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Poésie

Posts Tagged ‘esprit’

Tant que mes yeux pourront larmes épandre (Louise Labé)

Posted by arbrealettres sur 16 août 2017



Hendrick Terbrugghen - Joueuse de luth [800x600]

Tant que mes yeux pourront larmes épandre
A l’heur passé avec toi regretter,
Et qu’aux sanglots et soupirs résister
Pourra ma voix, et un peu faire entendre ;

Tant que ma main pourra les cordes tendre
Du mignard luth, pour tes grâces chanter ;
Tant que l’esprit se voudra contenter
De ne vouloir rien fors que toi comprendre,

Je ne souhaite encore point mourir.
Mais, quand mes yeux je sentirai tarir,
Ma voix cassée, et ma main impuissante,

Et mon esprit en ce mortel séjour
Ne pouvant plus montrer signe d’amante,
Prierai la mort noircir mon plus clair jour.

(Louise Labé)

Découvert ici: https://eleonoreb.wordpress.com/

Illustration: Hendrick Terbrugghen

 

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J’ai nagé dans le coeur (Zéno Bianu)

Posted by arbrealettres sur 12 août 2017



Illustration: Rafal Olbinski
    
j’ai nagé
dans le coeur du coeur noir
mordant à ton absence

je suis allé au tout profond
là où se récitent les nerfs
là où dansent les cendres

ma nuit a pleuré tout l’espace
dans le coeur du coeur noir
dans la bouche d’une étoile

le souffle en flammes
jusqu’à éteindre l’esprit
c’est la prière de mon désarroi

tant de mots pour trembler juste
dans le coeur du coeur noir
que je porte à mes lèvres

je te dis toute ma fatigue
tout ce qui m’a brûlé
en orties de grâce

je te dis les mots blessés
dans le coeur du coeur noir
pour étreindre l’invisible

pour aspirer
le lait de la lumière
pour boire le dernier sommeil

pas à pas
dans le coeur du coeur noir
là où le feu devient bleu

(Zéno Bianu)

 

Recueil: Infiniment proche
Editions: Gallimard

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Dans la bouche d’une étoile (Zéno Bianu)

Posted by arbrealettres sur 12 août 2017



    

dans la bouche d’une étoile
je me suis égaré
là où les morts n’ont plus prise
j’ai trouvé la pierre d’angle
pour avancer parmi les grands vivants
pour avancer parmi les grands gisants

dans la bouche d’une étoile
entre l’ébloui et l’englouti
la vie veut sa rosée de nuit
une porte ouverte sur le ciel
où je reviens sans être allé
où je reviens sans être né

dans la bouche d’une étoile
j’écoute mes propres signes
comme la lente infusion
d’une parole jamais dite
d’une parole sourde infiniment
fille de la voix et du vivant

dans la bouche d’une étoile
dis-moi ce que je porte d’ombre
dis-moi la toute-lumière
le sanctuaire laissé en blanc
dis-moi le plus profond de l’aube
ce qui ne cesse de naître et de mourir

dans la bouche d’une étoile
ton jour et ma nuit se croisent
vie et mort c’est tout un
vie et mort c’est sans fin
tu tends des comètes
sur le soir de ma terre

dans la bouche d’une étoile
un gisement de silence
la dent du feu s’est absentée
les bourreaux perdent leur visage
je pressens ton horizon
j’attends ta voie lactée

dans la bouche d’une étoile
dans la chair de l’illimité
j’accueille ta fièvre
au nom de lune
la souffrance en sommeil
le sang tourné vers l’infini

dans la bouche d’une étoile
laisse frémir l’innocence
jusqu’à la fin des mondes
jusqu’au bleu de l’esprit
la forêt des poumons
traversée par le vent

dans la bouche d’une étoile
j’écoute trembler l’arrière-ciel
sur le grain de la peau
sur le grain de la pierre
descente à pic dans la vie
descente à pic dans la nuit

dans la bouche d’une étoile
mille mains offertes
mille plaies ouvertes
le ciel marche en moi
le bleu est une tête brandie
l’éternité nous donne ses doigts

dans la bouche d’une étoile
ta voix chante dans la voix
elle chante un oeil-ciel foudroyant
le vrai nom de l’oubli
le souffle d’un dieu meurtri
dévasté épanoui

dans la bouche d’une étoile
dis-moi le vrai nom
qui brûle tous les noms
dis-moi les voyelles de Dieu
je veux dormir dans ta parole
aspirer ton arc-en-ciel

dans la bouche d’une étoile
pour agrandir la vie
pour prendre corps
pour prendre coeur
jusqu’au linceul de miel
vers le centre des cendres

dans la bouche d’une étoile
au risque de chaque instant
humble et démesuré
vif et insondable
le premier mot du ciel
dans un jour sans limites

dans la bouche d’une étoile
la salive d’un trou noir
le rouge à lèvres des anges
sur le miroir des sans feu ni lieu
pour une vie dans la vie
pour une voix dans la voix

dans la bouche d’une étoile
le ciel entier de tes yeux
le temps dévêtu
la toupie du monde
j’écris un seul et même livre
pour ta nuit écorchée vive

