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Poésie

Posts Tagged ‘partir’

AMAS SINISTRE OU QUARANTE-HUITESQUE (Giorgio Caproni)

Posted by arbrealettres sur 16 décembre 2017



Illustration: Albert Herter 
    
AMAS SINISTRE OU QUARANTE-HUITESQUE

Ils partaient tous et adieu,
et adieu et adieu et à Dieu.
Moi, seul qui ne partais pas,
partais dans ce désarroi.

***

TRISTISSIMA COPIA OVVERO QUARANTOTTESCA

Partivan tutti e addio
e addio e addio e a Dio.
Soltanto chi non partiva (io)
partiva in quel rimescolio.

(Giorgio Caproni)

 

Recueil: Le mur de la Terre
Traduction: Philippe Di Meo
Editions: Atelier la Feugraie

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Un enfant a dit (Raymond Queneau)

Posted by arbrealettres sur 14 décembre 2017



Un enfant a dit
Je sais des poèmes
Un enfant a dit
Ch’sais des poasies

Un enfant a dit
Mon cœur est plein d’elles
Un enfant a dit
Par cœur, ça suffit.

Un enfant a dit
Ils en savent des choses
Un enfant a dit
Et tout par écrit.

Si l’poète pouvait
S’enfuir à tire-d’ailes
Les enfants voudraient
Partir avec lui.

(Raymond Queneau)

 

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DITES-MOI ZOÙ (Raymond Queneau)

Posted by arbrealettres sur 13 décembre 2017



Illustration
    
DITES-MOI ZOÙ

Où sont les porteurs d’eau ?
où sont les petits savoyards ?
un jour on demandera où sont les mécanos
les motards les chauffards

ils seront tous partis
dans le passé

(Raymond Queneau)

 

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Elle avait quinze ans (Alexandre Blok)

Posted by arbrealettres sur 11 décembre 2017



Illustration: Richard S. Johnson
    

Elle avait quinze ans. Mais son coeur ne battait
Pas encore comme celui d’une fiancée.
Quand en riant je lui offris ma main,
Elle rit à son tour et partit.

C’était il y a longtemps. Depuis sont passés
Des années et des temps de tous ignorés.
Nos rencontres étaient rares, et si peu disertes,
Mais profonds étaient nos silences.

Par une nuit d’hiver, à mon songe fidèle,
Je quittai les salles peuplées et lumineuses,
Où des masques étouffants souriaient aux chansons,
Où mon regard avide allait l’accompagnant.

Alors, obéissante, elle me suivit,
Ignorant elle-même ce qui allait arriver,
Et seule la nuit noire de la ville
Vit passer les époux, passer et s’éclipser.

En un jour de givre, de soleil, de carmin —
Nous nous rencontrâmes dans le silence du temple :
De ces années muettes nous vîmes l’évidence,
Et ce qui s’accomplit — s’accomplit dans le ciel.

L’histoire de cette longue et bienheureuse quête
Déborde ma poitrine, et roule dans ce chant.
J’ai puisé dans ce chant pour bâtir l’édifice,
Quant aux autres chansons — c’est pour un autre jour.

(Alexandre Blok)

 

Recueil: Le Monde terrible
Traduction:Pierre Léon
Editions: Gallimard

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La Chanson d’Ophélie (Alexandre Blok)

Posted by arbrealettres sur 11 décembre 2017



Illustration: Arthur Spear
    
La Chanson d’Ophélie

Hier, il m’a dit tant de mots,
Murmuré tant de mots terribles…
Il partit par la route chagrine
Et moi, ce que fut la veillée —
je l’ai oublié.

Était-ce hier — ou longtemps?
Pourquoi est-il silencieux?
Je n’ai pas retrouvé mes lys dans le champ,
Je n’ai pas cherché le saule —
Le saule pleureur.

Hier encore! C’est à moi, pourtant,
Que ces mots s’adressaient — ces baisers…
Je ne sais, j’oublierai — je tairai,
Ce que murmuraient les rives —

murmuraient les rives.
pans chaque brin d’herbe je voyais
Son visage chéri, et terrible…
ll suivit le même sentier
par où s’en alla le passé —

s’en alla le passé…
Dans les champs me suis réfugiée,
Et s’en est allé le chagrin.
Était-ce hier — ou longtemps?
C’est à moi que s’adressaient ces mots, ces baisers —
et tous ces baisers.

