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Poésie

Posts Tagged ‘esprit’

Au coeur de la nuit (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 21 octobre 2017



Au coeur de la nuit je veux m’entretenir avec l’ange,
lui demander s’il reconnaît mes yeux.
S’il demandait soudain : vois-tu l’Éden ?
il me faudrait dire alors : l’Éden est en feu

Je veux élever ma bouche jusqu’à lui,
insensible comme celui qui ne désire rien.
Et si l’ange parlait ainsi : que pressens-tu de la vie ?
il me faudrait dire alors : la vie consume

S’il trouvait en moi cette joie
qui devient éternelle en son esprit, —
et qu’il la prît, l’élevât dans ses mains,
il me faudrait dire alors : la joie est folie

***

Nächtens will ich mit dem Engel reden,
ob er meine Augen anerkennt.
Wenn er plötzlich fragte: Schaust du Eden?
Und ich müßte sagen: Eden brennt

Meinen Mund will ich zu ihm erheben,
hart wie einer, welcher nicht begehrt.
Und der Engel spräche: Ahnst du Leben?
Und ich müßte sagen: Leben zehrt

Wenn er jene Freude in mir fände,
die in seinem Geiste ewig wird, —
und er hübe sie in seine Hände,
und ich müßte sagen: Freude irrt

(Rainer Maria Rilke)

Illustration: Georges de la Tour

 

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Calvaire lorrain (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 19 octobre 2017



Illustration
    
Calvaire lorrain

Ce calvaire très vieux, fait de pierres informes,
Comme un fruste dolmen, dresse au soleil levant
Sa silhouette grise entre des branches d’ormes
Dans la solitude et le vent.

L’escalier de granit étend sa masse énorme
A travers l’herbe sèche; au faîte, se rivant
A deux blocs écornés, la croix mêle sa forme
Aux branches qu’agite le vent.

Rien à l’entour que le lointain bleu qui poudroie,
Rien au-dessus, peut-être un vol d’oiseau de proie:
Tout est si loin du monde ici, tout est si vieux!

Pourtant on y respire un souffle qui caresse,
Un soupir inconnu dont la douceur oppresse;
Ici dort l’esprit des aïeux.

(Marie Dauguet)

 

 

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Souffle des fuites (Gemma Tremblay)

Posted by arbrealettres sur 15 octobre 2017



Souffle des fuites

j’ai des pointes d’angine dans la gorge
mon seuil est si loin de la route
si loin de ce désir d’absolu qui m’obsède
malaise d’herbe folle
mes chemins s’embrouillent de rencontres
l’esprit veille sous le couvre-feu du silence

(Gemma Tremblay)

Illustration: Aron Wiesenfeld

 

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Nous sommes sur la frontière (Jean Malrieu)

Posted by arbrealettres sur 28 septembre 2017




    
Nous sommes sur la frontière
Alertés en pays de conscience
Et prêts à la plongée.

Deux feuilles brunes en tourbillon
Sont passées. Présages de fées.

Dans la chaleur, le vide,
Les esprits de l’air nous entraînent.
Le vieux mur va s’ouvrir, flexible comme l’eau.

Voyageurs immobiles, quelle fièvre
Nous habite, perdus dans l’ineffable visage ?

(Jean Malrieu)

 

Recueil: EN PAYS DE VERTIGE
Editions: Le Verbe et l’Empreinte

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Chuchotements (James Denis)

Posted by arbrealettres sur 25 septembre 2017



Illustration: Paul Delvaux
    
Chuchotements

Au bord d’un lac glacé, un vestige miroir
S’est dévêtu d’un gel qui ornait sa guêpière
D’un soupir noir, Vénus était beauté d’un soir,
Un secret décoiffé par un fil de lumière.

Un sombre désespoir au regard de satin,
Un esprit engorgé d’acide ! Des étoiles
Aux paupières de sang se sont émerveillées
En s’aveuglant d’un ciel bleu au petit matin.
Chaussés de sable fin les rides sont les voiles
D’un secret s’accrochant à des Lunes fardées.

L’éclat s’est assoiffé de plaisirs élégants,
Les racines de l’âge ont sucré mes entrailles,
Un gout de miel poivré de souvenirs fondants,
Chuchote ainsi l’amour aux douces funérailles.

