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Poésie

Posts Tagged ‘amour’

S’attendre (Bernard Delvaille)

Posted by arbrealettres sur 15 mai 2022


seuil

S’attendre
à l’aube
à l’amour
à midi
à l’amour
à toute heure
à la muscade
à la mort
– et les bateaux
projettent
leur lumière
Nous sommes seuls
– crois-tu ? –
Un aigle vole
et nous emportera
Respirer
est interdit
dès le seuil

(Bernard Delvaille)

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Le lit défait (Yves Bergeret)

Posted by arbrealettres sur 9 mai 2022



Le lit défait

La crête au loin sous la nuée,
La pente songeuse où frissonnent les mélèzes,
Les collines voisines, les cyprès et les peupliers
viennent déposer doucement sur le papier
leur amour non nourri, leur langueur solitaire;
le vol de l’oiseau, le chant de l’insecte
strient la feuille, finement;
le paysage vient s’asseoir sur les genoux
de la paix silencieuse, mais elle se retire déjà
du blanc de la feuille en y laissant le dessin du paysage
comme un lit défait où s’est étiré
le rêve du monde saisi par une lumière
inespérée

(Yves Bergeret)

Illustration: Charles Guilloux

 

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Sous la caresse du plaid (Marina Tsvétaïéva)

Posted by arbrealettres sur 7 mai 2022



Illustration: Lucie Llong
    

Sous la caresse du plaid, de ses peluches,
Je fais revivre le rêve d’hier : C’était Quoi ?
— Qui fut vainqueur ?
— Qui fut vaincu ?

Je repense à tout, de nouveau,
Et, à nouveau, je souffre de tout.
Car, dans cette chose, dont j’ignore Le nom,
y avait-il de l’amour ?

Qui était le chasseur ? — Qui, la proie ?
Tout, diaboliquement, devient son contraire.
Et le chat de Sibérie ronronnait — lui —,
Oui, mais qu’est-ce qu’il comprenait ?

Dans ce duel de caractère, qui,
Quelle main avait toujours —
La balle ? Quel coeur — le Vôtre, ou
Le mien, prenait son galop ?

Et, malgré tout, c’était quoi ?
Ce que je désire tant, et repousse ?
Je ne sais : moi, vainqueur ?
— Moi, vaincue ?

(Marina Tsvétaïéva)

 

Recueil: Insomnie et autres poèmes
Traduction:
Editions: Gallimard

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IDOLES (Marguerite Yourcenar)

Posted by arbrealettres sur 30 avril 2022



Illustration: Philippe de Champaigne
    

IDOLES

Amour, je t’ai d’abord
Gavé de chair et d’or
Comme un César farouche;
Incube au sein pesant, Ton
baiser épuisant A fatigué
ma bouche.

Je t’ai revu, sanglant, Tu
marchais, chancelant
Sous la terrible équerre;
Messie au flanc percé,
À tes pieds j’ai versé

Tout le nard de la terre.
Tu souris, pâle et beau : Ta
chair m’est un flambeau Fait
de cire et de flamme;
J’étreins, délice nu,
Ton visage inconnu
Identique à mon âme.

Je te verrai, pensif,
Sur le dernier récif,
Doux naufrageur des choses;
Sombre dieu sans dévots,
Quelque nuit tes pavots
Me guériront des roses.

(Marguerite Yourcenar)

 

Recueil: Les charités d’Alcippe
Traduction:
Editions: Gallimard

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UNE ÉPIGRAMME AMOUREUSE INSPIRÉE DE PLATON (Marguerite Yourcenar)

Posted by arbrealettres sur 30 avril 2022



Illustration: Freydoon Rassouli  
    
UNE ÉPIGRAMME AMOUREUSE INSPIRÉE DE PLATON

Mon coeur n’a qu’un amour.
Le jour qu’une prunelle.
L’ombre n’est qu’un linceul.
Je voudrais les mille yeux de la nuit éternelle
Pour te contempler seul.

(Marguerite Yourcenar)

 

Recueil: Les charités d’Alcippe
Traduction:
Editions: Gallimard

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FERME PROPOS (Marguerite Yourcenar)

Posted by arbrealettres sur 24 avril 2022



    
FERME PROPOS

Ni s’abriter du jour sous l’arbre des ténèbres,
Ni mordre dans les fruits le doux corps de l’été,
Ni baiser longuement sur leurs lèvres funèbres
Les morts évanouis et las d’avoir été.

Ni pénétrer, transis, au coeur froid des algèbres,
Ni clouer sur le vide un masque illimité,
Ni sous l’oubli massif coucher des os célèbres
Et verser son néant dans un cercueil vanté.

Ni caresser, Amour, ta gorge consentante,
Ni brûler son désir au feu noir de l’attente,
Ni tendre à la douleur un garrot résigné.

