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Posts Tagged ‘vérité’

Solitude du penseur (Henri-Frédéric Blanc)

Posted by arbrealettres sur 14 septembre 2022


robinson_crusoe

C’est bien beau d’avoir l’esprit dans défaut
mais, comme le pensait Daniel Defoë,
toutes les vérités ne valent pas
sur une plage une trace de pas.

(Henri-Frédéric Blanc)

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POUR UNE FOIS QUELQUE CHOSE (Robert Frost)

Posted by arbrealettres sur 27 juillet 2022



POUR UNE FOIS QUELQUE CHOSE

Certains me raillent : chaque fois que je regarde
Au fond d’un puits, je suis toujours à contre-jour
Et ne vois pas plus loin dedans que la surface,
Qui me renvoie une image resplendissante
De moi-même en jeune dieu sur un ciel d’été,
Nimbé de fougères et de nuages blancs.
Un jour pourtant, le menton sur une margelle,
J’ai aperçu, je crois, au-delà de l’image,
A travers l’image, quelque chose de blanc
Et de vague, venu des grandes profondeurs —
Et puis j’ai soudain perdu de vue cette chose.
De l’eau rageusement vint brouiller l’eau trop claire.
Une goutte tomba d’une fougère — et pfutt
Une ride agita ce qui était au fond,
Le brouilla, l’effaça. Qu’était cette blancheur ?
Vérité ou quartz ? Pour une fois quelque chose.

***

Others taunt me with having knelt at well-curbs
Always wrong to the light, so never seeing
Deeper down in the well than where the water
Gives me back in a shining surface picture
Me myself in the summer heaven godlike
Looking out of a wreath of fern and cloud puffs.
Once, when trying with chin against a well-curb,
I discerned, as I thought, beyond the picture,
Through the picture, a something white, uncertain,
Something more of the depths—and then I lost it.
Water came to rebuke the too clear water.
One drop fell from a fern, and lo, a ripple
Shook whatever it was lay there at bottom,
Blurred it, blotted it out. What was that whiteness?
Truth? A pebble of quartz? For once, then, something.

(Robert Frost)

 

 

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Arlequin (Bernard Dimay)

Posted by arbrealettres sur 22 juillet 2022


arlequin

Arlequin, ton sourire était-il d’artifice
Et ta joyeuse humeur un mensonge absolu?
Il faut que l’homme chante et qu’il se divertisse.
Oui, je fus Arlequin, mais sans l’avoir voulu.
Au fond de mon jardin croît la mélancolie.
C’est une fleur superbe et très longue à mourir;
Qui cherche à l’arracher doit craindre la folie.
Moi j’allais au jardin la regarder grandir.

Le jour où je n’aurai plus rien à dire au monde,
Le jour où je n’aurai plus rien à faire ici,
Je m’en irai chercher les vérités profondes
Qu’il me faudra payer d’une mort sans merci.
Aurai-je assez vécu pour m’en aller tranquille?
Mas amis feront-ils quelques pas avec moi?
Laisserai-je un soupçon de regret dans ma ville?
J’emporterai l’amour que je gardais pour toi.

(Bernard Dimay)

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Ô, Dis-moi la vérité sur l’amour (Wystan Hugh Auden)

Posted by arbrealettres sur 16 juillet 2022



    

Ô, Dis-moi la vérité sur l’amour

D’aucuns disent que l’amour est un petit garçon,
D’autres disent que c’est un oiseau,
D’aucuns disent qu’il fait tourner le monde,
D’autres disent que c’est absurde,
Et quand je demandai au voisin,
Qui feignait de s’y entendre,
Sa femme se fâcha vraiment,
Et dit qu’il ne faisait pas le poids.

Ressemble-t-il à un pyjama,
Ou au jambon dans un hôtel de la ligue anti-alcoolique ?
Son odeur rappelle-t-elle les lamas,
Ou a-t-il une senteur rassurante ?
Est-il épineux au toucher comme une haie,
Ou doux comme un édredon pelucheux ?
Est-il dur ou plutôt souple sur les bords ?
Ô, dis-moi, la vérité sur l’amour.

Nos livres d’histoire en parlent
Avec des petites notes ésotériques,
C’est un sujet assez ordinaire
Sur les navires transatlantiques ;
J’ai vu la question traitée
Dans le récit de suicides,
Et je l’ai même vu griffonné au dos
Des indicateurs de chemin de fer.

Hurle-t-il comme un berger allemand affamé,
Ou gronde-t-il comme une fanfare militaire ?
Peut-on l’imiter à la perfection
Sur une scie ou sur un Steinway ?
Chante-t-il sans frein dans les réceptions ?
N’apprécie-t-il que le classique ?
Cessera-t-il quand on veut la paix ?
Ô, dis-moi la vérité sur l’amour.

J’ai regardé dans la maison de vacances ;
Il n’y était même pas ;
J’essayai la Tamise à Maidenhead,
Et l’air tonique de Brighton.
Je ne sais pas ce que chantait le merle,
Ou ce que disait la tulipe ;
Mais il ne se trouvait ni dans le poulailler,
Ni sous le lit.

Peut-il faire des mimiques extraordinaires ?
Est-il souvent malade sur la balançoire ?
Passe-t-il tout son temps aux courses,
Ou gratte-t-il des bouts de cordes ?
A-t-il une opinion sur l’argent ?
Pense-t-il assez au patriotisme ?
Ses plaisanteries sont-elles vulgaires mais drôles ?
Ô, dis-moi la vérité sur l’amour.

Quand il viendra, viendra-t-il sans avertissement
Au moment où je me gratterai le nez ?
Frappera-t-il à ma porte un veau matin,
Ou me marchera-t-il sur les pieds dans l’autobus ?
Viendra-t-il comme le temps change ?
Son accueil sera-t-il aimable ou brutal ?
Bouleversera-t-il toute mon existence ?
Ô, dis-moi la vérité sur l’amour.

