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Posts Tagged ‘(Constantin Cavafis)’

Essaie de les retenir (Constantin Cavafis)

Posted by arbrealettres sur 27 décembre 2018


 


 

Anne-François-Louis Janmot (5)

Essaie de les retenir, poète,
même s’il y en a peu qui s’arrêtent.
Les visions de ton désir.
Glisse-les, à demi voilées, dans tes phrases.
Essaie de les retenir, poète,
quand elles surgissent dans ton cerveau,
la nuit ou dans le plein éclat de midi.

(Constantin Cavafis)

Illustration: Anne-François-Louis Janmot

 

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Le poète et la Muse (Constantin Cavàfis)

Posted by arbrealettres sur 19 juin 2018



Illustration: Eoghan de Leastar
    
Le poète et la Muse

LE POÈTE

Dans quel but le destin a-t-il voulu m’élire
poète, moi si faible, avec tous mes défauts ?
Car ma parole est vaine et les sons de ma lyre,
même les plus chantants, sonnent creux, semblent faux.

J’ai beau chercher à dire un sentiment sublime,
gloire et vertu ne sont qu’un rêve, je le sens.
Dans la désillusion mon oeil toujours s’abîme,
dans les ronces partout mon pied s’en va glissant.

Le monde est une froide et sombre comédie.
Mes chants non moins que lui se révèlent menteurs.
Chanter l’amour, la joie ? Infâme parodie,
infâme lyre, proie de spectacles trompeurs !

LA MUSE

Poète, tu n’es pas menteur. Ton monde à toi
est le seul vrai. Seules les cordes de ta lyre
savent la vérité ; elles seules, crois-moi,
au long de notre vie ont l’art de nous conduire.

Serviteur du divin, apprends quel est ton sort :
la beauté, le printemps. Une ode enchanteresse
est issue de ta bouche, et tu es un trésor
de parfums — une voix d’en haut, riche en promesses.

Si la nuit règne sur la terre, n’aie point peur.
Ne crois pas que cette ombre va durer encore.
Tu es près des plaisirs, des vallons et des fleurs ;
courage, et en avant ! Vois se lever l’aurore !

Seule une faible brume effarouche tes yeux.
Sous son voile, pour toi, la Nature accueillante
tresse roses, violettes, narcisses précieux,
couronne pour tes chants, récompense odorante.

(Constantin Cavàfis)

 

Recueil: Tous les poèmes
Traduction: Michel Volkovitch
Editions: Le miel des Anges

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Si tu m’aimais (Constantin Cavàfis)

Posted by arbrealettres sur 10 mai 2018



    


Si tu m’aimais

Si la lumière de l’amour
donnait sa chaleur bienfaisante
à la nuit noire de mes jours,
aussitôt mon âme souffrante
entonnerait des hymnes triomphantes.

Les mots que j’ai si grande envie
de te dire, j’en ai trop peur :
que sans ta présence, ma vie
n’est qu’une suite de malheurs —
si tu m’aimais… Hélas, mon espoir est trompeur !

Si tu m’aimais… lors ce serait
la fin de mes larmes affreuses
et de tous mes tourments secrets.
Mon indécision insidieuse
n’oserait plus montrer sa figure menteuse.

Toute une foule de divines
visions envahirait mon coeur.
Ma vie, ce buisson plein d’épines,
déborderait soudain de fleurs —
si tu m’aimais… Hélas, mon espoir est trompeur !

(Constantin Cavàfis)

 

Recueil: Tous les poèmes
Traduction: Michel Volkovitch
Editions: Le miel des Anges

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Beaux comme des morts (Constantin Cavafis)

Posted by arbrealettres sur 1 février 2018



 

Ferdinand Hodler the-dying-valentine-gode-darel

Beaux comme des morts qui n’ont point vieilli,
enfermés au milieu des larmes dans un mausolée splendide,
le front ceint de roses et jasmins aux pieds –
tels sont les désirs qui nous ont quittés
sans s’être accomplis; sans qu’aucun n’atteigne
à une nuit de volupté ou à son lumineux matin.

(Constantin Cavafis)

Illustration: Ferdinand Hodler

 

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Mon corps (Constantin Cavafis)

Posted by arbrealettres sur 1 février 2018



 

Ferdinand Hodler gfc

Mon corps, rappelle-toi non seulement combien tu fus aimé,
non seulement les lits où tu t’es allongé,
mais aussi ces désirs qui pour toi
brillaient ouvertement dans les yeux,
qui tremblaient dans la voix – et qu’un obstacle
quelconque a empêché de se réaliser.
Maintenant que tout cela appartient au passé,
c’est presque comme si à ces désirs aussi
tu t’étais livré – comme ils brillaient,
rappelle-toi, dans les yeux qui te regardaient;
comme ils tremblaient dans la voix, pour toi, rappelle-toi, mon corps.

