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Posts Tagged ‘barbare’

Je suis ce roi des anciens temps (Stuart Merrill)

Posted by arbrealettres sur 4 mai 2019


 


 

Odd Nerdrum  (3) [1280x768]

Je suis ce roi des anciens temps
Dont la cité dort sous la mer
Aux chocs sourds des cloches de fer
Qui sonnèrent trop de printemps.

Je crois savoir des noms de reines
Défuntes depuis tant d’années,
Ô mon âme ! et des fleurs fanées
Semblent tomber des nuits sereines.

Les vaisseaux lourds de mon trésor
Ont tous sombré je ne sais où,
Et désormais je suis le fou
Qui cherche sur les flots son or.

Pourquoi vouloir la vieille gloire
Sous les noirs étendards des villes
Où tant de barbares serviles
Hurlaient aux astres ma victoire ?

Avec la lune sur mes yeux
Calmes, et l’épée à la main,
J’attends luire le lendemain
Qui tracera mon signe aux cieux.

Pourtant l’espoir de la conquête
Me gonfle le coeur de ses rages :
Ai-je entendu, vainqueur des âges,
Des trompettes dans la tempête ?

Ou sont-ce les cloches de fer
Qui sonnèrent trop de printemps ?
Je suis ce roi des anciens temps
Dont la cité dort sous la mer.

(Stuart Merrill)

Illustration: Odd Nerdrum

 

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TRISTE SOIR (George Bacovia)

Posted by arbrealettres sur 26 février 2019



Kees van Dongen e [800x600]

TRISTE SOIR

La femme chantait comme une barbare
En le café vide tard dans la nuit,
Comme une barbare, à déchirer l’âme…
Et quelle révolte autour, quelle flamme !…
Les tympanons hurlaient et dans le bruit
La femme chantait comme une barbare.

La femme chantait comme une barbare…
Et nous fumions, noyés dans un halo,
Bande de fêtards infiniment tristes,
En rêvant d’un monde qui point n’existe.
Et dans de longs, sataniques échos,
La femme chantait comme une barbare.

La femme chantait comme une barbare,
Et quelle révolte, autour, quelle flamme !…
Plus personne alors chez soi n’est rentré,
Le front sur la table on a tous pleuré,
Tandis qu’en la salle, à déchirer l’âme,
La femme chantait comme une barbare…

(George Bacovia)

 Illustration: Kees van Dongen

 

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MIDI (Tomás Segovia)

Posted by arbrealettres sur 18 février 2019



Illustration 
    
MIDI

Imprégnée de lumière, aveugle d’ardeur,
entourée de l’air dense
où s’enfoncent les bruits
comme de grosses pierres sourdes,
gît mollement la terre.

Masses et rondeurs se déploient
en une belle et barbare impudicité
aux côtés de laquelle j’aimerais m’allonger,

et avec des silences avides elle m’incite
à dormir durement abattu
dans la tiédeur obscure de ses vallées,

éteignant enfin cette flamme obstinée
contre la douce terre sans mémoire.

(Tomás Segovia)

 

Recueil: Cahier du nomade
Traduction: Jean-Luc Lacarrière
Editions: Gallimard

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Dies irae (Leconte de Lisle)

Posted by arbrealettres sur 27 janvier 2019



Dies irae

Il est un jour, une heure, où dans le chemin rude,
Courbé sous le fardeau des ans multipliés,
L’Esprit humain s’arrête, et, pris de lassitude,
Se retourne pensif vers les jours oubliés.

La vie a fatigué son attente inféconde ;
Désabusé du Dieu qui ne doit point venir,
Il sent renaître en lui la jeunesse du monde ;
Il écoute ta voix, ô sacré Souvenir !

Les astres qu’il aima, d’un rayon pacifique
Argentent dans la nuit les bois mystérieux,
Et la sainte montagne et la vallée antique
Où sous les noirs palmiers dormaient ses premiers Dieux.

Il voit la Terre libre et les verdeurs sauvages
Flotter comme un encens sur les fleuves sacrés,
Et les bleus Océans, chantant sur leurs rivages,
Vers l’inconnu divin rouler immesurés.

