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Poésie

Posts Tagged ‘embarras’

Ouvrir les mains (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 9 mars 2019



Il ne suffit pas de lever les mains,
Ni de les abaisser
ou de dissimuler ces deux gestes
sous les embarras intermédiaires.

Aucun geste n’est suffisant,
même s’il s’immobilise comme un défi.

Reste une seule solution possible:
ouvrir les mains
comme si elles étaient des feuilles.

(Roberto Juarroz)

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Et nous, les deux fois nés d’aujourd’hui (Hilda Doolittle)

Posted by arbrealettres sur 23 juillet 2018



Les murs ne tombent pas
[14]

Et nous, les deux fois nés d’aujourd’hui,
avons pourtant nos mauvais moments quand

traînant la vaine
bogue du moi derrière nous,

nous sommes obligés d’avouer
malaise et embarras ;

nous tirons sur cette coquille morte,
luttons mais il nous faut attendre

que le nouveau Soleil sèche
les humeurs de l’ancien corps ;

maladroits, nous traînons cette vieille
volonté, vieille volition, vieille habitude

partout avec nous ;
nous sommes ces gens,

nostalgiques, entêtés, ironiques,
qui ne veulent rien savoir

de la reconstruction d’un monde neuf,
dans la confédération du travail,

des questions de pratique en art
et du catalogage des utilités :

ô, ne regardez pas
dans l’air,

vous qui êtes pris
dans l’amas labyrinthique

de sable déroutant
des efforts de notre temps ;

vous serez, moins effrayés
que paralysés par l’inaction,

et d’ailleurs,
nous n’avons pas rampé bien haut

sur notre brin d’herbe individuel
vers notre étoile individuelle.

***

Yet we, the latter-day twice-born,
have our bad moments when

dragging the forlorn
husk of self after us,

we are forced to confess to
malaise and embarrassment;

we pull at this dead shell,
struggle but we must wait

till the new Sun dries off
the old-body humours;

awkwardly, we drag this stale
old will, old volition, old habit

about with us;
we are these people,

wistful, ironical, wilful,
who have no part in

new-world reconstruction,
in the confederacy of labour,

the practical issues of art
and the cataloguing of utilities:

O, do not look up
into the air,

you who are occupied
in the bewildering

sand-heap maze
of present-day endeavour;

you will be, not so much frightened
as paralysed with inaction,

and anyhow,
we have not crawled so very far

up our individual grass-blade
toward our individual star.

(Hilda Doolittle)

Illustration: Vladimir Kush

 

 

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EMBARRAS MATINAL (Nikiforos Vrettakos)

Posted by arbrealettres sur 3 mai 2018




    
EMBARRAS MATINAL

Le sol ondule autour
de mes pieds. Les fleurs sauvages
dans leur multitude, me font obstacle,
me barrent la route
m’empêchent de passer.
Je me sens embarrassé.
J’ai l’impression que m’entourent des milliers
de jolis petits poèmes.

Étudiant toute ma
vie la perfection,
je pense immobile
à la modicité de mes vers.

(Nikiforos Vrettakos)

 

Recueil: LA MYTHOLOGIE DES FLEURS
Traduction: N. Lygeros
Editions:

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LE TRAVAIL CONTINU (Raymond Queneau)

Posted by arbrealettres sur 13 décembre 2017




    
LE TRAVAIL CONTINU

À l’ombre du mot tilbury
se reposait un soir de juin
un homme qui tentait d’enter
un vers marron sur de la prose
Cette opération monstrueuse
l’occupait de telle façon
qu’il ne vit point passer la phrase
qui l’aurait tiré d’embarras
Il s’acharnait en grommelant
cependant que sous le ciel rose
la lune d’un pas turbulent
traversait des nuages lyriques
Lorsque l’entracte fut fini
l’horticulteur pédagogique
remit dans l’ombre le lexique
et saisissant sa douce hie
il se pencha de nouveau sur
son travail presque minéral
Paveurs Pavés êtes ainsi
lorsque tombe le crépuscule
l’écho des poètes passés
dans cette rue presque nocturne

(Raymond Queneau)

 

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LE SEIN (Evariste Parny)

Posted by arbrealettres sur 4 juillet 2017



    

LE SEIN

Justine reçoit son ami
Dans un cabinet solitaire.
Sans doute il sera téméraire?
Oui ; mais seulement à demi :
On jouit alors qu’on diffère.

Il voit, il compte mille appas,
Et Justine était sans alarmes ;
Son ignorance ne sait pas
A quoi serviront tant de charmes.

Il soupire et lui tend les bras :
Elle y vole avec confiance ;
Simple encore et sans prévoyance,
Elle est aussi sans embarras.