(Zéno Bianu)

 

Recueil: Infiniment proche
Editions: Gallimard

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Soudain (Zéno Bianu)

Posted by arbrealettres sur 8 août 2017



Illustration: Julia Perret
    
Soudain
ton esprit devient tactile —
tout est or

(Zéno Bianu)

 

Recueil: Satori Express
Editions: Le Castor Astral

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J’ai tout d’un coup conçu (Zéno Bianu)

Posted by arbrealettres sur 7 août 2017



    

seul
le silence de ton esprit
tout est si chaud
tu considères
chaque grain de lumière
à mesure
de son surgissement
ton coeur
ne cesse de danser
s’accorde
au tremblement d’amour
des nativités internes

J’ai tout d’un coup conçu un amour immense et inégalable

(Zéno Bianu)

 

Recueil: Satori Express
Editions: Le Castor Astral

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Ce soir (Mawlana Rûmî)

Posted by arbrealettres sur 7 août 2017



Illustration: Le Bernin
    
Ce soir, retire complètement mon esprit de mon corps,
afin que je n’aie plus ni forme ni nom en ce monde!
En ce moment je suis ivre en Toi, donne-moi une autre coupe!
Alors je serai effacé des deux mondes en Toi.

Lorsque je me serai anéanti en Toi et serai devenu ce que Tu sais,
alors je prendrai la coupe du non-être et je la boirai coupe après coupe
[…]

Donne-moi à chaque instant le vin du non-être;
lorsque je serai entré dans le non-être,
je ne ferai plus de différence entre la maison et son toit.
[…]

Soulève les vagues du non-être afin de m’emporter au large!
Jusqu’à quand arpenterai-je le rivage de l’Océan dans la crainte?

(Mawlana Rûmî)

 

 

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J’ai renoncé à ma douceur (Zelda)

Posted by arbrealettres sur 1 août 2017




    
J’ai renoncé à ma douceur, mais je ne recourrai pas
Au miel des devins.
J’ai renoncé à ma douceur, et ma maison est autre, autre,
Pourtant même à présent
L’écho de conversations s’en échappe
Les coutumes des fêtes s’y installent
Jusqu’aux tréfonds.
Je ne suis pas devenue esprit sifflant dans l’espace.
J’irai donc arroser cette corolle fragile
Lasse d’être assoiffée.
Sur sa route obscure le coeur fait des détours
Et s’en retourne à Dieu.

(Zelda)

 

Recueil: Anthologie de la poésie en hébreu moderne
Traduction: F. Kaufmann
Editions: Gallimard

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Les esprits dansent (Zéno Bianu)

Posted by arbrealettres sur 1 août 2017



Yuri Dubinin - (2)

Les esprits dansent —
ne reste pas
à mi-distance

(Zéno Bianu)

Illustration: Yuri Dubinin

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CREDO (Zéno Bianu)

Posted by arbrealettres sur 1 août 2017



 

CREDO

je crois à l’opacité solitaire
au pur instant de la nuit noire
pour rencontrer sa vraie blessure
pour écouter sa vraie morsure

je crois à ces chemins
où le corps avance dans l’esprit
où l’on surprend
le bruit de fond des univers
par ces yeux
que la nuit
a pleurés en nous
par ces yeux que la vie
a lavés en nous

je crois comme Trakl
qu’il faut habiter la lumière
par un long questionnement
sans réponse

je crois à Zoran Music
dessinant ses fagots de cadavres
sur de mauvais papiers
trouvant encore la vie
au fond du désarticulé
au fond de l’incarné
au fond de l’éprouvé
exorciste
vertical

je crois aux cassures
de fièvres aux sursauts de nuit
aux césures de nerf

je crois
qu’ il faut prendre appui
sur le vent
s’agenouiller en mer
et se vouer
à l’infini

(Zéno Bianu)

Illustration: Zoran Music

 

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Le remède à la tristesse (Christian Bobin)

Posted by arbrealettres sur 31 juillet 2017



Illustration
    
Le remède à la tristesse
c’est l’enfance
Le contraire de l’esprit de sagesse
c’est l’esprit d’enfance

Celui qui va où bon lui chante

celui qui trouve partout son bien
le bien dont il a besoin
pour grandir pour souffrir ou danser

Celui qui jamais ne s’endort
sauf dans les hautes branches
de l’arbre de
solitude

(Christian Bobin)

 

Recueil: La Vie Passante
Editions: Fata Morgana

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