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Poésie

Posts Tagged ‘partir’

Paroles (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 6 août 2020



Paroles

Je parle avec la flamme qui pétille dans l’âtre
Avant qu’elle ne s’éteigne
Avec le vent qui souffle dans la cheminée
Avec la vague qui déferle sur le rivage
Avant qu’elle ne se retire à l’horizon
Avec l’herbe qui pousse dans l’allée
Et qu’il faudra arracher
Avec le fruit qui mûrit trop tôt sur la branche
Avec le nuage qui passe dans le ciel sans s’arrêter
Avec le blé qu’il faudra moissonner avant qu’il ne pleuve
Avec l’oiseau avant qu’il ne parte pour de lointains pays
Avec ton cœur qui bat dans ta poitrine
Mais qui fait la sourde oreillette
Et risque de battre pour un autre.

(Jean-Baptiste Besnard)


Illustration

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Partir le coeur vide (Gérard Le Gouic)

Posted by arbrealettres sur 23 juillet 2020



Partir
le coeur vide
la tête sans mémoire,

sur les paumes
le tracé des cols
la pente des fleuves,

dans le poing
l’emplacement des ports.

Partir
nu,
n’emporter que soi
sur les épaules.

(Gérard Le Gouic)

Illustration: Alberto Giacometti

 

 

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Parmi les choses qui passaient près de nous (Werner Lambersy)

Posted by arbrealettres sur 15 juillet 2020



Parmi les choses
qui passaient près de nous

La parole s’attardait
et le chant
aimait rester un peu

Puis ils partaient

On les voyait de dos
devenir tout petits

Oubliant derrière eux
les silencieux bagages
de la bouche

(Werner Lambersy)


Illustration: Gilbert Garcin

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Balistique (René de Obaldia)

Posted by arbrealettres sur 9 juillet 2020




    
Balistique

Si maman retirait ses boucles d’oreille
Je lui mettrais des boucles de cerises
Des cerises rouges comme le soleil
Des soleils tout rouges sur les oreilles.
Quand je reviendrai de l’église
Où j’aurai juré de n’être plus jamais gourmand,
Vite, j’irai mordre les cerises
Sur les oreilles de maman.
Et surtout
Quand le monsieur au chapeau mou
Que je n’aime pas du tout
Viendra lui faire de l’oeil à maman
Avec sa caisse à boniments’
Et rira pour montrer ses dents,
Je prendrai toutes les fois
Les noyaux entre mes doigts
Les noyaux de cerise pleins de sang
Et j’appuierai sans qu’on me voie.
Mors, bien retranché dans mon incognito
Ils partiront comme des bombes, les noyaux
Et taperont juste dans l’oeil
Du monsieur qui fait de l’oeil.

(René de Obaldia)

 

Recueil: Innocentines
Traduction:
Editions: Gracet & Fasquelle

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Ce qui vient et ce qui part (Robert Goffin)

Posted by arbrealettres sur 2 juillet 2020



Derek Gores 500 [1280x768] 

Ce qui vient et ce qui part
Pose un étrange problème
Qu’on ne résout nulle part
Par la prose ou le poème

Il ne faut pas éteindre la dernière étoile
Avant que la première ait son signe de feu
Du côté de l’aurore où les femmes fatales
Se dévêtent beaucoup pour se donner un peu…

(Robert Goffin)

Illustration: Derek Gores

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Jour nuit soleil et arbres (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 19 juin 2020



Jean Tardieu
    
(Recueil Jours pétrifiés)
Jour nuit soleil et arbres

Certains mots sont tellement élimés, distendus, que ‘l’on peut voir le jour au travers.
Immenses lieux communs, légers comme des nappes de brouillard – par cela même difficile à manœuvrer.
Mais ces hautes figures vidées, termes interchangeables, déjà près de passer dans le camp des signes algébriques,
ne prenant un sens que par leur place et leur fonction, semblent propres à des combinaisons précises
chaque fois que l’esprit touche au mystère de l’apparition et de l’évanouissement des objets.

I
Est-ce pour moi ce jour ces tremblantes prairies
ce soleil dans les yeux ce gravier encore chaud
ces volets agités par le vent, cette pluie
sur les feuilles, ce mur sans drame, cet oiseau ?

II
L’esprit porté vers le bruit de la mer
que je ne peux entendre
ou bien vers cet espace interdit aux étoiles
dont je garde le souvenir
je rencontre la voix la chaleur
l’odeur des arbres surprenants
j’embrasse un corps mystérieux
je serre les mains des amis

III
De quelle vie et de quel monde ont-ils parlé ?

– De jours pleins de soleil où nous nous avançons,
d’espace qui résiste à peine à nos mains et de nuits
que n’épaissira plus l’obscurité légère.

IV
Entre les murs un visage survint
qui se donnait le devoir de sourire
et m’entraîna vers une autre fenêtre
d’où le nuage à ce moment sortait.

Tout était lourd d’un orage secret
un homme en bleu sur le seuil s’avançait
le tonnerre éclata dans ma poitrine
un chien les oreilles basses
rentrait à reculons.

V
Mémoire
Et l’ombre encor tournait autour des arbres
et le soleil perdait ses larges feuilles
et l’étendue le temps engloutissait
et j’étais là je regardais.

