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Poésie

Posts Tagged ‘rigueur’

Ici, c’est un recoin de la grâce (Jean Malrieu)

Posted by arbrealettres sur 28 septembre 2017



    

Ici, c’est un recoin de la grâce
où la beauté m’est une épée.
Elle a des prête-noms :
rosier, amour, rigueur.

Derrière le rosier est mon amie.
Elle habite ce village,
ne ferme jamais sa porte.

Comment ?
Est-ce ainsi
que vous vivez avec votre âme ?

Oui. Nous sommes chez nous.
Tout est donné :
terre et vie avec démesure.

Le bonheur y entretient
d’étroits rapports avec l’humilité.
Une journée ensoleillée
est un trésor de pauvre.
Je suis ce pauvre.

La porte de service chez mon amie
s’ouvre sur l’éblouissement.
Là, l’espace, au bout d’une longe,
piaffe dans le grand arbre.

Je tiens les rênes du ciel.
La route mène au prodige.

(Jean Malrieu)

 

Recueil: Les Maisons de feuillages

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HELAS QUE ME FAUT-IL FAIRE (Girard de Beaulieu)

Posted by arbrealettres sur 18 septembre 2017




    
HELAS QUE ME FAUT-IL FAIRE

Hélas que me faut-il faire
Pour adoucir la rigueur.
D’un tyran d’un adversaire,
Qui tient fort dedans mon cœur ?

Il me brûle, il me saccage,
Il me perce en mille parts,
Et puis me donne au pillage
De mille inhumains soldats.

L’un se loge en ma poitrine,
L’autre me suce le sang,
Et l’autre qui se mutine,
De traits me pique le flanc.

L’un a ma raison troublée,
L’autre a volé mes esprits,
Et tout mon âme comblée,
De feux, d’horreur et de cris.

En vains je répands des larmes,
Pour les pensers émouvoir,
Et n’y puis venir par armes :
Car ils ont trop de pouvoir.

Mais ce qui me réconforte
En ce douloureux émoi,
C’est que le mal que je porte
Lui est commun comme à moi.

***

Alas what must I do
To soften the severity
Of a tyrant, an adversary
Who stands powerfully in my heart?

He burns me, he pillages me,
He pierces me in a thousand parts
And then gives me over to the plundering
Of a thousand outrageous soldiers.

One lodges in my breast,
Another sucks my blood,
Yet another revolts and
Pricks my side with arrows.

One has clouded my reason,
Another has stolen my mind
And flled my whole soul
With fres, horror and cries.

In vain do I shed tears
Thinking to move them,
And I am unable to succeed by arms
For they are too powerful.

But what comforts me
In this painful emotion,
Is that the ill I bear
Is common to him as to me.

***

Ach! Was muss ich tun,
Zu mildern diese Strenge
Eines Tyrannen und auch Gegners,
Der tief in meinem Herzen sitzt?

Er brennet mich, er verheeret mich,
Er durchbohret mich an tausend Stellen
Und liefert mich dem Plündern
Von tausend Kriegern ohne Herz.

Der eine nistet in meinem Busen,
Der andre sauget mir das Blut,
Und noch ein andrer meutert,
Und mit seinen Pfeilen durchbohret mir die Seit‘.

Der eine hat mein‘ Sinn verwirret,
Der andre mir den Verstand gestohlen,
Und das Gemüt mir gefüllet
Mit Feuer, Horror und auch Schrei‘n.

Vergebens vergieße ich die Zähren,
Um zu erweichen sie damit.
Und kann‘s doch mit den Waffen nit‘,
Denn ihre Macht ist allzu groß.

Aber was mich tröstet
In der Trauer,
Ist, dass das Elend, das ich trage,
Ihm auch wie mir gemeinsam ist.

(Girard de Beaulieu)

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A Mme du Châtelet (Voltaire)(François Marie Arouet)

Posted by arbrealettres sur 17 septembre 2017




Emilie du Châtelet   
    
A Mme du Châtelet

« Si vous voulez que j’aime encore,
Rendez-moi l’âge des amours ;
Au crépuscule de mes jours
Rejoignez, s’il se peut, l’aurore.

Des beaux lieux où le dieu du vin
Avec l’Amour tient son empire,
Le Temps, qui me prend par la main,
M’avertit que je me retire.