(Constantin Cavafis)

Illustration: Ferdinand Hodler

 

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Le Pion (Constantin Cavàfis)

Posted by arbrealettres sur 18 décembre 2017




    
Le Pion

Devant une partie d’échecs, souvent,
je suis des yeux la progression d’un Pion
qui pas à pas chemine vers l’avant
et touche enfin à la ligne du fond.
Il marche vers son but de si bon coeur
qu’on peut penser que l’attendent là-bas
on ne sait quels plaisirs et récompenses.
En route il doit subir plus d’une épreuve.
Des fous lui jettent leurs lances de biais ;
il est frappé par des tours qui avancent
en ligne droite ; et de vifs cavaliers
à l’intérieur de leurs carrés s’efforcent
de l’amener à tomber par la ruse ;
tandis que çà et là, menace oblique,
un pion se place en travers de sa route,
envoyé là par le camp ennemi.

Mais il échappe aux dangers qui l’assaillent
et touche enfin à la ligne du fond.

Toucher au but, quel triomphe pour lui,
sur cette ligne ultime, et si terrible !

Car c’est ici que le Pion va mourir
et ses efforts n’ont servi à rien d’autre.
C’est pour la reine, qui va nous sauver,
qui grâce à lui va sortir de la tombe,
qu’il descendra dans l’Hadès des échecs.

(Constantin Cavàfis)

 

Recueil: Tous les poèmes
Traduction: Michel Volkovitch
Editions: Le miel des Anges

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Dans la maison de l’âme (Constantin Cavàfis)

Posted by arbrealettres sur 18 décembre 2017



Illustration: Paul Delvaux

    
Dans la maison de l’âme

Plus au fond, tout au fond, dans la Maison de l’Âme,
Où vont et viennent et s’assoient autour d’un feu,
Les Passions avec leurs visages de femme.
(Rodenbach)

Dans la Maison de l’Âme, les Passions —
jolies femmes vêtues de soie,
la tête ornée de saphirs, sont chez elles.
Toutes les salles, de l’entrée jusques au fond,
sont maintenues sous leur pouvoir. Dans la plus belle,
pendant leurs nuits d’exaltation,
on danse, on boit, et leurs cheveux dénoués ondoient.

Dehors, pauvresses pâles et chétives,
les Vertus, en vieux vêtements,
prêtent l’oreille, non sans amertume,
au tapage endiablé des courtisanes ivres.
Le visage collé aux vitres qui s’allument,
Elles voient, muettes, pensives,
Les fleurs du bal et ses lueurs et ses diamants.

(Constantin Cavàfis)

 

Recueil: Tous les poèmes
Traduction: Michel Volkovitch
Editions: Le miel des Anges

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Voix douces (Constantin Cavàfis)

Posted by arbrealettres sur 18 décembre 2017




    
Voix douces

Plus douces sont les voix qui éternellement
se sont tues, et qui tristement
dans nos coeurs malheureux, et en eux seuls, résonnent.

Humbles, mélancoliques et timides voix,
dans les rêves on les reçoit,
qui dans notre mémoire souffrante ramènent

ceux qui sous terre, froids, dorment, nos disparus
bien-aimés, ceux qui ne voient plus
le printemps qui fleurit, le matin qui rayonne.

Les voix douces soupirent, et l’âme alors entend
la poésie des premiers temps
de notre vie — musique dans la nuit, lointaine.

(Constantin Cavàfis)

 

Recueil: Tous les poèmes
Traduction: Michel Volkovitch
Editions: Le miel des Anges

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Beau temps et mauvais temps (Constantin Cavàfis)

Posted by arbrealettres sur 18 décembre 2017



    
Beau temps et mauvais temps

Je ne suis pas si mécontent
Lorsque l’hiver étend son brouillard, sa froidure.
J’ai en moi le printemps, qui sait me rendre heureux.
Le rire est un rayon de soleil, tout en or,
Si les jardins sont beaux, l’amour l’est plus encor,
toute la neige fond dans la chaleur du chant.

Que m’importe si le printemps
plante des fleurs dehors et sème la verdure !
Car j’ai en moi l’hiver et mon coeur douloureux.
D’un soupir le soleil le plus brillant se couvre,
quand on a du chagrin, mai sur décembre s’ouvre ;
plus que la neige froide, les pleurs sont glaçants.

(Constantin Cavàfis)

 

Recueil: Tous les poèmes
Traduction: Michel Volkovitch
Editions: Le miel des Anges

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Yeux d’azur (Constantin Cavàfis)

Posted by arbrealettres sur 18 décembre 2017




    
Yeux d’azur

Circassienne beauté, ces brasiers lumineux
ne sont pas faits pour le mépris qui blesse,
ou la fureur. Ils offrent, flambeaux généreux,
l’amour qui va nous rendre heureux,
du plaisir la douce promesse.

S’ils étaient faits pour éloigner un coeur aimant,
accroître ses souffrances,
s’ils étaient envoyés par un dieu inclément,
alors la différence

serait nette, et la voûte tranquille des cieux
ne leur donnerait point ce bleu turquoise,
le soleil bienfaisant se soucierait fort peu
de leur offrir ce même feu
qui de désir son corps embrase.

(Constantin Cavàfis)

 

Recueil: Tous les poèmes
Traduction: Michel Volkovitch
Editions: Le miel des Anges

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