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Nous sommes des nains assis sur des épaules de géants (Bernard de Chartres)

Posted by arbrealettres sur 23 février 2019



 

califourchon

Nous sommes des nains assis sur des épaules de géants.
Si nous voyons plus de choses et plus lointaines qu’eux,
ce n’est pas à cause de la perspicacité de notre vue, ni de notre grandeur,
c’est parce que nous sommes élevés par eux.

(Bernard de Chartres)

Illustration

 

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Le Dedans – peint le Dehors – (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 16 décembre 2018



Magritte - Attempting The Impossible

Le Dehors – du Dedans
Tire son Ampleur –
Duc, ou Nain, c’est selon
L’Intime Humeur –

Cet Axe subtil – immuable –
Qui règle l’allure de la Roue –
Bien que les Rayons – virent – plus visibles
Et projettent – de la boue.

Le Dedans – peint le Dehors –
Le Pinceau sans la Main –
En publie le Portrait – précis –
Comme la Marque interne –

Sur la Veineuse – transparente Toile –
Une Joue – un Front peut-être –
Dans l’Etang – tout le Secret de l’Etoile –
Que l’oeil ne devait pas connaître.

(Emily Dickinson)

Illustration: René Magritte

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Mieux que les ours et la tigresse (Louise de Vilmorin)

Posted by arbrealettres sur 21 août 2018



Catherine Musnier  cirque [800x600]

Mieux que les ours et la tigresse,
La chatte grise, un gris d’iris,
La chouette devineresse,
La guenon, plurent à mon fils
Mieux que les ours et la tigresse.

« Je les ferai rire à mon tour.
Allons leur dire bon voyage;
Elles s’en vont au petit jour.
Rien qu’en leur demandant leur âge
Je les ferai rire à mon tour. »

Mon amour, en sa préférence
Aimait prolonger les plaisirs.
Elle reconnut son enfance
En cet enfant de nos désirs,
Notre amour et sa préférence.

Ces bêtes n’attiraient que nous,
Chacun s’en allait vers les cages
Où rampe et tourne le courroux
Des fauves grondant leur orage.
Ces bêtes n’attiraient que nous.

De la lune, les eaux laiteuses
Baignaient le campement forain.
Curieux, dompteurs et jongleuses,
Les acrobates et les nains
Se mouvaient en cette eau laiteuse.

Alors, devant les animaux
Qu’il voulut revoir dans leur cage,
Mon fils agita son chapeau,
Les taquina jusqu’à la rage.
Il taquina ces animaux.

Le feu d’une lampe à pétrole,
Troublé par un souffle de vent,
Projetait autant d’ombres molles
Que de lueurs en se mouvant,
Et cette flamme de pétrole

Tremblait sur de jeunes amants,
Baiser premier, seul baiser rare
Qu’interrompit le jeu dément
De mon fils et ses cris barbares.
Ce jeu fit trembler les amants.

« Enfant, ces bêtes sont savantes
Et, savantes, peuvent punir.
Ton jeu méchant les mécontente,
Prends garde, dis je, il faut partir.
Enfant, ces bêtes sont savantes. »

(Louise de Vilmorin)

Illustration: Catherine Musnier 

 

 

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Tant de routes sous mon bâton (Alain Borne)

Posted by arbrealettres sur 22 décembre 2017



Illustration: Giacometti

    
Tant de routes sous mon bâton
et tant de maisons d’eau claire
où les gerbiers formant le cercle,
perdent la tête de leurs graines
dans des gâteaux de Royauté.

Tant de lits drapés de lavande
où parfois un sachet de sang
parfume mes nuits d’un éveil.

Tant de poussière accumulée
sur le passage de l’été,
tant de pierres dans les rivières
jetées pour compter les journées.

Tant d’arbres de douce écorce,
tant de feuillage contre le ciel,
tant de regards sous son ombre.

Et tout cela qui se taisait
dans le charnier de mon silence,
épris d’une eau fondue des neiges
et d’une fille encore acide.

L’été roule ses millions d’yeux
et ses fumées de forêt morte,
où ont dansé les nains de flammes
au bras de vierges dévêtues.

Je cherche encore une racine
qui médite des feuilles si longues
que l’ombre sur le soleil
n’ait plus besoin d’être doublée
pour y dormir tous mes travaux.

(Alain Borne)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Curandera

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LUNE MAGIQUE (Paul Reboux)

Posted by arbrealettres sur 21 octobre 2017



LUNE MAGIQUE

Dès que plus un bruit
N’éveille la nuit,
Que l’astre au ciel luit,
Changeant,
Et que, par l’allée
De brume voilée,
La mousse est criblée
D’argent,

Sous les clartés blanches,
Ecartant les branches,
Svelte et de pervenches
Coiffée,
Frôlant les forêts
De son pas discret,
Voici qu’apparaît
La Fée…

Dans le clair-obscur
Un blond rayon sur
Sa robe d’azur
Se rit,
Et caresse et moire
Son beau corps d’ivoire
Dont la jeune gloire
Fleurit.

Derrière s’élance,
Eclos du silence,
Ce que sa puissance
Protège,
Nains, sylphes, qui font
Par vol et par bond
Comme un vagabond
Cortège.

Mais la Fée a vu
Briller — épandu
Sous le bras tordu
Qu’étend,
Protecteur, un chêne —
Ridé par l’haleine
De l’ombre sereine,
L’étang.