De la hauteur des monts, berceaux des races pures,
Au murmure des flots, au bruit des dômes verts,
Il écoute grandir, vierge encor de souillures,
La jeune Humanité sur le jeune Univers.

Bienheureux ! Il croyait la Terre impérissable,
Il entendait parler au prochain firmament,
Il n’avait point taché sa robe irréprochable ;
Dans la beauté du monde il vivait fortement.

L’éclair qui fait aimer et qui nous illumine
Le brûlait sans faiblir un siècle comme un jour ;
Et la foi confiante et la candeur divine
Veillaient au sanctuaire où rayonnait l’amour.

Pourquoi s’est-il lassé des voluptés connues ?
Pourquoi les vains labeurs et l’avenir tenté ?
Les vents ont épaissi là-haut les noires nues ;
Dans une heure d’orage ils ont tout emporté.

Les grandes visions sous les cèdres pensifs,
Et la Liberté vierge et ses cris magnanimes,
Et le débordement des transports primitifs !

L’angoisse du désir vainement nous convie :
Au livre originel qui lira désormais ?
L’homme a perdu le sens des paroles de vie :
L’esprit se tait, la lettre est morte pour jamais.

Nul n’écartera plus vers les couchants mystiques
La pourpre suspendue au devant de l’autel,
Et n’entendra passer dans les vents prophétiques
Les premiers entretiens de la Terre et du Ciel.

Les lumières d’en haut s’en vont diminuées,
L’impénétrable Nuit tombe déjà des cieux,
L’astre du vieil Ormuzd est mort sous les nuées ;
L’Orient s’est couché dans la cendre des Dieux.

L’Esprit ne descend plus sur la race choisie ;
Il ne consacre plus les Justes et les Forts.
Dans le sein desséché de l’immobile Asie
Les soleils inféconds brûlent les germes morts.

Les Ascètes, assis dans les roseaux du fleuve,
Écoutent murmurer le flot tardif et pur.
Pleurez, Contemplateurs ! votre sagesse est veuve :
Viçnou ne siège plus sur le Lotus d’azur.

L’harmonieuse Hellas, vierge aux tresses dorées,
À qui l’amour d’un monde a dressé des autels,
Gît, muette à jamais, au bord des mers sacrées,
Sur les membres divins de ses blancs Immortels.

Plus de charbon ardent sur la lèvre-prophète !
Adônaï, les vents ont emporté ta voix ;
Et le Nazaréen, pâle et baissant la tête,
Pousse un cri de détresse une dernière fois.

Figure aux cheveux roux, d’ombre et de paix voilée,
Errante au bord des lacs sous ton nimbe de feu,
Salut ! l’Humanité, dans ta tombe scellée,
Ô jeune Essénien, garde son dernier Dieu !

Et l’Occident barbare est saisi de vertige.
Les âmes sans vertu dorment d’un lourd sommeil,
Comme des arbrisseaux, viciés dans leur tige,
Qui n’ont verdi qu’un jour et n’ont vu qu’un soleil.

Et les sages, couchés sous les secrets portiques,
Regardent, possédant le calme souhaité,
Les époques d’orage et les temps pacifiques
Rouler d’un cours égal l’homme à l’Éternité.

Mais nous, nous, consumés d’une impossible envie,
En proie au mal de croire et d’aimer sans retour,
Répondez, jours nouveaux ! nous rendrez-vous la vie ?
Dites, ô jours anciens ! nous rendrez-vous l’amour ?

Où sont nos lyres d’or, d’hyacinthe fleuries,
Et l’hymne aux Dieux heureux et les vierges en choeur,
Eleusis et Délos, les jeunes Théories,
Et les poèmes saints qui jaillissent du coeur ?

Oh ! la tente au désert et sur les monts sublimes,
Où sont les Dieux promis, les formes idéales,
Les grands cultes de pourpre et de gloire vêtus,
Et dans les cieux ouvrant ses ailes triomphales
La blanche ascension des sereines Vertus ?