(James Denis)

 

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Les trois cercles (Franck André Jamme)

Posted by arbrealettres sur 25 septembre 2017



Les trois cercles

J’aurai vu.
J’aurai saisi, à force, les trois cercles:
le commun, le propre et celui de l’arcane.
J’aurai su le désir et le vide.

Parfois, trop proche de comprendre,
j’aurai baisé les lèvres de l’abîme.
Quelques chances m’auront sauvé.
Il me faudra beaucoup d’esprit,
à la dernière passe,
pour rire de l’infime chemin parcouru.

(Franck André Jamme)


Illustration

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Je suis un enfant de Septembre (Patrice de La Tour du Pin)

Posted by arbrealettres sur 23 septembre 2017



Je suis un enfant de Septembre,
Moi-même, par le coeur, la fièvre et l’esprit,
Et la brûlante volupté de tous mes membres,
Et le désir que j’ai de courir dans la nuit
Sauvage, ayant quitté l’étouffement des chambres.

(Patrice de La Tour du Pin)


Illustration: François-Joseph Durand

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BIEN QU’UN CRUEL MARTIRE (Pierre Guédron)

Posted by arbrealettres sur 18 septembre 2017



Illustration: Annette Poupard
    
BIEN QU’UN CRUEL MARTIRE

Bien qu’un cruel martire me rende languissant
Et que plus je soupire, plus mon mal va croissant.
La cause en est si belle, que soufrant le trespas
Cent fois pour elle, Je ne m’en plaindrois pas.

Tout les maux dont se trouve mon esprit agité
Ne servent que de preuve à ma fdélité
Dont la cause en est si belle, que soufrant le trespas
Cent fois pour elle, Je ne m’en plaindrois pas.

J’ai cela d’avantage sur les autres amants
Que jamais mon courage ne s’étonne aux tourments
Car la cause est si belle, que soufrant le trespas
Cent fois pour elle, Je ne m’en plaindrois pas.

Je ne crains leurs supplices Plustot je les chéris
Et les tiens pour délices les souffrant pour Cloris,
Cloris qu’on voit si belle, que soufrant le trespas
Cent fois pour elle, Je ne m’en plaindrois pas.

***

Even though a cruel martyrdom makes me listless
And the more I breathe, the greater my ill.
The cause of it is so lovely that were I to suffer death
A hundred times for her, I should not complain.

All the ills by which my mind is perturbed
Serve only as proof of my faithfulness.
The cause of it is so lovely that suffering death
A hundred times for her, I should not complain.

I have this advantage over other lovers:
My courage is never astonished by torments.
The cause of it is so lovely that suffering death
A hundred times for her, I should not complain.

I fear not their torture; rather, I cherish it
And view it as a delight, suffering it for Cloris,
Cloris, seen so beautiful that suffering death
A hundred times for her, I should not complain.

***

Auch wenn ein grausam‘ Marter mich gar sehr sehnen lässt,
Und je mehr ich seufze, desto stärker noch mein Elend,
Doch ist der Grund dafür so schön,
Dass, sollt ich hundertmal verscheiden
Für sie, ich gar nicht klagen tät’.

All‘ Übel, die meinen Geist aufwühl‘n,
Sind nichts als Probe meiner Treu‘,
Für die der Grund so schön,
Dass, sollt ich hundertmal verscheiden
Für sie, ich gar nicht klagen würd’.

Mein Vorzug ist‘s, vor andren Liebsten,
Dass niemals nicht mein Mut vor einer Qual erbebt,
Denn’s ist der Grund dafür so schön,
Dass, sollt ich hundertmal verscheiden
Für sie, ich gar nicht klagen tät’.

Ich fürcht‘ nicht ihre Qualen, vielmehr ich hoch sie schätz‘,
Und sind sie gar für Chloris, so sind mir sind sie Ergetz‘!
Chloris, die Allerschönste,
Dass, sollt ich hundertmal verscheiden
Für sie, ich gar nicht klagen tät’.

(Pierre Guédron)

 

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HELAS QUE ME FAUT-IL FAIRE (Girard de Beaulieu)

Posted by arbrealettres sur 18 septembre 2017




    
HELAS QUE ME FAUT-IL FAIRE

Hélas que me faut-il faire
Pour adoucir la rigueur.
D’un tyran d’un adversaire,
Qui tient fort dedans mon cœur ?

