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Poésie

Posts Tagged ‘soldat’

TOMBES DE SOLDATS (Maurice Carême)

Posted by arbrealettres sur 17 juin 2018



TOMBES DE SOLDATS

Près des tombes vertes de lierre
Des soldats tués à la guerre,
Des enfants jouent au cimetière.

Des enfants aux sabres de bois
Jouent naïvement aux soldats
Et font les morts couchés en tas.

Sans un regard pour ces guerriers,
Des moutons broutent dans le pré
Comme toujours ils ont brouté.

L’heure sonne, lente à la tour.
Un chien aboie dans une cour.
Un paysan, au loin, laboure.

(Maurice Carême)

Illustration: Jules Jacques Veyrassat

 

 

 

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MENUS SOUVENIRS (Attila József)

Posted by arbrealettres sur 13 juin 2018




    
MENUS SOUVENIRS

Menus souvenirs, vous ai-je perdus ?
Mon coeur est si lourd: ô pleurs en chemin ! …
Sans vous aujourd’hui je ne vivrais plus,
Ce que je saisis dit «non» à ma main…
Ah, étreindre encor mon poupon futile…
Venez en dansant, papillons fragiles !

Menus souvenirs, ô soldats de plomb,
Vous qu’alors en vain j’ai tant désirés,
Sabres sur un rang ou shakos en rond,
Turcs, lanciers, Nippons, Hongrois, accourez !
Et vous, ô canons aux couleurs de cendre,
Mon coeur est si lourd : venez me défendre !

(Attila József)

 

Recueil: Aimez-moi – L’oeuvre poétique
Traduction: Georges Kassaï
Editions: Phébus

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Petite chanson pour la main entêtée du soldat mort (Edmond Jabès)

Posted by arbrealettres sur 8 juin 2018



La main du soldat mort
est restée accrochée à l’arbre,
l’index sur la gâchette du fusil.
Tant d’étoiles, ses victimes.
Ohé, soldat,
tu nous fais un ciel de fête.
C’est l’été.
Les amoureux ont le plus beau toit.
Ohé, soldat, tu dors;
mais qui te voit?

(Edmond Jabès)

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La terrasse des Lilas (Jean Villard–Gilles)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2018



    

La terrasse des Lilas

Il est des lieux sur cette Terre
Où l’on se sent vraiment chez soi
La vie y semble plus légère
On y est plus heureux qu’un roi
Ce qu’ils offrent à votre vue
Ce n’est pas un vaste horizon
Mais tout simplement une rue
Un peu de ciel sur des maisons
Il en est un qui dans l’espace
Est bien loin maintenant de moi
Un café avec sa terrasse
Et quand je veux je le revois

C’était dans un coin de Paris
Un coin de Paris qui sourit
Un café avec sa terrasse
A Montparnasse
C’est à l’enseigne des Lilas
Des lilas il n’y en avait pas
Mais le nom était resté là
En souvenir, sans tralala
Ce café – vous en souvient-il ?
Avec son arôme subtil
Faisait tenir tout le Brésil
Dans votre tasse
Le patron était alsacien
Le garçon était vénitien
Mais malgré tout ça c’était bien
Un café parisien

J’aimais à l’heure apéritive
M’y asseoir aux premiers beaux jours
Pour embrasser la perspective
De ce merveilleux carrefour
J’y observais l’Observatoire
Et Bullier, souvenir d’un bal
Et le pavé chargé d’histoire
Du boulevard de Port-Royal
Un kiosque à journaux sans mystère
Fleurissait sur le terre-plein
Face à ce temple nécessaire
Hommage au fameux Vespasien

C’était un café de Paris
Entre mille joli, fleuri
Avec son bar et sa terrasse
A Montparnasse
Au coeur de ce beau carrefour
Où Saint-Michel et Luxembourg
Avaient rendez-vous tour à tour
Avec l’étude, avec l’amour
On y rencontrait des acteurs
Des poètes, des percepteurs
Jamais, jamais de dictateur
Ivre d’espace
Et l’on fumait du Caporal
Sous la statue d’un général
Etait-il, je m’en souviens mal
A pied ou à cheval ?