(Alexandre Blok)

 

Recueil: Le Monde terrible
Traduction:Pierre Léon
Editions: Gallimard

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PEINE DE MORT (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 11 décembre 2017



PEINE DE MORT

Je suis prêt à vous suivre
C’est encore une chance de vivre
Un moyen comme il faut pour mourir
Et l’idée d’être un homme
Me donne envie de rire

Regarde-moi
Je ne veux que tes yeux pour me photographier
Tes cils sont plus secrets que les fils barbelés

Je pars sans haine et sans défense

Oh sont les clés de mon enfance
Le dernier carré de ciel bleu
Et ceux qui partageaient leur coeur
Pour me donner la préférence.

(René Guy Cadou)

Illustration: Benoit Colsenet

 

 

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Chambre de la douleur (René-Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 11 décembre 2017


Chambre de la douleur

La porte est bien fermée
Une goutte de sang reste encor sur la clé

Tu n’es plus là mon père
Tu n’es pas revenu de ce côté-ci de la terre
Depuis quatre ans
Et dans la chambre je t’attends
Pour remailler les filets bleus de la lumière

La première année j’eus bien froid
Bien du mal à porter la croix
Et j’usai mes belles mains blanches
A raboter mes propres planches
Déjà prêt à partir sans toi

Puis ce fut le printemps la pâque
Je te trouvai au fond de chaque
Sillon de chaque grain de blé
Et dans la fleur ouverte aux flaques
Impitoyables de l’été

Jamais plus les oiseaux n’entreront dans la chambre
Ni le feu
Ni l’épaule admirable du soir
Et l’amour sera fait d’autres mains
D’autres lampes

O mon père
Afin que nous puissions nous voir.

(René-Guy Cadou)

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Je suis parti… (Constantin Cavafy)

Posted by arbrealettres sur 2 décembre 2017



 

Henri Toulouse-Lautrec 82 [1280x768]

Je suis parti…

Je ne me suis pas laissé enchaîner.
Je me suis enfin détaché et je suis parti.
Vers les plaisirs mi-réels
Mi-imaginaires
De mon esprit.
Je suis allé dans la nuit éclairée.
Et j’ai bu des vins rudes,
Ceux que boivent les hommes de plaisir.

(Constantin Cavafy)

Illustration: Henri Toulouse-Lautrec

 

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Je n’appartiens tout simplement pas à ce monde (Alejandra Pizarnik)

Posted by arbrealettres sur 2 décembre 2017



Illustration
    
Je n’appartiens tout simplement pas à ce monde.
J’habite la Lune avec frénésie.

Je n’ai pas peur de mourir,
j’ai peur de cette terre étrangère, agressive.

Je n’arrive pas à penser aux choses concrètes,
elles ne m’intéressent pas.

Je ne sais pas parler comme tout le monde.
Mes mots sont bizarres et viennent de loin,
d’un endroit où personne ne se rencontre.

Que ferai-je une fois plongée dans mes mondes fantastiques
et incapable de remonter à la surface?

Parce que c’est bien ce qui risque de m’arriver.
Je partirai et ne saurai pas revenir.

Je ne saurai d’ailleurs pas qu’il existe un « savoir revenir ».
Et je n’en aurai peut être tout simplement pas envie.

(Alejandra Pizarnik)

 

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PARTIE AVEC UN AUTRE AMOUR (Charles Aznavour)

Posted by arbrealettres sur 2 décembre 2017



PARTIE AVEC UN AUTRE AMOUR

Le chagrin a fait son lit entre les plis de mes sourires
Et tracé comme un sillon de désespoir là, sur mon front
Mon passé est un vieillard dont la voix n’a plus rien à dire
Car le temps creuse entre nous un abîme sans fond

Afin que jamais plus je ne voie la lumière
Et la face des gens avec leur compassion
Que la mer déchaînée se jette sur la terre
Que se meure la vie
Que s’éteigne le jour

Mon amour est parti avec un autre amour.

Que le feu de l’enfer comme fétu de paille
Enflamme avec fureur les civilisations
Que la terre s’entrouve et que dans ses entrailles
Naisse un immense oubli
Qui durerait toujours

Mon amour est parti avec un autre amour
Puisque mon coeur blessé se bat dans les ténèbres
Je ne veux plus entendre parler de bonheur
Mais que le chant du vent devienne un chant funèbre
Pour que le monde entier partage ma douleur

L’orgueil et le chagrin dans ma vie font un vide
Ma bouche a l’âcre goût de la désolation
Et ma tête est emplie par des idées sordides
Car mon coeur n’a qu’un cri
Le même nuit et jour

Mon amour est parti avec un autre amour.

(Charles Aznavour)

 

 

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