Les Muses, à pas lents, Mendiantes divines,
S’en vont par les cités en proie au rire amer.
Ah ! c’est assez saigner sous le bandeau d’épines,
Et pousser un sanglot sans fin comme la Mer !

Oui ! le Mal éternel est dans sa plénitude !
L’air du siècle est mauvais aux esprits ulcérés.
Salut, Oubli du monde et de la multitude !
Reprends-nous, ô Nature, entre tes bras sacrés !

Dans ta khlamyde d’or, Aube mystérieuse,
Éveille un chant d’amour au fond des bois épais !
Déroule encor, Soleil, ta robe glorieuse !
Montagne, ouvre ton sein plein d’arôme et de paix !

Soupirs majestueux des ondes apaisées,
Murmurez plus profonds en nos coeurs soucieux !
Répandez, ô forêts, vos urnes de rosées !
Ruisselle en nous, silence étincelant des cieux !

Consolez-nous enfin des espérances vaines :
La route infructueuse a blessé nos pieds nus.
Du sommet des grands caps, loin des rumeurs humaines,
Ô vents ! emportez-nous vers les Dieux inconnus !

Mais si rien ne répond dans l’immense étendue,
Que le stérile écho de l’éternel Désir,
Adieu, déserts, où l’âme ouvre une aile éperdue !
Adieu, songe sublime, impossible à saisir !

Et toi, divine Mort, où tout rentre et s’efface,
Accueille tes enfants dans ton sein étoilé ;
Affranchis-nous du temps, du nombre et de l’espace,
Et rends-nous le repos que la vie a troublé !

(Leconte de Lisle)

Illustration: Jean-Claude Forez

 

 

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Qui se repaît (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 6 novembre 2018



 

Qui se repaît
de ces festins de sang ?
Qui salive
A la une des ventres bleuis ?
Qui inflige
Ces temps barbares ?

(Andrée Chedid)

 

 

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Ruines du coeur (François Coppée)

Posted by arbrealettres sur 12 octobre 2018



 

Trisha Lambi_1038

Ruines du coeur

Mon coeur était jadis comme un palais romain,
Tout construit de granits choisis, de marbres rares.
Bientôt les passions, comme un flot de barbares,
L’envahirent, la hache ou la torche à la main.

Ce fut une ruine alors. Nul bruit humain.
Vipères et hiboux. Terrains de fleurs avares.
Partout gisaient, brisés, porphyres et carrares ;
Et les ronces avaient effacé le chemin.

Je suis resté longtemps, seul, devant mon désastre.
Des midis sans soleil, des minuits sans un astre,
Passèrent, et j’ai, là, vécu d’horribles jours ;

Mais tu parus enfin, blanche dans la lumière,
Et, bravement, afin de loger nos amours,
Des débris du palais j’ai bâti ma chaumière.

(François Coppée)

Illustration:Trisha Lambi

 

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Mieux que les ours et la tigresse (Louise de Vilmorin)

Posted by arbrealettres sur 21 août 2018



Catherine Musnier  cirque [800x600]

Mieux que les ours et la tigresse,
La chatte grise, un gris d’iris,
La chouette devineresse,
La guenon, plurent à mon fils
Mieux que les ours et la tigresse.

« Je les ferai rire à mon tour.
Allons leur dire bon voyage;
Elles s’en vont au petit jour.
Rien qu’en leur demandant leur âge
Je les ferai rire à mon tour. »

Mon amour, en sa préférence
Aimait prolonger les plaisirs.
Elle reconnut son enfance
En cet enfant de nos désirs,
Notre amour et sa préférence.

Ces bêtes n’attiraient que nous,
Chacun s’en allait vers les cages
Où rampe et tourne le courroux
Des fauves grondant leur orage.
Ces bêtes n’attiraient que nous.

De la lune, les eaux laiteuses
Baignaient le campement forain.
Curieux, dompteurs et jongleuses,
Les acrobates et les nains
Se mouvaient en cette eau laiteuse.

Alors, devant les animaux
Qu’il voulut revoir dans leur cage,
Mon fils agita son chapeau,
Les taquina jusqu’à la rage.
Il taquina ces animaux.

