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Poésie

Posts Tagged ‘vérité’

Moi (Bernard Noël)

Posted by arbrealettres sur 21 mai 2019



moi
qui chaque jour creuse sous ma peau
je n’ai soif
ni de vérité ni de bonheur ni de nom
mais de la source de cette soif

(Bernard Noël)

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La femme qui tremble (Siri Hustvedt)

Posted by arbrealettres sur 30 avril 2019



Alice Pike Barney 29764

La femme qui tremble

[…]
Le moi est plus vaste que le narrateur qui dit Je.
Autour et en dessous de l’île de ce narrateur conscient de lui-même,
s’étend un vaste océan d’inconscient
— fait de ce que nous ne savons pas ou que nous avons oublié.
Une vérité étonnante faite de brume et de brouillard
et du fantôme non reconnaissable de la mémoire et du rêve —
une vérité qui ne peut être tenue dans mes mains,
car elle est toujours en train de s’envoler et de s’échapper,
et je ne peux pas dire si c’est quelque chose ou rien.
Je la poursuis avec des mots.
Même si elle ne peut être capturée.
Et parfois, de temps en temps,
j’imagine que je m’en suis approchée.
[…]

(Siri Hustvedt)

Illustration: Alice Pike Barney

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COMPTINE DES CIVILISATIONS (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 17 avril 2019




    
COMPTINE DES CIVILISATIONS

Pigeon vole voici voilà
voici la veuve voilée
harpe des douleurs
fleurie et transpercée
Vierge ou Niobé.

Voici voilà en la arena
le taureau qui s’est arrêté
il ne sera pas mis à mort
le public le torero
dans un verre d’eau se sont noyés.

Pigeon hibou vautour vole
vol à l’immensité
un fémur renversé
un osselet de pierre
pour prier pour siffler.

Le Sphinx Janus Uranus
je ne sais quels dieux trouvés
abandonnés oubliés
inconnus mais révérés.

Les ruines l’ossuaire
civilisations éteintes
les cités imaginaires
inhumaine vérité
bien au-delà de la Terre
s’endorment dans les stellaires
monastères ministères
cimetières.

Poussière poussière
poussière lumière
désert étoilé.

(Jean Tardieu)

 

Recueil: L’accent grave et l’accent aigu
Traduction:
Editions: Gallimard

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AUTOMNE À COGOLIN (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 15 avril 2019



Illustration: Michelle Auboiron  
    
AUTOMNE À COGOLIN

Là, le soir qui vient
Ici une fenêtre
Plus près la pluie
Plus loin une lampe
une autre
deux autres
plusieurs.
Est-ce le jour, la nuit ?
Est-ce que je suis toujours — ou jamais ?
Et de si peu que rien
ferai-je quelque chose ?

LÀ-BAS dorment les chênes-lièges
où gîtent depuis cent mille ans
les druides les fées les salamandres
LÀ résonne la fêlure de l’horloge
ici court un passant
trempé par l’averse
mais indifférent content
songeant, se souvenant.
Ma voix que j’entends mal
répète encore ces mots :
ICI LA-BAS
TOUJOURS JAMAIS

Mais qui donc sous ce porche espère ?
L’ombre elle aussi déjà
sous les voûtes s’amasse et sourit.
Qu’est-ce qui m’attire au fond de ce rien,
de cet instant qui s’efface ?

Je n’entends plus
Je suis le silence j’attends.
Gerbe où je suis tombé
arraché déchiré
sur le point de saisir
sur le point de sauver
dans l’ombre de velours
un objet sans valeur et sans prix
vérité attendue inconnue
reconnue
connaissance comblée épuisée

peu de chose pour tout.

(Jean Tardieu)

 

Recueil: L’accent grave et l’accent aigu
Traduction:
Editions: Gallimard

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Pourquoi ai-je ri cette nuit? (John Keats)

Posted by arbrealettres sur 14 avril 2019



 

Rockwell Kent 13

Pourquoi ai-je ri cette nuit? Aucune voix ne le peut dire,
Ni Dieu ni Démon à la sévère réplique
Ne daigne répondre du haut du ciel ou du fond de l’enfer.
Alors, vers mon coeur d’homme je me tourne aussitôt.
Coeur, toi et moi, sommes ici tristes et solitaires ;
Dis, pourquoi ai-je ri ? O mortelle douleur !
O ténèbres ! ténèbres ! Toujours dois-je me lamenter,
D’interroger Ciel, Enfer et Coeur en vain ?
Pourquoi ai-je ri ? Je connais le bail de l’être,
Ma fantaisie le prolonge jusqu’à ses félicités suprêmes ;
Pourtant je voudrais à cette heure même cesser d’exister
Et voir les pompeux pavillons du monde en lambeaux.
Force, Gloire et Beauté sont superbes en vérité, mais la mort
est plus superbe encore.
La mort est la récompense hautaine de la vie.

