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Posts Tagged ‘vent’

Les Quatre Vents (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 21 juillet 2017




    
Les Quatre Vents

Les quatre Vents se sont réunis sous mon toit.
Voici le Vent du Nord revêtu de blanc froid…
Voici le Vent du Sud portant les odeurs chaudes
Et toi, Vent de l’Ouest, qui pleures et qui rôdes !…

Te voici, Vent de l’Est amer et bienfaisant,
Toi dont les larges cris font trembler les coeurs lâches,
Toi qui grondes, toi qui domines, qui te fâches,
Toi qui donnes la force et la gloire du sang !

Vous voici réunis, ô quatre Vents que j’aime !
Et vous chantez, et vous criez tous réunis
Avec la joie et le désespoir infinis
Que ressent le poète en face du poème.

Tous vous obéissez au signe de mon doigt.
Mais, ô Vent de l’Ouest, qui rôdes et qui pleures,
C’est vers toi que s’en vont les songes de mes heures !…
Les quatre Vents se sont réunis sous mon toit.

(Renée Vivien)

 

Recueil: Dans un coin de violettes
Editions: E. SANSOT & Cie

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Essor d’une Mouette (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 21 juillet 2017



Illustration
    
Essor d’une Mouette

Aidez-moi dans ma fuite, ô les beaux vents fidèles !
Car je sens remuer en moi mes longues ailes !

Et sans craindre l’effroi des espaces amers,
J’obéis à l’appel impérieux des mers !

Je ne sais où j’irai, ni quel souffle m’emporte…
Mais je ne reviendrai que triomphante ou morte,

Je n’obéis qu’à vous, à votre étrange loi.
Me voici prête pour la fuite… Portez-moi !

J’ignore où j’errerai, mais j’ai l’amour de vous,
O despotiques vents divinement jaloux !

Je n’ai pu qu’entrevoir la lueur de vos faces,
Mais mon coeur est saisi par vos griffes tenaces.

O vous qui demeurez mon amour éternel,
Emportez-moi dans le ciel ouvert ! Dans le ciel !

(Renée Vivien)

 

Recueil: Dans un coin de violettes
Editions: E. SANSOT & Cie

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A mon Démon familier (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 21 juillet 2017



Illustration: John Henry Fuseli
    
A mon Démon familier

Toi qui hantes mes nuits cruelles, ô Démon !
Qui vient ouvrir sur moi tes prunelles hagardes
Et qui te tiens debout clans la chambre et regardes,
Emporte-moi sur tes ailes de goémon !

Tu règnes sur mon coeur implacable et suprême !
Que le vent de la mer nous emporte tous deux
Dans le divin mépris des courants hasardeux,
O toi que je redoute et cherche, ô Toi que j’aime ! …

Les peuples sont petits et laids. Allons loin d’eux,
De leurs propos mesquins, de leurs coeurs infidèles.
Envolons-nous au bruit puissant des larges ailes
Que tu sais déployer dans le vent orageux !

Malgré le temps mauvais, debout dans la défaite,
Me voici faisant face à l’orage, à la mer…
O mon Démon, accours à ma voix, comme hier,
Et reconnais en moi ton Maître, le Poète ! …

(Renée Vivien)

 

Recueil: Dans un coin de violettes
Editions: E. SANSOT & Cie

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L’heure verte (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 20 juillet 2017



L’heure verte

Comme bercée en un hamac
La pensée oscille et tournoie,
A cette heure où tout estomac
Dans un flot d’absinthe se noie.

Et l’absinthe pénètre l’air,
Car cette heure est toute émeraude.
L’appétit aiguise le flair
De plus d’un nez rose qui rôde.

Promenant le regard savant
De ses grands yeux d’aigues-marines,
Circé cherche d’où vient le vent
Qui lui caresse les narines.

Et, vers des dîners inconnus,
Elle court à travers l’opale
De la brume du soir. Vénus
S’allume dans le ciel vert-pâle.

(Charles Cros)

Illustration: Giovanni de Lutero

 

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L’HEURE VERTE (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 20 juillet 2017



 

John-William Waterhouse  Circé

L’HEURE VERTE

Comme bercée en un hamac
La pensée oscille et tournoie,
À cette heure où tout estomac
Dans un flot d’absinthe se noie.

Et l’absinthe pénètre l’air,
Car cette heure est toute émeraude.
L’appétit aiguise le flair
De plus d’un nez rose qui rôde.

Promenant le regard savant
De ses grands yeux d’aigues-marines,
Circé cherche d’où vient le vent
Qui lui caresse les narines.

Et, vers des dîners inconnus,
Elle court à travers l’opale
De la brume du soir. Vénus
S’allume dans le ciel vert-pâle.

(Charles Cros)

Illustration: John-William Waterhouse

 

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Vent (Brigitte Level)

Posted by arbrealettres sur 19 juillet 2017



    

Vent

Par un matin clair,
Vif comme l’éclair,
Dans un courant d’air
A surgit le vent.

Puisque le vent souffle
Adieu mes pantoufles !
Donnez-moi des moufles
Que je m’emmitoufle !

Et de mon auvent
Où j’étais rêvant,
Vite me levant
J’ai suivi le vent

Le vent si vivant,
Le vent se mouvant,
Qui vole en bravant
Tous les paravents !

Et pour mieux voler
Comme fait le vent,
J’ai suivi le vent,
Qui vole au-devant

(Brigitte Level)

 

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L’ange gardien (Anne Hébert)

Posted by arbrealettres sur 18 juillet 2017



    

L’ange gardien

L’ange qui marche obstinément derrière toi
D’un soleil à l’autre
Ne projette aucune ombre sur la route
Pareil au vent qui passe.

Il murmure des paroles graves
Dans l’air plein d’abeilles
Et sans cesse soupèse ton âme en secret
Installe ses balances fines
Jusqu’au cœur noir de la nuit.

Si d’aventure il écartait ses doigts pleins de bagues
Dessus sa face auguste
L’éclat de son feu te surprendrait comme la foudre

Tu verrais du même coup
Dans un éclair
Luire ses hautes bottes vernies
Incrustées de miroirs polis
Et battre ses ailes immenses blanches
Si blanches et douces
Comme de la mousse

D’une telle douceur blanche
Que plus d’un enfant s’y noya
Désirant y poser sa tête.

(Anne Hébert)

 

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Les genoux de Jany (Armand Robin)

Posted by arbrealettres sur 18 juillet 2017



Illustration: Pal Szinyei Merse   

Les genoux de Jany

Pour dormir ou ne pas dormir jour et nuit
Je pose ma tête sur les genoux de Jany.

L’ombre la lumière le jour la nuit
Sont sous ma tête les genoux de Jany.

Le printemps l’hiver jour et nuit
Je les pose avec ma tête sur les genoux de Jany.

La fauvette blonde est pour moi Jany
La hulotte inaperçue est pour moi Jany.

L’été l’automne jour et nuit c’est Jany
Dix années puis même toute ma vie c’est Jany.

Les saisons les oiseaux les floraisons varient
La neige le beau temps l’onde et le vin varient.

Je n’ai pas le janvier le juillet qui varie
Je n’ai pas la neige le beau temps la vie qui varie.

S’il y a sans saisons sans neige et vent sans jour et nuit
S’il y a l’hôtellerie nommée outre-vie

On m’y verra dormir ou ne pas dormir
On m’y verra mourir ou ne pas mourir

Sur les genoux de Jany.

(Armand Robin)

 

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INSOMNIE (Oscar Venceslas de Lubicz-Milosz)

Posted by arbrealettres sur 17 juillet 2017



INSOMNIE

Je dis : ma Mère. Et c’est à vous que je pense, ô Maison!
Maison des beaux étés obscurs de mon enfance, à vous
Qui n’avez jamais grondé ma mélancolie, à vous
Qui saviez si bien me cacher aux regards cruels, ô
Complice, douce complice ! Que n’ai-je rencontré
Jadis, en ma jeune saison murmurante, une fille
A l’âme étrange, ombragée et fraîche comme la vôtre,
Aux yeux transparents, amoureux de lointains de cristal.
Beaux, consolants à voir dans le demi-jour de l’été !
Ah ! j’ai respiré bien des âmes, mais nulle n’avait
Cette bonne odeur de nappe froide et de pain doré
Et de vieille fenêtre ouverte aux abeilles de juin !
Ni cette sainte voix de midi sonnant dans les fleurs !
Ah ces visages follement baisés ! ils n’étaient pas
Comme le vôtre, ô femme de jadis sur la colline !
Leurs yeux n’étaient pas la belle rosée ardente et sombre
Qui rêve en vos jardins et me regarde jusqu’au cœur
Là-bas, au paradis perdu de ma pleureuse allée
Où d’une voix voilée l’oiseau de l’enfance m’appelle,
Où l’obscurcissement du matin d’été sent la neige.
Mère, pourquoi m’avez-vous mis dans l’âme ce terrible,
Cet insatiable amour de l’homme, oh ! dites, pourquoi
Ne m’avez-vous pas enveloppé de poussière tendre
Comme ces très vieux livres bruissants qui sentent le vent
Et le soleil des souvenirs et pourquoi n’ai-je pas
Vécu solitaire et sans désir sous vos plafonds bas.

(Oscar Venceslas de Lubicz-Milosz)

Illustration: Remedios Varo Uranga

 

 

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L’Eros a ployé mon âme, comme un vent (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 17 juillet 2017



L’Eros a ployé mon âme, comme un vent
Des montagnes tord et brise les grands chênes…
Et je vois périr, dans le flambeau mouvant,
L’essor des phalènes.

(Renée Vivien)

Illustration: Arthur Braginsky

 

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