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Posts Tagged ‘amour’

Le mot sens (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 22 juillet 2017



sens

Le mot sens

Ce mot polysémique est un diamant du vocabulaire français.
Comprimé en une seule syllabe, il donne lieu à trois définitions,
à savoir: sensation, direction et signification.
Ces trois définitions marquent en réalité les trois étapes,
ou les trois étages, de notre existence.
Et c’est justement à la lumière de la beauté
que ces trois définitions acquièrent leurs sens plénier.

En effet, la beauté a le don de provoquer en nous les ressentis les plus forts et les plus immédiats,
des ressentis aussi bien charnels qu’émotionnels.
Imprégné des sensations nées de ses ressentis,
notre être se sent attiré par la présence de la beauté et d’instinct va vers elle.
Ce faisant, il s’oriente vers une certaine direction.
Or, dès que notre existence prend une direction, elle prend sens.
Et lorsque cette direction ouvre sur un état d’harmonie et de communion,
autrement dit un état d’amour, ce qui est le cas de la beauté,
notre existence atteint sa plus haute signification,
parce que c’est alors qu’elle fait signe à la vraie vie;
et la vraie vie, à son tour, lui fait signe.

(François Cheng)

 

 

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Très-aimée (Breyten Breytenbach)

Posted by arbrealettres sur 21 juillet 2017




    
Très-aimée, je t’envoie une tourterelle vermeille
car personne ne tire sur un messager rouge
je lance haut dans l’air ma tourterelle vermeille je sais
que tous les chasseurs la prendront pour le soleil
vois, ma tourterelle s’élève ma tourterelle s’incline
sur son passage les océans scintillent
les arbres verdissent
elle bronze mon message sur ta peau

car mon amour voyage avec toi
mon amour s’attache à toi tel un ange
comme une aile, candide comme un ange
je te prie, prends mon amour
comme une voilure enveloppante

(Breyten Breytenbach)

 

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Etonnement devant le Jour (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 21 juillet 2017



Illustration: Frederick Carl Frieseke
    
Etonnement devant le Jour

Mes yeux sont éblouis du jour que je revois !
L’ayant cru défier pour la dernière fois.

Mes yeux sont étonnés de revoir cette aurore,
Ainsi, moi qui souffris autant, je vis encore !

Je vis encor, je souffre et peux encor souffrir…
Sans exhaler mon coeur dans un dernier soupir !

Mais comment puis-je ainsi voir la lumière en face,
Moi dont le coeur est lourd et dont l’âme est si lasse ?

O mon destin mauvais… Je suis devant l’amour
Un adversaire nu… Voici venir le jour !…

Moi donc l’être est plus las que le dernier automne
Qui se meurt sur Ies lacs, je vis… Et je m’étonne !

(Renée Vivien)

 

Recueil: Dans un coin de violettes
Editions: E. SANSOT & Cie

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Pour le Lys (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 21 juillet 2017



Illustration: Malinowski
    
Pour le Lys

O Toi, Femme que j’aime ! O Lys irréprochable !
Très chère qu’on ne peut approcher qu’à genoux,
Lève sur moi tes yeux si doux et ton front doux !
Et que le repas soit comme la Sainte Table.

Réveille, avec ta voix, mes rêves somnolents.
Voyant mon front fiévreux, accablé par les rêves,
Toute droite, dans la pourpre et l’or tu te lèves,
Toujours silencieuse, avec tes gestes lents.

O l’Image divine ! O la Femme que j’aime !
Qui fais que je m’éveille avec la face au jour
Et qui, par le pouvoir immense de l’amour,
As fait que le matin m’est apparu moins blême.
O puissance ! ô beauté de la Femme que j’aime !

(Renée Vivien)

 

Recueil: Dans un coin de violettes
Editions: E. SANSOT & Cie

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Amour, toi le Larron… (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 21 juillet 2017



Illustration: Marc Chagall
    
Amour, toi le Larron…

Amour, toi, le larron éternel, qui dérobes
Les lourds trésors des coeurs et le secret des robes !

Tu te glisses et te dissimules la nuit,
Et ton pas est le pas du traître qui s’enfuit…

Ton pas est plus léger que le doux pas du Songe !
Et l’on n’entend jamais ce bruit sournois qui ronge.

N’as-tu point d’amitié ? N’as-tu point de raison ?
Voici que s’insinue en mon coeur ton poison.

Epargne-moi ! Vois mon visage et mon front blême…
Mon ennemi. l’Amour, je te hais et je t’aime.

(Renée Vivien)

 

Recueil: Dans un coin de violettes
Editions: E. SANSOT & Cie

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Veillée heureuse (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 21 juillet 2017



Illustration: Andrzej Malinowski

    
Veillée heureuse

J’épie, avec amour, ton sommeil dans la nuit :
Ton front a revêtu la majesté de l’ombre,
Tout son enchantement et son prestige sombre…
Et l’heure, comme une eau nocturne, coule et fuit !