(John Keats)

Illustration: Rockwell Kent

 

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Ode sur une urne grecque (John Keats)

Posted by arbrealettres sur 14 avril 2019



 oedipe-et-le-sphinx

Ode sur une urne grecque

[…]

Les mélodies entendues sont douces.
Mais celles qui ne sont pas entendues
sont plus douces encore.

[…]

« Beauté, c’est Vérité, Vérité, c’est Beauté», voilà tout
Ce que vous savez sur terre, tout ce qu’il vous faut savoir.

***

Ode on a Grecian Urn

[…]

Heard melodies are sweet,
but those unheard
Are sweeter

[…]

« Beauty is truth, truth beauty, » – that is all
Ye know on earth, and all ye need to know.

(John Keats)

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COLLOQUE DE SOURDS (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 13 avril 2019




    
COLLOQUE DE SOURDS

Je sortirai de moi-même. Oui
je partirai. Je porterai secours.
Je me sacrifierai.

Si tu choisis (même le bien,
même la paix) tu engendres le
massacre.

Vois ce visage de femme
Écoute la musique Réjouis-toi
des couleurs !

La mort est dans nos racines ;
sans elle, rien ne vit.

J’aime la vérité. J’irai au bout
du vrai.

Es-tu bien sûr de toi?
Une goutte de mensonge au
fond du verre et toute l’eau est
empoisonnée.

Pourtant j’exerce la parole :
elle est mouvement pur, par elle
je m’envole.

L’univers est sourd, aveugle,
muet. Son silence est intradui-
sible.

(Jean Tardieu)

 

Recueil: L’accent grave et l’accent aigu
Traduction:
Editions: Gallimard

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NOUS AVONS PERDU LES MOTS (José Àngel Valente)

Posted by arbrealettres sur 10 avril 2019



Illustration: Alexandre Seon
    
NOUS AVONS PERDU LES MOTS

Nous avons perdu les mots
sur le rivage de la mer,
nous avons perdu les mots
par lesquels commencent les chants.

Nous sommes revenus à l’intérieur des terres,
nous avons perdu la vérité,
nous avons perdu les mots
et le chanteur et le chant.

***

PERDIMOS LAS PALABRAS

Perdimos las palabras
a la orilla del mar,
perdimos las palabras
de empezar a cantar.

volvimos tierra adentro,
perdimos la verdad,
perdimos las palabras
y el cantor y el cantar

***

ABBIAMO PERDUTO LE PAROLE

Abbiamo perduto le parole
sulla riva del mare,
abbiamo perduto le parole
per iniziare a cantare.

Siamo ritornati nell’entroterra,
abbiamo perduto la verità,
abbiamo perduto le parole
e il cantante e la canzone.

***

CUVINTELE PIERDUTE

Cuvintele pierdut-am
și astfel, la țărm de mare,
pierdut a fost cu ele
versul de început.

Spre lumea dinlăuntru
pierdut-am și adevărul,
cuvinte risipite, iar cântărețul
rămas-a fără cânt.

***

PERDEMOS AS PALAVRAS

Perdemos as palavras
à beira do mar,
perdemos as palavras
começo do cantar.

Viemos para terra,
perdemos a verdade,
perdemos palavras
cantor e cantar.

***

WIR VERLOREN DIE WORTE

Wir verloren die Worte
am Ufer des Meeres,
Wir verloren die Worte
um den Gesang anzustimmen.

Landeinwärts kehrten wir zurück
wir verloren die Wahrheit,
wir verloren die Worte
und den Sänger und das Singen.

***

WE LOST THE WORDS

We lost the words
at the shore of the sea,
we lost the words
to start to sing.

We returned inland,
we lost the truth,
we lost the words
and the singer and singing.

***

WIJ VERLOREN DE WOORDEN

Wij verloren de woorden
aan de oever van de zee,
wij verloren de woorden
waarmee het zingen begint.

Landinwaarts keerden wij terug,
wij verloren de waarheid,
wij verloren de woorden
en de zanger en het zingen.

(José Àngel Valente)

 

Recueil: ITHACA 581
Traduction: Français Germain Droogenbroodt – Elisabeth Gerlache / Espagnol original / Italien Luca Benassi / Roumain Gabriela Căluțiu Sonnenberg / Portugais Maria do Sameiro Barroso / Allemand Wolfgang Klinck / Anglais Germain Droogenbroodt / Néerlandais Germain Droogenbroodt /
Editions: POINT

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Je suis un berger de troupeaux (Fernando Pessoa)

Posted by arbrealettres sur 10 avril 2019



Illustration: Rosa Bonheur
    
Je suis un berger de troupeaux.
Le troupeau sont mes pensées
et mes pensées sont toutes des impressions.
Je pense avec mes yeux et mes oreilles
avec mes mains et mes pieds
mon nez et ma bouche.

Penser une fleur est la voir et la respirer
et manger un fruit est goûter sa saveur.