De son inflexible rigueur
Tirons au moins quelque avantage.
Qui n’a pas l’esprit de son âge,
De son âge a tout le malheur.

Laissons à la belle jeunesse
Ses folâtres emportements.
Nous ne vivons que deux moments :
Qu’il en soit un pour la sagesse.

Quoi ! pour toujours vous me fuyez,
Tendresse, illusion, folie,
Dons du ciel, qui me consoliez
Des amertumes de la vie !

On meurt deux fois, je le vois bien :
Cesser d’aimer et d’être aimable,
C’est une mort insupportable ;
Cesser de vivre, ce n’est rien. »

Ainsi je déplorais la perte
Des erreurs de mes premiers ans ;
Et mon âme, aux désirs ouverte,
Regrettait ses égarements.

Du ciel alors daignant descendre,
L’Amitié vint à mon secours ;
Elle était peut-être aussi tendre,
Mais moins vive que les Amours.

Touché de sa beauté nouvelle,
Et de sa lumière éclairé,
Je la suivis; mais je pleurai
De ne pouvoir plus suivre qu’elle.

(Voltaire)(François Marie Arouet)

 

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L’amour ressemble un champ (Marguerite de France)

Posted by arbrealettres sur 17 septembre 2017



    
L’amour ressemble un champ, le laboureur l’amant;
L’un et l’autre présume, à la fin de l’année,
Selon qu’elle sera mauvaise ou fortunée,
Moissonner le chardon, la paille ou le froment.

La paille est la douceur d’un vain contentement,
Mais le vent la dérobe aussitôt qu’elle est née;
Le chardon la rigueur d’une Dame obstinée;
Et la grâce est le grain qu’on recueille en l’aimant.

L’amant ne peut gagner, pour service qu’il fasse,
Un point d’honneur plus haut qu’être en la bonne grâce
D’une Dame accomplie, objet de sa langueur.

La grâce vient du coeur, et toute autre espérance
S’éloigne du devoir d’honnête récompense.
Que désire-t-on plus en amour que le coeur?

(Marguerite de France)

 

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Difficile d’imaginer une passion sans poésie (Tahar Ben Jelloun)

Posted by arbrealettres sur 3 août 2017



Illustration: Rogelio de Egusquiza
    
Difficile d’imaginer une passion sans poésie
comme il est impensable de croire que la poésie se fait sans passion.

On peut écrire des mots et même des vers sans que ce soit de la poésie.

La passion est une flamme intérieure
qui transporte la vie vers les cimes les plus hautes
tout en ayant en elle l’autre versant, la chute.

La poésie est cette exigence qui tend vers l’absolu.
En ce sens elle est impossible.

Nous nous contentons
de ce qui s’approche de ce mystère
avec rigueur, avec humilité.

(Tahar Ben Jelloun)

 

Recueil: Que la Blessure se ferme
Editions: Gallimard

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LA BOUCHE (François de Rosset)

Posted by arbrealettres sur 5 juillet 2017



Illustration: Edward Burne-Jones

    

LA BOUCHE

Belle bouche de pourpre et d’œillets entourée.
Qui respirez sans cesse un baume précieux,
L’amour quitte pour vous sa maison Cythérée,
Dont il brûle la terre et consume les dieux.

Beaux corail qui rendez une si douce haleine,
Un printemps émaillé si doux et si flairant,
Oui n’endure pour vous de l’amoureuse peine
Une âme de rocher son cœur va respirant.

Avettes qui volez sur cette belle plaine
Pour fleureter le suc des roses et des lys.
Si vous voulez piller une plus douce haleine,
Mignonnes, posez-vous aux lèvres de Phyllis.

Vermillon merveilleux, petits bords d’écarlate,
Qui dérobez les yeux qui n’adorent que vous,
Dont l’espoir me trahit quand la beauté me flatte,
Après tant de rigueurs me serez-vous pas doux !