Ni lever vers le ciel des mains inexaucées,
Mais porter avec soi dans la nuit sans pensées
L’immense creux d’un coeur où la vie a saigné.

(Marguerite Yourcenar)

 

Recueil: Les charités d’Alcippe
Traduction:
Editions: Gallimard

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LE LUNATIQUE (Marguerite Yourcenar)

Posted by arbrealettres sur 24 avril 2022



    

LE LUNATIQUE

Le soleil amorti s’absorbe dans la brume;
Ainsi qu’un astre mort mon amour s’est couché.
Le long des quais salis l’aveugle nuit s’allume;
Mon coeur est aussi vieux qu’Hérode et son péché.

Chaque vivant, moyeu d’un univers caché,
Bat, victime et bourreau, son malheur sur l’enclume;
Et les visages gris sont des flocons d’écume
Dans le noir flot humain sur l’asphalte épanché.

Amour, où sommes-nous? Est-il sûr que nous sommes? La
lune qui pâlit d’avoir pitié des hommes
Au bord des toits déserts verse un sanglot d’argent.

Et l’oeil fou des cités regarde sans envie,
Froidement lumineux et fixement changeant,
Cet astre déjà mort et plus pur que la vie.

(Marguerite Yourcenar)

 

Recueil: Les charités d’Alcippe
Traduction:
Editions: Gallimard

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Dix amours ! (Anonyme)

Posted by arbrealettres sur 23 avril 2022




    
Dix amours !
(Chanson sur l’air « Fendons le jade ! »)

Mon premier et mon second amour, c’est toi,
Parce que tu es intelligent et narquois.
Mon troisième et quatrième amour, c’est toi,
Parce que tu es beau et courtois.
Mon cinquième et sixième amour, c’est toi,
Parce que, d’humeur égale, tu te tiens coi.
Mon septième amour, c’est toi,
Parce que tu sais parler et me plaît ta voix.
Mon huitième amour, c’est toi,
Parce que je suis ton choix.
Mon neuvième amour, c’est toi,
Parce que tu es à moi.
Mon dixième amour, c’est encore toi,
Parce que je t’aime !

(Anonyme)

 

Recueil: Cent poèmes d’amour de la Chine ancienne
Traduction: André Lévy
Editions: Philippe Picquier

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Ta voix… (Liu Xiaozu)

Posted by arbrealettres sur 23 avril 2022




    
Ta voix…
(Chansons sur l’air de la « Branche suspendue »)

Mon chéri, ce n’est pas que je voudrais que tu m’appelles.
Un appel non souhaité est bien sûr mal venu.
Pourquoi m’appeler, si tu n’en as pas envie ?
Ta voix me réjouit et me va droit au coeur,
Mais s’y forcer est peine perdue :
Mieux vaut en fin de compte n’en rien faire.
Dès que tu me vois, tu aimerais que je t’appelle, mon chéri.
Si, en famille, je ne le fais, tu deviens anxieux.
Puisque je t’aime, qu’est-ce que ça peut te faire ?
La voix n’est que sur les lèvres ; mon amour, je te porte dans mon coeur.
Si le tien est sincère, n’est-ce pas aussi bien de ne pas s’appeler ?

(Liu Xiaozu)

 

Recueil: Cent poèmes d’amour de la Chine ancienne
Traduction: André Lévy
Editions: Philippe Picquier

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La Porte (Simone Weil)

Posted by arbrealettres sur 9 avril 2022



    

La Porte

Ouvrez-nous donc la porte et nous verrons les vergers,
Nous boirons leur eau froide où la lune a mis sa trace.
La longue route brûle ennemie aux étrangers.
Nous errons sans savoir et ne trouvons nulle place.

Nous voulons voir des fleurs.
Ici la soif est sur nous.
Attendant et souffrant, nous voici devant la porte.
S’il le faut nous romprons cette porte avec nos coups.

Nous pressons et poussons, mais la barrière est trop forte.
Il faut languir, attendre et regarder vainement.
Nous regardons la porte ; elle est close, inébranlable.
Nous y fixons nos yeux ; nous pleurons sous le tourment ;

Nous la voyons toujours ; le poids du temps nous accable.
La porte est devant nous ; que nous sert-il de vouloir ?
Il vaut mieux s’en aller abandonnant l’espérance.
Nous n’entrerons jamais. Nous sommes las de la voir…

La porte en s’ouvrant laissa passer tant de silence
Que ni les vergers ne sont parus ni nulle fleur ;
Seul l’espace immense où sont le vide et la lumière
Fut soudain présent de part en part, combla le coeur,
Et lava les yeux presque aveugles sous la poussière.

Pensées sans ordre concernant l’amour de Dieu

(Simone Weil)

Recueil: Les poètes de Dieu (Pierre Haïat)
Editions: Philippe Lebaud

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