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Locutions des Pierrots (I) (Jules Laforgue)

Posted by arbrealettres sur 25 août 2019



 

Pietro Annigoni (1922)

Locutions des Pierrots

I

Les mares de vos yeux aux joncs de cils,
Ô vaillante oisive femme,
Quand donc me renverront-ils
La Lune-levante de ma belle âme ?

Voilà tantôt une heure qu’en langueur
Mon coeur si simple s’abreuve
De vos vilaines rigueurs,
Avec le regard bon d’un terre-neuve.

Ah ! madame, ce n’est vraiment pas bien,
Quand on n’est pas la Joconde,
D’en adopter le maintien
Pour induire en spleens tout bleus le pauv’ monde !

(Jules Laforgue)

Illustration: Pietro Annigoni

 

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L’autre jour (Adamis Jamyn)

Posted by arbrealettres sur 17 juin 2019



 

Peter Alexander Hay the-eve-of-st-agnes

L’autre jour que mon œil regardait d’aventure
Le vôtre, et mon esprit volait à l’environ,
De vos almes regards je devins un larron,
Dont j’ai vécu depuis, heureuse nourriture.

Vos regards sont faillis, et l’âme qui endure,
Mourante sans appâts, pleine d’affliction,
Me contraint retourner, et sans discrétion
En dérober encor pour ma douce pâture.

Je sais bien que je suis sacrilège et malin
De mortel dérober le bien qui est divin,
D’un semblable larcin fut puni Prométhée,

Ainsi contre un rocher il pleura son péché,
Et moi, pour me nourrir d’une œillade empruntée,
Contre un roc de rigueur je languis attaché.

(Adamis Jamyn)

Illustration: Peter Alexander Hay

 

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Locutions des Pierrots (Jules Laforgue)

Posted by arbrealettres sur 2 mai 2019



Locutions des Pierrots

Les mares de vos yeux aux joncs de cils,
Ô vaillante oisive femme,
Quand donc me renverront-ils
La Lune-levante de ma belle âme?

Voilà tantôt une heure qu’en langueur
Mon coeur si simple s’abreuve
De vos vilaines rigueurs,
Avec le regard bon d’un terre-neuve.

Ah! madame, ce n’est vraiment pas bien,
Quand on n’est pas la Joconde,
D’en adopter le maintien
Pour induire en spleens tout bleus le pauv’monde!

(Jules Laforgue)


Illustration: Raphaël

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Franchises vénéneuses (Robert Mallet)

Posted by arbrealettres sur 28 août 2018




    
Franchises vénéneuses
salutaires mensonges
subtilités sauvages
agressives patiences
pardons impitoyables
dévorants aliments
nourrissantes morsures
baisers qui font saigner
aveux qui font mystère

Si rugueuses tendresses
si donnantes conquêtes
si riantes rigueurs
si douces cruautés
si ferventes froideurs
et si fraîches brûlures
qu’on ne sait pas
entre ombre et jour
entre supplice et volupté
où naît et meurt l’amour

(Robert Mallet)

 

Recueil: Presqu’îles presqu’amours
Traduction:
Editions: Gallimard

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A Mme du Châtelet (Voltaire)(François Marie Arouet)

Posted by arbrealettres sur 23 juillet 2018




Emilie du Châtelet   
    
A Mme du Châtelet

« Si vous voulez que j’aime encore,
Rendez-moi l’âge des amours ;
Au crépuscule de mes jours
Rejoignez, s’il se peut, l’aurore.

Des beaux lieux où le dieu du vin
Avec l’Amour tient son empire,
Le Temps, qui me prend par la main,
M’avertit que je me retire.

De son inflexible rigueur
Tirons au moins quelque avantage.
Qui n’a pas l’esprit de son âge,
De son âge a tout le malheur.

Laissons à la belle jeunesse
Ses folâtres emportements.
Nous ne vivons que deux moments :
Qu’il en soit un pour la sagesse.

Quoi ! pour toujours vous me fuyez,
Tendresse, illusion, folie,
Dons du ciel, qui me consoliez
Des amertumes de la vie !

On meurt deux fois, je le vois bien :
Cesser d’aimer et d’être aimable,
C’est une mort insupportable ;
Cesser de vivre, ce n’est rien. »

Ainsi je déplorais la perte
Des erreurs de mes premiers ans ;
Et mon âme, aux désirs ouverte,
Regrettait ses égarements.

Du ciel alors daignant descendre,
L’Amitié vint à mon secours ;
Elle était peut-être aussi tendre,
Mais moins vive que les Amours.

Touché de sa beauté nouvelle,
Et de sa lumière éclairé,
Je la suivis; mais je pleurai
De ne pouvoir plus suivre qu’elle.

(Voltaire)(François Marie Arouet)

 

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Je voudrais être en ce doux sein (James Joyce)

Posted by arbrealettres sur 30 juin 2018



    
Je voudrais être en ce doux sein
(Ô combien doux et blond!)
Où nul vent indélicat ne pourrait me surprendre.
À cause des sinistres rigueurs.
Je voudrais être en ce doux sein.

