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Posts Tagged ‘lutter’

Jusqu’à l’aube (Guy Lévis Mano)

Posted by arbrealettres sur 16 mai 2019



 

Jeanie Tomanek -escapevelocity

Jusqu’à l’aube j’irai pour mordre chaque atome de mes minutes.
Chaque mot que je jette sur le papier, c’est un mot en moins dans mon crâne.
Nous et toi. Moi et nous.
On a beau tourner les boutons… Il y a moi, toi — toi, moi…
Si on mélangeait, mais bien au chaud — toi et moi — moi en toi.
Mais les mots s’insinueront dans ton crâne et tout ce qu’ils feront
c’est de lutter avec tes mots sédentaires ou de coucher avec.

(Guy Lévis Mano)

Illustration: Jeanie Tomanek

 

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L’offense que tu m’as faite en rêve (Juan Ramón Jiménez)

Posted by arbrealettres sur 25 mars 2019



 

Kristoffer Zetterstrand whiteCloud

L’offense que tu m’as faite
en rêve, me fait toujours de l’ombre
— comme un nuage immobile —
dans le jour, sans fin.

Ah ! Quelle triste
insistance ; quelle bataille
immense, suffocante, inextinguible,
en je ne sais quoi de moi ! On dirait
que lutte mon secret, en mon inconscience,
avec ton mystère ;
qu’une moitié de moi, enterrée, lutte
avec cette moitié de toi qui voles !

***

La ofensa que me has hecho
en el sueño, me sigue echando sombra
—como una nube estacionada—
en el día, sin fin.

¡Ay, qué insistencia
tan triste; qué batalla
inmensa, sofocante, inestinguible,
en no sé qué de mí! Parece
que mi secreto lucha, en mi inconsciencia,
con tu misterio;
lque medio yo, enterrado, lucha
con media tú que vuelas!

(Juan Ramón Jiménez)

Illustration: Kristoffer Zetterstrand

 

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J’ai refusé de haïr (Su Dongpo)

Posted by arbrealettres sur 7 février 2019



On m’a foulé au pied
J’ai refusé de haïr

On m’a trainé dans la boue
J’ai refusé de haïr

On m’a accroché une pancarte au cou
J’ai refusé de haïr

Je lutte pour pouvoir écrire mon dernier mot
sur la porte d’un horizon lointain

(Su Dongpo)


Illustration: Mustapha Merchaoui

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Contre l’emprise du vert étouffant (Germain Droogenbroodt)

Posted by arbrealettres sur 26 janvier 2019




Illustration
    
Contre l’emprise
du vert étouffant luttent
les rhododendrons.

***

Tussen de overmacht
van wurgend groen vechtend
de rododendrons

***

Luchando contra
la asfixiante supremacía
los rododendros

***

Fighting, not yielding
to the green, the purple blooms
of rhododendrons

***

Con fiori rossi
lottano contro il verde
i rododendri

***

(Germain Droogenbroodt)

 

Recueil: Gouttes de rosée Cent haïkus
Traduction: Français Elisabeth Gerlache / Néerlandais l’original / Espagnol Rafael Carcelén / Anglais Stanley H. Barkan / Italien Silvia Pio / Japonais Taeko Uemura – Mariko Sumikura
Editions: POINT et Boeken Plan(P0ésie INTernationale)

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En ce pauvre et bel instant (Tomas Tranströmer)

Posted by arbrealettres sur 15 janvier 2019



 

Abrishami Hessam_pp

en ce pauvre et bel instant qui lutte
contre l’armée des secondes …

(Tomas Tranströmer)

Illustration: Abrishami Hessam

 

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Desiderata (Max Ehrmann)

Posted by arbrealettres sur 2 janvier 2019




    
Desiderata

Reste calme au milieu du bruit et de l’impatience
et souviens-toi de la paix qui découle du silence.

Autant que tu le peux, mais sans te renier,
sois en bons termes avec tout le monde.
Dis ce que tu penses, clairement, simplement;
et écoute les autres,
même les sots et les ignorants;
eux aussi ont quelque chose à dire.