Le feu d’une lampe à pétrole,
Troublé par un souffle de vent,
Projetait autant d’ombres molles
Que de lueurs en se mouvant,
Et cette flamme de pétrole

Tremblait sur de jeunes amants,
Baiser premier, seul baiser rare
Qu’interrompit le jeu dément
De mon fils et ses cris barbares.
Ce jeu fit trembler les amants.

« Enfant, ces bêtes sont savantes
Et, savantes, peuvent punir.
Ton jeu méchant les mécontente,
Prends garde, dis je, il faut partir.
Enfant, ces bêtes sont savantes. »

(Louise de Vilmorin)

Illustration: Catherine Musnier 

 

 

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Qui ? (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 1 août 2018



Qui ?

Qui se repaît
De ces festins de sang ?

Qui salive
À la vue des ventres bleuis ?

Qui inflige
Ces temps barbares ?

Qui calfeutre
Les fenêtres d’autrui ?

Qui d’un rire sardonique
Ruine nos champs d’espérance ?

(Andrée Chedid)

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La beauté (Anne Perrier)

Posted by arbrealettres sur 30 mai 2018




    
La beauté
Foulée aux pieds par ce siècle barbare
Avec ma sœur la lune

Qui peut les délivrer
Douleur douleur
Le cœur n’est plus
Qu’un cimetière d’astres éboulés

(Anne Perrier)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Recueil: Le livre d’Ophélie et La voie nomade
Traduction:
Editions: Zoé

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Médailles antiques (Leconte de Lisle)

Posted by arbrealettres sur 15 mai 2018



A sea nymph  *oil on canvas  *114 x 195.5cm  *signed b.r.: Falero / 1892

Médailles antiques

Celui-ci vivra, vainqueur de l’oubli,
Par les Dieux heureux! Sa main sûre et fine
A fait onduler sur l’onyx poli
L’écume marine.

Avec le soleil, douce, aux yeux surpris,
Telle qu’une jeune et joyeuse reine,
On voit émerger mollement Kypris
De la mer sereine.

La Déesse est nue et pousse en nageant
De ses roses seins l’onde devant elle;
Et l’onde a brodé de franges d’argent
Sa gorge immortelle.

Ses cheveux dorés aux flots embellis
Roulent sans guirlande et sans bandelettes;
Tout son corps charmant brille comme un lys
Dans les violettes.

Elle joue et rit; et les gais dauphins,
Agitant autour nageoires et queues,
Pour mieux réjouir ses regards divins
Troublent les eaux bleues.

II
Les belles filles aux pressoirs
Portent sur leur tête qui ploie,
A pleins paniers, les raisins noirs;
Les jeunes hommes sont en joie.
Ils font jaillir avec vigueur
Le vin nouveau des grappes mûres;
Et les rires et les murmures
Et les chansons montent en choeur.

Ivres de subtiles fumées,
Les vendangeurs aux cheveux blancs
Dansent avec des pieds tremblants
Autour des cuves parfumées;
Et non loin, cherchant un lit frais,
Éros, qui fait nos destinées,
A l’ombre des arbres épais
Devance les lents Hyménées.

III
Ni sanglants autels, ni rites barbares.
Les cheveux noués d’un lien de fleurs,
Une Ionienne aux belles couleurs
Danse sur la mousse, au son des kithares.
Ni sanglants autels, ni rites barbares:
Des hymnes joyeux, des rires, des fleurs!

Satyres ni Pans ne troublent les danses.
Un jeune homme ceint d’un myrte embaumé
. Conduit de la voix le choeur animé;
Éros et Kypris règlent les cadences.
Satyres ni Pans ne troublent les danses:
Des pieds délicats, un sol embaumé!

Ni foudres ni vents dont l’âme s’effraie.
Dans le bleu du ciel volent les chansons;
Et de beaux enfants servent d’échansons
Aux vieillards assis sous la verte haie.
Ni foudres ni vents dont l’âme s’effraie:
Un ciel diaphane et plein de chansons!

(Leconte de Lisle)

Illustration: Luis Ricardo Falero

 

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