Je voudrais toujours être en ce coeur
(Ô doucement je frappe et doucement la prie!)
Où seulement la paix serait mon sort.
Rigueurs seraient plus douces
Si toujours j’étais en ce coeur.

***

I would in that sweet bosom be
(O sweet it is and fair it is!)
Where no rude wind might visit me.
Because of sad austerities
I would in that sweet bosom be.

I would be ever in that heart
(O soft I knock and soft entreat her!)
Where only peace might be my part.
Austerities were all the sweeter
So I were ever in that heart.

(James Joyce)

 

Recueil: Musique de chambre et autres poèmes Pomes Penyeach Ecce Puer
Traduction: Philippe Blanchon
Editions: La Nerthe

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Chanson pour la favorite du sultan (Edmond Jabès)

Posted by arbrealettres sur 8 juin 2018



Les sept Reines du ciel,
toutes à pleurer, à craindre
mordues, brûlées.
Les plus cruelles sont les étoiles
filles de l’ombre épique
et le poignard de leur regard.

Reines mendiantes,
Reines adulées,
et déjà l’aurore éblouie
qui ne sait où elle va
qui sait trop ce qui l’achève.

Je ne t’avais pas reconnue
au grand jour des montagnes,
ta chevelure étourdissant l’épaule
et tes bras nus te dessinant,
fière danseuse aux aigles fous
jamais plus loin que le songe
et bâtissant dans l’espace
le mobile emplacement de mon amour.

Danseuse dans le vent aveugle
seule entre mille à me perdre
à force d’appels irrésistibles
et de faux baisers gracieux.
Tous tes gestes sont des miracles.
Le désert nie la soif des eaux.

Je ne t’avais pas reconnue
sous ton manteau d’algues sauvages
dans le creux béant d’un rocher.
Le soleil est à mon doigt levé
comme une pierre jaune de joie.
De l’onde à la nue, de la poussière
au dernier rayon des morts, tu nais.

Je ne t’avais pas soupçonnée,
cristalline source de rigueur,
dans le vieil agenda des voleuses d’hommes.
Voici le monde. Il est à ta merci.
Et tu vas, incendiant sa nuque,
le dépouiller de ses lèvres charnues,
à chaque marche brusque du sang.

Ne pas t’entendre. Debout, pour la vue
comme une image sur la pupille
comme un visage jamais le même
que la nuit inquiète dévoile.
Et tu dansais pour me retenir
dans ce pays étrange où j’avais bu
à l’arbre de pluie à la saison chaude.

(Edmond Jabès)

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Le meilleur moment des amours (René-François Sully Prudhomme)

Posted by arbrealettres sur 22 mai 2018



 

Le meilleur moment des amours
N’est pas quand on a dit : « Je t’aime. »
Il est dans le silence même
À demi rompu tous les jours ;

Il est dans les intelligences
Promptes et furtives des cœurs ;
Il est dans les feintes rigueurs
Et les secrètes indulgences ;

Il est dans le frisson du bras
Où se pose la main qui tremble,
Dans la page qu’on tourne ensemble
Et que pourtant on ne lit pas.

Heure unique où la bouche close
Par sa pudeur seule en dit tant ;
Où le cœur s’ouvre en éclatant
Tout bas, comme un bouton de rose ;

Où le parfum seul des cheveux
Parait une faveur conquise !
Heure de la tendresse exquise
Où les respects sont des aveux.

(René-François Sully Prudhomme)

Illustration: Raymond Peynet

 

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Cette femme (Martine Broda)

Posted by arbrealettres sur 17 mai 2018



 

Júlia Fernández Sánchez 8773

cette femme ou rose efflanquée
habitait la rigueur
elle aiguisait sa jeunesse
une souffrance de cristal
rallumant sans faiblir
la bougie de faim plus claire
la parole gravée
par l’épine porte-rose dans son coeur

(Martine Broda)

Illustration: Júlia Fernández Sánchez

 

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L’échiquier (Jorge Luis Borges)

Posted by arbrealettres sur 5 mai 2018




Dans leur grave recoin, les joueurs
Gouvernent les pièces lentes.
L’échiquier
Les retient jusqu’à l’aube dans son sévère
Territoire où se haïssent deux couleurs.
A l’intérieur irradient de magiques rigueurs
Les formes : tour homérique, léger
Cavalier, redoutable reine, roi ultime,
Oblique fou et pions querelleurs.

Quand s’en seront allés les joueurs,
Quand le temps les aura consumés,

Assurément le rite n’aura pas cessé.

Dans l’Orient s’alluma cette guerre
Dont le théâtre est aujourd’hui toute la terre.
Comme l’autre ce jeu est infini.

(Jorge Luis Borges)

Illustration: Veronica Kasatkina

 

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