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Poésie

Posts Tagged ‘esprit’

Sonder les profondeurs de l’esprit (Carolyn Carlson)

Posted by arbrealettres sur 17 décembre 2017



Illustration: Odilon Redon
    
Sonder les profondeurs de l’esprit : voilà la poésie
un chaos organisé comme
se déconstruit un esprit rationnel
… un feu de forêt qui dévaste l’âme
pas étonnant que le poète soit dangereux

(Carolyn Carlson)

 

Recueil: brins d’herbe
Traduction: Jean-Pierre Siméon
Editions: Actes Sud

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VERS DORES (Gérard de Nerval)

Posted by arbrealettres sur 15 décembre 2017




VERS DORES

Homme libre penseur ! – te crois-tu seul pensant
Dans ce monde, où la vie éclate en toute chose :
Des forces que tu tiens ta liberté dispose,
Mais de tous tes conseils l’univers est absent.

Respecte dans la bête un esprit agissant…
Chaque fleur est une âme à la Nature éclose ;
Un mystère d’amour dans le métal repose :
« Tout est sensible » ; Et tout sur ton être est puissant !

Crains dans le mur aveugle un regard qui t’épie :
A la matière même un verbe est attaché…
Ne la fais pas servir à quelque usage impie.

Souvent dans l’être obscur habite un Dieu caché ;
Et, comme un oeil naissant couvert par ses paupières,
Un pur esprit s’accroît sous l’écorce des pierres.

(Gérard de Nerval)

Illustration: Auguste Rodin

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LA CHAIR CHAUDE DES MOTS (Raymond Queneau)

Posted by arbrealettres sur 13 décembre 2017




    
LA CHAIR CHAUDE DES MOTS

Prends ces mots dans tes mains et sens leurs pieds agiles
Et sens leur coeur qui bat comme celui d’un chien
Caresse donc leur poil pour qu’ils restent tranquilles
Mets-les sur tes genoux pour qu’ils ne disent rien

Une niche de sons devenus inutiles
Abrite des rongeurs l’ordre académicien
Rustiques on les dit mais les mots sont fragiles
Et leur mort bien souvent de trop s’essouffler vient

Alors on les dispose en de grands cimetières
Que les esprits fripons nomment des dictionnaires
Et les penseurs chagrins des alphadécédets

Mais à quoi bon pleurer sur des faits si primaires
Si simples éloquents connus élémentaires
Prends ces mots dans tes mains et vois comme ils sont faits

(Raymond Queneau)

 

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Je veux faire des vers (Théophile de Viau)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2017



    
Je veux faire des vers qui ne soient pas contraints,
Promener mon esprit par de petits desseins,
Chercher des lieux secrets où rien ne me déplaise,
Méditer à loisir, rêver tout à mon aise,
Employer toute une heure à me mirer dans l’eau,
Ouïr comme en songeant la course d’un ruisseau,
Écrire dans les bois, m’interrompre, me taire,
Composer un quatrain, sans songer à le faire.

(Théophile de Viau)

 

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Je ne sais rien de moi (Joë Bousquet)

Posted by arbrealettres sur 7 décembre 2017




    

Je ne sais rien de moi. Cette chair de fortune,
Ce squelette d’emprunt, ce prénom étranger,
Ils ne composent rien qu’une immense lacune.
Ah ! c’est en vain que le néant s’est dérangé !

Je ne sais rien de moi. Est-ce là ma limite,
Ou la promesse de nouveaux étonnements ?
Ile rongée par le remords, ma vie s’effrite :
Elle n’est qu’un cadavre, et je suis son amant.

Va jouer, mon esprit ! La montagne t’appelle.
Guéri de ses pensées; le ciel convalescent
T’invite à devenir sa plus pure gazelle,
Une bête qui broute, au regard innocent.

Sois heureux ! La parole aujourd’hui fait relâche.
Au grand cirque on répète un poème inédit.
Entends-tu cette voix ? Le poème se fâche ;
Il griffe son dompteur ; comme un fauve il bondit.