Comme s’y déploie
Le ciel qui chatoie,
Elle effleure, en joie,
L’eau brune,
Et de ses doigts blancs
Cueille, à gestes lents,
Des reflets tremblants
De lune…

(Paul Reboux)

 

 

 

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MARINES (Paul Eluard)

Posted by arbrealettres sur 13 septembre 2017



MARINES

I

Je me suis pris à caresser
La mer qui hume les orages

II

Ma bouche au ras des flots buveuse de paroles
Prenant l’or au soleil sur un chemin d’or chaud
Comme foule pressée entraînée exaltée
Les vagues les étés dans cet arbre ajouré
Dans cet arbre accessible aux couleurs et aux hommes
Leur azur leur ciel pur le mélange des eaux
Leur dentelle et la flamme du matin désert
Deux vallées trois sommets s’unissent font la chaîne
L’océan qui me mène a le destin du ciel
Et la vague initiale amenuise un nuage.

III

Miroir ouvert sur ces oiseaux uniques
Qui tremblent d’aise à chaque goutte d’eau.

IV

L’herbe grande d’océan
Sur les sables assoupis

La fleur de fille marine
Les astres vierges en fête
Midi blanc dans les fonds noirs
Et dans le filet l’hiver

L’injure jetée au vent À la vague du tombeau.

Tout au plus un navire
Tout au plus un navire à demi englouti
Comme un poignard dans sa blessure
Connaît encore l’ombre

Tout au plus un radeau
La mort simple
Et la mer est plus vide qu’un ivrogne pauvre.

VI

Dernière vague ivresse de vieillard
Les solubles coteaux et la lune risible
N’ont trouvé dans mon cœur qu’un espace restreint
Et la mer dans le ciel n’est qu’une goutte d’eau.

VII

C’est la pierre pâle au front des plus forts
Sous la terre humide et les feuilles mortes
Tous feux éteints dans les régions de l’ignorance

Sous les ongles de la rouille

Nous ne savons rien de la terre
L’homme n’a pas besoin de nous
Son ciel n’est plus le nôtre

Tout nous paraît immobile
L’oeil et le coeur de nos semblables
La lumière et ses géants
La profondeur et ses nains
La mort sans corps capitale

Le scandale de la tempête

Sauvés que notre poids s’élève
Comme la source à son premier éclair
Que notre forme soit sereine

La nuit se baigne dans les puits

Le risque de mourir s’annule
Comme deux des chiffres zéro
Une mousse de bluets
A blanchi jusqu’à la corde
La grand’voile de couleur.

(Paul Eluard)

Illustration: Tina Palmer

 

 

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Petite chanson pour l’eau transparente (Edmond Jabès)

Posted by arbrealettres sur 30 septembre 2016



Un géant cueille l’étoile.
Il a les mains brûlées.

Un nain pêche l’étoile.
Il a les mains glacées.

Ils se tournent le dos
jusqu’au matin;

car l’un allume l’eau
quand l’autre l’éteint.

(Edmond Jabès)

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Le portrait du Conquérant (Oktay Rifat)

Posted by arbrealettres sur 15 septembre 2016



 

Le portrait du Conquérant

Sur le dôme de Sainte-Sophie un nuage blanc,
Je regarde, il a filé. Mon chapelet couleur miel,
Jours d’ambre, les feuilles sont tombées, et l’espoir,
La pluie d’automne noeud à noeud sur la vitre descend.

À moi furent les caftans qui flottaient, à moi
L’encolure des chevaux, il n’en reste que du vent !
J’ai touché de la main les pierres des remparts,
À moi était Istanbul, les bastions pareils à moi.

Dans des plats d’or j’ai pris mes repas, j’ai bu l’eau
Dans des coupes d’or, j’ai franchi le Danube fougueux,
Moi, Sultan Mehmet, Avnî, grand par mes aigrettes.

Dans un portrait je suis un nain, ce n’est pas moi,
Mon turban, ma pelisse froide, ma rose sans parfum,
Je cherche, je me cherche par terre, follement.

(Oktay Rifat)

 

 

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Geste (Jean Moréas)

Posted by arbrealettres sur 5 décembre 2015



Victor Nizovtsev q [800x600]

Geste

Alme fleur, fleur d’éden, hanebane d’enfer.
Ta bouche, et tes seins lourds que d’or tissé tu brides !
Nous allions par les bois pleins de monstres hybrides,
Toi de pourpre vêtue et moi bardé de fer.
Sous mon épée alors plus prompte que l’éclair,

Crânes fendus, les dos troués, les yeux stupides,
Tombaient les nains félons et les géants cupides.
Et les citoles des jongleurs sonnaient dans l’air.

Docile au joug, qu’il eût fallu que j’abolisse,
J’ai trop longtemps humé la saveur du calice,
Quand l’ennemi veillait sur les quatre chemins.
Le palais fume encore et l’île est saccagée.
Quel sortilège impur en guivre t’a changée,
Toi qui berçais mon cœur avec tes blanches mains ?

(Jean Moréas)

Illustration: Victor Nizovtsev

 

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Le Rhin (Jean Moréas)

Posted by arbrealettres sur 5 décembre 2015



August Malmstöm Danse des Elfes280 [800x600]

Le Rhin

Aux galets le flot se brise
Sous la lune blanche et grise,
O la triste cantilène
Que la bise dans la plaine !
Elfes couronnés de jonc,
Viendrez-vous danser en rond ?

Hou ! Hou ! Le héron ricane
Pour faire peur à la cane.
Trap ! Trap ! Le sorcier galope
Sur le bouc et la varlope.
Elfes couronnés de jonc,
Viendrez-vous danser en rond ?

Au caveau rongé de mousse
L’empereur à barbe rousse,
Le front dans les mains, sommeille.
Le nain guette la corneille.
Elfes couronnés de jonc,
Viendrez-vous danser en rond ?

Mais déjà l’aurore émerge,
De rose teignant la berge,
Et s’envolent les chimères
Comme un essaim d’éphémères.
Elfes couronnés de jonc,
Vous ne dansez plus en rond !

(Jean Moréas)

Illustration: August Malmstöm

 

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