Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘Dieu’

Douce prière (Pierre Albert-Birot)

Posted by arbrealettres sur 9 juillet 2019



Douce prière

Comme une prière en fleur
Porte ma tête entre tes mains
Sourire qui n’a plus de mains
Désir qui n’a plus de tête
Où sont les mains où sont les mains
Et puis où la prière et puis où le priant
Aux cathédrales aux cathédrales
De pierre de pierre
Est la prière
De pierre les mains priantes
De pierre la tête aimée
De pierre le Dieu prié
De pierre amour
Qui fit des pierres
Doux amour et douce prière
Sans mains sans tête ni pierre
Dans la cathédrale invisible
Porte ma tête entre tes mains
Comme une prière en fleur

(Pierre Albert-Birot)

Illustration

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

CHEMIN DES RONCES (Jean Sénac)

Posted by arbrealettres sur 3 juillet 2019



    
CHEMIN DES RONCES

I
Mon amour mon amour
je t’appelle sans répit
je te donne des noms inutiles
des noms sans magie
des noms qui n’éclatent pas
comme un mauvais fruit

Mon amour si mal appris
mon détour ma belle eau sale
mon corsage de l’été
déserté par le désir

Tout est toujours à renoncer
à partir d’une larme
le cri de l’oiseau
l’honneur du pain bis
le fruit qui séduit
le pli de la nappe

Et toi mon amour
mon oeillet de soufre
ma nuit qu’il faudrait refaire
pour donner une chance au soleil.

II
Cette larme si terrible
que j’ai serrée dans un mot
maintenant elle déclenche
tous les jeux de l’océan

Dieu connaît le sang des choses
il séduit le naufragé
avant que j’aie dérobé
cette mémoire frivole
il avait planté un cèdre
dans mon coeur pour le nouer

Regarde ce puits confident
cette larme si terrible
ce voile de Véronique
où j’ai préservé ton nom.

III
Poète des chaos
des amours fous des épines
d’un royaume sans pitié
d’un visage sans appel

Par le sacre de la mort
je retrouve l’innocence
je justifie la parole
j’en fais une eau amicale.

(Jean Sénac)

 

Recueil: Oeuvres poétiques
Traduction:
Editions: Actes Sud

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

LE DON DE JOIE (Jean Sénac)

Posted by arbrealettres sur 3 juillet 2019




Illustration: ArbreaPhotos
    
LE DON DE JOIE

Qui trouve au bord du dénuement
sur les remparts de sa faim
une larme discrète
l’amère saveur du chaos
qui du fond de sa solitude
tire un visage attentif
une fontaine coutumière
et parle sans souci de ses propres embûches
celui-là sait que Dieu s’installe dans le corps
pour une éternité première
et rien ne peut plus le distraire
de cette voix qui s’est tue
au centre de l’épi.

(Jean Sénac)

 

Recueil: Oeuvres poétiques
Traduction:
Editions: Actes Sud

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Mais tourne le dos, ma pensée ! (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 2 juillet 2019



 

Mais tourne le dos, ma pensée !
Viens ; les bois sont d’aube empourprés ;
Sois de la fête ; la rosée
T’a promise à la fleur des prés.

Quitte Paris pour la feuillée.
Une haleine heureuse est dans l’air ;
La vaste joie est réveillée ;
Quelqu’un rit dans le grand ciel clair.

Viens sous l’arbre aux voix étouffées,
Viens dans les taillis pleins d’amour
Où la nuit vont danser les fées
Et les paysannes le jour.

Viens, on t’attend dans la nature.
Les martinets sont revenus ;
L’eau veut te conter l’aventure
Des bas ôtés et des pieds nus.

C’est la grande orgie ingénue
Des nids, des ruisseaux, des forêts,
Des rochers, des fleurs, de la nue ;
La rose a dit que tu viendrais.

Quitte Paris. La plaine est verte ;
Le ciel, cherché des yeux en pleurs,
Au bord de sa fenêtre ouverte
Met avril, ce vase de fleurs.

L’aube a voulu, l’aube superbe,
Que pour toi le champ s’animât.
L’insecte est au bout du brin d’herbe
Comme un matelot au grand mât.

Que t’importe Fouché de Nantes
Et le prince de Bénévent !
Les belles mouches bourdonnantes
Emplissent l’azur et le vent.

Je ne comprends plus tes murmures
Et je me déclare content
Puisque voilà les fraises mûres
Et que l’iris sort de l’étang.

***

Fuyons avec celle que j’aime.
Paris trouble l’amour. Fuyons.
Perdons-nous dans l’oubli suprême
Des feuillages et des rayons.

Les bois sont sacrés ; sur leurs cimes
Resplendit le joyeux été ;
Et les forêts sont des abîmes
D’allégresse et de liberté.

Toujours les coeurs les plus moroses
Et les cerveaux les plus boudeurs
Ont vu le bon côté des choses
S’éclairer dans les profondeurs.

Tout reluit ; le matin rougeoie ;
L’eau brille ; on court dans le ravin ;
La gaieté monte sur la joie
Comme la mousse sur le vin.

La tendresse sort des corolles ;
Le rosier a l’air d’un amant.
Comme on éclate en choses folles,
Et comme on parle innocemment !

O fraîcheur du rire ! ombre pure !
Mystérieux apaisement !
Dans l’immense lueur obscure
On s’emplit d’éblouissement.

Adieu les vains soucis funèbres !
On ne se souvient que du beau.
Si toute la vie est ténèbres,
Toute la nature est flambeau.