Sois fou ! Achète-toi, pour la fête foraine,
Un revolver à eau : tu vas t’en divertir.
La lune te sourit ; elle est bossue et naine.
Demain le monde entier sera ton champ de tir.

(Joë Bousquet)

 

Recueil: Poèmes, un
Traduction:
Editions: Gallimard

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Oui, le voilà ! (Emily Brontë)

Posted by arbrealettres sur 7 décembre 2017




    
Oui, le voilà ! Il éveille ce soir
Des pensées douces, qui ne mourront pas
Et les feux du coeur flambent aussi vifs
Que dans les années écoulées ! —

Et je devine à ta joue altérée,
A ton regard de braise,
Aux paroles qu’à peine tu prononces,
Comme l’imagination se déchaîne —

Oui je jurerais que ce vent splendide
A balayé l’univers
A chassé de ton âme son souvenir
Comme du flot les bulles d’écume —

Et là maintenant tu es un esprit répandant
Ta présence en toute chose —
L’essence du tumulte de la Tempête
Et de son apaisement —

Une influence universelle
Libérée de la Tienne propre —
Un principe de vie intense
Perdue pour le mortel —

Aussi quand ce sein sera froid, en vérité
Ton âme prisonnière montera
je cachot se mêlera à l’humus —
La captive aux ciels —

***

Aye there it is ! It wakes tonight
Sweet thoughts that will not die
And feeling’s fires flash all as bright
As in the years gone by ! —

And I can tell by thine altered cheek
And by thy kindled gaze
And by the words thou scarce dost speak,
How wildly fancy plays —

Yes I could swear that glorious wind
Has swept the world aside
Has dashed its memory from thy mind
Like foam-bells from the tide —

And thou art now a spirit pouring
Thy presence into all —
The essence of the Tempest’s roaring
And of the Tempest’s fall —

A universal influence
From Thine own influence free —
A principle of life intense
Lost to mortality —

Thus truly when that breast is cold
Thy prisoned soul shall rise
The dungeon mingle with the mould —
The captive with the skies —

(Emily Brontë)

 

Recueil: Cahiers de Poèmes
Traduction: Claire Malroux
Editions: Points

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LA TERRE, RÊVEUR SOLITAIRE (Emily Brontë)

Posted by arbrealettres sur 7 décembre 2017



    
LA TERRE, RÊVEUR SOLITAIRE

La Terre, rêveur solitaire,
Ne va-t-elle plus t’inspirer,
Ni plus t’inviter la Nature
Si nul feu ne peut t’embraser?

Sans cesse ton esprit parcourt
Des régions obscures pour toi;
Renonce à ces randonnées vaines :
Reviens demeurer avec moi.

Je sais que mes brises des monts
Toujours t’enchantent, puis t’apaisent;
Je sais que mon soleil t’est cher
Malgré ton ondoyant vouloir.

Quand le jour se fond dans le soir
Et déserte le ciel d’été,
J’ai vu ton esprit prosterné
Dans une idolâtre ferveur.

Pour t’avoir guetté à toute heure,
Je sais mon souverain empire,
Je sais mon magique pouvoir
De bannir au loin tes ennuis.

S’il est peu de coeurs ici-bas
Que dévore autant la langueur,
Nul plus que toi ne brigue un Ciel
A l’image de cette terre.

Laisse mes vents te caresser;
Laisse que je sois ta compagne;
Toi que ne satisfait rien d’autre,
Reviens demeurer avec moi.

***

SHALL EARTH NO MORE INSPlRE THEE

Shall Earth no more inspire thee,
Thou lonely dreamer now?
Since passion may not fire thee
Shall Nature cease to bow?

Thy mind is ever moving
In regions dark to thee;
Recall its useless roving—
Come back and dwell with me.

I know my mountain-breezes
Enchant and soothe thee still—
I know my sunshine pleases
Despite thy wayward will.

