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Posts Tagged ‘attirer’

SOUCOUPES DU CIEL (Many-Leib)

Posted by arbrealettres sur 18 novembre 2019




    
SOUCOUPES DU CIEL

Tu commenças de naître à ton propre destin
Par sa nuit nuptiale, en ta mère adorée,
Étroitesse et touffeur du ventre vénéré
D’où, doré de désir, en ce monde tu vins

Pour aimer la splendeur parfaite de son sein,
Sa tiède plénitude – ô tournesols si tendres,
Soucoupes qui du ciel pour toi semblent descendre
À ta langue portant le nectar le plus fin.

Par le lait maternel tu devins grand et beau.
D’une tête plus haut que ta mère, et plus haut
Que ces filles au bal à ta danse soumises,

Et tu aimes chacune, et te plaît l’éventail
De leur robe attirant l’odeur et le nectar
Des soucoupes du ciel qui te furent promises.

(Many-Leib)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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A NAGEOIRES (Boris Vian)

Posted by arbrealettres sur 18 octobre 2019



Illustration: Teofil Kwiatkowski
    
A NAGEOIRES

La Sirène est une bête, blonde en général
Qui se choisit un coin dans une mer fréquentée
Et s’étend sur un gros caillou
En guettant les hardis navigateurs
Pour des motifs extra-nautiques.

La Sirène gueule comme un putois
Tout d’abord, pour attirer les hommes
Mais en réalité, afin d’également prouver
Qu’elle n’est pas un vrai poisson.

Malgré ce complexe d’infériorité
Elle n’hésite jamais à faire des avances aux gros capitaines poilus
Mais la Sirène n’a pas de veine
Car depuis Monsieur Dufrenne
On sait que les marins ont (parfois) de mauvaises moeurs.

(Boris Vian)

 

Recueil: Cantilènes en gelée
Traduction:
Editions: Le Livre de poche

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SONNET DE LASSITUDE (André Berry)

Posted by arbrealettres sur 16 octobre 2019




    
SONNET DE LASSITUDE

Je suis las d’être au gîte et suis las d’être errant,
Je suis las de mon masque et de mon vrai visage,
Je suis las d’être fou, je suis las d’être sage,
Je suis las d’être instruit, et las d’être ignorant.

Je suis las de déplaire et las d’être attirant,
Et las d’être fidèle et las d’être volage,
Je suis las d’être jeune et je suis las de l’âge,
Et je suis las de vivre et las d’être mourant.

Je suis las d’être moi, seul dans ma solitude,
Et las de mes pareils, las de leur lassitude;
Je suis las du hourrah, je suis las de l’hélas,

Las du temps qui recule et de l’heure indolente,
Las de la longueur longue et de la lenteur lente,
Las du lent, las du long, las du loin, las du las.

(André Berry)

 

Recueil: Poèmes involontaires suivi du Petit Ecclésiaste
Traduction:
Editions: René Julliard

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LE CORPS FAIT ARBRE (François Mauriac)

Posted by arbrealettres sur 13 octobre 2019



LE CORPS FAIT ARBRE

Le parfum de ta robe attire les abeilles,
Plus que les fruits mangés que ta sandale broie.
Accueillons cet élan de végétale joie,
Ce silence de la campagne où Pan sommeille.

Rêve que désormais immobile, sans âge,
Les pieds enracinés et les mains étendues,
Tu laisses s’agiter aux orageuses nues
Une chevelure odorante de feuillage.

Les guêpes voleront sur toi sans que s’émeuve
L’écorce de ta chair où la cigale chante,
Et ton sang éternel sera, comme les fleuves,
La circulation de la terre vivante.

(François Mauriac)

Illustration: Raipun

 

 

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Ton corps dans sa nudité (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 25 août 2019



Ton corps dans sa nudité

Ton cœur captif
Rêve d’évasion.
Impudique
Ton corps attire
La clarté nonchalante
D’une lampe qui déplace
Des taches de lumière
Et des ombres furtives
Dans une maison mystérieuse
Où règne une paix passagère
Et dont les vitres fébriles
S’ouvrent sur le mystère des eaux.

Une lumière impassible éclaire
Les contours indécis d’un tableau
Où se profilent tes traits harmonieux
Et ton regard capte des images
Venues d’ailleurs
Peut-être des limites de l’espace.

Alors que j’erre dans l’aube forestière
Tu te livres au repos
Nue dans la sérénité de ton corps.

Notre rencontre scellera
L’union du charme et de l’esprit
Du rêve et de la réalité
Et nous connaîtrons des saisons sanctifiées.

(Jean-Baptiste Besnard)

Illustration: Pascal Renoux

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Union des corps (Rabindranath Tagore)

Posted by arbrealettres sur 11 juillet 2019



Illustration: Christophe Merlot
    
Union des corps

Chaque membre réclame chaque membre.
L’union de l’esprit appelle l’union des corps.
Le corps possédé par le coeur sous la pression du coeur
Languit de s’évanouir dans ton corps.
Les yeux sans cesse attirés par tes yeux,
Les lèvres cherchent à mourir à l’intérieur de tes lèvres.
L’âme assoiffée qui gémit amèrement
Pour te contempler avec chaque membre.
Le coeur dissimulé dans la mare du corps,
Sur son bord éternellement je verse mes larmes.
Remplissant de tous mes membres la soif du coeur
Je plongerai au fond du mystère du corps.
Jour et nuit mon esprit, mon corps pour toujours
Seront absorbés par chacun de tes membres.