VI
Je dissipe un bien que j’ignore
je me repais d’un inconnu
je ne sais pas quel est ce jour ni comment faire
pour être admis.

VII
Comme alors le soleil (il était dans la nuit
il roule il apparaît avec silence
avec amour, gardant pour lui l’horreur)
ainsi viendront les jours du tonnerre enchaîné
ainsi les monstres souriants ainsi les arbres
les bras ouverts, ainsi les derniers criminels
ainsi
la joie.

VIII
Quand la nuit de mon coeur descendra dans mes mains
et de mes mains dans l’eau qui baigne toutes choses
ayant plongé je remonterai nu
dans toutes les images :
un mot pour chaque feuille un geste pour chaque ombre
« c’est moi je vous entends c’est moi qui vous connais
et c’est moi qui vous change. »

IX
Je n’attends pas un dieu plus pur que le jour même
il monte je le vois ma vie est dans ses mains :
la terre qui s’étend sous les arbres que j’aime
prolonge dans le ciel les fleuves les chemins…
Je pars j’ai cent mille ans pour cet heureux voyage.

X
Epitaphe
Pour briser le lien du jour et des saisons
pour savoir quelle était cette voix inconnue
sur le pont du soleil à l’écart de ma vie
je me suis arrêté.
Et les fleuves ont fui, l’ombre s’est reconnue
espace les yeux blancs j’écoute et parle encore
je me souviens de tout même d’avoir été.

(Jean Tardieu)

 

Recueil: Jean Tardieu Un poète
Traduction:
Editions: Gallimard Jeunesse

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LA SOURCE (Mihai Beniuc)

Posted by arbrealettres sur 15 juin 2020




    
LA SOURCE

Je peux approcher de la source librement
Mes lèvres assoiffées pour boire de son eau.
Est-ce vraiment là tout ce dont j’ai pu rêver ?
La source alors pourrait se cacher, disparaître.
Non, que d’autres arrivent, que les autres viennent !
Je suis prêt à partir pour leur laisser la place.
Que nos sapins, nos sapins verts, majestueux,
Accueillent la jeunesse et ses désirs limpides !

J’ai bu, moi, de l’eau des mares mêlées au sang
De mes frères tués sous des grêles de balles.
Et si mes yeux ne se remplissent plus de larmes
Et si mes lèvres gardent de la boue séchée,
Ce n’est pas que je manque de la soif de vivre,
C’est que j’ai le désir de voir les jeunes boire
L’eau de la source intacte où n’est encor tombé
Que de la nuit, peut-être, une étoile intouchée.

(Mihai Beniuc)

 

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La captivante toile d’araignée des songes (Jean Mambrino)

Posted by arbrealettres sur 11 juin 2020



Ils regardent, se regardent, dans les fauteuils
vides, fascinés par une image intérieure
qu’ils projettent et retirent en un clin d’oeil,
alors qu’ils ne voient pas qui est l’entreteneur.

Le spectacle s’avance en sa traîne de sang
monstre aux mille membres, chacun tenant un sceptre,
pour que le voyeur se souvienne et se délecte
d’être celui qui pleure et va chantant.

On ne peut plus partir, car le vrai c’est le faux,
et notre pays a la couleur du mensonge.
La captivante toile d’araignée des songes,
nous fait goûter combien tout ce néant est beau.

(Jean Mambrino)


Illustration

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ET LE MORT RESTE PAUVRE (Mihai Beniuc)

Posted by arbrealettres sur 9 juin 2020



Illustration: Ron Mueck
    

ET LE MORT RESTE PAUVRE

Chaque mort qui part
Laisse aux vivants ses douleurs.
Les uns
En font des habits de deuil,
D’autres de tristes sourires.
Certains les changent
En paroles de circonstance,
D’autres les adoptent
Parmi leurs propres douleurs
Et les laissent grandir.
Quelques-uns les trempent dans le vin
Et n’en font qu’une bouchée,
D’autres les mâchent avec le pain
Et boivent du vin par dessus.
Peu à peu les douleurs du mort
Sont des douleurs d’un autre,
On oublie même celui que les souffrit.
Et le mort reste pauvre,
Il reste comme un serf,
Attaché à la terre.

(Mihai Beniuc)

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A MA MERE… (Jacqueline Commard)

Posted by arbrealettres sur 6 juin 2020



Illustration: Edvard Munch
    
A MA MERE…

On ne guérit jamais du départ de sa mère…
Partie tout doucement sur la pointe des pieds
Vers un étrange port qu’on voudrait oublier
Mais revenant sans cesse avec un goût amer.

Lorsque la nuit descend, à l’heure où tout repose
Devant le firmament ma plaie se cicatrise
Il me semble soudain qu’une ombre s’amenuise
Dans cet épais brouillard qui nimbe toute chose.

Absence insoutenable! …et silence trop lourd…
Mystérieux voyage d’aller sans retour…
Où vont nos pauvres coeurs, vers quelle apothéose ?…

Se rassembleront-ils en un sublime éther ?
Bouquets de chrysanthèmes ou bien gerbes de roses
S’endormiront aussi sur la dalle de pierre.

(Jacqueline Commard)

 

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