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Poésie

Posts Tagged ‘vision’

Si nous avions une vision (George Eliot)

Posted by arbrealettres sur 14 avril 2019


 


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Si nous avions une vision et un sentiment aigus de toute la vie humaine ordinaire,
cela équivaudrait à entendre l’herbe pousser
et le coeur de l’écureuil battre,
et alors, nous mourrions de cette clameur
située de l’autre côté du silence.
Les choses étant ce qu’elle sont,
les plus rapides d’entre nous circulent bien emmitouflés
dans une épaisse couche de stupidité.

(George Eliot)

Illustration: ArbreaPhotos

 

 

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TE SOUVIENS-TU DU JOUR (George Bacovia)

Posted by arbrealettres sur 1 avril 2019



TE SOUVIENS-TU DU JOUR

Te souviens-tu du jour où je te disais que tu es belle,
Du jour où, les yeux scintillants, les lèvres couleur de sang,
Tu t’arrêtais tremblante d’émoi, sous l’automnale ombrelle
Des arbres, en rêvant à l’amour entrevu si souvent ?…

Tu attendais qu’enfin je sois le poète audacieux
Qui te fasse entendre l’écho glacé d’étreintes brûlantes ;
Tu te portais sans cesse vers quelque ombre obscure, obsédante
Comme une pâle vision, se détachant d’autres cieux.
Tu m’as dit — oh combien simplement ! — que tu as soif d’amour,

Et n’écoutant en la forêt déserte que son murmure,
De la main tu comprimais ton coeur, souriais alentour,
Ne pouvant plus — loin l’un de l’autre — endurer cette torture.

— Ha, ha, ha ! riait l’écho et je riais de ton plaisir,
Tu m’as dit l’ancienne haine entre l’homme et la femme lasse.
Je t’ai laissée alors, là-bas, m’égrener tes souvenirs
Douloureux, mystérieux, comme à un inconnu qui passe.
Te souviens-tu du jour où je te disais que tu es belle,
Du jour où, peut-être, je t’ai embrassée en la forêt,
Écoutant l’écho glacé de cet automne froid, rebelle,
Qui donnait à notre rencontre un goût d’adieu, de regret ?

(George Bacovia)

Illustration: Irina Kotova

 

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Nuit obscure (Alain Suied)

Posted by arbrealettres sur 31 mars 2019




    
Nuit obscure

Une lueur, une trace :
tu t’éveilles à sa vision.
Ce n’est qu’un fragile espace
soudain visible dans la Nuit sans fond.

À chaque instant, tu dois choisir
le signe inconnu de l’Être.

Un nom ? Un cri ? Une force infinie ?

À chaque instant, tu devras espérer
en vain de voir le visage

sacré.

Dans l’espace d’un regard
pourtant

se tient le monde

et vibre enfin la délivrance.

(Alain Suied)

 

Recueil: Sur le seuil invisible
Traduction:
Editions: Arfuyen

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L’amour (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 23 mars 2019


 

L’amour

C’est parfois un serpent magicien,
Lové près de ton coeur.
C’est parfois un pigeon qui roucoule,
Sur la fenêtre blanche.

C’est parfois sous le givre qui brille
La vision d’une fleur.
Mais il mène, en secret, à coup sûr,
Loin de la joie tranquille.

Il sait pleurer si doucement
Dans la prière du violon,
Il fait peur quand on le devine
Sur une lèvre encore inconnue.

(Anna Akhmatova)

Illustration: Maria Cristina Baracchi

 

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Tout est en ordre (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 22 mars 2019



Tout est en ordre : le poème
Se tait comme il convient à sa nature.
Mais quand le motif se détache,
Il frappe du poing à la vitre, —
Et l’on entend l’écho lointain
De cet appel, un bruit atroce, —
Un clapotis, un cri de rapace, une plainte,
Et l’on a la vision de mains en croix.

(Anna Akhmatova)

Illustration: Danielle Decollonge

 

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Ouvrir le coffre des ultimes regards (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 18 mars 2019



Illustration: Patrick Marquès
    
Ouvrir le coffre des ultimes regards,
ceux dont la quiétude est le support de la vision.
Et voir à nouveau sans faire de différences
entre un et aucun,
entre quelqu’un et personne.

Jusqu’à ne devenir ainsi que la vision
qui voit sans séparer
la nuit de l’être
et l’aube du non-être.

Et ne pas refermer le coffre.

Les ultimes regards
peuvent se passer de tout abri.

***

Abrir el cofre de las miradas últimas,
aquéllas cuya quietud es el respaldo de la visión.
Y volver a ver sin hacer diferencias
entre uno y ninguno,
entre alguien y nadie.

Hasta convertirse asi sólo en la visión
que ve sin separar
la poche del ser

y la aurora del no ser.
Y no cerrar otra vez el cofre.

Las últimas miradas
pueden prescindir de todo resguardo.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Quatorzième poésie verticale
Traduction: Sivia Baron Supervielle
Editions: José Corti

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À partir d’un certain point (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 15 mars 2019



Illustration: Eliane Marque
    
À partir d’un certain point,
recueillir d’autres détails n’importe plus.
Toute information accable ou trouble.
Tout signe est destiné à s’invalider
dans l’inévitable rencontre
avec le signe contraire.

