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Posts Tagged ‘baîllement’

ELEGIE D’UN MADRIGAL (Antonio Machado)

Posted by arbrealettres sur 14 août 2018



ELEGIE D’UN MADRIGAL

Je me souviens qu’une après-midi de solitude et d’ennui,
— oh! semblable à tant d’autres! — mon âme était,
sous l’azur monotone, une rivière large et lisse
qui n’avait sur sa rive pas la moindre jonchaie.

Oh! monde sans attrait, indigence sentimentale
qui efface le mystérieux tain du cristal!
Oh! l’âme sans amour qui réfléchit l’Univers
avec un irrémédiable bâillement universel!

*

Le poète voulut se rappeler tout seul
les ondes bien aimées, la lumière des cheveux
que dans ses rimes il appelait blondes vagues.
Il lut… La lettre tue : il ne s’en souvenait…

Et un jour — comme tant d’autres —, en aspirant un jour
le parfum d’une rose épanouie sur le rosier,
jaillit comme une flamme la lumière des cheveux
que dans ses madrigaux il appelait blondes vagues,
car ils avaient le même parfum…

Tout seul il s’éloigna pour pleurer en silence.

(Antonio Machado)

Illustration: Alberto Pancorbo

 

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Triste, triste (Jules Laforgue)

Posted by arbrealettres sur 19 juin 2018



Triste, triste

Je contemple mon feu. J’étouffe un bâillement
Le vent pleure. La pluie à mi vitre ruisselle.
Un piano voisin joue une ritournelle.
Comme la vie est triste et coule lentement.

Je songe à notre Terre, atome d’un moment,
Dans l’Infini criblé d’étoiles éternelles,
Au peu qu’ont déchiffré nos débiles prunelles,
Au Tout qui nous est clos inexorablement.

Et notre sort! toujours la même comédie,
Des vices; des chagrins, le spleen, la maladie,
Puis nous allons fleurir les beaux pissenlits d’or.

L’Univers nous reprend, rien de nous ne subsiste,
Cependant qu’ici-bas tout continue encor.
Comme nous sommes seuls! Comme la vie est triste!

(Jules Laforgue)


Illustration: Vladimir Kush

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Pluie printanière (Issa)

Posted by arbrealettres sur 26 avril 2018



Pluie printanière
prise d’un grand bâillement
une jolie femme

(Issa)

Illustration

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Un bâillement intempestif (Abbas Kiarostami)

Posted by arbrealettres sur 15 avril 2018



un bâillement intempestif
a scellé le destin
d’une histoire
que je racontais avec entrain

(Abbas Kiarostami)

Illustration: Messerschmidt Franz Xaver

 

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La maison de la rivière (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 1 février 2018



La maison de la rivière

L’eau dort dans un grand lit
De mousse et d’herbes flottantes
Je bois l’aube
La rivière monte
Et la maison de mes désirs s’ouvre

La maison trempe ses pieds dans la rivière
Si un poisson glisse entre ses orteils
Elle se trémousse jusqu’au toit
Et la fumée danse

La maison s’assoupit
Et se réveille en sursaut
Avec un bâillement de porte

J’aperçois le jour à travers les volets
Éteins le feu
Il n’en est plus besoin
Trop de flammes nous entourent
Pour que nous ayons froid.

(Jean-Baptiste Besnard)


Illustration

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Le temps est le bâillement d’un dieu (Auguste Bonel)

Posted by arbrealettres sur 20 octobre 2017



Le temps est le bâillement
d’un dieu sur la haletante
respiration du monde
cet écho dont le feu est la prémisse
a tant envoûté le vide
que le silence y laisse
plis et rides
avant de s’évaporer
en d’abondantes formes closes

l’absolu vibre à limite du possible

(Auguste Bonel)

Illustration: Messerschmidt Franz Xaver

 

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Renouveau (Stéphane Mallarmé)

Posted by arbrealettres sur 23 janvier 2017



Renouveau

Le printemps maladif a chassé tristement
L’hiver, saison de l’art serein, l’hiver lucide,
Et dans mon être à qui le sang morne préside
L’impuissance s’étire en un long bâillement.

Des crépuscules blancs tiédissent sous le crâne
Qu’un cercle de fer serre ainsi qu’un vieux tombeau,
Et, triste, j’erre après un rêve vague et beau,
Par les champs où la sève immense se pavane

Puis je tombe énervé de parfums d’arbres, las,
Et creusant de ma face une fosse à ce rêve,
Mordant la terre chaude où poussent les lilas,

J’attends, en m’abîmant que mon ennui s’élève…
Cependant l’azur rit sur la haie et l’éveil
De tant d’oiseaux en fleur gazouillant au soleil.

(Stéphane Mallarmé)

Illustration: Vincent Van Gogh

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Laisse faire le silence (Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 3 janvier 2017



Laisse faire le silence.

Laisse-le
Agir à sa guise.

Dans le mouvement des vagues,
Dans le grincement des dents,
Dans l’oeil du coq,
Dans le bâillement de l’huître,
Dans le sommet de la pierre,
Dans la poussée des ongles,

Devant ou derrière
Tous les bruits

Et même au-dessus,
Laisse faire le silence.

(Guillevic)

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Ma Seine (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 18 mai 2015



Ma Seine

Le matin le brouillard cache
La vague endormie
Qui se réveille avec
Un bâillement de bateau

Un courant furtif
Entoure d’un clapotis
La barque attachée à la berge
Et ma Seine m’entraîne
En rêve jusqu’à la mer

Elle ceinture une robe
Bariolée de champs vastes
Et de jardins petits
De villes et de villages

Elle étrangle
Des îlots de verdure
Glisse sous les ponts
Ses anneaux
Secoués de convulsions
Et avale la lente navigation
De lourdes péniches
Qu’elle digère mal.

(Jean-Baptiste Besnard)

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