(François de Rosset)

 

Recueil: Anthologie universelle des baisers (III France)
Editions: H. Daragon

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Branches dénudées (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 28 juin 2017




Illustration: ArbreaPhotos
    
Branches dénudées
formant corolle

De tout votre corps
en traits de rigueur
en lignes de grâce
Vous dessinez le ciel

Dessinant l’élan
Dessinant l’envol
Sur fond de gris, de bleu
ou de violet

À l’insu des nuées
Vous nous faites signe
Quand passent les anges
de l’infini

(François Cheng)

 

Recueil: A l’orient de tout
Editions: Gallimard

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Mon œil en te voyant (Annibal de Lartigue)

Posted by arbrealettres sur 7 juin 2017



Illustration: Abel Dominique Boye   
    
Mon œil en te voyant fut épris de ta flamme,
Mon oreille fléchit sous le son de ta voix,
Mon nez goûta l’odeur de ton précieux basme,
Et ma bouche avala le sucre de tes lois.

Mon cœur sent la rigueur de ton dard qui m’entame,
Mes yeux sont des torrents alors que je te vois,
Bouche qui ne produis que glaçons et que flamme.
Sous ton souffle odorant je me meurs mille fois.

(Annibal de Lartigue)

 

Recueil: Poètes du Baiser
Editions: Société des Éditions LOUIS-MICHAUD

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LES CONTRADICTIONS DU CORPS (Carlos Drummond de Andrade)

Posted by arbrealettres sur 15 mai 2017



Illustration: Gunther von Hagens

    

LES CONTRADICTIONS DU CORPS

Mon corps n’est pas mon corps, il est
d’un autre être l’illusion.
Il connaît l’art de me cacher
et il est tellement sagace
que moi-même il m’occulte à moi.

Mon corps, mais non pas mon agent,
mon enveloppe cachetée,
mon pistolet pour faire peur,
il est devenu mon geôlier,
il me sait mieux que je ne me sais.

Mon corps éteint le souvenir
qu’il me restait de mon esprit.
Il m’inocule son pathos,
m’attaque, me blesse et condamne
pour des crimes que n’ai commis.

Sa ruse la plus diabolique
consiste à se rendre malade.
Il me jette le poids des maux
qu’à chaque moment il ourdit
et il me passe en révulsion.

Mon corps inventa la douleur
afin de la rendre intérieure,
de l’incorporer à mon ld,
pour qu’elle offusquât la lumière
qui essayait de s’y répandre.

D’autres fois il se divertit
sans que je le sache ou le veuille,
et dans cette maligne joie,
dont sont imprégnées ses cellules,
il se moque de mon mutisme.

Mon corps ordonne que je sorte
quérir ce que je ne veux pas,
et il me nie, en s’affirmant
seigneur et maître de mon Moi
en chien servile transformé.

Mon plaisir le plus raffiné,
ce n’est moi qui vais le goûter.
C’est lui, à ma place, rapace,
et il tend des restes déjà
mâchés à ma faim absolue.

Si j’essaie de m’en éloigner
de m’abstraire, de l’ignorer,
il me revient avec le poids
entier de sa chair polluée,
son dégoût et son inconfort.

Avec mon corps il me faut rompre,
je veux l’affronter, l’accuser,
afin d’abolir mon essence,
mais il ne m’entend même pas
et s’en va par chemin contraire.

Déjà oppressé par son pouls
à l’inébranlable rigueur,
plus ne suis celui que j’étais:
dans une volupté voulue,
je sors danser avec mon corps.

(Carlos Drummond de Andrade)

 

Recueil: La machine du monde et autres poèmes
Traduction: Didier Lamaison et Claudia Poncioni
Editions: Gallimard

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Personne (Eugénio de Andrade)

Posted by arbrealettres sur 12 mai 2017



Illustration
    
Personne à l’entrée de novembre.
Elle vient comme si de rien n’était.
La porte était ouverte,
elle est entrée presque sans toucher le sol.

Elle n’a pas regardé le pain, ni goûté le vin.
Elle n’a pas défait le noeud aveugle du froid.
Elle ne s’est attardée que dans la lumière des violettes
en souriant à l’enfant de la maison.

Cette bouche, ce regard. Cette main
de personne. Elle s’en va,
elle a sa musique, sa rigueur, son secret.
Avant cependant, elle caresse la terre.

Comme si c’était sa mère.

(Eugénio de Andrade)

 

Recueil: Matière Solaire / Poids de l’Ombre / Blanc sur Blanc
Traduction:Michel Chandeigne, Patrick Quillier, Maria Antonia Câmara Manuel
Editions: Gallimard

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