Le crépuscule sur la ville
Traînait sa robe de lilas
Un vieux monsieur lisait Virgile
En dégustant un marsala
De jeunes femmes odorantes
Offraient leur visage cruel
A cette lumière expirante
Un reflet attardé du ciel
Et des hommes avec ces femmes
Echangeaient de subtils propos
Sur l’immortalité de l’âme
Ou le chic exquis d’un chapeau

C’était un café de Paris
Une voix disait : « Mon chéri »
L’amour aussi avait sa place
A la terrasse
On saluait des gens très bien
Que l’autobus des Gobelins
Vous déversait comme un trop plein
Sur ce rond-point si cartésien
Des amis venaient, excellents
Hélas où sont-ils à présent ?
Alors dans le jour finissant
Du Val-de-Grâce
Des frondaisons du Luxembourg
Des vieilles pierres du faubourg
Pour notre Paris de toujours
Montait un chant d’amour

Il est venu de lourds soldats
Qui ont écrasé tout cela
Ah dites-nous qu’il reviendra
Le beau temps des lilas !

(Jean Villard–Gilles)

 

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A une petite fille de chez nous (Jean Villard–Gilles)

Posted by arbrealettres sur 21 mai 2018




    

 
A une petite fille de chez nous

Jour de Noël, jour d’espérance
On est là quatre cents gaillards
Officiers, soldats en silence
Perdus en Suisse quelque part
On pense en ce jour de décembre
A des visages familiers
Près du feu qui réchauffe nos membres
Hier, on a mis nos gros souliers
Cette nuit, par la cheminée
Le père Noël qu’est bon enfant
Avec ses voeux de bonne année
Nous a fait un beau p’tit présent

Y avait des cigares
Pour les torailleurs
Et pour le Cathare
Un mouchoir d’couleurs
Chocolats en barres
Pour les amateurs
Et faveur plus rare
Mon Dieu, quel bonheur !
Y avait ô délire
Plaisir sans égal
Avec son sourire
Vraiment idéal
Cela va sans dire
Mais c’était fatal
Pour nous remonter l’moral
La photo du général

Les quatre cents beaux militaires
Contemplaient d’un oeil ahuri
Le joyeux cadeau que l’arrière
Offrait à ses soldats chéris
Mais tout à coup, parmi ces choses
Voilà qu’on découvre en chemin
Comme fleurirait une rose
Une lettre écrite à la main
Ce sont, ravissante surprise
Les enfants de notre pays
Qui, d’un coeur tout simple nous disent :
« Bonjour, soldats on est amis ! »

Quelque chose nous serre
Une espèce d’émoi
Y en a qui sont pères
Y en a qui l’sont pas
Mais tendre mystère
Ce soir-là y a pas
Z’avions tous, mes frères
Des coeurs de papas
Bien que sous les armes
Et d’un dur métal
On essuie une larme
Ca fait un peu mal
Mais c’est plein de charme
Et pour le moral
Presque aussi haut – c’est fatal !
Qu’la photo du général

C’est pourtant bien vrai, sans histoires
Pour nous, soldats, Noël trente-neuf
Ce sera dans toutes nos mémoires
Ce salut d’un p’tit coeur tout neuf
Le mien s’appelle Marie-Thérèse
De Saint-Jean au val d’Annivier
Un joli nom, ne vous déplaise
Pour le livre de l’amitié
C’est pourquoi, ce soir, de Lausanne
Je lance au vent cette chanson
Pour ma petite Valaisanne
En lui demandant sans façons :

Pour fleurir ma vie
En blanc et en noir
Ma petite Marie
Je voudrais avoir
Ta photographie
Voilà mon espoir
Promis ma chérie
Envoie-la ce soir
En ce temps d’misère
Ce siècle brutal
Où le diable en guerre
Mène triste bal
Ta jeunesse claire
Ne fera pas mal
Au petit front virginal
A côté du général

(Jean Villard–Gilles)

 

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Une tombe en Lucanie (Margherita Guidacci)

Posted by arbrealettres sur 14 mai 2018



 

Otto Dix   La Guerre

Une tombe en Lucanie

La figure
de plumes et de griffes (oiseau et démon)
se tient en arrière, mais prête à
bondir. Il la sent
mais il ne la voit pas, le jeune soldat
qui l’a derrière lui. Il la sent
et il la voit peut-être, l’adversaire
qui s’apprête, javelot au poing, à faire vibrer
le coup mortel. Nulle haine dans leur visage
mais une attention profonde, car doit s’accomplir vite
ce qui doit s’accomplir, et chacun d’eux porte
la triste conscience de l’amer destin
de l’homme en guerre. Au vainqueur,
rien n’assure que demain, sous le coup d’un autre
ce ne sera pas lui le vaincu, lui le tué.
Du condamné d’aujourd’hui l’âme reflue
avec son sang. Mystérieux comme sa Parque, un joueur de
flûte donne le signal. Les bras
serrés sur la poitrine ou levés
vainement au ciel, les femmes peuvent
commencer à pleurer.

