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Poésie

Posts Tagged ‘Dieu’

Chapelle de Marins (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 21 juillet 2017



Illustration: Marie-Claude Deyts
    
Chapelle de Marins

Voici le soir… Voici l’orage aux cris amers,
Et la foule s’assemble au fond de la chapelle
Où l’on cherche Marie et n’espère qu’en Elle.

O vaisseau qui se noie en l’abîme des mers,
O Dieu ! je cherche en vain l’ombre de la chapelle,
Voici le soir… Voici l’orage aux cris amers.

Et dans mon coeur sévit la tempête des mers !
O Dieu 1 je cherche en vain l’ombre de la chapelle.
Marie ! — O lys très blanc, qui règnes sur la mer !

(Renée Vivien)

 

Recueil: Dans un coin de violettes
Editions: E. SANSOT & Cie

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La Raison qui s’obscurcit (Pensées celtiques)

Posted by arbrealettres sur 21 juillet 2017



La Raison qui s’obscurcit

As-tu à présent la Raison qui s’obscurcit?
Trouves-tu difficile à présent de penser clairement ?
La logique te paraît-elle un marteau dans ta tête,
Frappant ton cerveau ramolli jusqu’à le réduire en bouillie ?

Peut-être la vieillesse t’affaiblit-elle l’esprit,
Peut-être ta Raison décline-t-elle avec les années.
Ou peut-être as-tu vu les limites de la logique
Et reconnu le peu de discernement qu’il y a dans la logique ?

Que la vieillesse ou la sagesse en soit la cause,
Fais bon accueil à la confusion de tes pensées.
C’est à partir du chaos que Dieu a créé le monde :
C’est à partir de la confusion que la vérité apparaît.

(Pensées celtiques)

 

 

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Intangible (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 20 juillet 2017



Illustration: Daria Petrilli   
    
Intangible

Nul n’oserait frôler l’effilement des doigts
Que je tends en un geste indifférent et triste.

L’amour n’a point d’écho pour répondre à ma voix,
Nul n’ose interroger mes regards d’améthyste…

Car moi, fille royale, ainsi je l’ai voulu,
Sachant que mon bonheur était dans le silence…

Seuls, les beaux chants lointains de l’autrefois m’ont plu,
Car c’est vers l’autrefois que mon âme s’élance…

Et nul n’ose troubler la sombre paix d’un seuil
Que garde l’inconnu. Mais j’y règne, impassible…

J’y sers obscurément le Dieu de mon long deuil…
Nul n’ose m’approcher… Car je suis l’Intangible…

(Renée Vivien)

 

Recueil: Dans un coin de violettes
Editions: E. SANSOT & Cie

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L’amour mouillé (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 20 juillet 2017




    
L’amour mouillé

Ouvre-moi, je suis sans escorte,
Glacé, fourbu, les membres lourds,
Je t’implore, ouvre-moi ta porte,
O bonne âme, je suis l’Amour.

– Entre, voyageur, entre vite,
Pauvre enfant que l’ombre a noyé,
Pour te réchauffer, je ressuscite
La flamme éteinte à mon foyer.

Done ton carquois et tes flèches,
Ton arc, et, près de l’âtre doux,
Au flamboiement des branches sèches,
Amour, sieds-toi sur mes genoux,

Où ma main tendrement essuie
Ton corps par l’orage marri,
Ton aile que mouilla la pluie…
Que je t’aime d’être meurtri!

Que j’aime voir briller tes larmes
Et les boire à tes cils tremblants;
Combien ta souffrance a de charmes
Et qu’ils sont beaux tes pieds sanglants!

Quel étrange bonheur j’endure,
Triste enfant dans mes bras blotti,
A toucher du doigt tes blessures
Où ma caresse s’alentit.

Entr’ouvre ta lèvre féline
Au plus profond de mes baisers…
Mais, je sens contre ma poitrine
Ton dernier sanglot s’apaiser,

Comme une errante mélodie
Assourdit son ultime accord.
Amour, je sais ta perfidie
Et déjà, sous tes cheveux d’or,

Ton regard se dessille et guette,
Eteignant son désir sournois,
La plus “homicide sagette”
Emmy les dards de ton carquois.

Mais qu’elle est vaine ta traîtrise,
Amour, tant d’art est superflu,
Voici que mon coeur agonise
Pour s’être à ta douleur complu

Et la volupté m’a navrée
D’avoir vu tes larmes couler
Plus que tes flèches acérées,
O Dieu nu que j’ai consolé.

Tu ris et chausses ta sandale,
Oubliant le soir orageux;
Déjà sous le bandeau d’opale
Et dans son manteau vaporeux

L’aube t’attend par la saulaie
Adieu, mais crois que je jouis
Du mal que tu m’as fait, ma plaie
Comme un rosier s’épanouit;

Au vain bonheur que je dédaigne,
Je la préfère, sous mes pleurs
S’effeuille le rosier qui saigne
Et que m’importe si j’en meurs!