When day with evening blending
Sinks from the summer sky,
I’ve seen thy spirit bending
In fond idolatry.

I’ve watched thee every hour;
I know my mighty sway,
I know my magic power
To drive thy griefs away.

Few hearts to mortals given
On earth so wildly pine;
Yet none would ask a Heaven
More like this Earth than thine.

Then let my winds caress thee;
Thy comrade let me be—
Since nought beside can bless thee,
Return and dwell with me.

(Emily Brontë)

 

Recueil: Poèmes
Traduction: Pierre Leyris
Editions: Gallimard

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DE QUI PINÇAIT TES CORDES ÉTRANGÈRES (Emily Brontë)

Posted by arbrealettres sur 6 décembre 2017



Illustration: Gérard Segear
    
DE QUI PINÇAIT TES CORDES ÉTRANGÈRES

De qui pinçait tes cordes étrangères,
Ce coeur, autant qu’il semble, n’a plus cure :
D’où vient dès lors l’émoi que tu réveilles
En mon esprit chagrin, vieille guitare?

C’est comme si le chaleureux soleil
S’attardait encore au fin fond du val
Après que des nues d’orage et de nuit
En auraient offusqué le globe père.

C’est comme si le miroir du ruisseau
Toujours retenait l’image des saules
Encor que la hache eût de longue date
Couché leurs cheveux d’argent dans la poudre.

Pareillement, guitare, ta magie
A fait jaillir les pleurs, éveillé le soupir,
Enjoint à l’ancien torrent de couler
Quand la source même en était tarie!

***

FOR HIM WHO STRUCK THY FOREIGN STRING

For him who struck thy foreign string,
I ween this heart hath ceased to care;
Then why dost thou such feelings bring
To my sad spirit, old guitar?

It is as if the warm sunlight
In some deep glen should lingering stay,
When clouds of tempest and of night
Had wrapt the parent orb away.

It is as if the glassy brook
Should image still its willows fair,
Though years ago the woodman’s stroke
Laid low in dust their gleaming hair.

Even so, guitar, thy magic tone
Has moved the tear and waked the sigh,
Has bid the ancient torrent flow
Although its very source is dry!

(Emily Brontë)

 

Recueil: Poèmes
Traduction: Pierre Leyris
Editions: Gallimard

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MON PLUS GRAND BONHEUR, C’EST QU’AU LOIN (Emily Brontë)

Posted by arbrealettres sur 6 décembre 2017




    
MON PLUS GRAND BONHEUR, C’EST QU’AU LOIN

Mon plus grand bonheur, e’est qu’au loin
Mon âme fuie sa demeure d’argile,
Par une nuit qu’il vente, que la lune est claire,
Que l’oeil peut parcourir des mondes de lumière —

Que je ne suis plus, qu’il n’est rien —
Terre ni mer ni ciel sans nuages —
Hormis un esprit en voyage
Dans l’immensité infinie.

***

I’M HAPPIEST WHEN MOST AWAY

I’m happiest when most away
I can bear my soul from its home of clay
On a windy night when the moon is bright
And the eye can wander through worlds of light—

When I am not and none beside—
Nor earth nor sea nor cloudless sky—
But only spirit wandering wide
Through infinite immensity.

(Emily Brontë)

 

Recueil: Poèmes
Traduction: Pierre Leyris
Editions: Gallimard

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Pour perdre une chose (Christian Bobin)

Posted by arbrealettres sur 6 décembre 2017


 

Vladimir Dunjic   32-Widow [1280x768]

Pour perdre une chose, encore faut-il auparavant l’avoir possédée.
Nous n’avons jamais rien eu à nous dans cette vie, jamais rien eu à perdre,
rien d’autre à faire que chanter,
chanter avec la gorge, le ventre, le crâne, le cœur, l’esprit,
avec toute la poussière de nos âmes amoureuses.

(Christian Bobin)

Découvert chez la boucheaoreilles ici

Illustration: Vladimir Dunjic

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