***

Bodies meeting

Each limb craves for every limb.
Ûnion of spirit looks for union of bodies.
Body possessed by heart with the weight of heart
Longs to faint into your body.
Eyes endlessly drawn by your eyes,
Lips want to die inside your lips.
Thirsty the soul is bitterly wailing
To contemplate you with every limb.
Heart concealed in the pool of body,
Eternally I keep on weeping on its bank.
Pouring all my limbs in the yearning heart
I shall plunge into the mystery of body.
Day and night, my mind, my body for ever
Will get absorbed in each of your limbs.

(Rabindranath Tagore)

 

Recueil: Tantôt Dièse, Tantôt Bémol
Traduction: Prithwindra Mukherjee
Editions: Shahitya Prakash

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La pierre aqueuse (Rémy Belleau)

Posted by arbrealettres sur 15 mai 2019


 


Annabelle Verhoye 7

 

La pierre aqueuse

C’était une belle brune
Filant au clair de la lune,
Qui laissa choir son fuseau
Sur le bord d’une fontaine,
Mais courant après sa laine
Plongea la tête dans l’eau,

Et se noya la pauvrette
Car à sa voix trop faiblette
Nul son désastre sentit,
Puis assez loin ses compagnes
Parmi les vertes campagnes
Gardaient leur troupeau petit.

Ah ! trop cruelle aventure !
Ah ! mort trop fière et trop dure !
Et trop cruel le flambeau
Sacré pour son hyménée,
Qui l’attendant, l’a menée
Au lieu du lit, au tombeau.

Et vous, nymphes fontainières
Trop ingrates et trop fières,
Qui ne vîntes au secours
De cette jeune bergère,
Qui faisant la ménagère
Noya le fil de ses jours.

Mais en souvenance bonne
De la bergère mignonne,
Emus de pitié, les dieux
En ces pierres blanchissantes
De larmes toujours coulantes
Changent l’émail de ses yeux.

Non plus yeux, mais deux fontaines,
Dont la source et dont les veines
Sourdent du profond du coeur ;
Non plus coeur, mais une roche
Qui lamente le reproche
D’Amour et de sa rigueur.

Pierre toujours larmoyante,
A petit flots ondoyante,
Sûrs témoins de ses douleurs ;
Comme le marbre en Sipyle
Qui se fond et se distille
Goutte à goutte en chaudes pleurs.

Ô chose trop admirable,
Chose vraiment non croyable,
Voir rouler dessus les bords
Une eau vive qui ruisselle,
Et qui de course éternelle,
Va baignant ce petit corps !

Et pour le cours de cette onde
La pierre n’est moins féconde
Ni moins grosse, et vieillissant
Sa pesanteur ne s’altère :
Ainsi toujours demeure entière
Comme elle était en naissant.

Mais est-ce que de nature
Pour sa rare contexture
Elle attire l’air voisin,
Ou dans soi qu’elle recèle
Cette humeur qu’elle amoncelle
Pour en faire un magasin ?

Elle est de rondeur parfaite,
D’une couleur blanche et nette
Agréable et belle à voir,
Pleine d’humeur qui ballotte
Au dedans, ainsi que flotte
La glaire en l’oeuf au mouvoir.

Va, pleureuse, et te souvienne
Du sang de la plaie mienne
Qui coule et coule sans fin,
Et des plaintes épandues
Que je pousse dans les nues
Pour adoucir mon destin.

(Rémy Belleau)

Illustration: Annabelle Verhoye

 

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AUTOMNE À COGOLIN (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 15 avril 2019



Illustration: Michelle Auboiron  
    
AUTOMNE À COGOLIN

Là, le soir qui vient
Ici une fenêtre
Plus près la pluie
Plus loin une lampe
une autre
deux autres
plusieurs.
Est-ce le jour, la nuit ?
Est-ce que je suis toujours — ou jamais ?
Et de si peu que rien
ferai-je quelque chose ?

LÀ-BAS dorment les chênes-lièges
où gîtent depuis cent mille ans
les druides les fées les salamandres
LÀ résonne la fêlure de l’horloge
ici court un passant
trempé par l’averse
mais indifférent content
songeant, se souvenant.
Ma voix que j’entends mal
répète encore ces mots :
ICI LA-BAS
TOUJOURS JAMAIS

Mais qui donc sous ce porche espère ?
L’ombre elle aussi déjà
sous les voûtes s’amasse et sourit.
Qu’est-ce qui m’attire au fond de ce rien,
de cet instant qui s’efface ?

Je n’entends plus
Je suis le silence j’attends.
Gerbe où je suis tombé
arraché déchiré
sur le point de saisir
sur le point de sauver
dans l’ombre de velours
un objet sans valeur et sans prix
vérité attendue inconnue
reconnue
connaissance comblée épuisée

peu de chose pour tout.

(Jean Tardieu)

 

Recueil: L’accent grave et l’accent aigu
Traduction:
Editions: Gallimard

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CONFIDENCES (André Spire)

Posted by arbrealettres sur 18 mars 2019



 

Alexander Daniloff

CONFIDENCES

Les cœurs bavardent, les cœurs se disent
Tu bats trop fort…
— Toi, tu bats trop lentement.
— J’ai battu si vite, si vite !
— Et moi pas assez encore…
Tout m’appelle,
Tout m’attire, m’entraine,
Les femmes, les larmes, les livres,
Les villes, les fleuves, le ciel.

(André Spire)

Illustration: Alexander Daniloff

 

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Autrefois l’éphémère m’attirait (Jacques Werup)

Posted by arbrealettres sur 20 janvier 2019



Autrefois l’éphémère m’attirait
A présent c’est l’éphémère que j’attire.
Rongé moi aussi, par le temps.

(Jacques Werup)

Illustration: ArbreaPhotos

 

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