C’est ainsi que, lorsqu’au cours d’une chaude journée
je me sens triste d’avoir tellement joui
et lorsque dans l’herbe je m’étends
et ferme mes yeux brûlants,
je sens tout mon corps s’enfoncer dans la réalité,
je connais la vérité et je suis heureux.

***

Sou um guardador de rebanhos.
O rebanho é os meus pensamentos
E os meus pensamentos sao todos sensaçaóes.
Penso com os olhos e com os ouvidos
E com as maos e os pés
E com o nariz e a boca.

Pensar urna flor é ve-la e cheirá-la
E comer um fruto é saber-lhe o sentido.

Por isso quando num dia de calor
Me sinto triste de gozá-lo tanto,
E me deito ao comprido na erva,
E fecho os olhos quentes,
Sinto todo o meu corpo deitado na realidade,
Sei a verdade e sou feliz.

***

Ich bin ein Hüter von Herden.
Die Herde sind meine Gedanken
und meine Gedanken sind alle Empfindungen.
Ich denke mit Augen und Ohren
und mit Händen und Füßen
und mit Mund und Nase.

Eine Blume zu denken ist sie sehen und riechen
und eine Frucht essen ist erfahren wie sie schmeckt.

Deswegen, wenn ich an einem heißen Tag
mich traurig fühle, so vieles zu genießen
und mich auf dem Rasen ausstrecke
und die heißen Augen schließe,
fühle ich wie mein ganzer Körper in der Realität versinkt,
ich die Wahrheit kenne und glücklich bin.

***

Sono un guardiano di greggi.
Il gregge è i miei pensieri.
E i miei pensieri sono tutti sensazioni.
Penso con gli occhi e con gli orecchi
e con le mani e i piedi
e con il naso e la bocca.

Pensare un fiore è vederlo e odorarlo
e mangiare un frutto è saperne il senso.

Perciò quando in un giorno di calura
sento la tristezza di goderlo tanto,
e mi corico tra l’erba
chiudendo gli occhi accaldati,
sento tutto il mio corpo immerso nella realtà,
so la verità e sono felice.

***

I am a herdsman of flocks.
The flock is my thoughts,
and my thoughts are all sensations.
I think with my eyes and my ears
and with my hands and feet
and with my nose and mouth.

To think a flower is to see and smell it,
and to eat a fruit is to sense its taste.

Therefore, when on a hot day
I feel sad, because of enjoying so much,
I stretch out on the grass
and close my sun-warmed eyes,
I feel my whole body immersed in reality,
know the truth and am happy.

***

Soy un guardador de rebaños.
El rebaño es mis pensamientos
y mis pensamientos son todos sensaciones.
Pienso con los ojos y con los oídos
y con las manos y los pies
y con la nariz y la boca.

Pensar una flor es verla y olerla
y comer un fruto es saberle el sentido.

Por eso cuando en un día de calor
me siento triste de gozarlo tanto
y me tiendo a lo largo sobre la hierba
y cierro los ojos calientes,
siento todo mi cuerpo tumbado en la realidad,
sé la verdad y soy feliz.

***

Ik ben een herder van kudden.
De kudde zijn mijn gedachten
en mijn gedachten zijn allemaal gewaarwordingen.
Ik denk met mijn ogen en mijn oren
en met mijn handen en mijn voeten
en met mijn neus en mijn mond.

Een bloem te denken is ze zien en ze ruiken
en een vrucht eten is de smaak ervan te proeven.

Daarom is het, als ik mij op een warme dag
verdrietig voel door zoveel te genieten
en als ik mij languit uitstrek op het gras
en mijn warme ogen sluit,
voel ik mijn hele lichaam wegzakken in de werkelijkheid,
ken ik de waarheid en ben ik gelukkig

(Fernando Pessoa)(Pseudo Alberto Caeiro)

 

Recueil: ITHACA 579
Traduction: Français Germain Droogenbroodt – Elisabeth Gerlache / Portugais Original / Allemand Wolfgang Klinck / Italien Luca Benassi / Anglais Stanley Barkan / Espagnol Pablo del Barco / Néerlandais Germain Droogenbroodt /
Editions: POINT

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Signe d’aucun signe (Georges Libbrecht)

Posted by arbrealettres sur 7 avril 2019



 

univers

Signe d’aucun signe où l’art pense à tout, pourquoi ton cri : Univers?
Que brille le jour de dire la vérité mésodique par le chant dans le recul de la mémoire-avenir.
Comète, viens à nous dans le tourbillon des âges !
Allons par maints détours jusqu’aux esquisses des continents.
Nous rêvons un autre monde sans sauterelles ni cafards.
Adieu ! rosier mal taillé à l’insu des parfums.
Là-bas dans le ciel bleu de hautes Ecritures je vais rencontrer ma vie.
Elle a peut-être quelque chose à dire.

(Georges Libbrecht)

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