Tu dors auprès de moi, comme un enfant… J’écoute
Ton souffle doux et faible et presque musical
S’élevant, s’abaissant, selon un rythme égal…
Ton âme, loin de moi, suit une longue route…

Tes yeux lassés sont clos, ô visage parfait !
Te contemplant ainsi, j’écoute, ô mon amante !
Comme un chant très lointain ton haleine dormante,
Je l’entends, et mon coeur est doux et satisfait.

(Renée Vivien)

Recueil: Dans un coin de violettes
Editions: E. SANSOT & Cie

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Essor d’une Mouette (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 21 juillet 2017



Illustration
    
Essor d’une Mouette

Aidez-moi dans ma fuite, ô les beaux vents fidèles !
Car je sens remuer en moi mes longues ailes !

Et sans craindre l’effroi des espaces amers,
J’obéis à l’appel impérieux des mers !

Je ne sais où j’irai, ni quel souffle m’emporte…
Mais je ne reviendrai que triomphante ou morte,

Je n’obéis qu’à vous, à votre étrange loi.
Me voici prête pour la fuite… Portez-moi !

J’ignore où j’errerai, mais j’ai l’amour de vous,
O despotiques vents divinement jaloux !

Je n’ai pu qu’entrevoir la lueur de vos faces,
Mais mon coeur est saisi par vos griffes tenaces.

O vous qui demeurez mon amour éternel,
Emportez-moi dans le ciel ouvert ! Dans le ciel !

(Renée Vivien)

 

Recueil: Dans un coin de violettes
Editions: E. SANSOT & Cie

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SANS MÉTAPHORE (Kazue Shinkawa)

Posted by arbrealettres sur 21 juillet 2017



 

Ana Cruz  Fruit-defendu

SANS MÉTAPHORE
HIYU DE NAKU

Les pêches après avoir mûri tombent : comme l’amour
L’incendie des dépôts des quais s’éteint : comme l’amour
Les matins du septième mois s’engourdissent : comme l’amour
Le porc dans la maison d’un pauvre tenancier maigrit : comme l’amour

Oh!
Sans métaphore
Moi l’amour
L’amour cette chose je la cherchais et

Des choses comme l’amour
J’en ai rencontré je ne sais combien mais
Elles ne pouvaient s’accrocher à moi
Pas plus qu’à un fétu de paille flottant sur la mer,
dans la paume de cette main

Aussi moi ai-je essayé de parler d’une autre façon
Mais après tout là également l’amour était une métaphore

L’amour : gouttes sucrées qui tombent une à une des pêches
L’amour : incendie des dépôts des quais poudre à explosion
flamme qui se dresse verticalement
l’amour : matins étincelants du septième mois
l’amour : un cochon qui grossit tout rond

Il me ferma la bouche avec ses lèvres
Et me prit dans ses bras cet homme
Ténèbres d’un parc Feuilles des arbres qui embaument Jet d’eau qui jaillit
Dans tous les sens c’était comme l’amour dans tous les sens

Les heures ont passé par-dessus les heures seules
Elles portaient une lame parfaitement aiguisée sur ma joue
Elles ont fait couler du sang

(Kazue Shinkawa)

Illustration: Ana Cruz

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À A… (René Char)

Posted by arbrealettres sur 21 juillet 2017




À A…

Tu es mon amour depuis tant d’années,
Mon vertige devant tant d’attente,
Que rien ne peut vieillir, froidir ;
Même ce qui attendait notre mort,
Ou lentement sut nous combattre,
Même ce qui nous est étranger,
Et mes éclipses et mes retours.

Fermée comme un volet de buis,
Une extrême chance compacte
Est notre chaîne de montagnes,
Notre comprimante splendeur.

Je dis chance, ô ma martelée ;
Chacun de nous peut recevoir
La part de mystère de l’autre
Sans en répandre le secret ;
Et la douleur qui vient d’ailleurs
Trouve enfin sa séparation
Dans la chair de notre unité,
Trouve enfin sa route solaire
Au centre de notre nuée
Qu’elle déchire et recommence.

Je dis chance comme je le sens.
Tu as élevé le sommet
Que devra franchir mon attente
Quand demain disparaîtra.

(René Char)

 

 

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Allons dans le Soir (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 21 juillet 2017



Allons dans le Soir

LE soir ranime un peu le parfum de ces fleurs.
Si vous le voulez bien, admirons-les ensemble.

Mon coeur est affranchi de ses vieilles douleurs
Et ma sérénité ne veille, ni ne tremble.

Il est tant de beauté sur la terre. Voyez,
Elle est belle, comme en sa naissance première.

Voici que, sous nos pas, des astres dévoyés
Jettent, superbement, leurs éclats de lumière.

Voici descendre enfin sur nous la belle nuit
Si douce à qui se meurt, à qui se désespère,

Où notre âme, fluide ainsi qu’une eau, s’enfuit
Sans ancres et sans mâts et sans points de repère.

Pour ceux qui sont lassés de l’azur et du jour,
Le soir est un asile, un sanctuaire, un temple.

… Pourquoi me parlez-vous d’amour, toujours d’amour ?
Je suis tranquille et suis assise et je contemple.

(Renée Vivien)

Illustration: Alphonse Osbert

 

 

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