A partir d’un certain point,
seule compte la transposition de réalité
qui défait les signes,
rompt les sceaux arrogants
et ouvre les vannes
des courants imbriqués obscurément.

Alors toute donnée nouvelle
entrave la réalité,
divise l’énergie du fond,
affaiblit la pensée.

Une fleur ne s’actualise pas.
Personne n’a décrit une rose.
Une fleur est le poids de sa vision.

L’être est toujours
le contraire de ses données.
Ou la conflagration qui les détruit.

***

A partir de cierto punto,
no interesa recoger más detalles.
Ya toda información abruma o confunde.
El destino de todo signo es invalidarse
en el encuentro inevitable
con el signo contrario.

A partir de cierto punto,
sólo importa la transposición de realidad
que deshace los signos,
rompe los sellos prepotentes
y abre las compuertas
de los caudales oscuramente imbricados.

Entonces todo dato nuevo
traba la realidad,
divide la energía del fondo,
debilita el pensamiento.

Una flor no se actualiza.
Nadie ha descripto una rosa.
Una flor es el peso de su vision.

El ser es siempre
lo opuesto a sus datos.
O la conflagración que los destruye.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Quatorzième poésie verticale
Traduction: Sivia Baron Supervielle
Editions: José Corti

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Voyages de minuit (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 15 mars 2019




    
Voyages de minuit.
Retours des abîmes qui concernent
le refuge d’être vivants, dans l’ombre,
au bord de l’abîme total.

On a essayé de se bander les yeux
ou d’accéder aux cécités provisoires que la vie nous accorde,
mais le pouvoir de la vision perfore tous les murs
et nous fige dans la haute mer muette.

Voyages de minuit.

Après quoi on peut voyager n’importe où,
et prendre dans la main la pensée
comme une petite lampe votive
dans ce temple dénudé.

***

Viajes de la medianoche.
Regresos de los abismos relativos
al refugio de estar vivos, en la sombra,
al borde del abismo total.

Hemos tratado de vendarnos los ojos
o acceder a las cegueras provisorias que la vida nos permite,
pero et goder de la visíon perfora cualquier mura
y nos planta en los piélagos callados.

Viajes de la medianoche.

Después se puede viajar a cualquier parte
y tomar en la mano el pensamiento
como una pequeña lámpara votiva
en este templo desnudo.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Quatorzième poésie verticale
Traduction: Sivia Baron Supervielle
Editions: José Corti

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La poésie n’est plus l’attribut du poème (Joë Bousquet)

Posted by arbrealettres sur 26 février 2019



La poésie n’est plus l’attribut du poème,
mais un attribut caché de ce qui existe,
son horizon dans l’âme des hommes,
c’est-à-dire l’horizon, dans ce qui aspire à l’être,
de ce qui aspire à la mort.

Nous n’avons plus à cristalliser la beauté dans le vase clos d’une oeuvre,
nous portons en nous la cristallisation poétique de tout ce qui est manifesté.
L’amour du réel n’est que le pressentiment de la beauté à y dévoiler.
L’image, l’acte poétique vaudront par le changement qu’ils seront susceptibles d’opérer dans la vision.

(Joë Bousquet)

Illustration

 

 

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LE PAYS DE PERSONNE (Germain Droogenbroodt)

Posted by arbrealettres sur 25 février 2019



Illustration: Lady de Sontay
    
LE PAYS DE PERSONNE

Toute sa vie il a voyagé
à la recherche d’une vision
plus lointaine que l’horizon

devenu étranger
le pays qui l’a engendré

sa maison
est le pays de personne
celui du rêve.

****

NO–MAN’S LAND

He traveled all his life
in search of insight
farther than the horizon
alien became
the country of his birth
his home
is the no–man’s land
of the dream.

***

TIERRA DE NADIE

Toda su vida viajando
en busca del conocimiento
más allá del horizonte

expatriado
del país que lo vio nacer

su hogar
es la tierra de nadie
del sueño.

***

NIEMANDSLAND

Zijn leven lang heeft hij gereisd
op zoek naar inzicht
verder dan de horizon
vreemd geworden
het land dat hem baarde
zijn thuis
is het niemandsland
van de droom

***

NIEMANDSLAND

Sein Leben lang ist er gereist
auf der Suche nach Erkenntnis
über den Horizont hinaus
fremd geworden
das Land, das ihn gebar
seine zu Hause
ist das Niemandsland
des Traumes.

(Germain Droogenbroodt)

 

Recueil:
Traduction: Français Germain Droogenbroodt – Elisabeth Gerlache / Allemand / Néerlandais Germain Droogenbroodt / Italien Luca Benassi / Espagnol Rafael Carcelén / Roumain Gabriela Căluțiu Sonnenberg / Anglais Stanley Barkan / Grec Manolis Aligizakis / Russe Vyacheslav Kupriyanov / Arabe Khaled Al – Risouni / Serbe Milutin Djurickovic /
Editions: POINT

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