human form
A living power so great,
A living impulse great and wild
That cries about my house
With all the violence of desire
Desiring this my peace.

Pitiful my heart must hold
The lonely stars at rest,
Have pity on the raven’s cry
The torrent and the eagle’s wing,
The icy water of the tarn
And on the biting blast.

Let in the wound,
Let in the pain,
Let in your child tonight.

(Kathleen Raine)

Illustration: William Blake

 

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Vers mon obscurité j’ai hâlé sa lumière (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 4 décembre 2018




Lui que je loue de ma bouche muette nocturne
Murmurant des silences jusqu’au moment où les étoiles
Sont suspendues aux noeuds immobiles de mes vagues tourmentées,
Vers mon obscurité j’ai hâlé sa lumière.

Je tisse sur le sol désert de l’espace
La danse nuptiale, je danse les mystères
Qui ont incendié la maison de Penthée.
Son éclat brille jusqu’en mon lieu le plus obscur.

Il pose dans ma tombe profonde ses feux impérissables,
Sa flamme jaillit en moi fontaine arbre et coeur,
Il plane’issu du lit de la nature dans un vol d’oiseau.
Vers mon obscurité j’ai hâlé sa lumière.

Mes feuilles attirent de leurs mains vertes le soleil
Et lient en gerbe ses rayons dans la rose sauvage du monde.
J’offre mes miroitantes mers à son visage.
Son éclat brille jusqu’en mon lieu le plus obscur.

***

Him I praise with my mute mouth of night
Uttering silences until the stars
Hang at the still nodes of my troubled waves.
Into my dark I have drawn down his light.

I weave upon the empty floor of space
The bridal dance, I dance the mysteries
That set the house of Pentheus ablaze.
His radiance shines into my darkest place.

He lays in my deep grave his deathless fires,
In me his flame springs fountain tree and heart,
Soars up from nature’s bed in a bird’s flight.
Into my dark I have drawn down his light.

My leaves draw down the sun with their green hands
And bind his rays into the world’s wild rose.
I hold my mirroring seas before his face.
His radiance shines into my darkest place.

(Kathleen Raine)

Illustration: William Blake

 

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Nous vivons ici-bas une main serrée sur la gorge (Alejandra Pizarnik)

Posted by arbrealettres sur 12 novembre 2018




Nous vivons ici-bas une main serrée sur la gorge.
Que rien ne soit possible était chose connue de
ceux qui inventaient des pluies et tissaient des
mots avec la torture de l’absence. C’est pourquoi il
y avait dans leurs prières un son de mains éprises
du brouillard.

(Alejandra Pizarnik)

 

 

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Il n’y a rien (Georges Perros)

Posted by arbrealettres sur 24 octobre 2018



    

Il n’y a rien sinon le vent
pour traverser votre âme

ô
les mouettes
vous qui tissez de vif-argent
le
grand ciel
enfant de bohème

gloire à vous
Fille de l’air et de la mer
vos
ailes
battent encore

comme dans le coeur
de
Tristan
pour
toutes les Yseult
du monde

(Georges Perros)

 

Recueil: J’habite près de mon SILENCE et 27 autres poèmes
Traduction:
Editions: Finitude

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La statue (Esther Granek)

Posted by arbrealettres sur 19 octobre 2018



 

chut

La statue

Quand tu m’es apparue
c’est la tête penchée
et un doigt sur les lèvres.
Joli corps de statue
sur ton socle de grès,
tu m’as jeté un sort, sorcière !
Tu m’as jeté un sort…

Car tu m’as envoûté
de corps et de pensées,
un sourire sur les lèvres.
Es-tu sainte ou diablesse ?
Es-tu femme ou déesse ?
Tu m’as jeté un sort, sorcière !
Tu m’as jeté un sort…

Tu as tissé ta toile
comme ferait l’araignée,
un grand rire sur les lèvres.
Et en gestes comptés,
comme la reine d’un bal,
tu m’as jeté un sort, sorcière !
Tu m’as jeté un sort…

Alors brisant le mal,
je t’ai abandonnée,
un défi sur les lèvres.
Couché dans l’aube pâle,
je ne puis t’oublier.
Tu m’as jeté un sort, sorcière !
Tu m’as jeté un sort…

Adorable statue
à la tête penchée
et au doigt sur les lèvres,
merveille de formes nues
dans le marbre taillées,
tu m’as jeté un sort, sorcière !
Tu m’as jeté un sort…

(Esther Granek)

Illustration

 

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Claire lumière (Francesca Y. Caroutch)

Posted by arbrealettres sur 18 octobre 2018



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Claire lumière

Carence d’avoir
et surcroît d’être bleu scarabée
Mise en abîme des évidences

Nous sommes les Parques
qui tissons notre propre destinée

Les pensées d’anthracite ou de nacre
ondoient dans un demi-sommeil

La sentinelle a prévenu :
C’est trois jours après la mort
que l’on doit s’éveiller
dans une apocalypse de lumière
Précipite-toi vers la clarté
dans la matrice de l’espace

Le vide ne peut blesser le vide

(Francesca Y. Caroutch)

Découvert ici: http://revuedepoesie.blog.lemonde.fr/

 

 

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Tu te souviens des noms (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 30 septembre 2018




    
Tu te souviens des noms; tu entends
Le tien. Quelqu’un doit se souvenir
De tout. D’outre-ciel une voix pérenne
Tisse la toile à n’en plus finir.

(François Cheng)

 

Recueil: Enfin le royaume
Traduction:
Editions: Gallimard

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