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Poésie

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Chant pour des ans à venir (Robert Momeux)

Posted by arbrealettres sur 3 avril 2020



Chant pour des ans à venir

C’était en revenant de la maison des rêves (je sais que tu ne m’aimes pas).
Tous les enfants étaient partis et l’herbe était devenue noire et plus un oiseau ne chantait.
J’avais erré longtemps, tous les livres s’étaient refermés pour moi
et je n’avais rien retenu de toutes leurs amours.

J’étais seul.

Tous les sentiers que je suivais
menaient vers la même eau calme et sombre, sous des lunes.
Je tournais en rond dans un sablier têtu et triste,
je repassais vingt fois devant man enfance au soleil et des fiançailles fanées.
Rien.
Plus une porte.

J’ensanglantais mes doigts à des murs invisibles.
Des journées vertes et douces défilaient, lointaines, silencieuses.
Je voyais se lever des tours et des palais, des ombres de futaies et des festins heureux.
Des visages perdus depuis toujours me souriaient gravement.
Une brume ténue voilait des gestes et des attitudes.
I1 y avait comme des puits, luisants et pleins de menace,
où je ne distinguais rien, m’y penchant.

Sous mes yeux, de grands pans de mon passé s’écroulaient, tranquilles et chastes.
Ma vie était dans une cendre mélancolique et froide que pas un souffle ne pouvait chasser.
J’allais, j’allais longtemps encore dans des plaines muettes.
Et plus tard, quand la nue fut percée, je ne vis plus qu’un grand fantôme,
ivre comme de vin, qui titubait sous le ciel bas
et qui jetait au vent des lambeaux de son linceul
jaune et sale.

(Robert Momeux)


Illustration: Odilon Redon

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Le temps est un affreux pillard (Louis Calaferte)

Posted by arbrealettres sur 25 mars 2020



 

Jean Delville  047 [1280x768]

Le temps est un affreux pillard

Vos robes légères
vos robes fougère
vos robes de soyeuse écaille
souples et larges auréoles
vos robes étaient des corolles
mouvantes autour de vos tailles

Vos robes de lentes
plissures mourantes
tulipes aux minceurs qui flambent
de chaudes vapeurs indiscrètes
souffles menus d’une voilette
à la caresse de vos jambes

Je les ai tant aimées
dans les autrefois de mon temps
vos robes comme des fumées
sous les vins doux d’autres printemps

De ces candeurs dans leurs regards
que je ne vois bien qu’aujourd’hui
aujourd’hui où il est trop tard
car j’ai largement dépassé mon minuit

Blonds visages dans des foulards
pour des tendresses infinies
vous êtes tout nouveaux je pars
moi qui saurais si bien bercer vos agonies

Ô ma jeunesse évanouie
le temps est un affreux pillard

(Louis Calaferte)

Illustration: Jean Delville

 

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C’est là-bas (Pierre Albert-Birot)

Posted by arbrealettres sur 8 mars 2020



C’est là-bas

On vous dit c’est là-bas
En allongeant le bras
Qui vous y conduit
Alors on part
Mais on meurt en chemin

(Pierre Albert-Birot)

Illustration: Gilbert Garcin

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Villanelle (Philippe Desportes)

Posted by arbrealettres sur 26 février 2020




    
Villanelle

Rosette, pour un peu d’absence,
Votre cœur vous avez changé,
Et moi, sachant cette inconstance,
Le mien autre part j’ai rangé :
Jamais plus, beauté si légère
Sur moi tant de pouvoir n’aura :
Nous verrons, volage bergère,
Qui premier s’en repentira.

Tandis qu’en pleurs je me consume,
Maudissant cet éloignement,
Vous qui n’aimez que par coutume,
Caressiez un nouvel amant.
Jamais légère girouette
Au vent si tôt ne se vira :
Nous verrons, bergère
Rosette,
Qui premier s’en repentira.

Où sont tant de promesses saintes,
Tant de pleurs versés en partant?
Est-il vrai que ces tristes plaintes
Sortissent d’un cœur inconstant?
Dieux! que vous êtes mensongère!
Maudit soit qui plus vous croira !
Nous verrons, volage bergère,
Qui premier s’en repentira.

Celui qui a gagné ma place
Ne vous peut aimer tant que moi;
Et celle que j’aime vous passe
De beauté, d’amour et de foi.
Gardez bien votre amitié neuve,
La mienne plus ne variera,
Et puis, nous verrons à l’épreuve
Qui premier s’en repentira.