Il me brûle, il me saccage,
Il me perce en mille parts,
Et puis me donne au pillage
De mille inhumains soldats.

L’un se loge en ma poitrine,
L’autre me suce le sang,
Et l’autre qui se mutine,
De traits me pique le flanc.

L’un a ma raison troublée,
L’autre a volé mes esprits,
Et tout mon âme comblée,
De feux, d’horreur et de cris.

En vains je répands des larmes,
Pour les pensers émouvoir,
Et n’y puis venir par armes :
Car ils ont trop de pouvoir.

Mais ce qui me réconforte
En ce douloureux émoi,
C’est que le mal que je porte
Lui est commun comme à moi.

***

Alas what must I do
To soften the severity
Of a tyrant, an adversary
Who stands powerfully in my heart?

He burns me, he pillages me,
He pierces me in a thousand parts
And then gives me over to the plundering
Of a thousand outrageous soldiers.

One lodges in my breast,
Another sucks my blood,
Yet another revolts and
Pricks my side with arrows.

One has clouded my reason,
Another has stolen my mind
And flled my whole soul
With fres, horror and cries.

In vain do I shed tears
Thinking to move them,
And I am unable to succeed by arms
For they are too powerful.

But what comforts me
In this painful emotion,
Is that the ill I bear
Is common to him as to me.

***

Ach! Was muss ich tun,
Zu mildern diese Strenge
Eines Tyrannen und auch Gegners,
Der tief in meinem Herzen sitzt?

Er brennet mich, er verheeret mich,
Er durchbohret mich an tausend Stellen
Und liefert mich dem Plündern
Von tausend Kriegern ohne Herz.

Der eine nistet in meinem Busen,
Der andre sauget mir das Blut,
Und noch ein andrer meutert,
Und mit seinen Pfeilen durchbohret mir die Seit‘.

Der eine hat mein‘ Sinn verwirret,
Der andre mir den Verstand gestohlen,
Und das Gemüt mir gefüllet
Mit Feuer, Horror und auch Schrei‘n.

Vergebens vergieße ich die Zähren,
Um zu erweichen sie damit.
Und kann‘s doch mit den Waffen nit‘,
Denn ihre Macht ist allzu groß.

Aber was mich tröstet
In der Trauer,
Ist, dass das Elend, das ich trage,
Ihm auch wie mir gemeinsam ist.

(Girard de Beaulieu)

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A Mme du Châtelet (Voltaire)(François Marie Arouet)

Posted by arbrealettres sur 17 septembre 2017




Emilie du Châtelet   
    
A Mme du Châtelet

« Si vous voulez que j’aime encore,
Rendez-moi l’âge des amours ;
Au crépuscule de mes jours
Rejoignez, s’il se peut, l’aurore.

Des beaux lieux où le dieu du vin
Avec l’Amour tient son empire,
Le Temps, qui me prend par la main,
M’avertit que je me retire.

De son inflexible rigueur
Tirons au moins quelque avantage.
Qui n’a pas l’esprit de son âge,
De son âge a tout le malheur.

Laissons à la belle jeunesse
Ses folâtres emportements.
Nous ne vivons que deux moments :
Qu’il en soit un pour la sagesse.

Quoi ! pour toujours vous me fuyez,
Tendresse, illusion, folie,
Dons du ciel, qui me consoliez
Des amertumes de la vie !

On meurt deux fois, je le vois bien :
Cesser d’aimer et d’être aimable,
C’est une mort insupportable ;
Cesser de vivre, ce n’est rien. »

Ainsi je déplorais la perte
Des erreurs de mes premiers ans ;
Et mon âme, aux désirs ouverte,
Regrettait ses égarements.

Du ciel alors daignant descendre,
L’Amitié vint à mon secours ;
Elle était peut-être aussi tendre,
Mais moins vive que les Amours.

Touché de sa beauté nouvelle,
Et de sa lumière éclairé,
Je la suivis; mais je pleurai
De ne pouvoir plus suivre qu’elle.

(Voltaire)(François Marie Arouet)

 

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