Evite les gens grossiers et violents;
ils ne sont que tourments pour l’esprit.

Si tu te compares aux autres,
tu risques de devenir vaniteux ou amer,
il y aura toujours quelqu’un de plus grand ou de plus petit que toi.
Sois fier de ce que tu as fait et de ce que tu veux faire.
Aime ton métier, même s’il est humble;
c’est un bien précieux en notre époque trouble.

Sois prudent dans tes affaires,
car on pourrait te jouer de vilains tours.
Mais que ceci ne te rende pas aveugle à ce qu’il y a de beau;
bien des gens luttent pour un idéal et,
partout sur la Terre, on fait preuve de courage.

Sois toi-même, surtout dans tes affections.
Fuis par-dessus tout le cynisme en amour,
car il persiste même après avoir desséché ton cœur et désenchanté ton âme.

Permets-toi de t’enrichir de l’expérience des ans,
te défaisant progressivement de tes puérilités.
Affermis-toi pour faire face aux malheurs de la vie.
Mais ne te détruis pas par une imagination maladive;
bien des peurs prennent naissance dans la fatigue et la solitude.

Malgré la saine discipline qui s’impose,
sois bon envers toi-même.
Tu es un enfant de l’univers,
tout comme les arbres et les étoiles:
tu as le droit d’être ici.
Et même si cela n’est pas clair en toi,
sois assuré que tout se passe dans l’univers selon ses règles propres.

Par conséquent, sois en paix avec ton Dieu,
quelle que soit en toi son image.
Et par-delà tes peines et tes aspirations,
au milieu de la confusion de la vie,
sois en paix avec ton âme.

Dis-toi qu’en dépit de ses faussetés, de ses ingratitudes, de ses rêves brisés,
le monde est tout de même merveilleux.
Répands la bonne humeur. Et tâche d’être heureux.

***

Desiderata

Go placidly amid the noise and haste,
and remember what peace there may be in silence.
As far as possible without surrender
be on good terms with all persons.
Speak your truth quietly and clearly;
and listen to others,
even the dull and the ignorant;
they too have their story.

Avoid loud and aggressive persons,
they are vexations to the spirit.
If you compare yourself with others,
you may become vain and bitter;
for always there will be greater and lesser persons than yourself.
Enjoy your achievements as well as your plans.

Keep interested in your own career, however humble;
it is a real possession in the changing fortunes of time.
Exercise caution in your business affairs;
for the world is full of trickery.
But let this not blind you to what virtue there is;
many persons strive for high ideals;
and everywhere life is full of heroism.

Be yourself.
Especially, do not feign affection.
Neither be cynical about love;
for in the face of all aridity and disenchantment
it is as perennial as the grass.

Take kindly the counsel of the years,
gracefully surrendering the things of youth.
Nurture strength of spirit to shield you in sudden misfortune.
But do not distress yourself with dark imaginings.
Many fears are born of fatigue and loneliness.
Beyond a wholesome discipline,
be gentle with yourself.

You are a child of the universe,
no less than the trees and the stars;
you have a right to be here.
And whether or not it is clear to you,
no doubt the universe is unfolding as it should.

Therefore be at peace with God,
whatever you conceive Him to be,
and whatever your labors and aspirations,
in the noisy confusion of life keep peace with your soul.

With all its sham, drudgery, and broken dreams,
it is still a beautiful world.
Be cheerful.
Strive to be happy.

(Max Ehrmann)

 

Recueil: Desiderata of Happiness
Traduction: Hubert Claes
Editions:

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Crépuscule (Charles Baudelaire)

Posted by arbrealettres sur 19 novembre 2018



Crépuscule

Crépuscule, comme vous êtes doux et tendre!
Les lueurs roses qui traînent encore à l’horizon
comme l’agonie du jour sous l’oppression victorieuse de sa nuit,
les feux des candélabres qui font des taches d’un rouge opaque
sur les dernières gloires du couchant,
les lourdes draperies qu’une main invisible attire des profondeur de l’Orient,
imitent tous les sentiments compliqués
qui luttent dans le cœur de l’homme aux heures solennelles de la vie.

