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Poésie

Posts Tagged ‘partir’

Chaque vie scellée par le silence (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 19 août 2017



Illustration: Alfred Kubin     
    
Chaque vie scellée par le silence se perd
dans l’espace clignotant de jours et de nuits
et c’est au moment de la mort qu’elle apprend
que les siècles ont le battement de la mer.

C’est le pas cadencé sur la dalle éternelle,
c’est le cri sans écho qui tournoie dans la nuit
comme un peu de foudre, c’est le cri sur lequel
se ferme pour toujours la bouche de l’homme.

Pars vite. Tu ne peux déjà plus me rejoindre.
L’amour est un peu de soleil sur un naufrage.
Séparée de moi par des plaines de retard,
tu ne coïncides pas avec ma minute éternelle.

Et pourtant la joie de vivre se fait femme
au seuil des portes trop hautes du jour
où les hommes se lavent à grand soleil
avec l’ombre rejetée d’un coup derrière eux.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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L’oiseau était parti (Jack Kerouac)

Posted by arbrealettres sur 19 août 2017



L’oiseau était parti
et la distance augmentait
Immensément blanche

***

Bird was gone
and distance grew
Immensely white

(Jack Kerouac)


Illustration: ArbreaPhotos

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Tout ce que je vis (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 15 août 2017



Illustration: Pablo Picasso

    

Tout ce que je vis, ce dont je dois mourir
n’a pas de place hors de mon attente.
Dans les mains que je serre, que je retiens,
que reste-t-il de moi ?

Le sang coule sous les ponts qui vont de mon coeur
aux êtres, aux regards dont je n’approche
que par des signes de la main, des lèvres
et auxquels je ne m’unis que par la solitude.

Les chemins partent du fond de la nuit
et vont attendre le jour sur les collines.
Par la fenêtre où brûle une bougie
ils voient les morts entourés de vivants

qui ne croient pas aux prières qu’ils disent
et les morts restent seuls sous leurs paupières
sans reconnaître les chemins qui passent
en blanchissant un peu la nuit.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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J’ai lu que les âmes sont immortelles (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 13 août 2017



La porte entrouverte,
Les tilleuls sentent bon…
Un gant et une cravache
Sur la table oubliés.

Le cercle jaune de la lampe…
J’écoute les bruits.
Pourquoi es-tu parti ?
Je ne comprends pas …

Demain le matin
Sera joyeux et clair.
Cette vie est belle,
Sois sage, mon cœur.

Tu es trop las,
Tu bats doucement, sourdement…
Tu sais, j’ai lu
Que les âmes sont immortelles.

(Anna Akhmatova)

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La Muse est partie sur le chemin (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 13 août 2017






La Muse est partie sur le chemin
Étroit, raide, marqué par l’automne,
Et ses jambes hâlées ont été
Aspergées d’une épaisse rosée.

Longtemps je lui ai demandé
D’attendre l’hiver avec moi.
Mais elle a dit: «Ici, c’est une tombe,
Comment peux-tu encore respirer?»

Je voulais lui donner un pigeon,
Le plus blanc de mon pigeonnier,
Mais l’oiseau s’est envolé de lui-même
Sur les traces de ma belle visiteuse.

Je l’ai suivi du regard, sans rien dire,
Je n’aimais vraiment que lui,
L’aurore apparaissait au ciel:
Porte ouverte vers son pays.

(Anna Akhmatova)

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De revenir et à la fois partir (Silvia Baron Supervielle)

Posted by arbrealettres sur 3 août 2017




    
de revenir
et à la fois partir
sans arriver

le pas ne voit
plus le sol

(Silvia Baron Supervielle)

 

Recueil: Sur le fleuve
Editions: Arfuyen

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Mais nous reverrons bien ceux à qui nous n’avons pas dit à temps au revoir (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 25 juillet 2017



 Illustration
    
Mais nous reverrons bien ceux à qui
nous n’avons pas dit à temps au revoir,
Ceux qui sont partis sans dire mot
dans le long effroi du délaissement.
Nous les reverrons, car nous n’aurons
de cesse de leur dire les mots qui n’ont été
Dits à temps, de leur répéter sans fin
au revoir au revoir selon la loi de la Vie :
Toute fleur est une fleur refleurie,
toute pluie une source retrouvée, toute larme
Une peine ravivée, tout visage un regard
reconnu, tout sourire un don échangé,
Et toute vie à venir
une vie à jamais survécue-souvenue.

(François Cheng)

 

Recueil: La vraie gloire est ici
Editions: Gallimard

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Départ (Bernard de Louvencourt)

Posted by arbrealettres sur 24 juillet 2017



Illustration
    
Départ

Et de sa main, au fil de l’eau,
S’échappe et tombe, feuille à feuille,
Moussure verte, chèvrefeuille.
L’automne tremble — pourtant chaud.

L’été desserre son étau,
L’automne rêve et se recueille ;
Une prière au fil de l’eau
S’échappe et tombe, feuille à feuille.

Ainsi s’emporte au fil de l’eau
Mon cœur qui tristement s’endeuille !
Partir, c’est laisser un lambeau :
L’âme s’échappe, feuille à feuille…

(Bernard de Louvencourt)

 

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Ce que dit le Rosier (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 20 juillet 2017



Illustration: Renata Ratajczyk
    
Ce que dit le Rosier

Je parlais au rosier dans un beau soir perdu ;
Et voici ce que le rosier m’a répondu :
Pourquoi briser ainsi mon rêve
De terre grasse et de paix brève ?

Ayant su l’écouter alors je reconnus
Que ces mots étaient vrais… Je partis, les pieds nus.
Car en ce monde où la fatigue se prolonge,
Chacun sait que rien n’est si parfait que le songe.

(Renée Vivien)

 

Recueil: Dans un coin de violettes
Editions: E. SANSOT & Cie

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Je frôlai en la frôlant un abîme de joie (Henri Michaux)

Posted by arbrealettres sur 1 juillet 2017



Illustration
    
Je frôlai en la frôlant un abîme de joie.
Mes fébriles pensées à l’instant s’arrêtèrent, apaisées.
Mais elle ne dit rien,
comme jeune fille au jardin sous le regard de son père.

Au milieu de milliers de bruissements une arche sur nous se forma…
et puis tout à coup elle dut partir.

Quel était l’obstacle?
Qui nous empêchait d’être ensemble?

(Henri Michaux)

 

Recueil: Face aux verrous
Editions: Gallimard

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