Qu’ailleurs la bassesse soit grande,
Que l’homme soit vil et bourbeux,
J’en souris, pourvu que j’entende
Une clochette au cou des boeufs.

ll est bien certain que les sources,
Les arbres pleins de doux ébats,
Les champs, sont les seules ressources
Que l’âme humaine ait ici-bas.

O solitude, tu m’accueilles
Et tu m’instruis sous le ciel bleu ;
Un petit oiseau sous les feuilles,
Chantant, suffit à prouver Dieu.

(Victor Hugo)

Illustration: Chantal Dufour

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Toi (Paul-Jean Toulet)

Posted by arbrealettres sur 29 juin 2019



 Illustration
    
Toi, pour qui les dieux du mystère
Sont restés étrangers,
J’ai vu ta mine aux pieds légers,
Descendre sous la terre,

Comme en un songe où tu te vois
A toi-même inconnue,
Tu n’étais plus, — errante et nue, —
Qu’une image sans voix;

Et la source, noire, où t’accueille
Une fauve clarté,
Une étrange félicité,
Un rosier qui s’effeuille…

(Paul-Jean Toulet)

 

Recueil: Les contrerimes
Traduction:
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Sommeil, paisible fils de la Nuit solitaire (Philippe Desportes)

Posted by arbrealettres sur 18 juin 2019



Caroline Duvivier l'homme de la lune
    
Sommeil, paisible fils de la Nuit solitaire,
Père alme, nourricier de tous les animaux,
Enchanteur gracieux, doux oubli de nos maux,
Et des esprits blessés l’appareil salutaire :

Dieu favorable à tous, pourquoi m’es-tu contraire ?
Pourquoi suis-je tout seul rechargé de travaux,
Or que l’humide nuit guide ses noirs chevaux,
Et que chacun jouit de ta grâce ordinaire ?

Ton silence où est-il ? ton repos et ta paix,
Et ces songes volant comme un nuage épais,
Qui des ondes d’Oubli vont lavant nos pensées ?

Ô frère de la Mort, que tu m’es ennemi !
Je t’invoque au secours, mais tu es endormi,
Et j’ards, toujours veillant, en tes horreurs glacées.

(Philippe Desportes)

Illustration: Caroline Duvivier

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Dieu de la lumière (Alphonse de Lamartine)

Posted by arbrealettres sur 17 juin 2019



 

Jean-Jacques Henner _305

Dieu de la lumière,
Entends ma prière,
Frappe ma paupière
Comme le rocher !
Que le jour se fasse,
Car mon âme est lasse,
Seigneur, de chercher !
Astre que j’adore,
Ce jour que j’implore
N’est point dans l’aurore,
N’est pas dans les cieux !
Vérité suprême !
Jour mystérieux !
De l’heure où l’on t’aime,
Il est en nous-même,
Il est dans nos yeux !

(Alphonse de Lamartine)

Illustration: Jean-Jacques Henner

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

L’Oreille cassée (Michel Serres)

Posted by arbrealettres sur 4 juin 2019




    
L’Oreille cassée
Le vivant, le vrai

Nos visages ravagés de rides se souviennent des sillons de larmes
et notre colonne vertébrale se voûte sous le poids des tristesses passées.

Un corps vivant ne reste pas longtemps vierge et lisse;
la santé, la joie de vivre n’excluent pas les coups ;

bien au contraire, nous n’existons que de souffrances vaillantes contre l’adversité ;
les bons organismes présentent une tête burinée, un corps las et courageux,
une puissance dévastée, mais toujours debout.

Avant le premier coup de corne,
comment savoir si le torero se conduit avec courage ?

Il n’y a de vrai vivant que déchiré.
Les cicatrices renforcent.

Il n’y a de vérité que falsifiée.
Le faux plaide pour le vrai.

Il n’y a de bonté que tentée.

Quelle vertu sans tribulations ?
Il n’y a de bon système que cassé.
Si tout marche, rien ne marchera.

Chaque épreuve me précipite au devant de ce fétiche :
il n’y a de vrai dieu que blessé.

(Michel Serres)

 

Recueil: Hergé mon ami
Traduction:
Editions: Le Pommier

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

AU CIEL (Blanca Castellón)

Posted by arbrealettres sur 1 juin 2019



Illustration: Elisabeth Gecius
    
AU CIEL

Déjà enfant je voulais visiter le ciel
J’ai réussi à l’atteindre grâce
aux poèmes
aux avions
et aux rêves

si je meurs je pense déménager vers la région bleue
déjà je m’emploie à organiser mon séjour éternel
avec son fondateur

plus qu’un impatient j’attends mon arrivée.
Dieu qui nous connaît tous et comprend mon désir
ne permettra pas que je reste errer sur terre pour l’éternité
couvert de vers qui de mon vivant n’ont jamais montré
la moindre affection pour mon humanité.

(Blanca Castellón)

Recueil: ITHACA 584
Traduction: Français Germain Droogenbroodt – Elisabeth Gerlache /

Editions: POINTS

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

LA CHANSON DU PETIT AIGLON (David Scheinert)

Posted by arbrealettres sur 22 mai 2019



aiglon

LA CHANSON DU PETIT AIGLON

Petit aiglon dans l’aire,
II faut dormir tout doux.
A la nuit printanière
Succède l’aube des loups.

Petit aiglon dans l’aire,
Il faut te reposer,
Pour égaler ton père
Dans l’art de déchirer.

Petit aiglon dans l’aire,
Il faut fermer les yeux
En louant les bergères
Qui font de toi un dieu.

(David Scheinert)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :