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Poésie

Posts Tagged ‘grâce’

Créatrice (Badawi al-Jabal)

Posted by arbrealettres sur 17 janvier 2023



Illustration: Freydoon Rassouli
    
Créatrice
(extrait)

Tes grâces j’en ai mille et elles sont variées,
chacune est un monde de Lumière.
Sur les deux ailes de la puissance et de la passion,
tu m’as élevé vers un monde magique — vision de tes yeux.

Je leurre le sommeil par compassion
pour un rêve ivre et bienveillant
sur de minces lèvres brunes.

Ton chuchotement plein de douceur est un murmure
que porte le zéphyr rôdant parmi les fleurs.

Ton apparition a visité mes pupilles
et les a parfumées,
combien gracieuses et parfumées
sont ces apparitions !

Dans mon cœur j’ai savouré ta voix,
vin vieux non distillé
et Lumière invisible.

Tu m’as créé du Désir
assoiffé de folies
et de pondération.

J’ai loué l’exaltante apparition
afin de lui rendre gloire,
qu’elle soit Dieu ou beauté.

Ô Étoile qui tantôt se dissimule
et qui tantôt se dévoile à moi
sous les catégories du défini
et de l’indéfini.

Tu as abandonné ta soeur l’Aurore,
le Soleil du matin a ouvert l’oeil
sur la lamentation de la délaissée.
Dans le ciel, sur le bleu humide,
je vois des sillages par Toi tracés.

J’ai des trésors de compassion intarissables,
je les ai mis à disposition de l’opprimé et du persécuté.
Je prodigue avec l’humilité d’un indigent,
hélas ! mendiant rejeté qui répand la grâce.

Mes Pierres précieuses, lasses,
sommeillent dans un flot de senteurs
après avoir voyagé à l’aube et en plein soleil.

Elles ont erré loin du Cou bienheureux
mais vers Sa splendeur
la nostalgie de la Lumière pour la Lumière
les a guidées.

(Badawi al-Jabal)

***

Recueil: Poésie Syrienne contemporaine
Traduction:de l’Arabe par Saleh Diab
Editions: Le Castor Astral

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Extrêmement se perdre aux bornes de soi-même (Jean Cocteau)

Posted by arbrealettres sur 10 janvier 2023




    
Extrêmement se perdre aux bornes de soi-même
Grâce au fil qui nous fut donné
Aboutira peu loin mais c’est le seul extrême
Permis par un monde borné.
Si dans sa propre nuit le voyageur s’enfonce
Il n’en peut atteindre le bout.
Un sphinx garde la porte et ne donne réponse
Autre que ses yeux de hibou.

(Jean Cocteau)

 

Recueil: Clair-obscur
Traduction:
Editions: Points

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Comètes (Richard Brautigan)

Posted by arbrealettres sur 1 janvier 2023




    
Comètes

Il y a des comètes
qui traversent en un éclair
nos bouches, elles portent
la grâce
d’océans et de galaxies.

Dieu sait
que nous essayons de faire de
notre mieux.

Il y a des comètes
liées à des produits chimiques
qui télescopent nos langues
pour se consumer dans
l’air.

Je sais
que nous essayons.

Il y a des comètes
qui se rient de nous
de derrière nos dents,
elles portent des habits
de poissons et d’oiseaux.

Nous essayons.

***

Comets

There are comets
that flash through
our mouths wearing
the grace
of oceans and galaxies.

God knows,
we try to do the best
we can.

There are comets
connected to chemicals
that telescope
down our tongues
to burn out against
the air.

I know
we do.

There are comets
that laugh at us
from behind our teeth
wearing the clothes
of fish and birds.

We try.

(Richard Brautigan)

 

Recueil: C’est tout ce que j’ai à déclarer Oeuvres poétiques complètes
Traduction: Thierry Beauchamp, Frédéric Lasaygues et Nicolas Richard
Editions: Le Castor Astral

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À l’ombre des pins et des cyprès (Pan Qi Yu)

Posted by arbrealettres sur 6 décembre 2022



Illustration: Shan Sa
    
À l’ombre des pins et des cyprès

La sagesse reçue des Anciens
M’accorda une vie humaine.
Elle m’invita, pauvre créature, jusqu’au palais
À tenir un humble rang dans le quartier des femmes.
J’ai joui de la grâce profuse du saint souverain,
Recueillant la faveur radieuse du soleil et de la lune.
Les rais brûlants de l’astre pourpre posés sur moi,
Je reçus la haute bénédiction dans le Pavillon de Zeng Shen.
Abandonnée à l’espoir de jours heureux,
Je délaçais mon souffle, éveillée comme endormie.
Mais les décrets du Ciel — qui pourra jamais les infléchir ?
Avant de les savoir, le soleil voilait sa lumière
Et me laissait déjà dans l’ombre du soir.
Je gardais la bonté du roi qui demeurait mon seul asile
Et mes fautes ne me conduisirent pas à l’exil.
J’ai servi l’impératrice douairière dans le palais d’orient
Et pris ma place parmi les suivantes de la Confiance éternelle.
J’aidais à laver les rideaux, à balayer le sol souillé
Et ma tâche se poursuit ainsi jusqu’au terme mortel.
Alors mes os trouveront repos au pied de la colline.
Et l’ombre vacillante des pins et des cyprès couvrira ma tombe.

(Pan Qi Yu)
(1er siècle avant J.-C.)

 

Recueil: Nuages immobiles Les plus beaux poèmes des seize dynasties chinoises
Traduction: Alexis Lavis
Editions: l’Archipel

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La grâce se paie toujours au prix fort (Christian Bobin)

Posted by arbrealettres sur 28 novembre 2022



Il y a quelque chose de terrible dans chaque vie.
Il y a, dans le fond de chaque vie,
une chose terriblement lourde, dure et âpre.
Comme un dépôt, un plomb, une tache.

Un dépôt de tristesse, un plomb de tristesse, une tache de tristesse.
À part les saints et quelques chiens errants,
nous sommes tous plus ou moins contaminés par la maladie de la tristesse.
Plus ou moins. Même dans nos fêtes elle peut se voir.

La joie est la matière la plus rare dans ce monde.
Elle n’a rien à voir avec l’euphorie, l’optimisme ou l’enthousiasme.
Elle n’est pas un sentiment. Tous nos sentiments sont soupçonnables.
La joie ne vient pas du dedans,
elle surgit du dehors — une chose de rien, circulante, aérienne, volante.

On lui accorde beaucoup moins de crédit qu’à la tristesse qui, elle,
fait valoir ses antécédents, son poids, sa profondeur.
La joie n’a aucun antécédent, aucun poids, aucune profondeur.
Elle est toute en commencements, en envols, en vibrations d’alouette.

C’est la chose la plus précieuse et la plus pauvre du monde.
Il n’y a guère que les enfants pour la voir. Les enfants, les saints, les chiens errants.
Et toi. Tu l’attrapes au vol, tu la redonnes aussitôt, il n’y a rien d’autre à en faire.
Et tu ris, tu ne sais que rire devant tant de richesse donnée, reçue.

Tu as pourtant affaire, comme chacun, à cette chose terrible dans ta vie,
à cette ombre terriblement lourde, dure, âpre.
Tu lui fais place comme au reste.
Tu ouvres la porte à la tristesse si aimablement qu’elle en est perdue,
qu’elle en perd ses manières sombres et qu’on ne la reconnaît plus.

La grâce se paie toujours au prix fort.
Une joie infinie ne va pas sans un courage également infini.
Dans tes rires c’est ton courage que j’entendais:
un amour de la vie si puissant que même la vie ne pouvait plus l’assombrir.

(Christian Bobin)

 

 

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Le tilleul devant la fenêtre (Christian Bobin)

Posted by arbrealettres sur 26 novembre 2022



Le tilleul devant la fenêtre
est le maître que je me suis choisi pour écrire
et dont je sais d’avance que je ne pourrai l’égaler :
même les plus grands écrivains n’ont jamais écrit
avec autant de grâce que cet arbre
inscrivant délicatement la lumière et l’ombre
sur chacune de ses feuilles,
et renouvelant son inspiration
à chaque seconde.

(Christian Bobin)

 

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Il suffirait d’avoir la patience et la paix (Christian Bobin)

Posted by arbrealettres sur 26 novembre 2022



Il suffirait d’avoir la patience et la paix blonde
des grands champs de blé,
leur consentement aux grâces mouvantes
du vent et des lumières.

(Christian Bobin)


Illustration: Vincent Van Gogh

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L’art est, comme la prière (Franz Kafka)

Posted by arbrealettres sur 15 novembre 2022




    
L’art est, comme la prière,
une main tendue dans l’obscurité,
qui veut saisir une part de grâce
pour se muer en une main qui donne

(Franz Kafka)

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Sa verge (Straton)

Posted by arbrealettres sur 30 septembre 2022




    
Sa verge hier encor
pareille au doigt de rose
est aujourd’hui
le bras rose des Grâces.

(Straton)

 

Recueil: Anthologie de l’épigramme de l’Antiquité à la Renaissance
Traduction: Pierre Laurens
Editions: Gallimard

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Je ne sais pas si tu m’aimais (Joan Fuster)

Posted by arbrealettres sur 5 septembre 2022



Illustration: Silvia Zúniga
    
Poem in French, English, Spanish, Dutch and in Albanian, Arabic, Armenian, Bangla, Bosnian, Catalan, Chinese, Farsi, German, Greek, Hebrew, Hindi, Icelandic, Indonesian, Irish, Italian, Japanese, Kiswahili, Kurdish, Malay, Polish, Portuguese, Romanian, Russian, Serbian, Sicilian, Tamil

Painting by Silvia Zúniga, Nicaragua

Poem of the Week Ithaca 739 “5” JOAN FUSTER, Spain

Uit: “Het Gevleugelde Woord” ’s Wereld mooiste buitenlandse gedichten, Deel 1

– All Translateds are made in collaboration with Germain Droogenbroodt –

***

5

Je ne sais pas si tu m’aimais: je t’aimais
et c’était tout, et cela suffisait, et les jours
créaient pour moi les contrées les plus douces.

Je t’aimais au fil des heures et du rêve,
je te chantais, et tu passais, et avril vint
et je connus grâce à toi l’étonnement de ma chair.

Oui, je t’aimais, lourd et sourd.
Comme des objets fanés s’aiment entre eux.
Comme on apprend la langue de l’absence.

(Joan Fuster)

, Espagne (1922-1992)
Traduction: Elisabeth Gerlache

***

5

I don’t know if you loved me: I loved you
and that was all, and that was enough, and the days
made for me the tenderest angles.

I loved you with the hours and with the dream,
and sang of you, and you passed by, and it became April
and through you I knew the wondering of my flesh.

Yes, I loved you, slow and deaf,
the way withered things love one another,
the way one learns the language of absence.

JOAN FUSTER, Spain (1922-1992)
Translation by the author and Stanley Barkan

***

5

No sé si me querías: yo te quería
y esto era todo, fue suficiente, y los días
obraban en mí los rincones más tiernos.

Te amaba con las horas y con el sueño,
y te cantaba, y pasabas, y abril caía,
y te supo mi carne maravillada.

Sí, te quería sorda y lentamente.
Como se aman las cosas que marchitan.
Como se aprende el idioma de la ausencia.

JOAN FUSTER, España (1922-1992)

***

5

Ik weet niet of je van mij hield: ik hield van jou
en dat was alles, en dat was genoeg, en de dagen
maakten voor mij de tederste hoeken.

Ik hield van jou met de uren en met de droom,
en bezong je, en jij ging voorbij, en het werd april
en door jou kende ik de verwondering van mijn vlees.

Ja, ik hield van jou, traag en doof.
Zoals verwelkte dingen van elkander houden.
Zoals men de taal der afwezigheid leert.

JOAN FUSTER, Spanje (1922-1992)

Vertaling Bob De Nijs

***

5

Nuk e di a më ke dashur: Unë të kam dashur
dhe kjo ishte e gjitha, kaq mjaftonte e për mua
ditët u bënë më të bukura.

Të kam dashur ditën dhe në ëndrra,
dhe këndoja për ty, ti më kaloje pranë dhe bëhej Prill
përmes teje njoha mrekullinë e shpirtit tim.

Po, unë të desha, në mënyrë të ngadalshme të heshtur,
ashtu si gjërat e fishkura e duan njëra-tjetrën,
ashtu si njeriu mëson gjuhën e mungesës.

JOAN FUSTER, Spain (1922-1992)
Translated into Albanian: Irma Kurti

***

5

لا اعرف إن كنت تحبني أم لا؟ : أحببتك
كان هذا كل شيء، وكان هذا كافيا، والأيام تصنع لي أرق الملائكة
أحببتك بالساعات والأحلام
وأغنيتي التي مرت من هنا ……أصبحت أفريل
من خلالك عرفت روعة جسدي البشري
نعم أحببتك ببطء وعُمٍي
بالطريقة التي تحب بها الأشياء الذابلة بعضها ببعض
بالطريقة التي يتعلم بها المرء لغة الغياب

جوان فوستر(JOAN FUSTER)، اسبانيا (1922-1992)
ترجمة للعربية: عبد القادر كشيدة
Translated into Arab: Mesaoud Abdelkader

***

5

Չգիտեմ՝ սիրե՞լ ես ինձ արդյոք. ես սիրել եմ քեզ
և դա ամենն էր, ու դա բավական էր և օրերն ինձ համար
դարձան ամենաքնքուշ անկյուններ:

Ես սիրեցի քեզ ժամերով և երազանքով
քո մասին երգով և դու հեռացար, ու եկավ ապրիլը
և քո միջոցով ես իմացա մարմնիս հրաշքները:

Այո, ես սիրել եմ քեզ` դանդաղ ու խուլ,
ինչպես թոշնածներն են սիրում իրար,
ինչպես սովորում են բացակայության լեզուն:

Ժոան Ֆուստեր, Իսպանիա (1922-1992)
Հայերեն թարգմանությունը Արմենուհի Սիսյանի
Translated into Armenian: Armenuhi Sisyan

***

আমি যে জানিনা তুমি কি আমায়
ভালবেসেছ: আমি যে তোমায়
বেসেছি ভালো আর সেটাই যে সব, আর
সেটাই যে যথেষ্ট, আর
যে দিনগুলি
সৃষ্টি হয়েছে আমার জন্য
তা যেন প্রেম পরায়ন দৃষ্টিকোণ ।

আমি যে তোমায় ভালোবেসেছি সাথে
নিয়ে প্রহর স্বপ্ন আর
স্বপ্ন,
আর গেয়েছি গান তোমার,আর যখন
তুমি পাশ দিয়ে গেছো,তখন
তা রূপান্তরিত হয়েছে এপ্রিল মাসে
আর তোমার মধ্য দিয়ে আমি জেনেছি
আমার দেহের
বিস্ময়।
হ্যাঁ আমি তোমায় ভালোবেসেছি ধীর এবং বধির
যেভাবে ক্ষয়প্রাপ্ত জিনিস গুলি
একে অন্যকে ভালবাসে,
যেভাবে একজন জানতে পারে
ভাষার অনুপস্থিতি।

জোয়ান ফাস্টার, স্পেন (১৯২২-১৯৯২)
অনুবাদ জার্মেইন ড্রুজেনব্রুড্ট – স্ট্যানলি বারকান
Translated into Bangla: Tabassum Tahmina Shagufta Hussein

***

5

Ne znam da li si me volio: volip sam te
i to je bilo sve, i to je bilo dovoljno, i dani
napravio za mene najnježnije uglove.

Volio sam te sa satima i sa snom,
i pjevao o tebi, i ti si prošao, i postao je april
i kroz tebe sam poznao čuđenje svoga tijela.

Da, volio sam te, spor i gluv,
način na koji se usahle stvari vole,
način na koji se uči jezik odsutnosti.

JOAN FUSTER, Španija (1922-1992)
Prevjod na bosanski: maid čorbić

***

5

No sé si m’estimaves: t’estimava
i això era tot, i això era prou, i els dies
obraven per a mi racons tendríssims.

T’estimava amb les hores i amb el somni,
i et cantava, i passaves, i abril queia,
i et sabia ma carn meravellada.

Sí, t’estimava lentament i sorda.
Com s’estimen les coses marcescibles.
Com s’aprén l’idioma de l’absència.

JOAN FUSTER, Espanya (1922-1992)
Traducció al català: Natalia Fernández Díaz-Cabal

***

5.

我不知道你是否爱过我:我爱过你
就是全部,那就够了,而给我消受的
那些日子是最温柔的天使。

我用时间和梦想爱过你,
歌颂过你,你走了,那是四月
而通过你,我才懂了我身体的好奇。

是的,我爱过你,又慢又聋,
用枯萎了事物彼此相爱的方式,
用一个人学习不存在语言的方式。

原作:西班牙 琼·福斯特(1922-1992)
英译:杰曼·卓根布鲁特-斯坦利·巴坎
Translated into Chinese: Willam Zhou

***

پنج

من نمیدانم که آیا تو عاشقم بودی: من عاشقت بودم
و همین بود و همین کافی بود
و آنروزها لطیفترین زاویهها را برایم ساختند.
من تو را با ساعتها و رویاها دوست داشتم،
و از تو آواز خواندم و تو گذشتی و آپریل شد
و از تو من با شگفتی بدنم را شناختم.
آری، عاشقت بودم، آرام وناشنوا،
آنچنان که پژمردگان یکدیگر را عاشقند،
آنچنان که یکی زبان غیب بداند.

جوان فاستر، اسپانیا، ۱۹۹۲-۱۹۲۲
سپیده زمانی
Translated into Farsi: Sepideh Zamani

***

5

Ich weiß nicht, ob du mich liebtest: Ich liebte dich
und das war alles, und das war genug, und die Tage
machten für mich die hübschesten Ecken.

Ich liebte dich mit den Stunden und mit dem Traum,
und sang für dich, und du gingst vorbei, und es wurde April
und durch dich erfuhr ich das Wunder meines Fleisches.

Ja, ich liebte dich, langsam und taub.
Wie verwelkte Dinge einander lieben.
Wie man die Sprache der Abwesenheit lernt.

JOAN FUSTER, Spanien (1922-1992)
Übersetzung: Germain Droogenbroodt –Wolfgang Klinck

***

5

Δεν ξέρω αν μ’ αγάπησες: εγώ σ’ αγάπησα
κι αυτό ήταν όλο, κι αρκετό, κι οι μέρες μου
μου χάρισαν τις πιο όμορφες στροφές.

Σ’ αγάπησα μες στις ώρες και στα όνειρα
και σου τραγούδησα, κι εσύ προσπέρασες κι ήρθε Απρίλης
κι από σένα έμαθα το θαύμα της σάρκας μου.

Ναι σ’ αγάπησα αργά κι αμίλητα,
όπως αγαπούν όλοι οι θνητοί,
όπως κάποιος μαθαίνει τη γλώσσα της απουσίας

Μετάφραση Μανώλη Αλυγιζάκη
Translated into Greek: Manolis Aligizakis

***

5

હું નથી જાણતો તું મને પ્રેમ કરે છે કે નહિ: મેં તને પ્રેમ કર્યો છે
અને તે જ બધું છે, અને તે પૂરતું છે, અને દિવસો
મારા માટે કુમળાં કુણા જેવાં બન્યા છે.

મેં તને પ્રેમ કર્યો છે કલાકો સાથે અને સ્વપ્નો સાથે,
અને તારા માટે ગાયું છે, અને તું પસાર થાય છે, અને ત એપ્રિલ બને છે
અને તારા દ્વારા મેં જાણ્યું છે કે મારા શરીરનો મહત્વનો ભાગ ફરી રહ્યો છે

હા, મેં તને પ્રેમ કર્યો છે, ધીમો અને બહેરો,
એવી રીતે જેવી રીતે સુકાઈ ગયેલી વસ્તુઓ એકબીજાને પ્રેમ કરે છે,
એવી રીતે જેવી રીતે કોઈ ગેરહાજરીની ભાષા શીખે છે.

JOAN FUSTER, SPAIN
Translated in Gujarati: Dr Nirali Soni

***

• / ז’ואן פוסטר אי אורטלס, ספרד

5

אֲנִי לֹא יוֹדֵעַ אִם אָהַבְתְּ אוֹתִי: אֲנִי אָהַבְתִּי אוֹתָךְ
וְזֶה הָיָה הַכֹּל, וְדַי הָיָה בָּזֶה, וְהַיָּמִים
יָצְרוּ עֲבוּרִי אֶת הַהֶבֵּטִים הָעֲדִינִים בְּיוֹתֵר.

אָהַבְתִּי אוֹתָךְ עִם הַשָּׁעוֹת וְעִם הַחֲלוֹם,
וְשַׁרְתִּי עָלַיִךְ, וְאַתְּ חָלַפְתְּ לְיַד, וְזֶה הָפַךְ אַפְּרִיל
וְדַרְכֵּךְ יָדַעְתִּי אֶת פֶּלֶא בְּשָׂרִי.

כֵּן, אָהַבְתִּי אוֹתָךְ, אִטִּי וְחֵרֵשׁ
בְּדֶרֶךְ שֶׁדְּבָרִים קְמֵלִים אוֹהֲבִים זֶה אֶת זֶה,
בְּדֶרֶךְ שֶׁלּוֹמְדִים אֶת שְׂפַת הַהֶעְדֵּר.

תרגום לאנגלית: ג’רמיין דרוגנברודט וסטנלי ברקן
תרגום מאנגלית לעברית: דורית ויסמן

הציור של Silvia Zúniga, ניקרגואה
Translated into Hebrew: Dorit Weisman

***

पाँच

मुझे नहीं पता कि तुम मुझसे प्यार करते हो:
मैं तुम्हें प्यार करता था
और वह सब था,
और इतना ही काफी था, और वे दिन
मेरे लिए सबसे कोमल कोण बन गया।

मैं तुम्हें घंटों और सपने
के साथ प्यार करता था,
और तुम्हारा गायन,
और तुम मेरे पास से गुजरे,
और यह अप्रैल बन गया
और मैं ने तेरे द्वारा
शरीर के आश्चर्य को जाना।

हाँ, मैं तुमसे प्यार करता था,
धीरे-धीरे और बहरे की तरह,
जिस प्रकार मुरझाई हुई वस्तुएँ
आपस में प्रेम रखती हैं,
जिस तरह से कोई
अनुपस्थिति की भाषा सीखता है।

जोन फस्टर, स्पेन (1922-1992)
ज्योतिर्मय ठाकुर द्वारा हिंदी अनुवाद l
Translated into Hindi: Jyotirmaya Thakur.

***

5
Ég veit ekki hvort þú elskaðir mig: Ég elskaði þig
og það var allt og sumt, og það var nóg, og dagarnir
buðu mér sljóustu hornin.

Ég elskaði þig með stundunum og draumnum, og söng um þig, og þú fórst hjá, og það var kominn apríl
og gegnum þig skildi ég hvers hold mitt leitaði.

Já, ég elskaði þig, hægur og heyrnarsljór,
eins og skrælnaðir hlutir elskast,
eins og maður lærir tungumál fjarverunnar.

JOAN FUSTER, Spáni (1922-1992)
Translated into Icelandic: Thor Stefansson

***

5
Aku tak tahu cintakah kau waktu itu padaku: dulu aku cinta
dan semua sudah berlalu, dan sudah cukup, dan hari-hari
menjadikanku sudut yang paling lembut.

aku cinta padamu dulu merenung dan bermimpi berjam-jam
dan bernyanyi untukmu, dan kau berlalu, April datang
melaluimu kusadari tubuhku yang pelik.

Ya, dulu aku cinta padamu, lembut dan kelu
gaya itu membuat layu perihal cinta satu dan lainnya,
gaya itu seseorang belajar ketidak hadiran bahasa.

JOAN FUSTER, Spain (1922-1992)
Translated into Indonesian: Lily Siti Multatuliana

***

5

Níl a fhios ‘am ar thug to gean dom: thugas gean
duitse, ba leor sin, lá
i ndiaidh lae, cinnte.

Thug mé gean duit de ló is d’oíche,
d’fheadaíl mé d’fhonn, is tú ag siúl tharam, mí Aibreáin,
mo chraiceann beo le do chumhra.

Is ea, gean a thugas duit, gean na mbodhar,
gean spíonta is an teaspach imithe—
is mar sin a d’fhoghlaim mé teanga na héagmaise.

JOAN FUSTER, an Spáinn (1922-1992)
Translated into Irish (Gaelic): RuaBreathnach

***

5

Non so se tu mi abbia amato: io ti amavo
e questo era tutto, ed era abbastanza, e quei giorni
erano per me la prospettiva più dolce.

Ti ho amata con le ore e i sogni,
e ho cantato di te, e sei passata, ed è arrivato aprile
e per mezzo tuo ho conosciuto lo stupore della mia carne.

sì, ti ho amata, lento e sordo,
nel modo in cui le cose appassite si amano,
nel modo in cui si impara la lingua dell’assenza.

JOAN FUSTER, Spagna (1922-1992)
Traduzione di Luca Benassi

***

あなたが私を愛したかどうか私にはわからない
私はあなたを愛した
それがすべてだった
そしてそれで十分だった
私に与えられた日々はもっともやさしい天使だった

私はあなたを愛した
時間とともに、夢とともに
そしてあなたの歌を歌った
あなたは立ち去った
いまは4月になった
そしてあなたを通して
わたしは肉体の不思議を知った

そう、私はあなたを愛した
ゆっくりと
何も聴こえずに
枯れたものが愛し合うように
存在しない言葉を学ぶように

ジョアン・フステル(スペイン. 1922-1992)
Translated into Japanese: Manabu Kitawaki

***

5

Sijui kama ulinipenda: Nilikupenda, na ndivyo hivyo tu, na hiyo ilitosha, na siku zilinifanyia pembe laini zaidi.
Nilikupenda kwa masaa na kwa ndoto,

nikaimba juu yako, na ukapitia, na ikawa Aprili na kwa uhusiano na wewe nikajua matembezi ya mwili wangu.

Ndio, nilikupenda, polepole na kwa uziwi,
jinsi vitu vilivyokauka vinapendana,
jinsi mtu hujifunza lugha ya kutokuwepo.

JOAN FUSTER, Spain (1922-1992)
Watafsiri na Bob Mwangi Kihara.
Translated into Kiswahili: Bob Mwangi Kihara

***

5

Ez nizanim, tu ji min hezdikî: Ez ji te hezdikim
û ew hemî ye, û ew bes bû û rojan
ji min re dilnazîtirîn quncik avadikirin.

Min bi katijmêran ji te hezdikir û di xewnê de,
û min ji te re distira, û tu di ba min re diçû, û ew nîsan bû
û bi saya te min begemiya tena xwe zanî.

Erê, min ji te hezdikir, bereyî û kerranî.
Çawa tiştên çelmisî jihev hezdikin.
Çawa ziman nehatinê hîndibe.

JOAN FUSTER, 1922 – 1992, Êspaniya
Translated into Kurdish: Hussein Habasch

***

5

Tak kutahu apakah kau mencintaiku: Aku cinta padamu
dan itu segala-galanya, dan itu mencukupi, dan hari-hari
memberiku sudut-sudut paling lembut.

Aku cinta padamu dengan gerakan masa dan dengan mimpi,
dan menyanyi tentangmu, dan kau melintas, dan ia menjadi April
dan melaluimu kuketahui keajaiban jasadku.

Ya, aku cinta padamu, perlahan dan pekak,
seperti benda-benda yang layu mencintai satu sama lain,
seperti seseorang belajar bahasa ketiadaan.

JOAN FUSTER, Spain (1922-1992)
Translated into Malay: Irwan Abu Bakar

***

5

Nie wiem, czy mnie kochałaś – ja Cię kochałem
I to było wszystkim, to wystarczało, a dni
tworzyły mi najczulsze zakątki.

Kochałem Cię całymi godzinami i snem,
I śpiewałem Ci, a Ty mnie mijałaś, i przemijał kwiecień
I znałem Twój podziw dla mojego ciała.

Tak, ja Cię kochałem, powolnie i głucho,
jak uwiędłe rzeczy kochają się nawzajem
jak się uczy języka nieobecności.

JOAN FUSTER, Hiszpania (1922-1992)
Translated to Polish: Mirosław Grudzień – Anna Maria Stępień

***

5

Não sei se me amavas: eu amava-te
e isso era tudo, era o que bastava, e os dias
trabalhavam em mim os recantos mais ternos.

Amava com as horas e com o sonho,
e cantava-te, passavas e abril caía,
e a minha carne conhecia-te maravilhada.

Sim, amava-te surda e lentamente.
Como se amam as coisas que murcham.
Como se aprende o idioma da ausência.

JOAN FUSTER, Espanha (1922-1992)
Tradução portuguesa: Maria do Sameiro Barroso

***

5

Nu știu de m-ai iubit: eu te-am iubit
și asta era totul, îndeajuns, iar zilele
mă prelucrau prin ale mele crude unghere.

Te iubeam oră după oră, și te iubeam în vis,
și te cântam, iar tu treceai, aprilul se așternuse,
și carnea mea încântată prea bine te știa.

Da, te-am iubit surd și încet,
cum iubim lucrurile care se trec,
cum se învață limba despărțirii.

JOAN FUSTER, Spania (1922-1992)
Translated into Romanian by Gabriela Căluțiu Sonnenberg

***

5

Я не уверена, что ты меня любил: а я тебя любила,
вот и все, этого было довольно, дни
строились из хрупких чувств.

Я любила тебя часами и мечтами,
воспевала тебя, а ты проходил мимо, и наступал апрель,
через тебя я познавала свою плоть.

Да, я тебя любила, медленно и глухо.
Как старые вещи любят друг друга.
Как познают язык отсутствий.

Джоан Фустер, Испания
Перевод на русский язык Дарьи Мишуевой
Translated into Russian: Daria Mishueva

***

5

Ne znam da li si me volela: voleo sam te
i to je bilo sve, i to je bilo dovoljno, i dani su mi bili
puni nežnosti.

Voleo sam te svojim vremenom i snom,
svojom pesmom,
i kad si prošla bio je april
a kroz tebe sam ukrotio
ljubopitljivost mojih čula.

Da, voleh te, spor i gluv,
kao što oni koji venu vole jedna drugog-
na način koji nas uči jeziku odsutnosti.

JOAN FUSTER, Španija (1922-1992)
S engleskog prevela S. Piksiades

***

5

Non sacciu si tu m’amasti. Jo t’amai
E chissu fu tuttu, e fu bastanti, e li jorna
Ficiru pir mia li chiù tenniri viduti.

T’amai cu li uri e cu lu sonnu
e ti cantai, e tu mi passasti a latu, e divintau aprili
e tramiti di tia canuscìu li stupuri dâ me carni.

Sì, t’amai, lentu e surdu,
comu li cosi mpassuluti s’amanu ntra d’iddi,
comu unu mpara la lingua di l’assenza.

JOAN FUSTER, Spain (1922-1992)
Traduzioni in sicilianu di Gaetano Cipolla

***

ஐந்து

என்னை விரும்பினாயா என்று எனக்குத் தெரியாது:நான்
உன்னை விரும்பினேன் அவ்வளவே
அதுவே எனக்குப் போதும் நாட்கள்
மென்மையான கோணங்ககளை செய்தன
மணிக்கணக்கில் உன்னை கனவோ டு விரும்பினேன்
உன்னைப்பாடினேன் , நீ கடந்து சென்றாய்
ஏப்ரல் மாதம் வந்தது
உன்வழி எனது தசைகளின் உணர்வுகளை அறிந்தேன்.
ஆம் நான் உன்னை விரும்பினேன்
மெதுவாகவும், செவிடாகவும்
விழுந்த விஷயங்கள் ஒன்றை ஒன்று நேசித்தன
நாட்டமற்ற மொழியை
ஒருவர் கற்றுக் கொள்கிறார்!
ஆக்கம்

JOAN FUSTER, Spain (1922-1992)
Translated into Tamil: DR. N V Subbaraman

Recueil: ITHACA 739
Editions: POINT
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