Modérant l’ardeur qui le presse,
Valsin dévoile avec lenteur
Un sein dont l’aimable jeunesse
Venait d’achever la rondeur ;

Sur des lis il y voit la rose ;
Il en suit le léger contour ;
Sa bouche avide s’y repose ;
Il réchauffe de son amour ;

Et tout à coup sa main folâtre
Enveloppe un globe charmant
Dont jamais les yeux d’un amant
N’avaient même entrevu l’albâtre.

C’est ainsi qu’à la volupté
Valsin préparait la beauté
Qui par lui se laissait conduire :

Il savait prendre un long détour.
Heureux qui s’instruit en amour
Et plus heureux qui peut instruire

(Evariste Parny)

 

Recueil: Poètes du Baiser
Editions: Société des Éditions LOUIS-MICHAUD

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Que voulez-vous que je fasse du monde (Jules Supervielle)

Posted by arbrealettres sur 16 décembre 2016



 

Que voulez-vous que je fasse du monde
Puisque si tôt il m’en faudra partir.
Le temps d’un peu saluer à la ronde,
De regarder ce qui reste à finir,
Le temps de voir entrer une ou deux femmes
Et leur jeunesse où nous ne serons pas
Et c’est déjà l’affaire de nos âmes.
Le corps sera mort de son embarras.

(Jules Supervielle)

Illustration: Daniel Martineau

 

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Par trop de présence (Rilke)

Posted by arbrealettres sur 12 novembre 2016


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C’est le paysage longtemps, c’est une cloche,
c’est du soir la délivrance si pure;
mais tout cela en nous prépare l’approche
d’une nouvelle, d’une tendre figure…

Ainsi nous vivons dans un embarras très étrange
entre l’arc lointain et la trop pénétrante flèche:
entre le monde trop vague pour saisir l’ange
et Celle qui, par trop de présence, l’empêche.

(Rilke)

 

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Empêtré dans le gris (Bob Dylan)

Posted by arbrealettres sur 13 octobre 2016



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Empêtré dans le gris

Un matin tôt le soleil brillait,
J’étais couché au lit
A me demander si elle avait changé
Si ses cheveux étaient encore roux.
Ses vieux ils disaient que notre vie ensemble
Pour sûr serait dure
Ils n’avaient jamais aimé les robes maison de Maman
Le compte en banque de Papa n’était pas assez gros.
Et j’étais debout sur le bord de la route
La pluie me mouillait les chaussures
En partance pour la côte Est
Dieu sait que j’en ai bavé pour survivre,
Empêtré dans le gris.

Elle était mariée à notre première rencontre
En voie de divorcer
Je l’ai tirée d’embarras, je crois,
Mais j’y ai été un peu trop fort.
Nous avons conduit cette voiture aussi loin que nous pouvions
L’avons abandonnée dans l’Ouest
Avons rompu par une triste et sombre nuit
D’accord tous les deux qu’il valait mieux.
Elle s’est retournée pour me regarder
Comme je m’éloignais
Par-dessus l’épaule je l’ai entendu dire,
« Nous nous reverrons un jour sur la route »,
Empêtrés dans le gris.

J’ai eu un job dans les forêts du Grand Nord
Comme cuisinier quelque temps
Mais je n’ai jamais vraiment aimé ça
Et un jour le couperet est tombé.
Alors j’ai dérivé jusqu’à la Nouvelle-Orléans
Où par hasard j’ai été employé
A travailler un moment sur un bateau de pêche
Juste à la sortie de Delacroix.
Mais tout ce temps-là j’étais seul
Le passé était tout proche,
J’ai eu des femmes par dizaines
Mais elle ne s’est jamais évadée de ma tête, et je me suis encore plus
Empêtré dans le gris.

Elle travaillait dans un bar topless
J’y suis entré boire une bière,
Je n’arrêtai pas de regarder son profil
Dans la clarté des spots.
Plus tard comme la foule se dispersait
J’étais sur le point d’en faire autant,
Elle se tenait là derrière ma chaise
Et dit « J’connaîtrai pas ton nom? »
J’ai marmonné quelque chose dans ma barbe,
Elle étudiait les traits de mon visage.
Je dois avouer que je me sentais un peu mal à l’aise
Comme elle se courbait pour nouer mes lacets de soulier,
Empêtré dans le gris.

Elle a allumé un brûleur au fourneau et m’a offert une pipe
« J’croyais qu’tu dirais jamais bonjour » dit-elle
« T’as l’air d’un silencieux ».
Puis elle ouvrit un livre de poèmes
Et me le tendit
C’était écrit par un poète italien
Du treizième siècle.
Et chacun de ces mots sonnait juste
Et luisait comme des charbons ardents
Ils se déversaient de chaque page
Comme si c’était gravé dans mon âme rien que pour toi,
Empêtrée dans le gris.