(Marie Dauguet)

 

 

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Le mot et la chose (Abbé de Lattaignant)

Posted by arbrealettres sur 19 juillet 2017



 

Cornelis van Haarlem Une-beguine-et-un-moine-1591-Cornelis-van-Haarlem-900x1024 

Le mot et la chose

Madame, quel est votre mot
Et sur le mot et sur la chose ?
On vous a dit souvent le mot
On vous a fait souvent la chose.

Ainsi de la chose et du mot
Vous pouvez dire quelque chose,
Et je gagerais que le mot
Vous plaît beaucoup moins que la chose.

Pour moi, voici quel est mon mot
Et sur le mot et sur la chose ;
J’avouerai que j’aime le mot,
J’avouerai que j’aime la chose.

Mais, c’est la chose avec le mot,
Mais, c’est le mot avec la chose,
Autrement la chose et le mot
A mes yeux seraient peu de chose.

Je crois même en faveur du mot
Pouvoir ajouter quelque chose ;
Une chose qui donne au mot
Tout l’avantage sur la chose :

C’est qu’on peut dire encore le mot
Alors qu’on ne fait plus la chose.
Et pour peu que vaille le mot
Mon Dieu c’est toujours quelque chose !

De là je conclus que le mot
Doit être mis avant la chose
Qu’il ne faut ajouter au mot
Qu’autant que l’on peut quelque chose,

Et que pour le jour où le mot
Viendra seul, hélas, sans la chose,
Il faut se réserver le mot
Pour se consoler de la chose.

Pour vous je crois qu’avec le mot
Vous voyez toujours autre chose,
Vous dites si gaiement le mot,
Vous méritez si bien la chose,

Que pour vous la chose et le mot
Doivent être la même chose.
Et vous n’avez pas dit le mot
Qu’on est déjà prêt à la chose.

Mais quand je vous dis que le mot
Doit être mis avant la chose
Vous devez me croire à ce mot
Bien peu connaisseur en la chose.

Eh bien, voici mon dernier mot
Et sur le mot et sur la chose :
Madame, passez-moi le mot
Et je vous passerai … la chose.

(Abbé de Lattaignant)

Illustration: Cornelis van Haarlem

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Souffle rénové (Gemma Tremblay)

Posted by arbrealettres sur 17 juillet 2017



Souffle rénové

bienheureux ceux qui verront Dieu
sur mes lèvres en délire
ce jour je renaîtrai
renversée sur les dalles de la mort

La rosée de l’aube luira sur mon visage
à l’approche du paysage éternel
la brillance de mon regard éclaboussera l’espace
les malaises d’argile s’estomperont
dans le cri ténu de mon dernier soupir
mêlé aux bruits de perles sur la montagne

(Gemma Tremblay)

Illustration: Albert Pinkham Ryder

 

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Tout ce qui vit est unique (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 14 juillet 2017



Illustration   
    
Tout ce qui vit est unique :
Ce lieu, ce feu, cet instant,
Ce soleil buvant rosée,
Cette brise hélant écho,
Ces gestes nôtres, ce regard…
Quel dieu donc, sinon unique,

Peut-il répondre à nos cris?

(François Cheng)

 

Recueil: La vraie gloire est ici
Editions: Gallimard

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TRISTESSE (Alfred de Musset)

Posted by arbrealettres sur 12 juillet 2017



TRISTESSE

J’ai perdu ma force et ma vie,
Et mes amis et ma gaîté ;
J’ai perdu jusqu’à la fierté
Qui faisait croire à mon génie.

Quand j’ai connu la Vérité,
J’ai cru que c’était une amie ;
Quand je l’ai comprise et sentie,
J’en étais déjà dégoûté.

Et pourtant elle est éternelle,
Et ceux qui se sont passés d’elle
Ici-bas ont tout ignoré.

Dieu parle, il faut qu’on lui réponde.
— Le seul bien qui me reste au monde
Est d’avoir quelquefois pleuré.

(Alfred de Musset)

Illustration

 

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Le feu de broussailles (Anne-Marie Kegels)

Posted by arbrealettres sur 10 juillet 2017



Le feu de broussailles

Couronnée de fumée
fouaillé par le vent,
il dansait comme un dieu.

Je me suis approchée.
J’aurais voulu tenir ses flammes
dans mon poing serré.

Pour qu’aux soirs à venir
crucifiés par le froid
je puisse porter à mes lèvres
sa cicatrice .

(Anne-Marie Kegels)

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Le guetteur (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 7 juillet 2017



Le guetteur tendu contre la nuit
pressent un dieu sous la muraille
où conspire un sommeil d’oiseaux.

Il caresse l’arme inutile,
rosaire de sa peur,
pour conjurer une invisible proie.

Contre son corps se glisse
le gel aux seins menus
qui l’embrasse et le lie
alors que monte des marais
par les degrés de brume
l’odeur violente de la mort.

L’aube enfin, l’éclatement
des pavots et des cris!

Décue, l’archer funèbre,
Orion pâlit.

Mais le jour rend au guetteur
un masque étroit de fourmi.

(Jean Joubert)


Illustration: Daniel Cuq

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