***

O Tell Me The Truth About Love

Some say love’s a little boy,
And some say it’s a bird,
Some say it makes the world go round,
Some say that’s absurd,
And when I asked the man next door,
Who looked as if he knew,
His wife got very cross indeed,
And said it wouldn’t do.

Does it look like a pair of pyjamas,
Or the ham in a temperance hotel?
Does its odour remind one of llamas,
Or has it a comforting smell?
Is it prickly to touch as a hedge is,
Or soft as eiderdown fluff?
Is it sharp or quite smooth at the edges?
O tell me the truth about love.

Our history books refer to it
In cryptic little notes,
It’s quite a common topic on
The Transatlantic boats;
I’ve found the subject mentioned in
Accounts of suicides,
And even seen it scribbled on
The backs of railway guides.

Does it howl like a hungry Alsatian,
Or boom like a military band?
Could one give a first-rate imitation
On a saw or a Steinway Grand?
Is its singing at parties a riot?
Does it only like Classical stuff?
Will it stop when one wants to be quiet?
O tell me the truth about love.

I looked inside the summer-house;
It wasn’t even there;
I tried the Thames at Maidenhead,
And Brighton’s bracing air.
I don’t know what the blackbird sang,
Or what the tulip said;
But it wasn’t in the chicken-run,
Or underneath the bed.

Can it pull extraordinary faces?
Is it usually sick on a swing?
Does it spend all its time at the races,
or fiddling with pieces of string?
Has it views of its own about money?
Does it think Patriotism enough?
Are its stories vulgar but funny?
O tell me the truth about love.

When it comes, will it come without warning
Just as I’m picking my nose?
Will it knock on my door in the morning,
Or tread in the bus on my toes?
Will it come like a change in the weather?
Will its greeting be courteous or rough?
Will it alter my life altogether?
O tell me the truth about love.

(Wystan Hugh Auden)

 

Recueil: Dis-moi la vérité sur l’amour suivi de Quand j’écris je t’Aime
Traduction: Gérard-Georges Lemaire et Béatrice Vierne
Editions: Du Rocher

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La vérité est nue (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 3 juillet 2022




La nuit étrangle le jour
Et je me découvre impur
Alors que je rêve d’innocence
La vérité est nue
Le mensonge en smoking

(Jean-Baptiste Besnard)

Illustration: Édouard Debat-Ponsan

 

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Ame amoureuse (Louise Labé)

Posted by arbrealettres sur 28 juin 2022



 

 

Et si jamais ma pauvre âme amoureuse
Ne peut avoir d’amour en vérité
Faites du moins que ce soit en mensonge!

(Louise Labé)

Illustration: Miles Mathis

 

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Pour un visiteur chan (Sengrun)

Posted by arbrealettres sur 13 juin 2022



Illustration: Chen Chuanxi
    

Pour un visiteur chan

Comprendre est vain, revenez à la vérité et les soucis se vident,
Les hommes, ordinaires ou sages, sont comme grains de sable.
S’égarer c’est être un papillon de nuit qui se jette sur la flamme,
Comprendre c’est partir comme la grue libérée de sa cage.
Un même croissant de lune se reflète sur mille cours d’eau,
Le bruit d’un seul pin diffère au gré du vent des saisons.
Collez à votre coeur, collez à sa nature,
Arrêtez les efforts qui nous font vivre un rêve.

(Sengrun)

Recueil: Poèmes Chan
Traduction: du chinois par Jacques Pimpaneau
Editions: Philippe Picquier

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Le visage de la mort (Shanhui Dashi)

Posted by arbrealettres sur 11 juin 2022




    
Le visage de la mort

L’esprit a pris congé du chemin de la vie,
Ame errante qui entre dans la passe des morts.
Je n’entends par milliers que ceux qui y pénètrent,
Et jamais je ne vois un seul en revenir.
Le cheval nous attend, et déjà il hennit;
Les fleurs dans le jardin sont vouées à se faner.
Depuis longtemps je cherche la vérité suprême,
Pour éviter la tombe perdue dans les montagnes.

(Shanhui Dashi)

Recueil: Poèmes Chan
Traduction: du chinois par Jacques Pimpaneau
Editions: Philippe Picquier

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APPARENCES (Franz Hellens)

Posted by arbrealettres sur 26 mai 2022



 

APPARENCES

L’eau que je bois dans ce verre
Etait nuage et reflet,
Mon âme s’y désaltère
Et ma bouche s’y complaît.

Une goutte de rosée
Pendait à la corniche du ciel
Comme le diamant d’une pensée
Brille à la gorge de l’éternel.

Le reflet que me renvoie
La profondeur de ce puits
Est une larme qui luit
Dans l’azur où je me noie.

Bois ce reflet, cette goutte,
Et lève les yeux au ciel
Vers cette vérité qui s’ajoute
A l’apparence du réel.

(Franz Hellens)

Illustration

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Bonsoir mon enfant (Cécile Coulon)

Posted by arbrealettres sur 27 mars 2022




    
Bonsoir mon enfant,
bonsoir mon frère,
bonsoir mon amour.

Il y a des vérités simples que je n’ose pas écrire.
Elles se chamaillent en moi comme des chiots adorables.
Alors j’attends qu’elles se taisent,
et je regarde la nuit tenir les toits des immeubles bas
dans la poche de son manteau.
Demain matin, une fois de plus,
je rassemblerai tous mes morceaux.

Bonsoir mon enfant,
bonsoir mon frère,
bonsoir mon amour.

(Cécile Coulon)

Recueil: Noir Volcan
Traduction:
Editions: Le Castor Astral

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