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Poésie

Posts Tagged ‘amour’

CLOUÉE (Marina Tsetaeva)

Posted by arbrealettres sur 17 août 2019




Illustration: Salvador Dali

    
CLOUÉE

Clouée au pilori de la honte
D’une conscience ancestrale,
Serpent au coeur et marque rouge au front,
Je dois crier mon innocence.

J’affirme que règne dans mon coeur
La paix sereine d’une communiante.
Et que, main tendue, sans pudeur
J’ai mendié sur les places le bonheur.

Fouillez vous-mêmes tous mes coffres
Suis-je devenue aveugle ? Dites,
Où est l’argent, où l’or ? Car dans ma main
Je tiens — quoi ? Une poignée de poussière.

C’est tout ce que j’ai su, mendiante flatteuse,
Reprendre à ceux qui tiennent le bonheur
Et que j’emporterai dans le creux de ma main,
Au pays des amours silencieuses.

(Marina Tsetaeva)

 

Recueil: Mon dernier livre 1940
Traduction: Véronique Lossky
Editions: Cerf

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Peut-être l’amour (Tawara Machi)

Posted by arbrealettres sur 14 août 2019



De ta main gauche chacun de mes doigts
un à un tu les cherches et ce geste même
est peut-être l’amour

(Tawara Machi)


Illustration: Rodin

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Cet amour (Claude Adelen)

Posted by arbrealettres sur 13 août 2019



Il m’étouffe je suis entré dans ce
Silence entrée désespérée dans cet
Amour dans l’effroi qu’il puisse si vite
Mourir terreur torturante de perdre
Cet amour dans ce silence et plus rien
Ne me distrait de vous plus rien qu’écrire
Mon amour prononcer mon amour dans
Le blanc silencieux de cette lettre
Ne pas sortir du silence jamais
De toute ma vie rien à quoi je puisse
Tant tenir « même si vous ne devez
Plus jamais reprendre ma main dans la
Vôtre ».

(Claude Adelen)

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Chanson (Stuart Merrill)

Posted by arbrealettres sur 13 août 2019



 

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Chanson

A l’heure du réveil des sèves
L’Amour, d’un geste las,
Sème les rimes et les rêves
Parmi les lis et les lilas.

La brise, soeur des hirondelles,
Déferle son essor,
Et frôle de mille coups d’ailes
Les corolles d’azur et d’or.

Amour, pour fêter ta victoire
Les cieux se sont fleuris,
Et mai t’auréole de gloire,
O roi des Roses et des Ris !

(Stuart Merrill)

Illustration: Sol Halabi

 

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Un mot sans amour (Tawara Machi)

Posted by arbrealettres sur 13 août 2019



Un mot sans amour…
Plus que des dizaines de mots d’amour
voilà qui me soucie

(Tawara Machi)

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O mon amour il n’est rien que nous aimons (Georges Schehadé)

Posted by arbrealettres sur 13 août 2019



O mon amour il n’est rien que nous aimons
Qui ne fuie comme l’ombre
Comme ces terres lointaines où l’on perd son nom
Il n’est rien qui nous retienne
Comme cette pente de cyprès où sommeillent
Des enfants de fer bleus et morts

(Georges Schehadé)

Illustration: Vincent Van Gogh

 

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Clair de lune (Jules Laforgue)

Posted by arbrealettres sur 10 août 2019



 

Clair de lune

Penser qu’on vivra jamais dans cet astre,
Parfois me flanque un coup dans l’épigastre.

Ah ! tout pour toi, Lune, quand tu t’avances
Aux soirs d’août par les féeries du silence !

Et quand tu roules, démâtée, au large
A travers les brisants noirs des nuages !

Oh ! monter, perdu, m’étancher à même
Ta vasque de béatifiants baptêmes !

Astre atteint de cécité, fatal phare
Des vols migrateurs des plaintifs Icares !

Oeil stérile comme le suicide,
Nous sommes le congrès des las, préside ;

Crâne glacé, raille les calvities
De nos incurables bureaucraties ;

O pilule des léthargies finales,
Infuse-toi dans nos durs encéphales !

O Diane à la chlamyde très-dorique,
L’Amour cuve, prend ton carquois et pique

Ah ! d’un trait inoculant l’être aptère,
Les coeurs de bonne volonté sur terre !

Astre lavé par d’inouïs déluges,
Qu’un de tes chastes rayons fébrifuges,

Ce soir, pour inonder mes draps, dévie,
Que je m’y lave les mains de la vie !

(Jules Laforgue)

Illustration: Caroline Duvivier

 

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Oh tu pleures (Pierre-Jean Jouve)

Posted by arbrealettres sur 10 août 2019



Oh tu pleures. Silence obscur larme perdue
Et fleur de la maison sous le nuage noir
Et la menace de la mort d’antique nue
Le drapeau de la honte avec le ciel du soir,

Tu pleures. Des brillants descendent sur ta pierre
Et touchent à ton sein. Les miracles lointains
Sont errants et l’amour voit périr ta paupière
O toi qui inspirais le poète prochain

Dans une odeur de bois augustes et de livres
Regardant des trésors par d’anciens carreaux
Mère de notre amour et Vierge qui ne livres

Pas le secret de liberté mystique et beau
Mais conserves l’hymen sous la robe de pierre
Et rêves l’éternel pardon comme du lierre.

(Pierre-Jean Jouve)

 

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Tu bougeais mon enfant secret (Marie-Jeanne Durry)

Posted by arbrealettres sur 10 août 2019



Tu bougeais mon enfant secret.
Te retournais-tu au fond de moi ?
Ta main naissante m’effleurait.
Muette dans l’ombre j’épiais ton souffle à venir.

Jamais je n’oublierai ta caresse si légère,
au plus obscur du sang, au plus nocturne de l’amour.
Tu te rendormais je ne savais plus si j’étais vivante.

Mais tout à coup le plumage enfoui frissonnait de nouveau,
et la noirceur autour de moi était d’une telle transparence
que j’aurais pu voler.

(Marie-Jeanne Durry)

Illustration 

 

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CHANSON POUR MA MORT (Manuel Bandeira)

Posted by arbrealettres sur 10 août 2019



 

CHANSON POUR MA MORT

Bien que natif du Nord,
Ne suis brave ni fort.
La vie, je l’ai aimée
Et veux t’aimer, ô mort,
— Ma mort, et cependant
Je ne te choisirai.

D’amour j’eus dans ma vie
Autant qu’amour se peut :
J’aimai, sans être aimé,
Etant aimé, j’aimai.
Mort, en toi j’oublierai
Aujourd’hui qu’en ma vie
Je n’ai rien fait qu’aimer.

Je sais, c’est ennuyeux
De mourir, mais mourrai
— Quand tu seras servie —
Sans d’immenses regrets
De cette amère vie,
Que j’ai, pourtant, aimée.

(Manuel Bandeira)

Illustration: Ibara

 

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