(Margherita Guidacci)

Illustration: Otto Dix

 

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SAULE (Jean Grosjean)

Posted by arbrealettres sur 1 mai 2018



Illustration: Dominique TREMOIS-CHAZOT
    
SAULE

Le miroir au fond des chambres
voit s’écheveler dehors
un saule en proie à l’ondée.

Un miroir au fond du coeur
voit s’agiter les futurs.

Mais le passé dort
comme un vieillard sur un banc,
comme un soldat tué.

(Jean Grosjean)

 

Recueil: Nathanaël
Traduction:
Editions: Gallimard

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Le vent peut déchirer le ciel que nous aimons (Albert Ayguesparse)

Posted by arbrealettres sur 24 avril 2018



David Alfaro Siqueiros peace-1961

Le vent peut déchirer le ciel que nous aimons,
On aura beau briser ce chant à coups de hache,
Tu restes, mon amour, le radeau de limon
Pâle, émergeant toujours des brumes du voyage.

Je ne vois pas tes yeux mais je sais comme ils brillent.
Le vent noue à ton cou son collier de fraîcheur.
Tu pousses les verrous des portes de la peur
Et tu n’écoutes plus ce que les soldats crient.

(Albert Ayguesparse)

Illustration: David Alfaro 

 

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LA JEUNE MARIÉE (La Flûte de Jade)

Posted by arbrealettres sur 15 avril 2018



LA JEUNE MARIÉE

Élever une fille pour lui faire épouser un soldat,
Mieux vaudrait à sa naissance la jeter sur la route.

Seigneur, j’ai natté mes cheveux, le jour de nos fiançailles,
Mais notre lit n’a pas eu le temps de se réchauffer.
Au coucher de soleil, je suis devenue votre femme,
Et nous nous sommes séparés aux premières lueurs de l’aube !

Maintenant je pense à la mort qui vous menace à chaque instant.
L’Angoisse m’oppresse. Mon cœur se déchire.

Je m’étais promis de vous suivre partout…
Mais j’ai senti que ma présence vous aurait soucié davantage.

Ne prononcez pas trop souvent le nom de votre jeune épouse.
Sans oublier jamais votre devoir de soldat.

(La Flûte de Jade)

 

 

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LE BEAU PALAIS DE JADE (Textes chinois)

Posted by arbrealettres sur 9 avril 2018




    
LE BEAU PALAIS DE JADE
Thou-Fou

En faisant mille circuits, le ruisseau court,
sous les sapins, entre lesquels le vent s’allonge.
Les rats gris, s’enfuient, vers les vieilles tuiles.

A quel roi fut ce palais ?… on ne le sait plus…
Le toit avec les murailles, au pied de ce rocher à pic, tout est tombé.
Les feux-esprits, nés du sang des soldats tués, hantent la ruine.

Sur la route détruite, les sources qui s’écoulent, semblent sangloter des regrets.
Et, du bruit de toutes ces eaux vives, les échos forment une véritable musique.
La couleur de l’automne, jette sa douce mélancolie, sur toutes choses.

Hélas ! la beauté de celles qui, là, furent belles,
devient maintenant de la poussière jaune !
A quoi servit, alors, d’admirer le charme factice du fard,
et même la vraie beauté qui s’en ornait, non moins que lui, éphémère ?

Et ce roi ! Qu’est devenue la garde fringante, qui accompagnait son char doré ?
De tant de biens, de tant de créatures, que lui reste-t-il aujourd’hui ?

rien de plus qu’un cheval de pierre, sur son tombeau.
Une profonde mélancolie me vient…

Sur la natte que m’offre l’herbe douce, je m’assieds.
Je commence à chanter…
Mes larmes, qui débordent, mouillent mes mains, me suffoquent !…

Hélas ! tour à tour, chacun s’avance, sur le chemin.
Et tous savent, bientôt, qu’il ne conduit à rien.

(Textes chinois)

 

Recueil: Le Livre de Jade
Traduction: Judith Gautier
Editions: Plon

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