(Philippe Desportes)

 

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Quand j’étais petite (Jeanne Benameur)

Posted by arbrealettres sur 25 février 2020




    
Quand j’étais petite
la nuit se tenait devant notre porte
et elle chantait d’étranges chants.
Pour les oiseaux qu’on ne voit pas.
Pour les pierres du chemin.
La nuit chantait
et moi
je dormais ou je veillais ?
Est-ce que je rêvais ?

Est-ce que je suis seule à entendre
le chant de la nuit sur la terre
aux portes des maisons ?

Qui berce le sommeil de ceux qui rêvent ?

La nuit a été une voix
qui m’a gardée
de toutes peurs.

Et puis la nuit s’est tue
et je suis restée seule.

Je suis sortie sur le seuil de la maison
J’ai appelé très doucement
Aucun son ne m’a répondu.
Dans ma poitrine
l’écho.

Assise sur le seuil
J’ai pleuré.
J’ai attendu le matin.
Et rien.

La nuit s’était tue pour toujours.

Je suis partie.

(Jeanne Benameur)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Recueil: L’exil n’a pas d’ombre
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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Le voyage (Jean-Pierre Claris de Florian)

Posted by arbrealettres sur 23 février 2020




    
Le voyage

Partir avant le jour, à tâtons, sans voir goutte,
Sans songer seulement à demander sa route ;
Aller de chute en chute, et, se traînant ainsi,
Faire un tiers du chemin jusqu’à près de midi ;
Voir sur sa tête alors s’amasser les nuages,
Dans un sable mouvant précipiter ses pas,
Courir, en essuyant orages sur orages,
Vers un but incertain où l’on n’arrive pas ;
Détrempé vers le soir, chercher une retraite,
Arriver haletant, se coucher, s’endormir :
On appelle cela naître, vivre et mourir.
La volonté de Dieu soit faite !

(Jean-Pierre Claris de Florian)

 

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LES STEPPES D’AKERMAN (Adam Mickiewicz)

Posted by arbrealettres sur 23 février 2020



 

Steppe

LES STEPPES D’AKERMAN

Longues vagues d’herbage, espace illimité ;
Dans la steppe, la nuit, notre chariot flotte.
Sur l’océan de fleurs l’essieu glisse et chuchote,
Accrochant des buissons empourprés par l’été.

Ni tertre, ni chemin ; partout l’obscurité ;
Je cherche dans le ciel l’astre cher au pilote ;
Seul, pareil à l’aurore, un phare au loin tremblote.
Et le Dniéster semble un nuage argenté.

Arrêtons ! Quel silence ! Il passe un vol de grues ;
L’oeil chercherait en vain leurs files disparues.
J’entends le serpent fuir, le papillon voler.

Le silence est si grand dans la nuit solennelle
Que je pourrais entendre une voix m’appeler
De Wilno. Bah ! partons ! personne ne m’appelle !

(Adam Mickiewicz)

 

 

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Sois heureux (Anne Tardy)

Posted by arbrealettres sur 13 février 2020




Sois heureux
dit-elle
avant de partir.

(Anne Tardy)

 

 

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Chanson (Pas par le plafond) (Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 12 février 2020




    
Chanson
(Pas par le plafond)

Pas par le plafond,
Pas par le plancher,
Petit enfant sage,
Tu ne partiras.

Pas brisant les murs
Ou les traversant,
Pas par la croisée,
Tu ne partiras.

Par la porte close,
Par la porte ouverte,
Petit enfant sage,
Tu ne partiras.

Ni brûlant le ciel,
Ni tâtant la route,
Ni moquant la lande,
Tu ne partiras.

Ce n’est qu’en passant,
À travers les jours,
C’est à travers toi
Que tu partiras.

(Guillevic)

Recueil: Les poèmes ont des oreilles
Traduction:
Editions: Rue du Monde

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Rondeau de la guerre de Cent Ans (Jacques Roubaud)

Posted by arbrealettres sur 4 février 2020



Illustration  
    
Rondeau de la guerre de Cent Ans

Vous partez, chevalier, pourquoi ?
« Mais, pour la guerre de Cent Ans ! »
Ça vous fera bien cent vingt mois
Sans retourner en Vendômois
Où votre épouse vous attend

Elle vous attend sans émoi
Écartant tous ses prétendants
Filant, jouant au jeu de l’oie
Vous partez, chevalier, pourquoi ?

Les années passent, il fait froid
Votre épouse a les cheveux blancs
Ses os brinquebalent, sa voix
Se casse, toujours elle attend
Mais pourquoi, chevalier, pourquoi ?

(Jacques Roubaud)

 

Recueil: Rondeaux poésies
Traduction:
Editions: Gallimard

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