(Charles Baudelaire)

Illustration

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Une rumeur à peine audible (Charles Juliet)

Posted by arbrealettres sur 25 juillet 2018



Illustration: Gao Xingjian
    
une rumeur
à peine audible
mêlée à une poussée
un appel

elle hausse le ton
se précise

des mots étouffés
vite perdus

je me sonde
les cherche
tâtonne
au sein du silence
qui les a repris

ce qui voudrait
éclore
ne cesse de coaguler
se défaire
se recomposer

ne cesse de s’absenter
et de réapparaître

des mots plus vaillants
luttent s’imposent se nouent
donnent consistance
à ce qu’il leur faut
engendrer

la main entre en action
transcrit le poème
qui lui est dicté

que dit-il

(Charles Juliet)

 

Recueil: une joie secrète
Traduction:
Editions: Voix d’encre

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Et nous, les deux fois nés d’aujourd’hui (Hilda Doolittle)

Posted by arbrealettres sur 23 juillet 2018



Les murs ne tombent pas
[14]

Et nous, les deux fois nés d’aujourd’hui,
avons pourtant nos mauvais moments quand

traînant la vaine
bogue du moi derrière nous,

nous sommes obligés d’avouer
malaise et embarras ;

nous tirons sur cette coquille morte,
luttons mais il nous faut attendre

que le nouveau Soleil sèche
les humeurs de l’ancien corps ;

maladroits, nous traînons cette vieille
volonté, vieille volition, vieille habitude

partout avec nous ;
nous sommes ces gens,

nostalgiques, entêtés, ironiques,
qui ne veulent rien savoir

de la reconstruction d’un monde neuf,
dans la confédération du travail,

des questions de pratique en art
et du catalogage des utilités :

ô, ne regardez pas
dans l’air,

vous qui êtes pris
dans l’amas labyrinthique

de sable déroutant
des efforts de notre temps ;

vous serez, moins effrayés
que paralysés par l’inaction,

et d’ailleurs,
nous n’avons pas rampé bien haut

sur notre brin d’herbe individuel
vers notre étoile individuelle.

***

Yet we, the latter-day twice-born,
have our bad moments when

dragging the forlorn
husk of self after us,

we are forced to confess to
malaise and embarrassment;

we pull at this dead shell,
struggle but we must wait

till the new Sun dries off
the old-body humours;

awkwardly, we drag this stale
old will, old volition, old habit

about with us;
we are these people,

wistful, ironical, wilful,
who have no part in

new-world reconstruction,
in the confederacy of labour,

the practical issues of art
and the cataloguing of utilities:

O, do not look up
into the air,

you who are occupied
in the bewildering

sand-heap maze
of present-day endeavour;

you will be, not so much frightened
as paralysed with inaction,

and anyhow,
we have not crawled so very far

up our individual grass-blade
toward our individual star.

(Hilda Doolittle)

Illustration: Vladimir Kush

 

 

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LES DANSES AU CLAIR DE LUNE (Pierre Louÿs)

Posted by arbrealettres sur 18 juillet 2018



Illustration: William Blake
    

LES DANSES AU CLAIR DE LUNE

Sur l’herbe molle, dans la nuit,
les jeunes filles aux cheveux de violettes ont dansé toutes ensemble,
et l’une de deux faisait les réponses de l’amant .

Les vierges ont dit : « Nous ne sommes pas pour vous. »
Et comme si elles étaient honteuses, elles cachaient leur virginité.
Un aegipan jouait de la flûte sous les arbres.

Les autres ont dit : « Vous nous viendrez chercher. »
Elles avaient serré leurs robes en tunique d’homme,
et elles luttaient sans énergie en mêlant leurs jambes dansantes.

Puis chacune se disant vaincue,
a pris son amie par les oreilles comme une coupe par les deux anses,
et, la tête penchée, a bu le baiser.

(Pierre Louÿs)

 

Recueil: Les chansons de Bilitis
Traduction:
Editions: Gallimard

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