Je vivais avec eux sur la rue Montague
Au sous-sol en bas des marches,
Il y avait de la musique dans les cafés le soir
Et la révolution dans l’air.
Puis il commença à faire du trafic d’esclaves
Et quelque chose mourut en lui.
Elle dût vendre tous ses biens
Et se glaça en dedans.
Et quand enfin ils touchèrent le fond
Je me repliai en moi-même,
La seule chose que je savais faire
C’était de continuer comme un oiseau en vol,
Empêtré dans le gris.

Voilà, je repars à nouveau,
Il faut que je la voie d’une façon ou d’une autre.
Tous les gens qu’on connaissait
Ne sont qu’illusion pour moi désormais.
Certains sont mathématiciens
D’autres sont femmes de charpentiers.
Je ne sais pas comment tout ça a commencé
Je ne sais pas ce qu’ils font de leurs vies.
Mais moi, je suis toujours sur la route
En direction d’un autre joint
On se sentait vraiment pareils,
On avait juste des points de vue différents,
Empêtrés dans le gris.

***

Tangled Up In Blue

Early one mornin’ the sun was shinin’,
I was layin’ in bed
Wond’rin’ if she’d changed at all
If her hair was still red.
Her folks they said our lives together
Sure was gonna be rough
They never did like Mama’s homemade dress
Papa’s bankbook wasn’t big enough.
And I was standin’ on the side of the road
Rain fallin’ on my shoes
Heading out for the East Coast
Lord knows I’ve paid some dues gettin’ through,
Tangled up in blue.

She was married when we first met
Soon to be divorced
I helped her out of a jam, I guess,
But I used a little too much force.
We drove that car as far as we could
Abandoned it out West
Split up on a dark sad night
Both agreeing it was best.
She turned around to look at me
As I was walkin’ away
I heard her say over my shoulder,
« We’ll meet again someday on the avenue, »
Tangled up in blue.

I had a job in the great north woods
Working as a cook for a spell
But I never did like it all that much
And one day the ax just fell.
So I drifted down to New Orleans
Where I happened to be employed
Workin’ for a while on a fishin’ boat
Right outside of Delacroix.
But all the while I was alone
The past was close behind,
I seen a lot of women
But she never escaped my mind, and I just grew
Tangled up in blue.

She was workin’ in a topless place
And I stopped in for a beer,
I just kept lookin’ at the side of her face
In the spotlight so clear.
And later on as the crowd thinned out
I’s just about to do the same,
She was standing there in back of my chair
Said to me, « Don’t I know your name? »
I muttered somethin’ underneath my breath,
She studied the lines on my face.
I must admit I felt a little uneasy
When she bent down to tie the laces of my shoe,
Tangled up in blue.

She lit a burner on the stove and offered me a pipe
« I thought you’d never say hello, » she said
« You look like the silent type. »
Then she opened up a book of poems
And handed it to me
Written by an Italian poet
From the thirteenth century.
And every one of them words rang true
And glowed like burnin’ coal
Pourin’ off of every page
Like it was written in my soul from me to you,
Tangled up in blue.

I lived with them on Montague Street
In a basement down the stairs,
There was music in the cafes at night
And revolution in the air.
Then he started into dealing with slaves
And something inside of him died.
She had to sell everything she owned
And froze up inside.
And when finally the bottom fell out
I became withdrawn,
The only thing I knew how to do
Was to keep on keepin’ on like a bird that flew,
Tangled up in blue.

So now I’m goin’ back again,
I got to get to her somehow.
All the people we used to know
They’re an illusion to me now.
Some are mathematicians
Some are carpenter’s wives.
Don’t know how it all got started,
I don’t know what they’re doin’ with their lives.
But me, I’m still on the road
Headin’ for another joint
We always did feel the same,
We just saw it from a different point of view,
Tangled up in blue.

(Bob Dylan)

 

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J’aime deviner (Pierre Ferran)

Posted by arbrealettres sur 21 mai 2016



Au jeu des couleurs
On se distrayait dans mon âge tendre.
J’ai toujours aimé;
Je ne trouvais pas!

– Cherche un pays bleu.
Je restais muet
– La Prusse… Cite des yeux vairs.
Je ne disais mot
On me répondait:
L’un mordoré, l’autre lilas!

Au jeu des couleurs
veux-tu que l’on joue?
Pose tes questions!…

– Mes prunelles sont
parme ou châtaines?
– Mes cheveux, dis-moi:
Blés mûrs dans les champs?
Aile de corbeau?
– Ma jupe, comment?
Citron? Anthracite? …
Non! Non! celle d’hier:
– Mon amour pour toi:
Amarante? Orange?

Et tu riais fort de mon embarras!

J’aime toujours jouer
au jeu des couleurs
mais je n’en sais qu’une!
Celle de ma peine:
gorge de perdrix
tuée par les chasseurs…

(Pierre Ferran)

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